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dimanche 12 janvier 2020

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Avez-vous vu le Messie ? Moi oui ! En réalité, je parle d’une série, sortie récemment sur Netflix et intitulée Messiah (Le Messie, en anglais). Elle imagine le retour, de nos jours, du Messie, ou du moins de quelqu’un qui se prétend être le Messie, et qui est accueilli comme tel par beaucoup, quelqu’un à qui on attribue des miracles, qui parle au nom de Dieu et qui semble tout connaître des personnes qu’il rencontre. Bien sûr c’est une fiction… mais c’est très intéressant de voir comment on peut imaginer la venue de Jésus, dans le contexte géopolitique actuel, dans la peau d’un migrant anonyme venant de Syrie, à l’heure des chaînes d’info continue et des réseaux sociaux !

On peut évidemment discuter la vision de Jésus qui ressort de cette série… une vision qui, personnellement, ne me convient pas vraiment sur plusieurs points ! Mais il y a un élément que je trouve intéressant : c’est seulement lorsqu’ils rencontrent personnellement ce “Jésus” que les personnages de la série sont vraiment interpellés, voire transformés. Et c’est là que se manifeste ou non leur foi...

Pour nous, c’est sans doute de cette façon que nous devons envisager notre lien à Jésus (et là je ne parle plus de la série !). C’est dans une rencontre personnelle avec lui, par la foi, que nous serons transformés. Et la façon dont les évangiles nous présentent la personne de Jésus nous invite à chercher cette rencontre et pas simplement se faire un avis sur le personnage Jésus.

Lisons le texte de l’Evangile de ce dimanche dans cette perspective :

Matthieu 3.13-17
13 À ce moment-là Jésus vient de la Galilée au Jourdain ; il arrive auprès de Jean pour être baptisé par lui. 14 Jean s'y opposait et lui disait : « C'est moi qui devrais être baptisé par toi et c'est toi qui viens à moi ! » 15 Mais Jésus lui répondit : « Accepte qu'il en soit ainsi pour le moment. Car il convient que nous accomplissions ainsi ce que Dieu demande. » Et Jean accepta. 16 Dès que Jésus fut baptisé, il remonta de l'eau. Au même moment les cieux s'ouvrirent pour lui : il vit l'Esprit de Dieu descendre comme une colombe et venir sur lui. 17 Et une voix venant des cieux dit : « Celui-ci est mon fils bien-aimé ; en lui je trouve toute ma joie. »

“À ce moment-là Jésus vient de la Galilée au Jourdain” Cette simple indication géographique en dit plus qu’on le croit au premier abord. La Galilée, c’était loin. Et c’était un territoire un peu méprisé. On entendra, dans les évangiles, cette formule : “Peut-il venir quelque chose de bon de Nazareth ?” (Jean 1.46) Forcément, en Galilée, Jésus ne pouvait être qu’un incognito… Mais tout le monde venait de Jérusalem, la capitale, et de toute la région de Judée pour voir et entendre Jean le prophète, au bord du Jourdain. Pour Jésus, venir de Galilée au Jourdain, c’était entrer dans la vie publique. Avant, personne ne le connaissait, sauf ses proches. A partir de ce jour, il va commencer son ministère publique et sa réputation va rapidement grandir.

Mais on peut se dire que Jésus a une drôle de façon d’entrer dans son ministère publique. S’il avait eu des conseillers en communication, je doute qu’ils lui auraient conseillé de faire ça ! Ca aurait été plus prestigieux, plus porteur, d’aller à Jérusalem, la capitale, peut-être même au temple. Là aussi il y a du monde !

Mais Jésus choisit d’aller au bord du Jourdain, et demander le baptême à Jean. Or, le baptême de Jean, c’est un baptême de repentance, pour changer de vie et se préparer à la venue du Messie. Jésus a-t-il besoin de repentance ? Non ! Doit-il se préparer à la venue du Messie ? Non, il est lui-même le Messie !

