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dimanche 4 février 2024

La consolation : une dimension de l’espérance chrétienne

 

Ces derniers mois, j’ai eu l’occasion à plusieurs reprises de prêcher sur l’espérance. C’était lié à certaines circonstances (l’exposition autour de l’Apocalypse) ou au calendrier liturgique (le temps de l’Avent). Et je vais encore le faire ce matin… parce que j’ai la conviction que nous avons vraiment besoin aujourd’hui d’entendre parler d’espérance, que ce soit par rapport aux inquiétudes et aux peurs qui traversent notre monde, ou par rapport aux difficultés et aux épreuves que les uns ou les autres nous pouvons affronter. 

J’ai à cœur ce matin de me concentrer sur une des dimensions spécifiques de l’espérance chrétienne : la consolation. 

On parle souvent de l’espérance chrétienne comme d’une source de consolation pour nous, aujourd’hui. Et c’est vrai. Qu’on pense à la tristesse du deuil, par exemple : l’espérance qu’un jour on retrouvera celui ou celle qui est parti est une vraie source de consolation. Ou alors, autre dimension de notre espérance, celle du jour de la résurrection où nous aurons un corps et une âme libérés de leurs limites, leurs imperfections et leurs handicaps. Voilà aussi une source de consolation. 

Mais aucune consolation n’est totale ici-bas. Notre espérance nous aide à surmonter la tristesse et la souffrance, elle nous donne des forces, parfois insoupçonnées, pour continuer d’avancer malgré tout. Mais il y a aussi des absences qui ne seront jamais comblées, des traumatismes qui ne seront jamais guéris, des épreuves dont on ne se relèvera jamais vraiment. On peut apprendre à vivre avec, on peut trouver la force de les surmonter… et notre espérance est un atout majeur pour pouvoir le faire. Mais la pleine consolation ne nous est pas accessible ici-bas. 

Nous attendons encore une pleine consolation à venir. C’est pourquoi la consolation est une des composantes de l’espérance. Comme dans toute dynamique d’espérance, la consolation nous est donnée à vivre déjà, en partie, dès maintenant, mais elle attend encore son plein accomplissement. 

Je vous invite à la lecture d’un des plus beaux textes d’espérance de la Bible, au cœur duquel est justement mentionnée la consolation comme une espérance. 

Apocalypse 21.1-4
1 Alors je vis un nouveau ciel et une nouvelle terre. Le premier ciel et la première terre ont disparu, et il n'y a plus de mer. 2 Et je vis la ville sainte, la nouvelle Jérusalem, qui descendait des cieux, envoyée par Dieu, prête comme une épouse qui s'est faite belle pour son mari. 3 J'entendis une voix forte qui venait du trône et disait : « Voici, la demeure de Dieu est parmi les êtres humains ! Il demeurera avec eux et ils seront ses peuples. Dieu lui-même sera avec eux, il sera leur Dieu. 4 Il essuiera toute larme de leurs yeux. Il n'y aura plus de mort, il n'y aura plus ni deuil, ni lamentations, ni douleur. En effet, les choses anciennes ont disparu. »

 

La consolation est une dimension de l'espérance

Nous sommes à la fin du dernier livre de la Bible, avec l’évocation du grand projet de Dieu qui arrive à son terme. Ce projet, c’est, symboliquement, la réunion du ciel et de la terre : le ciel désigne la sphère de Dieu (« Notre Père qui es aux cieux… »), et la terre celle des humains et de toute créature (« Que ta volonté soit faite sur la terre… »). Le premier à avoir réuni le ciel et la terre, c’est le Christ, le Fils de Dieu devenu homme. Et par lui, le projet de Dieu va pouvoir s’accomplir. 

Dans notre texte, lorsque la voix forte, en provenance du trône de Dieu, proclame « Voici, la demeure de Dieu est parmi les êtres humains ! », c’est bien l’accomplissement du projet de Dieu qu’elle proclame. C’est la réalité de la Nouvelle Création, où la Nouvelle Jérusalem descend du ciel sur la terre. 

Or dans cette proclamation de l’accomplissement du projet de Dieu se trouve l’une des plus belles paroles d’espérance de toute la Bible. C’est le verset 4 : « Il essuiera toute larme de leurs yeux. Il n'y aura plus de mort, il n'y aura plus ni deuil, ni lamentations, ni douleur. »

La beauté et la profondeur de ce verset méritent qu’on s’y arrête, pour tenter d’y discerner toutes les facettes. 

La consolation, œuvre de la bonté de Dieu

Tout d’abord, le texte ne dit pas seulement qu’il n’y aura plus de larmes dans nos yeux, ce qui serait déjà une belle promesse. Il ne dit pas seulement que nos larmes s’arrêteront de couler, il dit que Dieu lui-même essuiera toute larme de nos yeux. C’est beau ! C’est Dieu qui vient essuyer nos larmes. 

Bien-sûr que la formule est imagée mais elle dit bien quelque chose de la douceur et de la bonté de Dieu pour nous. Il est comme quelqu’un qui vient nous prendre dans ses bras alors que nous sommes dans la tristesse, et dont l’étreinte nous fait du bien, nous remplit de paix et de consolation. Il nous comble de son amour, et il vient, délicatement et avec tendresse, essuyer les larmes de nos yeux. N’est-ce pas bouleversant ? 

