Jean 14.15-2115Si vous m'aimez, vous obéirez à mes commandements. 16Je demanderai au Père de vous donner quelqu'un d'autre pour vous venir en aide, qui sera avec vous pour toujours : 17c'est l'Esprit qui révèle la vérité. Le monde ne peut pas le recevoir, parce qu'il ne le voit pas ni ne le connaît. Vous, vous le connaissez, parce qu'il demeure avec vous et qu'il sera toujours en vous. 18Je ne vous laisserai pas seuls comme des orphelins ; je viendrai auprès de vous. 19Dans peu de temps le monde ne me verra plus, mais vous, vous me verrez, parce que je vis et que vous vivrez aussi. 20Ce jour-là, vous comprendrez que je vis uni à mon Père, que vous êtes unis à moi et moi à vous.21Celui qui reçoit mes commandements et leur obéit, voilà celui qui m'aime. Celui qui m'aime sera aimé par mon Père ; je l'aimerai aussi et je me ferai connaître à lui. »
Ce texte fait partie des dernières paroles de Jésus à ses disciples. Il sait que son arrestation est proche alors il prépare ses disciples à la suite, à ce qui se passera quand il ne sera plus là. Jésus annonce à ses disciples qu’il va partir mais qu’il ne les laissera pas seul. Il leur enverra « quelqu’un d’autre pour leur venir en aide ». Cette périphrase proposée par la Nouvelle Français Courant traduit le terme grec paraklêtos, qu’on traduisait traditionnellement par « consolateur ». Mais le sens est plus vaste. Le paraklêtos c’est celui qui se tient à côté, pour consoler certes, mais aussi pour soutenir, aider, défendre. C’est le consolateur, mais aussi l’avocat, le soutien, l’aide. Et surtout ici, Jésus parle d’un « autre paraklêtos ». Il parle de quelqu’un qui viendra prendre sa place auprès des disciples, lorsque lui ne sera plus là.
On a clairement ici l’annonce de la venue du Saint-Esprit, que nous allons commémorer à Pentecôte, dans quelques jours.
Dans ces quelques versets, il y a plusieurs éléments appelés à s’articuler entre eux : Jésus, ses commandements, le Saint-Esprit promis, le Père qui nous aime. Comment les comprendre ensemble ? Que disent-ils de notre condition de disciple de Jésus aujourd’hui ?
L’enjeu c’est l’amour
L’enjeu premier de ce texte, c’et l’amour. Aimer Jésus-Christ. Être aimé par Dieu, par le Père et par le Fils. Mais de quel amour parle-t-on ?
Jésus lui-même avait dit à Nicodème, dans ce même évangile de Jean : « Dieu a tant aimé le monde qu’il a donné son Fils unique… » (Jean 3.16). Dieu a aimé le monde. Tout le monde. Sans distinction.
Mais parle-t-on du même amour ici ? Pas tout à fait.
Si je vous dis que je vous aime, je vous assure que je le pense et que je suis sincère. Mais si je dis à ma femme que je l’aime, vous comprendrez que l’amour dont je parle alors est d’un autre ordre.
L’amour dont parle Jésus dans notre texte est différent de celui dont il a parlé à Nicodème. Dieu est amour et il aime chacune de ses créatures. Mais ce qui se joue ici est d’un autre ordre. C’est un amour particulier, intime. Il s’incarne dans une relation personnelle.
D’ailleurs, Jésus dit au verset 21 : « Celui qui m'aime sera aimé par mon Père ; je l'aimerai aussi et je me ferai connaître à lui. »
Ce qui peut surprendre dans la formulation de cette phrase, c’est que l’amour de Dieu, et l’amour de Jésus pour nous, semble conditionné à notre amour… « Celui qui m’aime sera aimé par mon Père… » C’est une façon de souligner que l’amour dont il est question ici demande une réciprocité, il s’exprime dans une relation personnelle. L’amour de Dieu pour tous les humains est une réalité… mais elle n’est pas forcément réciproque.
Jésus va partir. Il sait qu’il va être arrêté prochainement. Il sait même qu’au-delà de sa résurrection, il va quitter ses disciples en retournant auprès de son Père. Mais il ne va pas les laisser seul pour autant. La relation personnelle, le lien d’amour qui les unit ne sera pas brisé. Il se poursuivra, grâce à l’autre paraklêtos qui viendra à côté d’eux, grâce au Saint-Esprit qui viendra faire sa demeure en eux.
Car celui qui permet la réalité de cet amour pour nous, aujourd’hui encore, c’est le Saint-Esprit. C’est par lui que Dieu nous est présent, toujours. La relation de foi qui nous unit à Jésus-Christ est une relation d’amour. Non pas une relation globale, générale, impersonnelle. Mais bel et bien une relation personnelle, un amour intime, qui se vit dans la réciprocité.
