Quand j’ai vu le texte de l’évangile qui était proposé pour ce dimanche 21 juin, je me suis d’abord dit que je n’allais pas le prendre pour la prédication. C’est un culte avec baptême, un culte festif et joyeux… ça va casser l’ambiance !
Alors je suis allé voir les autres textes proposés, qui ne m’inspiraient guère plus. J’ai réfléchi, je me suis creusé la tête, j’ai hésité… et finalement, je suis revenu au texte de l’évangile.
Avant de lire le texte proposé, quelques mots sur le contexte. Juste avant, Jésus avertit ses disciples de l’adversité, et même des persécutions qu’ils vont rencontrer : « Je vous envoie comme des moutons au milieu des loups. » Le serviteur n’est pas plus grand que son maître… Jésus a été rejeté, combattu, condamné injustement et crucifié. Ses disciples ne doivent pas s’attendre à avoir une vie facile…
Et Jésus poursuit alors avec des paroles qui, à plusieurs égards, peuvent être un peu difficiles à entendre, voire dérangeantes.. Mais il ne faut pas penser que les évangiles sont un recueil de discours lénifiants. Et plus largement que la Bible serait un livre consensuel et inoffensif. On y trouve bien sûr des paroles apaisantes, pleines d’espérance et de promesse. Mais il y en a d’autres aussi, dont les vertus sont ailleurs. Elles sont comme des avertissements, des mises en garde, ou comme des défis à relever. Nous en avons un exemple avec les paroles de Jésus que je vous invite à écouter maintenant.
Et, rassurez-vous, nous pourrons aussi en tirer des promesses et des encouragements !
Matthieu 10.26-3326Ne craignez donc pas ces gens-là. Tout ce qui est caché sera découvert, et ce qui est secret sera connu. 27Ce que je vous dis dans l'obscurité, répétez-le à la lumière du jour ; et ce que l'on chuchote à votre oreille, criez-le du haut des toits. 28Ne craignez pas ceux qui tuent le corps mais qui ne peuvent pas tuer l'âme ; craignez plutôt celui qui peut faire périr à la fois le corps et l'âme dans l'enfer. 29Ne vend-on pas deux moineaux pour un sou ? Cependant, aucun d'eux ne tombe à terre sans votre Père. 30Quant à vous, même les cheveux de votre tête sont tous comptés. 31N'ayez donc pas peur : vous valez plus que beaucoup de moineaux !32Celui qui se déclare publiquement pour moi, je me déclarerai aussi pour lui devant mon Père qui est dans les cieux ; 33mais si quelqu'un affirme publiquement ne pas me connaître, j'affirmerai moi aussi devant mon Père qui est dans les cieux ne pas le connaître.
Commençons par les questions qui fâchent… et essayons de décrypter les paroles de Jésus qui ne sont pas forcément agréables à entendre, tout du moins au premier abord.
Qui doit-on craindre ?
En premier lieu, de qui doit-on avoir peur, en définitive ? Et qu’est-ce que cela veut dire ?
« Ceux qui tuent le corps mais qui ne peuvent pas tuer l'âme », ce sont les persécuteurs, quels qu’ils soient. Jésus dit à ses disciples de ne pas les craindre… mais il laisse quand même entendre qu’ils pourront aller jusqu’à « tuer leur corps ». Et il faut dire que ça s’est vérifié, et que ça se vérifie encore. Les apôtres eux-mêmes ont subi la persécution et pour plusieurs d’entre eux cela leur a coûté la vie. Et jusqu’à aujourd’hui, des chrétiens sont poursuivis, persécutés, emprisonnés voire tués, simplement à cause de leur foi.
Si Jésus dit de ne pas les craindre, c’est pour souligner que la seule véritable crainte que nous devions avoir est celle de « Celui qui peut faire périr à la fois le corps et l’âme dans l’enfer. » Ce que la version Nouvelle Français Courant traduit par « enfer », c’est littéralement la « géhenne », transcription de l’hébreu Gue-Hinnon, désignant une étroite vallée à proximité de Jérusalem, qui avait été le théâtre de sacrifices d’enfants par le passé et qui était devenu une sorte de décharge à ciel ouvert. C’est un lieu symbolique de jugement et de malédiction.
Qui est donc « Celui qui peut faire périr à la fois le corps et l’âme dans l’enfer » ? C’est Dieu évidemment ! Même si ce n’est pas comme ça qu’on aime le décrire. On préfère parler du Dieu d’amour qui fait grâce. Ce qu’il est bel et bien, évidemment ! Mais ici, c’est la figure du Dieu de justice qui est convoquée. Lui seul peut faire périr le corps et l’âme… Attention : on parle ici d’une possibilité. Il est celui qui peut faire périr dans l’enfer.
C’est lui qu’il faut craindre, pas les adversaires humains, quels qu’ils soient. C’est lui seul, qui finalement, sera notre juge. Et il est infiniment au-dessus de tout adversaire, de toute autorité humaine, quelle qu’elle soit.
Renier et être renier…
Les autres paroles dérangeantes de ce texte se trouvent aux versets 32-33 : « Celui qui se déclare publiquement pour moi, je me déclarerai aussi pour lui devant mon Père qui est dans les cieux ; mais si quelqu'un affirme publiquement ne pas me connaître, j'affirmerai moi aussi devant mon Père qui est dans les cieux ne pas le connaître. » Jésus pourrait-il donc nous renier devant son Père ?
