dimanche 14 août 2016

En paix avec tous les hommes

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Dimanche dernier, à partir du chapitre 5 de l'épître aux Romains, nous avons parlé de la paix que nous trouvons en Dieu grâce à l'oeuvre accomplie par Jésus-Christ. Son œuvre à la croix nous réconcilie avec Dieu et nous pouvons être remplis de la paix de Dieu, une paix qui nous rend plus fort face à l'épreuve.

Mais je ne peux pas dire : « Je suis en paix avec Dieu mais avec mon prochain, je m'en fiche ! » Si c'était implicite dans tous le développement théologique de l'apôtre Paul, ça devient explicite dans ses exhortations pratiques, comme dans le chapitre 12 de cette même épître aux Romains :

Romains 12.14-21
14Souhaitez du bien à ceux qui vous font souffrir, souhaitez du bien et non du mal. 15Soyez dans la joie avec ceux qui sont dans la joie, pleurez avec ceux qui pleurent. 16Soyez bien d'accord entre vous. Ne cherchez pas de grandes choses, mais laissez-vous attirer par ce qui est simple. Ne vous prenez pas pour des sages.
17Ne rendez à personne le mal pour le mal, cherchez à faire le bien devant tous. 18Autant que possible, si cela dépend de vous, vivez en paix avec tous. 19Amis très chers, ne vous vengez pas vous-mêmes, mais laissez la colère de Dieu agir. En effet, dans les Livres Saints, le Seigneur Dieu dit : « À moi la vengeance ! C'est moi qui donnerai à chacun ce qu'il mérite ! » 20Mais il dit aussi : « Si ton ennemi a faim, donne-lui à manger, s'il a soif, donne-lui à boire. Alors, si tu fais cela, c'est comme si tu mettais des charbons brûlants sur sa tête. » 21Ne te laisse pas vaincre par le mal, mais sois vainqueur du mal par le bien. 


Un impératif incontournable

« Autant que possible, si cela dépend de vous, vivez en paix avec tous. »

Dans un monde parfait, Paul aurait simplement dit : « Vivez en paix avec tous. » Mais on ne vit pas dans un monde parfait... et la paix dépend des deux parties (au moins) concernées. Du coup, l'apôtre est obligé de préciser : « autant que possible, si cela dépend de vous, vivez en paix avec tous ».

Ce n'est pas facile d'être en paix avec tous, d'avoir toujours des relations paisibles au travail, avec ses voisins, dans sa famille ou même dans l’Église. Pourtant, c'est bien une préoccupation que nous devons avoir. Et, même avec les précautions utilisées par Paul, ça reste un impératif : Soyez en paix avec tous !

Du coup, ça signifie aussi que Paul ne veut pas envisager que ses lecteurs puissent être à l'origine d'un conflit ou qu'ils puissent même entretenir un conflit ou refuser d'entrer dans une démarche de réconciliation.

On peut être en désaccord, on peut ne pas « avoir d'atome crochu » avec quelqu'un, on n'est pas obligé d'être les meilleurs amis de tout le monde... mais vivre en paix avec tous doit être un impératif pour celui qui a été réconcilié avec Dieu !


L'impératif est encore plus fort dans l’Église, entre chrétiens. Il n'y a peut-être pas de plus grand contre-témoignage qu'un conflit entretenu dans l’Église. Comment croire à la réconciliation avec Dieu que nous proclamons si nous sommes incapables de vivre en paix les uns avec les autres ? La question se pose aussi dans les relations entre Églises où les divisions, parfois amères ou vives, sont un contre-témoignage de l’Église de Jésus-Christ.

Mais l'impératif ne compte pas seulement entre chrétiens. Ça commence bien là, sans doute. « Soyez en paix avec tous » concerne aussi la paix dans nos familles, nos relations d'étude ou de travail, de voisinage, etc...

Vous me direz que c'est facile à dire... C'est vrai. Mais il faut bien que ça commence avec cette prise de conscience, avec cette volonté première. C'est un impératif incontournable.


