dimanche 22 mars 2026

Une espérance est toujours possible

Le livre du prophète Ezéchiel est vraiment un des plus fascinants de la Bible. Notamment pour ses visions extraordinaires, et cela dès le premier chapitre de son livre. Parmi toutes les visions du prophète, il en est une qui, si on essaye de se l’imaginer, est particulièrement impressionnante. Gustave Doré, par exemple, en a fait une représentation dans une de ses gravures. 

A vrai dire, c’est une vision qui ne dépareillerait pas dans un film d’horreur ou dans un épisode de The Walking Dead ! Elle est décrite avec force détail et nul doute que le prophète a dû être saisi par ce qu’il a vu. Et nous pouvons l’être aussi… Lisons-la au chapitre 37 de son livre. 

Ezéchiel 37.1-14
1La puissance du Seigneur s'empara de moi ; son Esprit m'emmena et me déposa dans une large vallée couverte d'ossements. 2Le Seigneur me fit circuler partout parmi eux, dans cette vallée : ils étaient très nombreux et complètement desséchés. 3Alors le Seigneur me demanda : « Fils d'Adam, dis-moi, ces ossements peuvent-ils reprendre vie ? » Je répondis : « Seigneur Dieu, c'est toi seul qui le sais. » 4Il reprit : « Parle en prophète à ces ossements, dis-leur : Ossements desséchés, écoutez ! 5Voici ce que le Seigneur Dieu vous déclare : Je ferai venir en vous un souffle, et vous reprendrez vie. 6Je mettrai sur vous des nerfs, je ferai croître de la chair et je vous recouvrirai de peau ; puis je vous rendrai le souffle pour que vous repreniez vie. Vous saurez alors que je suis le Seigneur. » 7Je parlai en tant que prophète aux ossements comme le Seigneur m'en avait donné l'ordre. Tandis que je parlais, il y eut un bruit et une grande secousse : les os se rapprochaient les uns des autres, chacun s'articulant avec celui qui lui correspondait. 8Je vis que des nerfs et de la chair se formaient sur eux et qu'ils se recouvraient de peau. Mais ils étaient encore inanimés. 9Le Seigneur me dit alors : « Fils d'Adam, parle en prophète au souffle de vie, oui, parle-lui de ma part, et dis-lui : “Souffle de vie, le Seigneur te donne l'ordre de venir de tous les points de l'horizon et de souffler sur ces cadavres afin qu'ils reprennent vie.” » 10Je parlai en tant que prophète comme le Seigneur me l'avait ordonné. Le souffle de vie entra dans les cadavres qui reprirent vie. Ils se dressèrent sur leurs pieds. Ils formaient une nombreuse, une très nombreuse armée.
11Le Seigneur reprit : « Vois-tu, fils d'Adam, ces ossements, ce sont tous les Israélites. Ils disent en effet : “Nous sommes des ossements desséchés, notre espoir est mort, nous sommes perdus !” 12Parle donc en prophète, révèle-leur ce que je leur déclare, moi, le Seigneur Dieu : J'ouvrirai vos tombes et vous en ferai remonter, vous mon peuple, et je vous ramènerai en Israël, votre terre. 13Vous saurez ainsi que je suis le Seigneur quand j'ouvrirai vos tombes et que je vous en ferai remonter, 14quand je vous ferai reprendre vie par mon Esprit, quand je vous installerai à nouveau sur votre terre. Oui, vous saurez que moi, le Seigneur, je parle et je fais ce que je dis. Je l'affirme, moi, le Seigneur Dieu. »


Avant d’en tirer des leçons pour nous, reparcourons ensemble cette vision d’Ezéchiel, pour bien la comprendre. 

Le prophète est d’abord transporté en vision dans une large vallée jonchée d’ossements. Le texte précise qu’ils était très nombreux et complètement desséchés… Ezéchiel circule au milieu d’eux lorsque le Seigneur s’adresse à lui : « Fils d'Adam, dis-moi, ces ossements peuvent-ils reprendre vie ? »  Je ne sais pas vous mais moi, j’aurais sans doute répondu : « Non, Seigneur… Quelle question ! ». Et ceci d’autant plus que la description qui nous en est faite souligne qu’il ne s’agit pas seulement de corps ou de cadavres. Les os sont blanchis, desséchés, dispersés. Ils sont là depuis longtemps. Que pourrait-il en advenir ? Quelle vie pourrait les animer ? 