Il se soumet donc à quelque chose dont il n’avait pas besoin. Pourquoi ? Jean lui-même ne le comprends pas. « C'est moi qui devrais être baptisé par toi et c'est toi qui viens à moi ! » Des paroles qui rappellent étrangement celles de Pierre, dans l’évangile selon Jean, lorsque Jésus lui lave les pieds. Il réagit de façon plus radicale encore : « Non, tu ne me laveras jamais les pieds ! »
(Jean 13.8)

Pierre ne comprend pas plus que Jean ce que Jésus veut faire. Et dans les deux cas, Jésus ne leur demande pas de comprendre mais d’accepter de s’y soumettre :

  • A Jean il dit : « Accepte qu'il en soit ainsi pour le moment. Car il convient que nous accomplissions ainsi ce que Dieu demande. » 
  • A Pierre il dit : « Tu ne saisis pas maintenant ce que je fais, mais tu comprendras plus tard. » (Jn 13.7)


Jean va finalement accepter de baptiser Jésus, et Pierre va finalement accepter de se laisser laver les pieds par Jésus… Mais je doute fort que l’un et l’autre aient compris pourquoi !

Avec le recul, et la mise en perspective dans les évangiles, nous comprenons mieux. Et la mise en regard de notre épisode avec celui du lavement des pieds nous permet de mieux comprendre la portée du baptême de Jésus.

C’est le serviteur, l’esclave, qui lavait les pieds des invités lorsqu’ils arrivaient dans la maison, les sandales pleines de terre et de poussière. Or ici, le maître se fait serviteur. Il n’a pas à le faire… mais il choisit de le faire malgré tout. Il y a une sorte d’humiliation, un abaissement volontaire : pour laver les pieds de quelqu’un, il faut se mettre à genou devant lui. On comprend alors la réaction de Pierre !

En venant dans le Jourdain demander à Jean de le baptiser, Jésus a la même démarche d’humiliation. Lui, le Fils de Dieu, le Messie, il se soumet au même baptême de repentance que tous ceux qui venaient à Jean. Il prend la posture du pécheur qui a besoin de repentance.

L’un et l’autre de ces épisodes étonnants illustrent la démarche humiliante de l’incarnation. Le Fils de Dieu devient un homme, et non pas un homme hors-sol, protégé, à l’écart des épreuves des humains. Il devient comme les humains, dans leur condition de pécheur, et tout ce que cela implique d’épreuves, de tentations, de souffrances... Une démarche d’humiliation qui conduira, nécessairement, à la mort, la mort sur la croix. C’est ce que Paul dira dans le fameux hymne christologique de Philippiens 2 :

Philippiens 2.6-8
Il possédait depuis toujours la condition divine,
mais il n'a pas voulu demeurer à l'égal de Dieu.
Au contraire, il a de lui-même renoncé à tout ce qu'il avait
et il a pris la condition de serviteur.
Il est devenu un être humain parmi les êtres humains,
il a été reconnu comme un homme ;
il a accepté d'être humilié et il s'est montré obéissant
jusqu'à la mort, la mort sur une croix.

Loin d’être un épisode anodin, le baptême de Jésus est donc un signe fort de la mission et de l’oeuvre de Jésus-Christ, le Fils de Dieu devenu homme, pour sauver les humains. Il est le Messie serviteur, pleinement solidaire de ses frères humains, jusqu’à la mort.

C’est pourquoi l’épisode est couronné par une théophanie, une manifestation du Dieu trinitaire où au Fils vient se joindre le Saint-Esprit, sous la forme d’une colombe descendant sur lui, ainsi que le Père, à travers la voix qui se fait entendre du ciel : « Celui-ci est mon fils bien-aimé ; en lui je trouve toute ma joie. »


Trois leçons pour notre relation avec Jésus

Que peut-on retirer pour nous, aujourd’hui, de cet épisode ? Il nous révèle la personne et l’oeuvre de Jésus, nous pouvons en tirer des leçons pour notre relation à lui, par la foi, aujourd’hui. Résumons-les en trois mots :

Proximité

D’abord, cet épisode du baptême de Jésus et ce qu’il signifie doit nous conduire à un émerveillement sans cesse renouvelé pour le miracle de l’incarnation. Le Fils de Dieu devient un être humain. Et ça signifie une proximité incroyable du Créateur avec ses créatures.

L’amour de Dieu pour nous est si grand qu’il a accepté, en son Fils, de devenir comme nous. Impossible de nous être plus proche. Impossible de mieux nous connaître. Il s’abaisse à devenir notre égal pour nouer une relation d’intimité avec nous.