Un combat de tous les jours

Alors justement, concrètement, qu'est-ce que ça signifie ? L'apôtre Paul donne quelques pistes, avec des formules chocs :

« Souhaitez du bien (bénissez) à ceux qui vous font souffrir, souhaitez du bien et non du mal. » (v.14)
« Ne rendez à personne le mal pour le mal, cherchez à faire le bien devant tous. » (v.17)
« Ne te laisse pas vaincre par le mal, mais sois vainqueur du mal par le bien. » (v.21)

Des formules qui rappellent des paroles fortes de Jésus, dans le Sermon sur la Montagne :

« Heureux ceux qui font œuvre de paix : ils seront appelés fils de Dieu. » (Mt 5.9)
« Vous avez appris qu'on a dit : “Œil pour œil et dent pour dent.” Mais moi, je vous dis : si quelqu'un vous fait du mal, ne vous vengez pas. Au contraire, si quelqu'un te frappe sur la joue droite, tends-lui aussi l'autre joue. (Mt 5.38-39)
« Vous avez appris qu'on a dit : “Tu dois aimer ton prochain et détester ton ennemi.” Mais moi, je vous dis : aimez vos ennemis. Priez pour ceux qui vous font souffrir. Alors vous serez vraiment les enfants de votre Père qui est dans les cieux. (Mt 5.43-45a)

Un principe : combattre le mal par le bien

« Ne te laisse pas vaincre par le mal, mais sois vainqueur du mal par le bien. » (v.21)

Ce verset est particulièrement intéressant parce qu'il parle d'abord de ne pas se laisser vaincre avant de pouvoir être vainqueur... Il faut livrer un combat contre soi-même pour pouvoir être vainqueur du mal par le bien.

Jésus lui-même, alors qu'il n'avait pas de péché, a dû mener ce combat intérieur. A Gethsémané, il a livré une lutte pour accepter le chemin de la croix. Chemin par lequel il vaincra le mal par le bien, comme cela ressort de cette célèbre parole : « Père, pardonne-leur car ils ne savent pas ce qu'ils font. »

Si Jésus, le Fils de Dieu fait homme, sans péché, a dû livrer ce combat intérieur, alors à combien plus forte raison, nous qui devons lutter sans cesse avec ce mal tapi au fond de notre cœur, devrons-nous livrer un même combat ! Le combat contre le mal commence à l'intérieur de chacun de nous. Si on ne réagit pas, si on laisse libre court à ses réflexes naturels, on n'y arrive pas. On se laisse vaincre par le mal.

Céder à la vengeance, c'est se laisser vaincre par le mal. Entretenir un conflit, c'est se laisser vaincre par le mal. Refuser d'accorder le pardon, c'est se laisser vaincre par le mal.

Or, l'esprit de l'évangile, c'est de dire que le bien l'emporte sur le mal, l'amour sur la haine, le pardon sur la vengeance, la bénédiction sur la malédiction.

Une nécessité : agir 

En tout cas, une chose est sûre, pour l'apôtre Paul ce principe implique une nécessité : agir. Le verset 17 l'exprime bien : « Ne rendez à personne le mal pour le mal, cherchez à faire le bien devant tous. » (v.17)

Il ne s'agit pas seulement de s'abstenir de rendre le mal pour le mal, mais de chercher à faire le bien. Être en paix avec tous les hommes, ce n'est pas chercher à être le plus discret possible, pour ne pas faire de vague et ne pas avoir de problème avec qui que ce soit... C'est travailler activement à la paix, au pardon, à la réconciliation. Toujours chercher à faire le bien. Et le faire publiquement : « cherchez à faire le bien devant tous. »

Il s'agit de poser des gestes, des paroles de paix. Oser prendre l'initiative d'une réconciliation. Aller à la rencontre de celui qui est oublié, rejeté, stigmatisé. Poser des gestes de fraternité, d'accueil, à l'image de Jésus qui allait à la rencontre de tous... et cela lui a été reproché.

Alors où sont nos gestes de paix ? Notre monde en a tant besoin aujourd'hui... Tous les gestes de paix sont les bienvenus face aux gestes de haine et de terreur qui frappent notre monde. Chaque geste de paix posé dans notre quotidien compte.

Et où sont nos paroles de paix ? Des paroles de pardon, d'ouverture, d'accueil qui répondent aux paroles de colère, de rejet, de stigmatisation qui fleurissent, notamment sur les réseaux sociaux. Je suis attristé d'en voir aussi sur les comptes de certains chrétiens. Des paroles qui jettent de l'huile sur le feu, qui alimentent des peurs et des ressentiments, qui cèdent aux amalgames sur les musulmans, sur les migrants, etc...

Souvenons-nous que selon les Béatitudes, ce sont les artisans de paix qui seront appelés fils de Dieu...


Conclusion

Je ne peux pas dire : « Je suis en paix avec Dieu mais avec mon prochain, je m'en fiche ! » Notre relation à Dieu impacte nécessairement notre relation aux autres. Alors si nous sommes en paix avec Dieu, nous devons mettre tous nos efforts à être en paix avec tous. C'est une question de cohérence, de mis en pratique de notre foi. C'est un impératif incontournable... et c'est un combat de tous les jours.

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