La consolation est une des dimensions les plus touchantes de notre espérance !

La consolation, une restauration

Et puis vous remarquerez que la formule dit plus que d’affirmer qu’il n’y aura plus de raison de pleurer. Le texte ne dit pas seulement qu’aucune larme ne viendra plus remplir nos yeux. Elle dit que les larmes elles-mêmes seront essuyées. 

Les larmes sont les marques de nos souffrances et nos tristesses. Elles font partie de notre vie. La consolation prend en compte ces souffrances pour les soulager. La consolation chrétienne est de l’ordre de la restauration, de la réparation. Elle ne nie pas les souffrances et les tristesses. Elle les guérit. Et cela implique un processus, avec un facteur temps nécessaire, et qui parfois n’arrive jamais pleinement à son terme ici-bas… mais qui trouvera son plein accomplissement un jour. 

La consolation, une paix retrouvée

Et puis il y a cette affirmation absolue, et magnifique, qui suit : « Il n'y aura plus de mort, il n'y aura plus ni deuil, ni lamentations, ni douleur. »

Il y a ici quelque chose de définitif. La pleine consolation promise ne sera pas seulement la fin de nos tristesses mais l’impossibilité de toute tristesse. 

La pleine consolation n’est pas seulement dans l’apaisement de la tristesse et du deuil, dans la guérison des blessures et des traumatismes, elle est aussi dans l’assurance qu’aucune cause de tristesse, de deuil ou de souffrance ne sera plus possible. La consolation totale n’est pas seulement dans la fin de la tristesse, elle est aussi dans la fin des craintes et des menaces d’une tristesse possible. Elle s’appuie sur la victoire, totale et définitive, de Dieu sur les forces du Mal.  


Consolation et souffrance aujourd’hui

La consolation chrétienne prend en compte la souffrance

Il n’y a de consolation possible que s’il y a une prise en compte réelle de la souffrance. Il ne s’agit pas de faire comme si la souffrance n’était pas là, et encore moins s’interdire de souffrir et de pleurer. Et quand on parle de souffrance, on parle de toutes les souffrances, qu’elles soient physiques, psychologiques, morales… 

Il n’y a pas de honte à connaître la souffrance et la tristesse pour un chrétien. C’est même dans l’ordre des choses. 

Jésus lui-même a pleuré. Jean 11.35 : « Jésus pleura ». C’est le verset le plus court de la Bible… et il est lourd de sens. 

Le chemin de notre salut, emprunté par le Christ, a été celui de la souffrance et de la mort. Une souffrance autant physique que psychologique et morale. Une souffrance vécue dans le supplice de la crucifixion mais aussi dans l’humiliation, le rejet, l’abandon. 


La consolation chrétienne perçoit la souffrance comme une marque du mal

Pour autant, la souffrance demeure comme une marque du mal, à laquelle on ne peut pas se résoudre. 

Il y a eu chez les chrétiens, et il peut y avoir encore parfois, une fascination malsaine pour la souffrance, comme si la souffrance avait une valeur en elle-même. Ce n’est pas le cas ! Si l’horizon de notre espérance voit la souffrance disparaître, c’est qu’elle n’est pas bonne en elle-même. La souffrance n’aura pas sa place dans le nouveau ciel et la nouvelle terre, dans cette création nouvelle, libérée du pouvoir du mal et de la mort. Elle n’y aura pas sa place parce qu’elle est une marque du mal. 

Il est possible, et c’est même une grâce, de se réjouir même dans l’épreuve, parce que le Seigneur, par son Esprit, nous y accompagne. Il est possible de se réjouir dans l’épreuve et dans la souffrance, mais il ne s’agit jamais de se réjouir de l’épreuve et de la souffrance ! 

Il convient donc, aujourd’hui, de lutter contre la souffrance, de chercher à la soulager voire la guérir. Il s’agit même, pour nous chrétiens, de le faire dans la perspective du Royaume de Dieu, comme une marque d’espérance. 

Il s’agit donc aussi de condamner et de combattre aujourd’hui, au nom de notre espérance, tout ce qui est source de souffrance : toute forme de violence, d’injustice, d’humiliation ou d’emprise. Et y veiller particulièrement dans nos Eglises et dans nos familles ! C’est un scandale qu’elles puissent encore s’y manifester. 

Il s’agit aussi de laisser de l’espace, dans l’Eglise, entre frères et sœurs, pour que chacun puisse exprimer ses douleurs et ses souffrances, et y trouver le soutien et le réconfort. 


Conclusion

Soyez consolés ! Nous avons une espérance qui nous aide à affronter et surmonter les souffrances, quelles qu’elles soient. Nous avons, surtout, auprès de nous, le Christ qui a vécu lui-même la souffrance, sous toutes ses formes, jusqu’à la mort. Sa présence est source de consolation. 

Mais soyez rassurés ! Qui que vous soyez, quelle que soit votre expérience dans la foi, quelles que soient les épreuves que vous avez connues ou que vous traversez, il est normal que votre vie soit aussi, parfois, marquée par la tristesse et les pleurs. Il y a des souffrances et des douleurs qui ne nous quittent jamais vraiment… même avec la consolation que nous apporte l’Esprit saint. 