Le Dieu tout-puissant, Créateur de l’univers, est devenu notre frère. Ce Dieu infini, éternel, devient notre ami le plus proche. Il est celui qui nous connaît mieux que nous-mêmes, celui à qui on peut tout dire, celui dont la fidélité ne se démentira jamais. C’est à lui que nous parlons lorsque nous prions !

Surprise

Ensuite, Jean, et plus tard Pierre, et d’autres encore, ont eu du mal à comprendre Jésus au premier abord. Ils ont été surpris, parce qu’il n’agissait pas comme ils pensaient que le Messie devrait agir.

Si on enferme Dieu, ou Jésus-Christ, dans notre doctrine, il n’y aura plus de surprise. Mais il n’y aura peut-être plus de rencontre ou de relation authentique non plus… Laissons toujours une place à la surprise dans notre relation à Dieu. Soyons disposés à être surpris par lui.

Parfois il viendra nous rencontrer à travers des personnes que nous n’imaginions même pas, parfois il nous parlera au travers de circonstances que nous ne pouvions absolument pas prévoir. Et si nous n’y sommes pas prêts, nous risquons de manquer les rendez-vous que le Seigneur nous fixe.

Confiance

Le troisième mot est confiance. Il est intéressant de voir que même si Jean, et Pierre, ne comprennent pas vraiment ce que Jésus leur demande, ils acceptent. Ils lui font confiance.

Nous non plus, nous n’avons pas besoin de tout comprendre pour obéir à ce que Dieu nous demande de faire. On se retrouve parfois dans des circonstances qui nous paraissent incompréhensibles, qui nous échappent… on ne comprend pas mais on fait confiance à Dieu. Il sait, lui, ce qu’il fait.

On comprendra, peut-être, plus tard. En attendant, la foi, ce n’est pas tout comprendre et avoir réponse à tout, c’est d’abord faire confiance à Dieu. Y compris, et surtout, quand on ne comprend pas tout…


Conclusion

Avez-vous vu le Messie ? Et là je ne parle pas de la série. Avez-vous vous le Messie, Jésus-Christ, agir dans votre vie ? L’avez-vous vu venir à votre rencontre à travers telle personne qu’il a mise sur votre route ? L’avez-vous vu vous parler à travers telle parole lue ou entendue ?

Est-il votre ami, votre confident, autant que votre Seigneur et votre Sauveur ?

Quand on en reste à une foi surtout intellectuelle, on peut voir en Jésus-Christ le Fils de Dieu devenu homme, on peut même affirmer le reconnaître comme notre Sauveur. On aura bien compris le message de l’Evangile... Mais quand notre foi développe aussi sa dimension relationnelle, à travers la prière, la méditation… alors Jésus devient aussi notre ami, notre confident, celui qui nous est le plus proche.

Ainsi il nous est possible de dire que, par la foi, dans notre vie, nous avons vu le Messie !



dimanche 25 décembre 2016

Un enfant est né pour nous

« Un enfant est né pour nous, un fils nous est donné. Il a reçu l'autorité d'un roi. On lui donne pour nom : Conseiller merveilleux, Dieu fort, Père éternel, Prince de la paix. » (Esaïe 9.5)

Les promesses messianiques des prophètes de l'Ancien Testament sont merveilleuses. La façon dont elles se sont accomplies en Jésus-Christ est plus merveilleuse encore. Ainsi, les noms donnés au Messie dans le texte d'Esaïe s'accomplissent merveilleusement dans la personne de Jésus... et mystérieusement la nuit de Noël.

Conseiller merveilleux
Ce nom évoque la sagesse. Celle que Jésus manifestera dans son enseignement, déjouant les pièges de ses adversaires et fascinant les foules. Il est lui-même la sagesse de Dieu révélée aux hommes. Une sagesse qui se cache parfois derrière des apparences trompeuses. Comme celle du jour de Noël, dans la folie de la crèche : le Fils de Dieu naît dans une étable, au sein d'une famille modeste. C'est pourtant ainsi qu'il s'identifie à nous, jusqu'au plus petit des humains.