Mais Ezéchiel, dont ce n’est pas la première vision étonnante, est plus prudent, plus ouvert à l’incroyable : « Seigneur Dieu, c'est toi seul qui le sais. » Malin, le prophète ! Peut-être a-t-il aussi conscience d’être dans une vision et ce qui n’est pas possible dans la réalité peut l’être dans une vision ! 

Quoi qu’il en soit, Dieu demande alors à Ezéchiel… de parler aux ossements : « Ossements desséchés, écoutez ! » Vous savez, parfois on fait des choses incroyables dans nos rêves. Il n’y a aucune limite. Et quand on s’en souvient au réveil, on en mesure parfois toute l’incongruité. Je ne sais pas si c’est ce qu’Ezéchiel s’est dit après sa vision mais il va faire ce que Dieu lui demande, à savoir parler aux ossements, leur dire qu’un souffle va venir sur eux et qu’ils reprendront vie. Il leur donne même des détails en disant que des nerfs, de la chair et de la peau vont petit à petit recouvrir les os, pour reprendre vie. 

Et, alors que le prophète parle aux ossements, il arrive exactement ce qu’il annonce. Les os se rapprochent les uns des autres, s’articulent entre eux et reforment petit à petit des corps humains, avec leurs nerfs, leur chair et leur peau. C’est là qu’on assiste à une scène qui aurait toute sa place dans un film d’horreur ! Imaginez la scène (enfin, peut-être pas le soir avant de vous endormir ou vous risquez de faire des cauchemars…). 

Toutefois, les corps désormais assemblés sont encore inanimés. C’est alors que le Seigneur donne une nouvelle instruction à son prophète et lui demande d’appeler le souffle de vie pour qu’il fasse reprendre vie à ces corps. Et c’est ce qui arrive : « Le souffle de vie entra dans les cadavres qui reprirent vie. Ils se dressèrent sur leurs pieds. Ils formaient une nombreuse, une très nombreuse armée. » C’est complètement fou ! 

Le Seigneur reprend enfin la parole, et il explique le sens de cette vision. Elle fait d’abord écho à ce que les Israélites pensent d’eux-mêmes. Ils se voient, dans le désespoir, comme des ossements desséchés. Ils s’estiment perdus. Il faut comprendre ici le contexte dans lequel on se trouve. C’est celui de l’exil. Les babyloniens ont envahi le pays, ils ont brûlé la ville et le temple qu’ils ont préalablement pillé, ils ont exilé la plus grande partie de la population à Babylone, notamment les élites. Le peuple d’Israël n’est plus rien. Ils ont été dépossédés de leur pays. Ils sont sans espoir. La vision de la vallée jonchée d’ossements desséchés correspond au désespoir dans lequel le peuple de Juda se trouve. 

Mais le message du Seigneur à son peuple est aussi incroyable que la vision qu’il donne à son prophète : « J'ouvrirai vos tombes et vous en ferai remonter, vous mon peuple, et je vous ramènerai en Israël, votre terre. » Par cette vision, Dieu affirme qu’il sortira son peuple de son désespoir, il le fera revenir de l’exil, il le restaurera dans son pays. Et ce sera un miracle aussi extraordinaire que de redonner vie à des ossements desséchés. 

C’est ce qui aura lieu quelques années plus tard, lorsque Cyrus, l’empereur des Perses, après la prise de Babylone, donnera l’autorisation aux déportés de Juda de rentrer sur leur terre d’origine, et y reconstruire le temple à Jérusalem. Certains voient aussi dans la création de l’Etat d’Israël en 1948, après la Shoah, un autre accomplissement, ou un écho, de cette vision… 

Au-delà de l’accomplissement historique de cette vision, quelles leçons pourrions-nous tirer de ce texte extraordinaire, pour nous aujourd’hui ?


Préfigurer le Christ

Tout d’abord, si on regarde cette vision de l’extérieur, comme spectateur, que voit-on ? Un « fils d’homme » qui marche au milieu d’ossements, seul vivant parmi les morts. Il fait venir le souffle de vie, qui relève et redonne la vie.

Ça ne vous rappelle rien ? Est-ce que ça ne peut pas évoquer le fils de l’Homme qui viendra au cœur d’une humanité perdue, sans espoir ? Préfigurer celui qui fera venir un souffle de vie qui remet debout, qui redonne vie, qui ressuscite. Celui grâce auquel les os dispersés seront rassemblés en un seul corps, un grand corps vivant.