Alors soyez consolés ! Car un jour votre consolation sera totale, au jour du plein accomplissement du projet de Dieu. La consolation elle-même est une dimension de l’espérance. Lorsque notre espérance sera pleinement accomplie, alors notre consolation sera pleine et totale. Et Dieu lui-même essuiera les larmes de nos yeux ! 


dimanche 26 mars 2023

Jésus pleura

 
> Ecouter la prédication

Quel est le point commun entre ces photos ? 

Ce sont toutes des représentations de Jésus au cinéma.  

Quand on veut représenter Jésus au cinéma, au-delà du choix de l’acteur et de son look, il y a la façon de le mettre en scène et de l’interpréter à l’écran qui est un défi… que sans doute aucun film n’a vraiment réussi à relever. 

Il faut dire que la tâche est compliquée… Les évangiles se centrent sur les enseignements et les actes de Jésus, notamment ses miracles, mais aussi et surtout sa mort et sa résurrection. S’ils ne nous disent rien sur l’apparence de Jésus, ils évoquent quand même quelques aspects de son attitude envers les autres. Parfois de manière discrète… mais ces allusions peuvent en dire long. C’est le cas d’une phrase très courte, qui constitue même le verset le plus court de la Bible, en Jean 11.35 : « Jésus pleura. »

Qu’est-ce que cette toute petite phrase peut nous dire de Jésus ? Pour le comprendre, il faut bien-sûr la replacer dans son contexte. Ce chapitre de l’évangile de Jean évoque l’un des miracles les plus impressionnants de Jésus puisqu’il s’agit d’une résurrection. 

Un jour, on vient trouver Jésus pour lui dire qu’un de ses amis, Lazare, est malade et qu’il risque de mourir. Mais Jésus ne se presse pas de se rendre à son chevet et il tient des propos que ses disciples ne comprennent pas vraiment… jusqu’à ce qu’il finisse par leur dire clairement : « Lazare est mort. »

Ils se rendent alors à Béthanie, là où habitait Lazare. A proximité de la ville, Marthe, l’une des sœurs de Lazare, vient à sa rencontre et lui reproche à demi-mot de ne pas être venu plus tôt. Mais Jésus lui dit que son frère va ressusciter. Ce que Marthe a du mal à comprendre… elle pense que Jésus parle de la résurrection des morts à venir, à la fin des temps. 

Marthe va alors avertir Marie, sa sœur, que Jésus est arrivé. Nous lisons le récit à partir d’ici :

Jean 11.31-44
31 Quand les Juifs qui étaient dans la maison avec Marie pour la consoler la virent se lever en hâte et sortir, ils la suivirent. Ils pensaient qu'elle allait au tombeau pour y pleurer. 32 Marie arriva là où se trouvait Jésus ; dès qu'elle le vit, elle se jeta à ses pieds et lui dit : « Seigneur, si tu avais été là, mon frère ne serait pas mort. » 33 Quand Jésus la vit pleurer, elle et les Juifs qui étaient venus avec elle, il ressentit une forte colère et se troubla. 34 Il leur demanda : « Où l'avez-vous mis ? » Ils lui répondirent : « Seigneur, viens et tu verras. » 35 Jésus pleura. 36 Les Juifs dirent alors : « Voyez comme il l'aimait ! » 37 Mais quelques-uns d'entre eux disaient : « Lui qui a ouvert les yeux de l'aveugle, ne pouvait-il pas aussi empêcher Lazare de mourir ? »
38 Alors Jésus, ressentant de nouveau une forte colère, se rend au tombeau. C'était une grotte, dont l'entrée était fermée par une grosse pierre. 39 « Enlevez la pierre », dit Jésus. Marthe, la sœur du mort, répliqua : « Seigneur, il doit sentir mauvais, car il y a déjà quatre jours qu'il est ici. » 40 Jésus lui répondit : « Ne t'ai-je pas dit que si tu crois, tu verras la gloire de Dieu ? » 41 On enleva donc la pierre. Jésus leva les yeux vers le ciel et dit : « Père, je te remercie de m'avoir écouté. 42 Moi je sais que tu m'écoutes toujours, mais je parle pour cette foule qui m'entoure, afin qu'ils croient que tu m'as envoyé. » 43 Après ces mots, il cria d'une voix très forte : « Lazare, sors de là ! » 44 Le mort sortit, les pieds et les mains attachés par des bandes et le visage enveloppé d'un linge. Jésus dit : « Déliez-le et laissez-le aller. »

Jésus pleura… mais il n’est pas le seul à pleurer dans ce récit ! Et c’est bien normal. Un homme vient de mourir, tous les proches sont dans le deuil et pleurent. Jésus aussi pleure. Et ce n’est pas une précision anodine. Elle est, au contraire, riche de sens à propos de Jésus. 


Les pleurs de Jésus, notre frère

Les pleurs de Jésus sont sincères et authentiques. Ce tout petit verset est un des plus beaux et des plus forts pour décrire la pleine humanité de Jésus. Quand on lit les évangiles, on y découvre Jésus comme notre frère, partageant pleinement notre humanité. Il parle, il mange, il boit, il dort, il marche, il se réjouit, il souffre, il prie, il pleure…  

Voir Jésus pleurer, c’est mesurer son empathie et sa proximité avec nous. Jésus n’est ni froid ni distant. Par lui, Dieu s’est même approché au plus près de nous, partageant notre humanité. Cette toute petite phrase, « Jésus pleura », est un signe de la pleine incarnation du Fils de Dieu, jusque dans notre condition humaine marquée par la souffrance. 