Dieu fort
On pense à la puissance manifestée dans ses miracles nombreux et parfois impressionnants. On pense bien-sûr à la puissance incomparable de la résurrection. Mais à Noël, elle est toute contenue dans ce petit enfant. La force de Dieu c'est aussi de pouvoir se faire tout petit, pour se faire proche de nous. Sa force se manifeste dans l'incarnation : le Fils de Dieu devient homme. Quel miracle !

Père éternel
C'est peut-être le nom le plus surprenant... pour le Fils de Dieu. Mais Jésus n'a-t-il pas dit que lui et le Père ne faisaient qu'un ? Que par le Fils nous voyons le Père ? Il est Dieu lui-même, éternel. Comme l'exprime le prologue de l'évangile selon Jean. Et pourtant il accepte de devenir mortel en devenant homme. Le Dieu éternel devient un petit enfant. L'homme Jésus deviendra éternel par sa résurrection.

Prince de la paix
C'est peut-être le nom le plus évident quand on pense à Noël. Comment un petit enfant pourrait-il être une menace ? Mais de quelle paix parle-t-on ? Non pas seulement l'absence de conflit mais une paix nouvelle, qui provient de la réconciliation avec Dieu. Jésus est celui qui rend possible cette paix, par sa mort et sa résurrection : l'oeuvre de salut qui rend possible le pardon de Dieu et invite tous les humains à la paix.

Conseiller merveilleux, Dieu fort, Père éternel, prince de la paix. Jésus l'était déjà, au moins en germe, dans la crèche. Il l'a été au cours de son ministère. Il l'est pleinement aujourd'hui et le sera plus parfaitement encore demain. Il est notre Seigneur, que nous célébrons en cette nuit de Noël !

dimanche 4 décembre 2016

L'attente d'un Roi

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Psaume 2 (NBS)
1 Pourquoi les nations s'agitent-elles ? Pourquoi les peuples grondent-ils en vain ?
2 Les rois de la terre se postent, les princes se liguent ensemble contre le SEIGNEUR et contre l'homme qui a reçu son onction :
3 Brisons leurs liens, secouons leurs chaînes !
4 Il rit, celui qui habite le ciel, le Seigneur se moque d'eux.
5 Il leur parle dans sa colère, dans sa fureur il les épouvante :
6 C'est moi qui ai investi mon roi sur Sion, ma montagne sacrée !
7 Je vais proclamer le décret du SEIGNEUR ; il m'a dit : Tu es mon fils ! C'est moi qui t'ai engendré aujourd'hui.
8 Demande-moi et je te donnerai les nations comme patrimoine, comme propriété les extrémités de la terre ;
9 tu les briseras avec un sceptre de fer. Comme une poterie tu les mettras en pièces.
10 Et maintenant, rois, ayez du bon sens ! Recevez l'instruction, juges de la terre !
11 Servez le SEIGNEUR avec crainte, soyez dans l'allégresse en frissonnant.
12 Embrassez le fils, de peur qu'il ne se mette en colère et que vous ne disparaissiez en chemin ; car sa colère s'enflamme vite.Heureux tous ceux qui trouvent en lui un abri !


Pourquoi lire ce psaume dans ce temps de l'Avent ? Parce qu'il est messianique ! Autrement dit, il oriente nos regards vers le Messie, Celui que Dieu aura choisi pour accomplir son dessein.

D'ailleurs, le mot « messie » est utilisé au verset 2. « Celui qui a reçut l'onction », c'est le mot hébreu que l'on transcrit en français par « messie ». L'onction d'huile était le signe du choix et de la consécration de Dieu. Elle était notamment appliquée au roi au moment de son sacre.

Au premier abord, le Psaume peut donc être compris dans le contexte du peuple d'Israël. Son point culminant, le verset 7, « Tu es mon fils ! C'est moi qui t'ai engendré aujourd'hui », est alors compris comme l'affirmation du choix de Dieu, de son « adoption » du roi comme son propre fils, lui conférant son autorité. Mais on perçoit une portée plus large, une dimension universelle, qui déborde le cadre du peuple d'Israël et pointe vers un accomplissement futur.

Et, comme par hasard (!), le verset 7 est justement l'un des versets de l'Ancien Testament les plus cités dans le Nouveau Testament, en lien avec des épisodes clés de la vie de Jésus.