Derrière le prophète de la vision se cache peut-être, en filigrane, un visage du Christ. Vivant parmi les morts. 

Et si le sens premier de la vision d’Ezéchiel est la restauration du peuple de Juda et son retour dans son pays, le plein accomplissement des promesses de restauration dans l’Ancien Testament se trouve bien dans le peuple spirituel fondé par le Christ, un peuple qui rassemble Juifs et non-Juifs, un peuple issu de tous les peuples, et que le Nouveau Testament appelle l’Eglise. 

C’est une perspective qu’on peut adopter dans l’appropriation de la vision d’Ezéchiel… 


Une espérance est toujours possible

Nous pouvons en premier lieu recevoir cette extraordinaire vision comme un message d’espoir, même dans les situations les plus désespérées. La scène de la vision d’Ezéchiel peut entrer en écho avec d’autres situation de désolation, qu’elles soient collectives ou personnelles. 

La vallée remplie d’ossements dispersés rappelle le spectacle de désolation laissé dans un pays dévasté par les bombes aujourd’hui. A Gaza, en Iran, au Liban, en Ukraine… ou sur tous les théâtres de guerre de notre monde. Autant de situations dramatiques devant lesquelles on se demande où trouver de l’espoir… 

La vision peut aussi faire écho aux situations de détresse, de désespoir, voire de ruine, vécues dans notre existence. Que ce soit après un échec cuisant ou au cœur d’une épreuve dévastatrice, des circonstances peuvent parfois nous laisser cette impression que plus aucun espoir n’est possible, que tout est fini, desséché, sans vie… 

Ce que la vision d’Ezéchiel, comme d’autres textes de la Bible, laisse entendre, c’est que même lorsque, humainement, tout espoir a disparu, le souffle du Seigneur peut redonner la vie. Une espérance est toujours possible. 

Oui, quelle que soit l’épreuve que nous traversons, Dieu peut relever, apaiser, consoler ! Nous avons en lui une espérance éternelle, qui s’étend au-delà même de la mort. Jésus-Christ est ressuscité !


Rassembler pour revivre

Cet espoir toujours possible, il se concrétise en deux temps dans la vision d’Ezéchiel. En effet, la réanimation des ossements se produit dans un double mouvement. Les os sont dispersés, alors il faut d’abord les rassembler, les réunir pour former des corps. Ensuite seulement on peut envisager de leur redonner vie. 

Pourquoi cette réanimation en deux temps ? 

Dans le contexte d’Ezéchiel, le peuple de Juda, dispersé dans l’exil, a besoin d’être rassemblé pour retrouver son pays, pour revivre en tant que nation. 

Dans la dynamique de la révélation biblique, l’œuvre de salut de Dieu est une œuvre de rassemblement, qui passe par la réconciliation. La perspective de Dieu, c’est de rassembler en un seul peuple des hommes et des femmes issus de tous les peuples, de toute langue, de toute culture. C’est ce que le Nouveau Testament appelle l’Eglise. 

Cette dynamique de rassembler pour revivre peut même être appliquée de façon plus personnelle à notre vie. Quand on a l’impression que notre vie est un champ de ruine, il faut peut-être d’abord prendre le temps de rassembler les morceaux avant de retrouver la vie. Reconstituer le puzzle, comprendre comment tout est lié. 

Les ossements doivent se rassembler, le souffle de vie les réanimera. Quels sont les éléments de ma vie que je dois rassembler, les chemins de reconstruction que je dois envisager, les démarches de réconciliation que je dois engager ? Tout cela afin de retrouver la vie… être revivifié. 


Conclusion

Le cœur du message de cette vision d’Ezéchiel est que l’espoir est toujours possible, quelle que soit la vallée dans laquelle nous nous trouvons… Et cela est encore plus vrai aujourd’hui, pour nous, depuis que Jésus-Christ est mort et ressuscité.

C’est bien en Jésus-Christ qu’une espérance est toujours possible, quelles que soient les circonstances… Par sa mort et sa résurrection, et grâce à l’Esprit saint qu’il a envoyé, le souffle de vie, c’est Jésus-Christ qui nous permet de nous reconstruire, de nous retrouver, d’être réconcilié avec nous-mêmes, avec notre prochain, avec Dieu. C’est lui qui nous relève, nous vivifie, nous fortifie et nous donne une espérance éternelle.