Jésus pleure avec ceux qui pleurent

Les gens sont étonnés de voir Jésus pleurer, et ils s’exclament : « Voyez comme il l’aimait ! ». Ils pensent que Jésus pleure Lazare et qu’il est triste de sa mort. Ça peut paraître logique au premier abord mais ont-ils raison ? Evidemment, c’est délicat de se mettre à la place de Jésus et de décrypter ses émotions. Mais ne peut-on pas trouver des indices dans le texte qui nous aident à comprendre pourquoi Jésus pleure ? 

Comme on l’a dit, Jésus savait déjà que Lazare était mort. Il l’a dit à plusieurs reprises plus tôt dans le récit, même si ses disciples ne comprennent pas ce qu’il dit alors. Jésus n’apprend pas la mort de son ami à ce moment-là. Il sait même déjà qu’il va le ressusciter. Ça aussi, il l’a déjà dit à ses disciples et à Marthe, la sœur de Lazare. Il suffit d’ailleurs de voir la prière de Jésus, à partir du verset 41, pour en avoir encore la confirmation : « Père, je te remercie de m'avoir écouté. Moi je sais que tu m'écoutes toujours, mais je parle pour cette foule qui m'entoure, afin qu'ils croient que tu m'as envoyé. » Il n’y a pas le moindre doute dans la prière de Jésus : il sait que Lazare va revenir à la vie, il sait qu’il va retrouver son ami. 

C’est donc peu probable que Jésus pleure la mort de Lazare. Pour lui, c’est comme s’il n’était pas mort ! 

En réalité, on a plutôt l’impression que c’est en voyant les proches de Lazare pleurer que Jésus se met à pleurer. Regardez le verset 33 : « Quand Jésus la vit pleurer, elle et les Juifs qui étaient venus avec elle, il ressentit une forte colère et se troubla. »  Et c’est bien ce trouble qui finit par le faire pleurer au verset 35. 

Jésus pleure avec ceux qui pleurent, il partage, sincèrement, leur tristesse. Il fait tout simplement preuve d’empathie. Il ne peut pas rester insensible au chagrin des autres. 

Nous qui croyons que Jésus est ressuscité, qu’il est vivant aujourd’hui, nous pouvons dire la même chose de lui aujourd’hui. Il n’est pas insensible à notre peine et à notre chagrin. Par son Esprit qui vit en nous, il partage nos émotions. Il se réjouit avec ceux qui se réjouissent. Il pleure avec ceux qui pleurent. Nous pouvons compter sur sa compassion et sa compréhension. 


Des pleurs et de la colère

Vous avez peut-être remarqué que les pleurs de Jésus sont aussi mêlés de colère. Par deux fois, le récit parle de la colère de Jésus. Au verset 33 : « Quand Jésus la vit pleurer, elle et les Juifs qui étaient venus avec elle, il ressentit une forte colère et se troubla. »  et à nouveau au verset 38 : « Alors Jésus, ressentant de nouveau une forte colère, se rend au tombeau. »

Qu’est-ce qui le met donc en colère ? Ce ne sont pas les pleurs des gens, de toute évidence… puisqu’il pleure lui-même avec eux. 

Et si Jésus était tout simplement en colère devant la mort et ses conséquences ? Il est en colère en voyant les proches dévastés par la mort de Lazare. Il est en colère devant le tombeau qui renferme son corps. Jésus ne se résout pas à accepter la mort et la douleur profonde qu’elle inflige. Il n’oublie pas qu’elle est l’ennemie à vaincre. C’est pour cela qu’il est venu sur terre. Pour vaincre la mort. Et là, devant lui, il voit la mort qui semble triompher, il voit la profonde douleur qu’elle inflige à ses frères et ses sœurs. Et il ne le supporte pas. Ça le met en colère. 

Dans la colère et les larmes, il inflige alors une défaite à la mort. Il prie, avec une parfaite assurance, et il appelle Lazare pour qu’il sorte du tombeau. Lazare est revenu à la vie !

La résurrection de Lazare est un avant-goût de la victoire ultime de Jésus sur la mort, le jour de sa propre résurrection. Non pas, comme pour Lazare, une simple réanimation pour un temps seulement mais une résurrection définitive. Une victoire totale sur la mort. 


Les pleurs de Jésus : une bonne nouvelle !

Jésus pleura. Cette simple affirmation, replacée dans le contexte de l’évangile de Jean, est une bonne nouvelle pour nous. Elle nous dit que Jésus est devenu notre frère, pour partager nos pleurs et vaincre la mort : il nous offre une consolation en partageant nos souffrances, il nous donne une espérance en triomphant de la mort. 

Consolation et espérance, voilà deux des biens les plus précieux que nous apporte la foi en Jésus-Christ. 

Dieu ne nous promet pas d’échapper à la souffrance et à la tristesse. Il nous promet la consolation par sa présence à nos côtés : il pleure aujourd’hui avec ceux qui pleurent. Il nous promet aussi qu’un jour, la victoire sera totale, la tristesse et le deuil auront disparus. C’est la vie qui vaincra, par la victoire du Christ, mort et ressuscité ! 

