dimanche 12 avril 2026

Merci Thomas !

Vous avez sans doute vu les images extraordinaires de la terre, et de la lune, envoyées par l’équipe de la mission Artemis 2 dans son voyage aller-retour vers la Lune. Et pourtant, malgré ces photos, malgré la diffusion en live de toute la mission Artemis, il y en a encore qui croient que la terre est plate ! Et il y en a encore qui doutent que l’être humain ait posé un jour le pied sur la lune… ça fait partie des vieilles théories complotistes, toujours en vogue. Il suffit de voir certains commentaires sur les réseaux sociaux…

Je sais bien qu’il faut se méfier des images aujourd’hui mais quand même... Que faut-il croire ? De quoi faut-il douter ?

C’est un peu la question que pose le texte de l’évangile proposé pour ce dimanche. Il se situe dans l’évangile de Jean, juste après le récit de la résurrection de Jésus. 

Jean 20.19-31
19Le soir de ce même dimanche, les disciples étaient réunis dans une maison. Ils en avaient fermé les portes à clé, car ils craignaient les autorités juives. Jésus vint et, debout au milieu d'eux, il leur dit : « La paix soit avec vous ! » 20Après ces mots, il leur montra ses mains et son côté. Les disciples furent remplis de joie en voyant le Seigneur. 21Jésus répéta : « La paix soit avec vous ! Comme le Père m'a envoyé, moi aussi je vous envoie. » 22Après cette parole, il souffla sur eux et leur dit : « Recevez l'Esprit saint ! 23Ceux à qui vous pardonnerez les péchés seront pardonnés ; ceux à qui vous refuserez le pardon ne l'obtiendront pas. »
24Or, Thomas, l'un des douze disciples, surnommé « le jumeau », n'était pas avec eux quand Jésus vint. 25Les autres disciples lui racontèrent : « Nous avons vu le Seigneur. » Mais Thomas répliqua : « Si je ne vois pas la marque des clous dans ses mains, et si je ne mets pas mon doigt à la place des clous et ma main dans son côté, non, je ne croirai pas. »
26Une semaine plus tard, les disciples de Jésus étaient de nouveau réunis dans la maison, et Thomas était avec eux. Alors que les portes étaient fermées à clé, Jésus vient, et debout au milieu d'eux, il dit : « La paix soit avec vous ! » 27Puis il s'adresse à Thomas : « Mets ton doigt ici et regarde mes mains ; avance ta main et mets-la dans mon côté. Ne refuse plus de croire, deviens un homme de foi ! » 28Thomas lui répondit : « Mon Seigneur et mon Dieu ! » 29Jésus reprit : « C'est parce que tu m'as vu que tu as cru ? Heureuses sont les personnes qui n'ont pas vu et qui croient ! »
30Jésus a accompli encore, devant ses disciples, beaucoup d'autres signes extraordinaires qui ne sont pas racontés dans ce livre. 31Mais ce qui s'y trouve a été écrit pour que vous croyiez que Jésus est le Christ, le Fils de Dieu. Et en croyant, vous aurez la vie par lui.

En général, on considère que ce récit n’est pas vraiment à l’avantage de Thomas, l’un des douze apôtres de Jésus. C’est d’ailleurs à peu près tout ce qu’on retient de lui : Thomas l’incrédule. 


Merci Thomas ! 

Mais la première chose que j’ai envie de dire à l’écoute de ce récit c’est : merci Thomas ! Pourquoi ? Parce que son exemple a de quoi nous déculpabiliser ! Face à nos difficultés à croire voire nos doutes… nous avons un illustre prédécesseur ! 

C’est d’ailleurs une caractéristique générale du récit biblique, de ne pas nous confronter à des super-héros de la foi, des croyants inébranlables et sans failles, qui seraient des modèles inaccessibles dans leur perfection. 

Les croyants de la Bible sont comme nous. Ce sont des hommes et des femmes imparfaits, qui doivent faire face comme nous à leurs manquements, leurs limites, leurs failles… qui traversent aussi des périodes de questionnement, de crise, de doute. Thomas, lui aussi, est comme nous. 

Que celui qui n’a jamais douté lui jette la première pierre ! 

D’autant qu’il y a quand même quelques questions en suspens à la lecture de ce récit…

Par exemple, pourquoi Thomas n’était-il pas avec les autres disciples au moment de l’apparition de Jésus ? Il n’y a aucune explication dans le texte. Rien n’indique qu’il aurait dû être avec les autres, qu’il se serait enfui par exemple. D’ailleurs, peu de temps après, il est de retour avec les autres disciples, qui lui racontent simplement ce qu’ils ont vu. 

Qui plus est, au moment où Jésus apparaît aux disciples, ces derniers sont réfugiés dans une chambre fermée à clé, par peur des autorités juives. Ça pouvait donc être dangereux d’être dehors…  Thomas devait avoir une bonne raison d’être sorti. 

D’ailleurs, Jésus n’aurait-il pas pu attendre que tous ses disciples soient réunis pour leur apparaître ? Qu’est-ce qu’il pouvait, Thomas ? Ce n’est pas sa faute si Jésus est apparu alors qu’il n’était pas là ! 

Par ailleurs, pourquoi Jésus a-t-il attendu une semaine pour réapparaître ? Pourquoi a-t-il laissé Thomas avec ses doutes pendant tout ce temps ? 