Les commandements et l’amour
Comment cet amour se manifeste-t-il ? C’est là qu’intervient un autre élément de notre texte, à savoir les commandements de Jésus : « Si vous m'aimez, vous obéirez à mes commandements. » (Jean 14.15)
Le lien entre les deux n’est peut-être pas évident au premier abord. Obéir à des commandements, ça peut sembler un peu froid et rigide comme compréhension de l’amour… Alors comment le comprendre ? Quelle est la place des commandements dans l’amour ?
Vous connaissez sans doute la formule : « Il n’y a pas d’amour, il n’y a que des preuves d’amour. » Elle est de Pierre Reverdy, un poète du début du XXe siècle. Cette jolie formule a le mérite de souligner que l’amour ne peut pas se contenter de bons sentiments et de paroles légères. L’amour se prouve par les actes, il se manifeste concrètement. L’amour ne se décrète pas, il se prouve.
C’est un peu cela que Jésus veut dire ici. Le début du verset 21 résume en une formule la pensée de Jésus : « Celui qui reçoit mes commandements et leur obéit, voilà celui qui m'aime. »
Littéralement, le texte dit : « Celui qui a mes commandements et les garde, celui-là est celui qui m’aime. » Autrement dit, on peut ne pas les avoir. On peut aussi les avoir et ne pas les garder. Les avoir, c’est les connaître. Les garder, c’est les mettre en pratique.
De quoi parle-t-on quand on parle des commandements de Jésus ? Il s’agit sans doute de son enseignement, dans son ensemble. Et ses commandements ne tombent pas de nulle part. Ils sont dans le prolongement des commandements bibliques. Jésus n’est pas venu abolir la Loi mais l’accomplir.
Aimer Jésus, c’est l’écouter, reconnaître la valeur de ses paroles, de son enseignement et s’y attacher. Et c’est non seulement le connaître mais c’est aussi s’efforcer de le mettre en pratique. Voilà une preuve d’amour de notre part.
La preuve d’amour de Jésus pour nous, elle se trouve dans sa mort et sa résurrection. Il n’y a pas de plus grande preuve d’amour possible ! Notre preuve d’amour à nous, elle se trouve dans notre attachement à sa parole et notre désir de la mettre en pratique. Et c’est bien le Saint-Esprit qui nous rend capable de comprendre et de vivre ces paroles du Seigneur…
Jésus notre maître
Aimer Jésus, c’est non seulement l’aimer pour ce qu’il a fait pour nous, mais c’est aussi l’aimer pour son enseignement. Jésus est, certes, notre Sauveur… mais il est aussi notre maître, au sens où il est celui dont nous recevons l’enseignement. Il est notre rabbi. C’est d’ailleurs comme cela qu’il était principalement perçu dans les évangiles. Un rabbi, un maître avec ses disciples.
Bien-sûr, l’essentiel pour nous, c’est l’œuvre de Jésus. Sa mort et sa résurrection… Mais cela ne doit pas pour autant reléguer au second plan Jésus le maître. Dans une perspective chrétienne, Jésus est évidemment plus qu’un enseignant, plus qu’un rabbi, plus qu’un prophète. Mais il est aussi tout cela ! Et il doit l’être pour nous encore aujourd’hui.
Être chrétien, c’est être un disciple de Jésus, qui apprend de son maître, qui se nourrit de son enseignement.
Or l’enseignement de Jésus est tout sauf consensuel. Il est exigeant. Parfois dérangeant. On peut avoir une vision faussée, édulcorée, de Jésus. Au cœur de son enseignement, il y a l’appel à l’amour… mais ce n’est pas un message à l’eau de rose. L’impératif de l’amour est exigeant. Et cela a conduit Jésus jusqu’à la croix…
Jésus est notre Sauveur. Nous l’adorons pour cela, nous sommes reconnaissants pour son œuvre de salut. Mais il doit continuer à être notre maitre tout au long de notre vie chrétienne, parce que nous sommes des disciples, des apprentis de la foi, qui devons encore apprendre, notamment à vivre et mettre en pratique ses commandements. C’est cela aussi l’aimer aujourd’hui.
Conclusion
Croyez-vous en Jésus-Christ ? C’est une question fondamentale. Et la réponse à cette question constitue la base de la foi chrétienne. Mais le texte de l’évangile de ce matin nous invite à aller plus loin. Il y en a une autre que nous devons aussi nous poser : Aimez-vous Jésus-Christ ? Et quelles sont les « preuves d’amour » que vous manifestez ?
Croire en Jésus-Christ, c’est très bien. Mais aimer Jésus-Christ, c’est mieux. Parce que c’est dans l’amour que s’épanouit une relation. Or c’est ce que Jésus veut tisser avec nous, par son Esprit. Une relation vécue par la foi, dans la confiance et l’espérance, mais animée par l’amour que le Saint-Esprit déverse dans notre cœur.
Alors oui, la question que je vous laisse ce matin est bien celle-ci : aimez-vous Jésus-Christ ?