Nous pouvons à notre tour puiser dans cette consolation et cette espérance, une force non seulement pour affronter nos épreuves mais pour nous tenir aux côtés de notre prochain qui souffre. 

C’est le rôle du Saint-Esprit, que l’évangile de Jean appelle le Consolateur, et dont une des fonctions est aussi de nous rappeler les paroles de Jésus et les appliquer à notre vie. Ainsi, par le Saint-Esprit, nous pouvons, comme Jésus, pleurer avec ceux qui pleurent, et ensemble nous mettre au bénéfice de sa consolation. Nous pouvons, grâce au Saint-Esprit qui atteste à notre cœur les paroles du Christ, témoigner d’une espérance qui ne dépend pas des circonstances de notre vie mais des promesses de Dieu. 

Oui, les pleurs de Jésus sont une bonne nouvelle. Jésus est devenu notre frère, pour partager nos pleurs et vaincre la mort : il nous offre une consolation en partageant nos souffrances, il nous donne une espérance en triomphant de la mort ! 


dimanche 11 août 2019

L'étrange cas du jeune Eutyque

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L'histoire de ce matin se déroule pendant le troisième voyage missionnaire de l'apôtre Paul. Après avoir traversé l'Asie Mineure et avoir séjourné en Macédoine et en Grèce, il est sur le chemin du retour. Certains de ses compagnons de route ont pris un peu d'avance et attendent l'apôtre et le reste de la troupe, dont Luc, l'auteur du livre des Actes, à Troas, une cité portuaire au nord-ouest de l'Asie Mineure. Paul les rejoint mais il ne va pas y rester trop longtemps. Il compte arriver à Jérusalem pour la fête de la Pentecôte et le voyage est encore long. Il est donc plutôt pressé mais il a encore beaucoup de choses qu'il veut transmettre aux chrétiens de la ville.

Nous sommes la veille du départ de Paul de la ville, quelque part à Troas, un samedi soir, dans une grande maison où les chrétiens avaient sans doute l'habitude de se retrouver. On dirait aujourd'hui que l'Eglise de Troas est réunie pour le culte, avec un prédicateur de passage exceptionnel : l'apôtre Paul !

Actes 20.7-12
7 Le samedi soir, nous sommes réunis pour partager le pain. Paul prend la parole devant les frères et les sœurs chrétiens. Puisqu'il doit partir le jour suivant, il continue à parler jusqu'à minuit. 8 Nous sommes réunis dans la pièce qui est en haut de la maison. Là, il y a beaucoup de lampes allumées. 9 Un jeune homme, appelé Eutyque, est assis sur le bord de la fenêtre. Paul continue à parler longtemps. Eutyque s'endort profondément. Pris par le sommeil, il tombe du troisième étage et, quand on veut le relever, il est déjà mort. 10 Alors Paul descend, il se penche sur lui et le prend dans ses bras en disant : « Ne soyez pas inquiets, il est vivant ! »
11 Ensuite Paul remonte, il partage le pain et mange. Il parle encore longtemps jusqu'au lever du soleil, puis il s'en va. 12 Après cela, on emmène le garçon bien vivant, et tous sont vraiment consolés.

On pourrait se contenter d'une lecture de cette histoire au premier degré. Au cours d'une réunion des chrétiens de Troas survient une tragédie. Mais Dieu vient au secours de son Eglise et rétablit le jeune homme après sa chute mortelle.

La question qu'on est en droit de se poser est la suivante : pourquoi ce récit justifie-t-il sa place dans le livre des Actes ? Il y a, certes, un miracle. Mais il y en a eu d'autres... pourquoi raconte-t-on celui-ci ? Faut-il juste voir dans ce récit une invitation à sécuriser les lieux de culte ? Ou une mise en garde contre les prédications trop longues, qui peuvent se révéler plus dangereuses qu'on ne le pense ? Parce qu'on remarquera tout de même, au passage, que l'histoire n'est pas trop à l'avantage de l'apôtre Paul... Certes, la réunion se prolonge tard dans la nuit mais visiblement sa prédication n'était pas assez passionnante pour tenir éveillé ses auditeurs ! Eutyque est tombé de la fenêtre mais qui nous dit qu'il était le seul à s'être endormi ?


Un récit bien étrange...


La question de la place de ce récit dans le livre des Actes est aussi pertinente quand on considère la façon dont il est raconté. Car, quand on y regarde de plus près, le récit autour de ce jeune homme tombé de la fenêtre est bien étrange. On pourrait même se demander ce qui s'est vraiment passé...

En effet, le texte nous dit que le jeune homme tombe du troisième étage de la maison et que lorsqu'on veut le relever, on se rend compte qu'il est mort. C'est une terrible tragédie et on imagine sans peine l'émoi que ça a pu susciter, peut-être un vent de panique, une terreur qui s'empare de tout le monde. Imaginez qu'un événement similaire arrive ce matin, au cours de notre culte ! Pourtant, tout semble se passer dans un calme olympien. Le texte biblique dit simplement que Paul descend, il prend le jeune homme dans ses bras et il dit qu'il ne faut pas s'inquiéter : il est vivant. On ne dit pas qu'il ait fait quelque chose de particulier, qu'il ait imposé les mains au jeune homme ou au moins qu'il ait prié pour sa résurrection. Même Jésus l'aurait fait ! Rien de tout ça... Il dit juste qu'il ne faut pas s'inquiéter et qu'il est vivant.