On en trouve un écho claire au moment du baptême de Jésus, lorsque la voix de Dieu retentit du ciel : « Tu es mon fils bien-aimé ; c'est en toi que j'ai pris plaisir ». Il y a bien dans ces paroles un écho au psaume 2. Et même, dans la version de Luc (Luc 3.22), plusieurs manuscrits ont en lieu et place de ces paroles le verset du psaume 2 : « Tu es mon fils, moi, aujourd'hui, je t'ai engendré. » C'est d'ailleurs la variante que retient la version de la TOB.

Dans son discours à Antioche de Pisidie, l'apôtre Paul cite explicitement notre psaume, en l'appliquant à la résurrection de Jésus :

« Nous aussi, nous vous annonçons cette bonne nouvelle : la promesse faite aux pères, Dieu l’a pleinement accomplie à l’égard de nous, leurs enfants, quand il a ressuscité Jésus, comme il est écrit au psaume second : Tu es mon fils, moi, aujourd’hui, je t’ai engendré. » (Actes 13.32-33)

Enfin, dans l'épître aux Hébreux, le verset est cité deux fois, en lien avec l'Ascension du Christ :

« Ce Fils, qui est le rayonnement de sa gloire et l'expression de sa réalité même, soutient tout par sa parole puissante ; après avoir fait la purification des péchés, il s'est assis à la droite de la majesté dans les hauteurs, devenu d'autant supérieur aux anges qu'il a hérité un nom plus remarquable que le leur. Auquel des anges, en effet, Dieu a-t-il jamais dit : Tu es mon Fils, c'est moi qui t'ai engendré aujourd'hui.. » (Hb 1.3-5a)

De même, lorsqu'il est question du Christ comme du Grand Prêtre de la nouvelle alliance :

« De même, le Christ ne s'est pas octroyé à lui-même la gloire de devenir grand prêtre ; il l'a reçue de celui qui lui a dit : Tu es mon fils, c'est moi qui t'ai engendré aujourd'hui. » (Hb 5.5)

Les auteurs du Nouveau Testament ont donc vu dans ce psaume, et en particulier ce verset 7, une dimension messianique évidente, l'appliquant à trois événements clés de la vie de Jésus : son baptême, sa résurrection et son ascension.

Le psaume 2 exprime quelque chose de l'attente messianique, qui s'accomplira en Jésus-Christ. L'attente d'un roi dont le royaume aura une domination universelle. Un roi qui finit par se confondre avec le Seigneur lui-même. Et ce psaume l'exprime de façon très dynamique, mettant en scène Dieu et son Messie d'un côté, et les nations de l'autre, le psalmiste jouant le rôle d'arbitre. Il y a d'un côté l'hostilité des peuples, de l'autre, la réaction surprenante de Dieu.


Hostiles à Dieu

Le Psaume s'ouvre avec les nations qui s'agitent et qui affirment leur hostilité face au Seigneur et son messie : « Brisons leurs liens, secouons leurs chaînes ! »

Bien-sûr, dans le contexte du Psaume, il y avait des conflits militaires entre les peuples. Le Seigneur était perçu comme le Dieu d'Israël. Les peuples voisins, s'ils étaient ennemis d'Israël, étaient aussi ennemis du Dieu d'Israël. Mais si on place ce psaume dans sa perspective messianique, l'hostilité des peuples prend une autre dimension.

Il est alors intéressant de noter combien l'hostilité au Messie est un thème central des évangiles. Jean, dans son prologue, parle du Christ comme de la lumière venue dans nos ténèbres mais qui n'a pas été accueillie, Marie et Joseph ne trouvent pas de place pour les accueillir et Jésus naîtra dans une étable, Hérode ordonne de tuer les petits enfants Juifs après la visite des mages d'Orient, les chefs religieux s'opposent à Jésus au cours de son ministère et manipulent les foules pour le faire crucifier. Cette hostilité s'est transférée, dans le livre des Actes des apôtres, aux disciples du Christ, la première Église persécutée par les responsables religieux Juifs, puis par les autorités romaines. On en a aussi les échos dans les épîtres du Nouveau Testament. Elle est enfin au cœur de l'Apocalypse, cette révélation de Dieu sur les enjeux spirituels de l'histoire, jusqu'à son achèvement.

