J’ai tapé, sur un moteur de recherche bien connu, la question : « Qui est votre modèle ? » Et comme c’est une intelligence artificielle qui répond désormais en premier, voici le début de la réponse reçue : « En tant qu'intelligence artificielle, je n'ai pas de vie personnelle, de conscience ou de modèle à proprement parler. »
Voilà bien une de nos différences avec l’intelligence artificielle. Nous avons une vie personnelle, une conscience… et bien souvent des modèles, des exemples inspirants qui ont marqué notre vie.
Evidemment, en tant que chrétien, nous dirons tous que notre modèle, c’est Jésus-Christ. Mais dans sa lettre aux Thessaloniciens, l’apôtre Paul évoque d’autres modèles possibles.
1 Thessaloniciens 1.1-101De la part de Paul, Sylvain et Timothée.À l'Église de Thessalonique, qui appartient à Dieu le Père et au Seigneur Jésus Christ : Que la grâce et la paix vous soient données !2Nous remercions toujours Dieu pour vous tous, et nous faisons sans cesse mention de vous dans nos prières. 3En effet, nous nous rappelons votre foi si active, votre amour qui se donne de la peine, et votre solide espérance en notre Seigneur Jésus Christ, devant Dieu notre Père. 4Nous savons, frères et sœurs, que vous êtes aimés de Dieu et qu'il vous a choisis. 5En effet, quand nous vous avons annoncé la bonne nouvelle, ce ne fut pas seulement en paroles, mais aussi en puissance, avec le secours de l'Esprit saint, et avec une entière conviction. Vous savez comment nous nous sommes comportés parmi vous, en votre faveur.6Vous avez suivi notre exemple et celui du Seigneur ; malgré la détresse qui était la vôtre, vous avez reçu la parole de Dieu avec la joie qui vient de l'Esprit saint. 7Ainsi, vous êtes devenus un modèle pour tous les croyants de la Macédoine et de l'Achaïe. 8En effet, non seulement la parole du Seigneur s'est propagée de chez vous en Macédoine et en Achaïe, mais encore la nouvelle de votre foi en Dieu s'est répandue en tous lieux. Nous n'avons donc pas besoin d'en parler ! 9Tous racontent comment vous nous avez accueillis quand nous sommes allés chez vous. Ils disent comment vous avez abandonné les idoles pour vous tourner vers Dieu, afin de le servir, lui, le Dieu vivant et vrai, 10en attendant que son Fils vienne des cieux. C'est lui que Dieu a ressuscité d'entre les morts, Jésus, qui nous délivre de la colère divine qui vient.
Dans les premières lignes de cette lettre aux Thessaloniciens, le ton est assez singulier. Après les formules d’usage du verset 1, il y a une longue introduction qui permet à Paul d’évoquer les chrétiens de Thessalonique dans des termes élogieux, allant même jusqu’à dire qu’ils sont devenus « un modèle pour tous les croyants » de la région.
Qu’est-ce qui fait d’eux, aux yeux de l’apôtre Paul, des modèles ?
Des modèles, oui, mais relatifs…
Tout d’abord, comprenons bien de quoi nous parlons. On a besoin de modèles, d’exemples humains. Mais on a aussi besoin de ne pas les idéaliser.
On a sans doute tous des personnes dont l’exemple de foi, par leur consécration, leur engagement, leur témoignage, nous a marqué profondément dans notre cheminement spirituel. La façon dont Dieu œuvre en elles et par elles est un encouragement pour notre foi. Elles peuvent même être parfois à l’origine de notre propre démarche de foi.
Mais on ne sait que trop bien qu’il existe aussi de nombreux contre-témoignages, des contre-exemples à surtout ne pas suivre. Et c’est parfois douloureux, lorsque ce sont des personnes qui jusqu’alors étaient portées aux nues, et que l’on découvre des incohérences, des trahisons, parfois des scandales. On peut tomber de haut…
C’est pourquoi il est important de souligner que, si les chrétiens de Thessalonique sont présentés comme des modèles de foi, l’apôtre précise qu’ils ont eux-mêmes suivi un exemple, celui de Paul et de ses compagnons, qui eux-mêmes ont suivi l’exemple du Seigneur. C’est ce qu’il rappelle au verset 6 : « Vous avez suivi notre exemple et celui du Seigneur. » Littéralement : « vous nous avez imité, et le Seigneur. »
Il ne faut pas se tromper ici : l’apôtre Paul n’est pas en train de s’ériger en exemple, en modèle à suivre. Il s’inscrit simplement dans une chaîne d’exemples qui aboutit au Seigneur. Tous les modèles humains sont relatifs au modèle unique du Christ.
Jésus-Christ demeure l’unique modèle parfait pour les chrétiens. Mais justement, comme il est parfait, il peut paraître inatteignable… c’est pourquoi avoir des modèles humains est pertinent. Ce sont des modèles imparfaits, qu’il ne faut surtout pas idéaliser, mais ce sont des modèles qui peuvent être inspirants. Parce qu’ils pointent vers le modèle parfait du Christ.
C’est d’ailleurs un indice qui est important. Lorsque l’exemple du Christ lui-même ne transparaît plus dans les paroles et la vie de nos modèles chrétiens, c’est qu’il faut sans doute cesser de les considérer comme des modèles !