Et puis, surtout... il remonte à l'étage, comme si de rien n'était ! Et il reprend là où il s'était arrêté : il partage le pain avec les disciples réunis, qui semblent eux aussi être passé à autre chose, et il prêche toute la nuit ! Bref, le culte continue... Après quoi, il s'en va. Et ce n'est qu'à la toute fin du récit, au petit matin, alors que Paul est parti, qu'on nous confirme que le garçon est bien vivant, et que tout le monde est vraiment consolé. C'est comme s'il était resté toute la nuit au pied de la maison, continuant le sommeil qu'il a avait commencé pendant la prédication de l'apôtre ! Son réveil a dû être un peu spécial...

Vous ne trouvez pas ça assez étrange ? Et comme si ça ne suffisait pas, il y a encore d'autres éléments incongrus, ou des questions sans réponse.

Par exemple, pourquoi le jeune homme est-il assis sur le bord de la fenêtre ? Parce que la chambre était pleine ? Parce qu'il avait chaud et qu'il cherchait un peu d'air ? Parce qu'il n'était pas passionné par le discours de Paul et jetait un coup d'oeil de temps en temps à l'extérieur ? On n'en sait rien. En fait, on ne sait rien de ce jeune homme. Il ne parle jamais, le texte n'émet aucun jugement sur son attitude, ne commente pas ce qui lui arrive...

Tout ce qu'on sait de lui, c'est son nom. On peut d'ailleurs se demander pourquoi il est mentionné ! Est-ce si important de le savoir ? Sauf que, savez-vous ce que signifie Eutyque ?  Ça veut dire : « chanceux » ! C'est quand même étonnant, vu ce qui lui arrive !

Autre élément étonnant : la mention du partage du pain, à cette heure tardive. Il ne s'agit pas ici de casser la croûte mais de partager le repas du Seigneur, la Cène. Certes, elle se vivait au cours d'un véritable repas chez les premiers chrétiens, mais normalement pas à minuit... et encore moins dans ces circonstances !


Une portée symbolique ? 


Autant d'éléments surprenants doivent nous interpeller. Ce sont peut-être des indicateurs pour nous dire qu'il ne faut pas passer trop vite sur un tel récit, qu'une lecture seulement au premier degré ne suffit pas...

Et si ce récit, et la façon bien étrange dont il est raconté, avait une autre portée ? N'aurait-il pas une valeur de symbole ? Il ne s'agit pas de dire qu'il n'y a pas eu de miracle. Luc, l'auteur du livre des Actes, en parle en tant que témoin oculaire : le récit est à la première personne du pluriel. Il y a sans doute bien eu un jeune homme qui s'est endormi, qui est tombé de la fenêtre, et qui en est miraculeusement sorti indemne.

Mais ne doit-on pas aller plus loin que cette lecture au premier degré ? On a déjà mentionné le nom d'Eutyque (chanceux), le calme étonnant dans lequel les choses se passent, le culte qui se poursuit comme si de rien n'était... Qu'y a-t-il d'autre ?

Le récit nous parle quand même d'une mort et d'une résurrection. Et en plus on est dans la nuit de samedi à dimanche ! Et c'est au petit matin du dimanche que la résurrection est constatée... Et c'est à ce moment-là seulement que tout le monde est soulagé. Le texte l'exprime avec emphase : « tous sont vraiment consolés ». Littéralement, on pourrait traduire : « et ce ne fut pas une petite consolation ! »

Ca ne vous rappelle rien ? Une expérience de mort et de résurrection, constatée au petit matin, et qui est une source de consolation sans mesure ! D'une certaine manière, ce récit à Troas nous parle de l'expérience de mort et de résurrection que le croyant est appelé à vivre, à la suite de Jésus-Christ. Une expérience partagée dans la communauté chrétienne et source d'une profonde consolation.


Quelques applications 


Une expérience de mort et de résurrection


C'est le cœur de l'Evangile, et le cœur de l'expérience chrétienne. Peut-on aller jusqu'à dire que l'expérience de la mort et la résurrection du Christ devrait être la réalité de la vie chrétienne normale, comme la résurrection du jeune Eutyque semble évidente et naturelle dans ce récit ?

Et pourtant, nous nous contentons facilement d'une vie chrétienne morne où on n'est pas vraiment mort et ressuscité mais entre les deux, juste assoupis...

Demandons au Seigneur de permettre que notre vie chrétienne soit encore et toujours l'expérience d'une vie nouvelle !

Partagée dans la communauté chrétienne


Tout se passe dans ce récit lorsque l'Eglise est réunie, alors que l'Evangile est prêché et la Cène est célébrée !

Il faut souligner l'importance de l'Eglise dans la vie du chrétien. Je ne parle pas des institutions et des différentes chapelles. Je parle de la communauté chrétienne. La mort et la résurrection en Christ est une expérience à partager. Et la Parole de Dieu prêchée et étudiée en communauté permet de l'appréhender. Tout comme la participation à la Cène, ce sacrement donné par Jésus à son Eglise, pour proclamer et vivre sa mort et sa résurrection.