Le Messie, qui pourtant apporte le salut et la libération, est source d'hostilité. « Brisons leurs liens, secouons leurs chaînes. » Dit-on autre chose aujourd'hui quand on veut évacuer Dieu de la place publique ? Quand toute référence à Dieu, la foi, la religion, est perçue comme rétrograde, suspecte, voire dangereuse ?

Mais pourquoi le message libérateur de l’Évangile est-il si souvent perçu comme une entrave ?

Peut-être, en partie, parce que trop souvent l'image de la vie de disciple du Christ que renvoient les chrétiens donne l'impression d'une vie faite de contraintes et d'interdits. Comme si on avait oublié que le message de l’Évangile du Christ est avant tout un message de libération !

Mais sans doute aussi parce qu'il y a profondément ancré en tout homme cette prétention à l'autonomie devant Dieu. Le mensonge du Serpent de la Genèse résonne encore : « Vous ne mourrez pas ! Vous deviendrez comme Dieu ». Toute foi, toute confiance placée en Dieu est perçue comme une aliénation. « Je suis mon propre Dieu et je gère ma vie comme je l'entends ! »

C'est d'ailleurs à cette prétention que Dieu répond dans ce psaume. D'une façon plutôt étonnante...


Dieu réagit

En effet, quelle est la réaction de Dieu? Il rit et se met en colère ! Bien-sûr, c'est un langage anthropomorphique : on projette sur Dieu nos comportements humains. Il n'empêche... Dire de Dieu qu'il rit et se met en colère, c'est  vraiment surprenant ! Surtout que le rire ici n'est pas un rire de joie mais un rire moqueur !

Le rire de Dieu

Toute cette agitation contre lui, ces attaques, ces moqueries... Rien de tout cela n'atteint Dieu ! Comme si ça pouvait être une menace pour lui... Il en rit ! On n'a pas l'habitude de se représenter Dieu en train de rire. Et pourtant...

Et allez savoir s'il n'y a pas aussi, dans ce rire de Dieu, l'expression de son humour ? Car n'y a-t-il pas de l'humour dans ce Dieu qui prend les hommes à rebrousse-poil ? Y compris dans la façon dont il accomplira son plan de salut... Voyez à Noël : les mages et les sages cherchent le Messie dans un palais ; il est dans une étable. Voyez le modèle de foi que Jésus prend pour son Royaume : les petits enfants... Et que dit-il des chefs religieux ? Ils seront devancés dans le Royaume de Dieu par les péagers et les prostituées. Un humour grinçant... que l'on retrouve dans ce refrain des évangiles : « Les premiers seront les derniers, et les derniers seront les premiers ».

Oui, il y a de quoi rire devant la prétention et l'orgueil des peuples, la suffisance des sages et des grands de ce monde qui pensent pouvoir s'opposer à Dieu, se passer de lui ! Il y a de quoi sourire quand on considère que le chemin choisi par Dieu pour nous sauver de notre orgueil et nos suffisances, c'est l'humble venue du Fils de Dieu en tant que serviteur, homme parmi les hommes, souffrant jusqu'à la mort. L'exact opposé de l'orgueil des hommes voulant prendre la place de Dieu... c'est Dieu qui a pris notre place !

La colère de Dieu

L'autre réaction de Dieu, immédiatement associée au rire du verset 4, c'est la colère du verset 5. Si les attaques des humains ne l'atteignent pas, ne le mettent pas en danger, ça ne signifie pas autant que leur rébellion ne le touche pas. L'aveuglement des hommes, leur orgueil, les emmène sur un chemin de perdition. L'enjeu est vital. Et il faut taper du poing sur la table pour qu'ils le réalisent. C'est ce que faisaient constamment les prophètes dans l'Ancien Testament... Ce psaume 2 a aussi cette dimension prophétique.

Mais la colère de Dieu a un but : ramener chacun à une juste attitude devant Dieu. A la fin du psaume, l'appel adressé aux rois les invite à servir le Seigneur avec crainte, et à être dans l'allégresse... en tremblant ! La crainte dont il est question ici n'empêche donc pas d'être dans la joie. Et le psaume se termine par une béatitude : « Heureux tous ceux qui trouvent en lui un abri ! »

En réalité, le rire et la colère de Dieu poursuivent le même objectif : nous faire descendre de notre piédestal, rabaisser notre orgueil et nos prétentions. Bref, nous remettre à notre juste place. Et trouver en Dieu un abri.