Ça n’a pas dû être une semaine facile pour lui. Imaginez un peu : il est le seul à ne pas avoir vu Jésus vivant, il est le seul à douter de sa résurrection. Pour lui, Jésus est mort. Point final. Comment voyait-il les autres disciples ? Il ne pouvait pas partager leur joie. Il a dû se sentir exclu du groupe, au moins en décalage… 

Tout cela pour dire qu’il ne faut pas tomber trop vite sur Thomas. On peut avoir un peu de compassion pour lui. Plus encore, on peut probablement s’identifier à lui, dans nos cheminements parfois compliqués voire douloureux, dans nos temps de doute et de crise qui peuvent durer parfois bien plus d’une semaine…


Thomas, c’est nous !

Finalement, d’une certaine façon, Thomas, c’est nous ! 

Ne peut-on pas dire en effet que nous sommes aujourd’hui un peu dans la même posture que Thomas ? Nous sommes aussi dans la situation où nous devons croire en la résurrection de Jésus sans qu’on l’ait vu ! On nous demande de faire confiance au témoignage de celles et ceux qui affirment en avoir été témoin oculaire. 

Et ce n’est quand même pas si évident que ça ! C’est même loin d’être le cas… 

Certains diront aujourd’hui encore comme Thomas, qu’ils ne croient que ce qu’ils voient. Ce qui, d’ailleurs, n’est pas très cohérent. Ce qu’on voit, et plus encore ce qu’on touche puisque c’est ce que demande Thomas, on n’a plus à le croire ! L’accueil de la résurrection de Jésus est donc bien une question de foi. 

Nous l’avons proclamée dimanche dernier lors de la fête de Pâques, et c’est évidemment la plus grande et la meilleure des nouvelles. L’apôtre Paul dira même, dans son épître aux Corinthiens, que c’est la pierre d’angle de l’édifice de notre foi. Si vous l’enlevez, tout s’écroule : « si le Christ n'est pas ressuscité, nous n'avons rien à proclamer et vous n'avez rien à croire. » (1 Corinthiens 15.14)

Aussi incroyable soit-elle, la résurrection de Jésus-Christ est indispensable à notre foi et notre espérance. Mais c’est vrai que c’est incroyable ! Certains diraient que c’est une pure folie. Nous dirons que c’est une question de foi. C’est le plus grand des miracles accomplis par le Dieu tout-puissant. 


Plus heureux que Thomas…

Toutefois, nous ne sommes pas tout à fait comme Thomas. En effet, comme les autres apôtres, Thomas a fini par voir Jésus vivant de ses yeux. Ce qui n’est pas notre cas… Mais Jésus laisse entendre que c’est mieux pour nous qu’il en soit ainsi ! Nous sommes, d’une certaine façon, plus heureux que Thomas ! 

« C'est parce que tu m'as vu que tu as cru ? Heureuses sont les personnes qui n'ont pas vu et qui croient ! »

Ceux qui sont heureux, ce sont nous qui n’avons pas vu ! Thomas, certes, est chanceux d’avoir vu Jésus ressuscité. Mais nous qui croyons sans avoir vu, nous sommes encore plus heureux !

Comment comprendre cette affirmation de Jésus, qui peut paraître, au premier abord, surprenante ?  

Jean souligne l’enjeu à la fin de son récit. Tout ce qu’il a raconté à propos de Jésus, c’est pour que nous puissions croire, et qu’en croyant nous ayons la vie éternelle. La véritable relation à Dieu se base sur la foi et non sur la vue. C’est une question de confiance, pas de preuve irréfutable. 

On pourra toujours dire que la résurrection de Jésus est impossible, qu’elle est un mensonge ou une fable. Je n’ai aucun moyen de démontrer le contraire scientifiquement. 

Mais j’ai le témoignage de celles et ceux qui l’ont vu de leurs yeux. J’ai le témoignage des chrétiens de toutes les générations, depuis 2000 ans, qui le proclament avec conviction. Et la résurrection de Jésus n’est pas une croyance tardive dans l’histoire de l’Eglise, elle est une proclamation aussi ancienne que l’Eglise. A tout cela s’ajoute le témoignage de celles et ceux qui, aujourd’hui encore, partout sur terre, témoignent d’une expérience de foi, d’une relation spirituelle avec le Christ vivant. 

Tout cela n’est, certes, pas démontrable scientifiquement. Mais ce n’est pas fou, ni même déraisonnable. Si Dieu est bien Dieu, si Jésus-Christ est bien le Fils de Dieu fait homme, alors pouvait-il en être autrement ? La mort ne pouvait pas le retenir. Jésus-Christ ne pouvait que ressusciter. 

Je ne l’ai pas vu… mais c’est ce que je crois. Et si vous le croyez aussi, alors vous êtes heureux, comme l’a dit Jésus à Thomas. Vous n’avez pas besoin de voir pour croire. C’est une question de confiance, qui se construit, s’affermit et nous porte, en toutes circonstances. 


Conclusion

L’exemple de Thomas nous rassure quant à nos doutes et nos faiblesses. Le Seigneur les accueille avec patience. La leçon que Jésus en tire souligne la nature même de la foi : elle croit sans avoir vu. C’est même là ce qui fait toute sa force. 

Car si notre foi dépend de ce qu’on voit, comment restera-t-elle vive dans les temps d’épreuve ? Quand la réponse de Dieu semble tarder, quand son silence se prolonge, quand sa présence nous paraît peu évidente...

Mais si nous croyons sans voir, alors nous savons que Dieu est là même lorsqu’on ne le perçoit pas. Nous avons une confiance qui triomphe de l’épreuve, même des doutes.