Source d'une profonde consolation


Il n'y a pas de plus grande consolation, pas de plus grand encouragement que la réalité de la mort et de la résurrection du Christ. Dans l'histoire bien-sûr, parce que c'est par ce double événement que le salut de Dieu pour les humains s'est accompli. Mais aussi dans notre vie chrétienne évidemment !

Face à la mort, la maladie, la souffrance : nous sommes ressuscités en Christ, c'est notre consolation et notre espérance au-delà de toute épreuve !

Contre les forces de mort qui nous entourent et nous pressent, ou les pulsions mortifères qui peuvent nous habiter : nous sommes ressuscités en Christ, c'est notre encouragement dans la lutte, notre victoire par la foi.


L'étrange cas du jeune Eutyque nous invite donc à expérimenter, dans notre "vie chrétienne normale", la réalité et la puissance de la mort et de la résurrection du Christ ! 

dimanche 3 juillet 2016

Avoir Dieu pour mère

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Esaïe 66.10-14a
10Vous qui aimez Jérusalem,
réjouissez-vous avec elle,
débordez de joie à cause d'elle.
Vous qui étiez en deuil à cause de ses malheurs,
soyez fous de joie avec elle !
11Alors elle vous rendra courage.
Vous serez rassasiés
comme des bébés qui tètent avec joie
le sein rempli de lait de leur mère.
12En effet, voici ce que le SEIGNEUR dit :
« Je vais faire couler vers Jérusalem
le bonheur comme un fleuve,
et les richesses des peuples comme un torrent qui déborde.
Je prendrai soin de vous
comme une mère le fait
pour le bébé qu'elle allaite.
Elle le porte sur son dos
et le caresse sur ses genoux.
13Oui, comme une mère console son enfant,
moi aussi, je vous consolerai.
À Jérusalem, vous serez consolés.
14Quand vous vivrez cela,
votre cœur sera dans la joie,
et votre corps reprendra vie
comme l'herbe après la pluie. »


Dans sa deuxième et sa troisième partie, le livre d'Esaïe s'adresse aux Juifs exilés à Babylone, au VIe siècle avant Jésus-Christ. Il s'adresse à un peuple découragé, loin de son pays, en attente d'espérance. Or, au cœur de ces chapitres, il est question de consolation. Car Dieu a un projet de retour pour son peuple.

Juste avant notre texte, le prophète utilise l'image de l'enfantement pour parler de ce retour. Un miracle, sujet de joie immense. Et au cœur de notre texte, l'image se prolonge avec celle d'un bébé heureux, dans les bras de sa mère, rassasié de son lait.

Pourquoi ne pourrions-nous pas nous approprier cette image ? Car elle nous parle de Dieu et de ceux qu'il aime, de la relation qu'il veut avoir avec eux. Et on peut considérer la relation de Dieu avec le peuple d'Israël, dans l'Ancien Testament, comme un prototype de la relation qu'il veut entretenir avec les humains en général.

Et de cette image, nous pouvons déduire deux affirmations qui, il faut l'avouer, peuvent paraître surprenantes au premier abord :

  • Nous sommes des nourrissons qui avons besoin d'être consolés
  • Dieu est une mère qui console et nourrit



Nous sommes des nourrissons qui avons besoin d'être consolés

De simples nourrissons

L'image du nourrisson n'est peut-être pas, au premier abord, très valorisante. Un nourrisson, c'est mignon... mais c'est fragile, faible, vulnérable. Ca n'a aucune autonomie et une capacité de communication limitée.

Un nourrisson ne s'exprime pratiquement que par les pleurs. Quand il a faim, il pleure. Quand il a mal, il pleure. Quand il a peur, il pleure. Difficile d'avoir une conversation élaborée dans ces conditions ! Et pourtant, sa mère reconnaît ses pleurs. Ils ne sont pas les mêmes quand il a mal ou quand il a faim. Quand une mère entend son bébé pleurer, elle sait ce dont il a besoin.

Nous sommes bien des nourrissons devant Dieu, avec notre langage limité pour lui parler. Mais Dieu comprend nos murmures, nos cris et nos prières maladroites, comme une mère comprend les pleurs de son enfant.

Car les promesses de Dieu dans le prophète Esaïe sont aussi les réponses de Dieu aux prières de ceux qui criaient à lui dans le contexte de l'exil. Dieu les a consolé...

Le salut comme consolation

Le salut est une consolation. On associe, avec raison, d'autres notions au salut dans la Bible. Le pardon, la réconciliation, la régénération, la justification.... Ici, c'est la consolation. C'est une notion centrale chez Esaïe. La 2e partie du livre s'ouvre par cet appel : « Consolez, consolez mon peuple ! » (Es 40.1). Et la thématique de la consolation se répète de nombreuses fois dans les deuxièmes et troisièmes parties du livre. On retrouve aussi cette thématique chez d'autres prophètes, notamment Jérémie.

L'idée de consolation est liée alors au retour de l'exil. L'exil est certes l'éloignement du pays mais, spirituellement, c'est aussi et surtout l'éloignement de Dieu. Et dans le message des prophètes, le retour de l'exil est lié au retour à Dieu. La consolation est certes celle du retour au pays mais aussi celle du retour à Dieu. Comme le nourrisson qui retrouve les bras de sa mère.