En réalité, il me semble qu’il faut comprendre ces paroles comme une invitation solennelle à assumer publiquement sa foi, quelles qu’en soient les conséquences. Ce qui veut dire quand même beaucoup lorsqu’on parle de potentielles persécutions…
Un peu plus tard, au moment de l’arrestation de Jésus, l’apôtre Pierre lui-même va dire par trois fois, publiquement, qu’il ne le connaît pas ! Il en pleurera amèrement… Et pourtant, après sa résurrection, Jésus va pleinement le réhabiliter dans sa mission. Malgré son triple reniement.
Cet épisode peut atténuer quelque peu la portée de ces paroles solennelles de Jésus, qu’il s’agit avant de prendre comme un encouragement à tenir ferme dans notre foi, quelles que soient les circonstances.
Mais il ne faut pas chercher à trop arrondir les angles et accepter d’être un peu bousculé, interpellé, par de telles paroles. N’oublions pas que la vie chrétienne est aussi faite de remises en question, parfois de moments de crises…
Des moineaux et des cheveux
Toutefois, il n’y a pas que des paroles dérangeantes dans notre texte. Il y a aussi de belles promesses à entendre, qui font en quelque sorte le contrepoids de ces paroles qui nous bousculent. « Ne vend-on pas deux moineaux pour un sou ? Cependant, aucun d'eux ne tombe à terre sans votre Père. Quant à vous, même les cheveux de votre tête sont tous comptés. N'ayez donc pas peur : vous valez plus que beaucoup de moineaux ! » (v.29-31)
« N’ayez pas peur ! » Ça fait du bien à entendre dans ce contexte. C’est le même verbe grec qui parle de la crainte de ceux qui peuvent tuer le corps, et même de Dieu qui peut faire périr le corps et l’âme. Même dans ce cas, Jésus nous dit : « n’ayez pas peur ! »
Et pourquoi ne pas avoir peur ? Parce que nous avons, aussi petit que nous soyons, de la valeur aux yeux de Dieu. Jésus l’exprime par deux métaphores.
D’abord celle des moineaux. On en vend deux pour un sou… autant dire rien du tout. Et pourtant, aucun ne tombe à terre indépendamment de Dieu. « Vous valez plus que beaucoup de moineaux » est une façon de dire combien notre vie a de la valeur aux yeux de Dieu.
L’autre métaphore est celle des cheveux sur notre tête, dont Dieu connaît le nombre exact. Certes, c’est plus facile à compter pour certains que pour d’autres ! La métaphore ne dit pas seulement que Dieu connaît le nombre de cheveux sur notre tête, mais que tous les cheveux sont comptés. Comme s’il surveillait, sur chacune de nos têtes, si un de nos cheveux n’était pas tombé.
Un appel et une promesse
Que retenir de ces paroles pour nous ? Je proposerai deux applications, complémentaires : un appel et une promesse.
D’abord un appel : ne craignons pas de vivre, d’afficher, de témoigner de notre foi !
Cet appel a quelque chose de solennel, parce qu’il est important. C’est ce à quoi le croyant, le disciple de Jésus-Christ est appelé. C’est exactement ce qu’ont fait ce matin Laetitia et Frédérique. Alors certes, elles ont trouvé avec nous ce matin un auditoire bienveillant... Ce n’est pas toujours le cas dans notre quotidien.
Le moins qu’on puisse dire, c’est que Jésus ne le cache pas. Il n’a jamais dit à ses disciples que ce serait facile de le suivre, qu’il n’y aurait aucune difficulté et que tout le monde serait bienveillant envers eux. Il a même dit le contraire. Il ne nous a pas trompé sur la marchandise…
Ça ne rend que plus fort, et solennel, l’appel de notre texte, à témoigner de notre foi, à la dire en pleine lumière, voire la crier sur les toits. A l’assumer quelle que soit l’opposition ou l’adversité.
Il faut certes être prudent et sage. Ne pas tendre le bâton pour se faire battre. Et puis dire sa foi en pleine lumière ne veut pas dire assommer les autres de versets bibliques et ne pas respecter la liberté de chaque personne. Mais c’est important, quand l’occasion se présente, de témoigner sans complexe et sans crainte de sa foi !
Ensuite une promesse : c’est dans le Dieu tout proche que nous pouvons trouver la paix, quelle que soit l’adversité. Ce Dieu est si proche qu’il va jusqu’à compter les cheveux sur notre tête. Si c’est une métaphore, elle dit bien la valeur que nous avons aux yeux de Dieu, l’attention qu’il porte à notre vie.
Une foi vivante nous permet de discerner la présence bienveillante et bienfaisante de Dieu, au plus proche de nous. C’est bien à cause de la proximité de Dieu, de sa présence de chaque instant, que nous pouvons trouver la paix, quelle que soit l’adversité. C’est pour cela que Jésus nous dit ne de pas avoir peur.
Conclusion
Je vous laisse donc avec un appel et une promesse. L’un et l’autre sont importants, et valables pour toute personne qui place sa foi en Jésus-Christ. Mais peut-être qu’aujourd’hui, en fonction des circonstances de votre vie, en fonction de votre cheminement personnel, c’est plutôt l’appel ou plutôt la promesse que vous avez besoin d’entendre.
Appel ou promesse, c’est à chacun de voir, de discerner ce qui le concerne le plus, aujourd’hui. En se souvenant que l’autre sera encore valable demain…