Une foi qui met du cœur à l’ouvrage
Ces précautions prises, nous pouvons maintenant considérer en quoi les chrétiens de Thessalonique étaient des modèles de foi. Pour étayer cette thèse, Paul s’appuie sur les souvenirs qu’il a de la foi nouvelle des Thessaloniciens, et il s’appuie aussi sur les témoignages des chrétiens de la région.
Au verset 3, l’apôtre écrit : « Nous nous rappelons votre foi si active, votre amour qui se donne de la peine, et votre solide espérance en notre Seigneur Jésus Christ, devant Dieu notre Père. »
Plus littéralement, on pourrait traduire ainsi les trois caractéristiques relevées par Paul chez les Thessaloniciens : l'œuvre de la foi, le travail de l'amour et la persévérance de l'espérance. C’est une triple formule étonnante, presque paradoxale au premier abord. En effet, la foi n’est pas une œuvre. L’amour peut-il être sincère si c’est un travail ? Notre espérance ne repose-t-elle pas sur le Seigneur et ses promesses, et non sur notre persévérance ?
En réalité, ce que ces formules soulignent, c’est que la foi exemplaire des Thessaloniciens est une foi vivante, qui se traduit en actes. Et pour que ce soit vrai, ça demande du travail, des efforts, de la constance. A l’exemple des Thessaloniciens, nous sommes appelés à mettre du cœur à l’ouvrage de notre foi.
L’amour de Dieu demeure premier. Paul le dit au verset 4 : « Nous savons que vous êtes aimés de Dieu et qu’il vous a choisis » C’est à cause de cet amour premier que nous mettons du cœur à l’ouvrage de notre foi. Comme une réponse à la grâce reçue, une conséquence concrète dans notre vie.
Il ne faut jamais considérer notre foi comme un acquis mais comme une quête, un apprentissage ou une découverte toujours inachevée. Une foi qui ne se renouvelle pas s’affaiblit. Une foi qui ne se nourrit pas dépérit. Une foi qui n’avance pas finit par reculer.
Je ne vais pas vous donner des recettes toutes faites, et surtout pas vous enfermer dans des carcans légalistes. C’est à chacun de trouver comment nourrir sa foi. Il y a de multiples façons de le faire. L’essentiel, est de mettre du cœur à l’ouvrage. Être toujours curieux, avec la soif d’apprendre, de découvrir.
La promesse de Jésus est pour nous : « Si quelqu'un a soif, qu'il vienne à moi et qu'il boive, celui qui croit en moi. Comme dit l'Écriture, “des fleuves d'eau vive jailliront de son cœur”. » (Jean 7.37b-38)
Une foi qui ne se contente pas de demi-mesures
Le témoignage que les chrétiens de la région rendent à propos des Thessaloniciens évoque un autre aspect du modèle de foi qu’ils représentent. On peut lire ceci au verset 9 : « Tous racontent comment vous nous avez accueillis quand nous sommes allés chez vous. Ils disent comment vous avez abandonné les idoles pour vous tourner vers Dieu, afin de le servir, lui, le Dieu vivant et vrai. »
Ils sont donc frappés par la façon dont ils ont accueilli la foi, à quel changement cela les a conduits. Ils témoignent de ce double mouvement d’abandonner leurs idoles pour se tourner vers le Dieu vivant et vrai. On pourrait parler d’une foi déterminée, radicale, sans compromis. Ils n’ont pas fait les choses à moitié.
La foi ne peut pas se contenter de demi-mesures. Et si la foi ne se contente pas de demi-mesures, c’est d’abord parce que l’amour de Dieu, sa grâce, ne font pas non plus dans la demi-mesure ! Dieu a tout donné. Il s’est donné lui-même, en Jésus-Christ, pour nous. Il n’a pas fait les choses à moitié…
C’est pourquoi, il s’agit toujours de se débarrasser des idoles qui nous détournent, même partiellement, du Seigneur. Ça fait partie du cœur à l’ouvrage de la foi.
La foi vivante, exemplaire, est celle qui témoigne d’un attachement au Dieu vivant, pas aux idoles de nos certitudes, de nos fausses sécurités, de nos a priori, de nos habitudes sclérosantes, voire de nos addictions.
Dans ma vie, qu’est-ce qui freine ma confiance en Dieu ? Qu’est-ce qui handicape ma relation au Seigneur ? Qu’est-ce qui limite mon service, mon amour du prochain ? Ce sont peut-être ces questions qui m’aideront à débusquer les idoles qui me restent…
Conclusion
Si le modèle parfait du Christ demeure comme un horizon qu’on n’atteint jamais, cela ne doit pas nous décourager. Bien au contraire. Car nous avons une espérance, que l’apôtre rappelle en conclusion de son introduction à la lettre aux Thessaloniciens : il s’agit de servir le Dieu vivant et vrai « en attendant que son Fils vienne des cieux. C'est lui que Dieu a ressuscité d'entre les morts, Jésus, qui nous délivre de la colère divine qui vient. »
C’est cette espérance qui nous donne du cœur à l’ouvrage. Pour les Thessaloniciens comme pour nous, c’est elle qui nous permet de continuer d’avancer, malgré nos manquements, nos défaillances, nos découragements, nos frustrations. Car le Ressuscité viendra nous chercher, là où nous serons arrivés sur le chemin, pour nous accueillir dans la gloire du Seigneur.