Dans le Nouveau Testament, on retrouve cette idée de consolation associée au salut. Le vieux Syméon à Jérusalem, qui attendait la venue du Messie, nous est ainsi décrit par Luc : « Cet homme était juste et pieux, il attendait la consolation d’Israël et l’Esprit Saint était sur lui. » (Lc 2.25) Et, prenant Jésus dans ses bras, il peut dire : « Maintenant, Seigneur, tu peux laisser ton serviteur mourir dans la paix, comme tu l'as dit. Oui, mes yeux ont vu le salut que tu nous donnes. » (Lc 2.29-30)

Nous sommes des nourrissons qui avons besoin d'être consolés. On a besoin d'être consolé quand on est triste, quand on souffre. Nous l'avons tous vécu. Mais nous avons besoin aussi d'une consolation spirituelle. Celle qui vient du salut de Dieu, de son pardon et sa grâce. Celle qui répond à la tristesse de l'éloignement de Dieu, la souffrance existentielle de la séparation avec Dieu. C'est une souffrance qu'on occulte parfois... mais qui est bien réelle. Parce que nous sommes créés par et pour Dieu, nous sommes faits pour être en relation avec notre Créateur.


Dieu est une mère qui console et nourrit

Pour illustrer cette consolation offerte par Dieu, c'est donc l'image de la mère qui est utilisée. Ce n'est pas la première fois que la Bible, à commencer par Esaïe, décrit Dieu avec des caractéristiques féminines. Et ça ne devrait pas nous étonner...

Car Dieu n'a pas de genre ! Même si Jésus nous invite à appeler Dieu « notre Père », ce dernier n'a rien à voir avec un vieillard à la barbe blanche ! Masculin et féminin sont des catégories valides pour les humains, pas pour Dieu !

Pour parler de Dieu, on en est réduit à utiliser notre langage, nos catégories. Nos mots, nos concepts, notre théologie, sont trop limités pour décrire Dieu. Nous ne sommes que des nourrissons... La perfection divine nous reste inaccessible, incompréhensible. Tout ce que nous disons de Dieu n'est que partiel. Nous ne pouvons l'enfermer dans les cases de nos mots, de nos concepts.

Mais il se révèle à nous avec le langage que nous comprenons. Comme les adultes communiquent avec les tout petits bébés par des mots et des sons adaptés. Dieu utilise notre langage pour se révéler. Il se met à notre hauteur. C'est le mouvement qui traverse toute la révélation biblique, jusqu'à son aboutissement dans l'incarnation, le Fils de Dieu devenu homme.

Avec notre langage humain, nous pouvons donc connaître ce que Dieu révèle de lui-même. Or, dans la Genèse, quand Dieu crée l'humain à son image, il les crée homme et femme. L'homme et la femme, le masculin et le féminin sont donc des métaphores également valides pour parler de Dieu ! Il est tout aussi légitime de parler de Dieu comme un père que comme une mère. Nous n'avons pas besoin de chercher une autre figure féminine à élever au rang de Dieu... Dieu, notre Père, est aussi notre mère.

Dieu : une mère qui console

« Comme une mère console son enfant, moi aussi, je vous consolerai. » (v.13). Cette promesse exprime le soin personnel, intime, de Dieu pour ses enfants. C'est une image d'une tendresse incroyable pour un Dieu aussi proche de nous qu'une mère l'est pour son enfant !

Ce Dieu si proche, c'est celui qui vient habiter en nous, par son Esprit. Notez d'ailleurs que le mot hébreux pour « esprit » (rouah) est féminin... Et que dans l’Évangile selon Jean, le Saint-Esprit est appelé le consolateur !

Dieu : une mère qui nourrit

« Vous serez rassasiés comme des bébés qui tètent avec joie le sein rempli de lait de leur mère. » (v.11). Là aussi, l'image est incroyable de tendresse et d'intimité. Dieu est une mère qui nourrit. Et la nourriture que Dieu donne, c'est le lait maternel. Il donne de lui-même. Il se donne. Comme Dieu se donnera lui-même dans la personne de son Fils. Comme Dieu lui-même nous remplit de sa présence, par son Esprit.

Vous avez déjà vu le visage d'un nourrisson dans les bras de sa mère après avoir bu son lait ? C'est l'image même du bonheur, de la béatitude. La plénitude ! Ce Dieu qui se donne lui-même pour nous ne peut que nous offrir la plénitude. Une plénitude de joie, d'espérance, d'amour.


Conclusion

Ce texte, plein d'espoir pour le peuple de Juda exilé à Babylone, est aussi porteur de promesse pour nous. Car il nous décrit un Dieu tendre et proche, une mère qui prend soin des nourrissons que nous sommes.

Laissons-nous donc prendre dans les bras de Dieu, laissons-nous consoler par lui, laissons-nous nourrir par lui. Abandonnons-nous à sa tendresse et recevons la plénitude de sa joie, celle de se savoir aimé par le Créateur de l'Univers.

Ecoutons-le nous dire :

« Je prendrai soin de vous
comme une mère le fait
pour le bébé qu'elle allaite.
Elle le porte sur son dos
et le caresse sur ses genoux.
Oui, comme une mère console son enfant,
moi aussi, je vous consolerai.
(...)
Quand vous vivrez cela,
votre cœur sera dans la joie,
et votre corps reprendra vie
comme l'herbe après la pluie. »