Conclusion

L'accomplissement ultime de la perspective messianique de ce psaume, on la trouvera en Jésus-Christ, à travers un plan surprenant que l'orgueil des hommes ne pouvait même pas imaginer.

Pour nous faire descendre de notre piédestal, le Fils de Dieu a quitté la gloire du Ciel pour nous rejoindre dans notre humanité. Pour nous ramener à notre juste place, Dieu a pris notre place. Il s'est fait homme, il est mort pour nous.

Le Roi annoncé par ce psaume s'est fait serviteur, il a partagé notre humanité. Son Royaume est ouvert à ceux qui savent devenir comme des petits enfants. Alors si Dieu rit de notre orgueil et de nos prétentions, il se réjouit de notre humilité. Il l'a même partagée, en Jésus-Christ.

dimanche 21 décembre 2014

Quelle maison pour le Seigneur ?

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Lecture biblique : 2 Samuel 7.1-16

David est roi d'Israël. Son autorité est désormais reconnue... mais ça n'a pas été simple pour en arriver là. D'une manière générale, l'établissement de la royauté en Israël a été assez chaotique.

Après la période des juges, où « chacun faisait ce qui lui semblait bon », le peuple a voulu un roi. Le Seigneur, lui, n'était pas très chaud. C'est lui qui devait être leur roi. Mais la théocratie, c'est une utopie ici-bas. Le cœur de l'homme étant ce qu'il est, ça ne peut pas fonctionner. Alors Israël aura un roi... Mais la première expérience n'est pas vraiment concluante : Saül sera finalement destitué par Dieu. David lui succédera, d'abord en secret, puis sa royauté s'affermira. 

Au moment de notre texte, David est à l'apogée de son règne... et il est pris de scrupules ! En effet, il s'est bâti un palais, une belle maison, et Dieu, lui, n'a rien d'autre qu'une tente. 

Il s'en ouvre au prophète Nathan, son conseiller.  « Tu vois, moi, j’habite une maison en bois de cèdre. Mais le coffre sacré a seulement une tente de toile comme maison. ». Le prophète comprend le sous-entendu. Et il estime que les intentions du roi sont louables. Il l'encourage. Dieu ne peut qu'être d'accord : « Tu as sûrement une idée à ce sujet. Fais ce que tu penses, le SEIGNEUR est avec toi. »

Mais le Seigneur ne l'entend pas de cette oreille. Il se révèle alors à Nathan : il ne veut pas que David lui construise une maison. Il faut le lui dire et le stopper dans ses intentions... Mais pourquoi ?


Dieu n'a pas besoin de maison

Dieu n'a jamais demandé à ce qu'on lui construise un temple ! Il se contente bien d'une tente. Ça lui va bien d'être un Dieu nomade, accompagnant son peuple dans son voyage. Comme lors de la sortie d'Egypte, dans la traversée du désert, ou dans la conquête du pays promis. 

D'ailleurs, dans l'épisode du désert, la tente est moins une maison qu'un lieu de rencontre. Dieu guidait son peuple par une nuée le jour et une colonne de feu la nuit. C'est lui qui décidait quand s'arrêter et quand repartir. Et quand le peuple s'arrêtait, on installait la tente en dehors du camp. Il manifestait alors sa présence en mettant la nuée à l'entrée de la tente. C'était le lieu privilégier pour Dieu pour rencontrer Moïse mais aussi pour le peuple d'aller consulter le Seigneur :

« Quand les Israélites installent leur camp, Moïse prend la tente sacrée et il la dresse en dehors du camp, assez loin. On l'appelle « la tente de la rencontre ». Tous ceux qui veulent consulter le SEIGNEUR sortent du camp et ils vont vers cette tente. » (Exode 33.7)

Le Seigneur est plus du genre à planter sa tente où il veut et quand il veut pour rencontrer son peuple qu'à se laisser enfermer entre les quatre murs d'une maison ! Dieu est, fondamentalement, nomade : toujours en mouvement. Il ne se laisse jamais enfermer ou limiter par quoi que ce soit : un temple, une église, un dogme ou une religion... 

Et ce Dieu nomade finira par s'incarner en devenant homme. Toujours en mouvement... D'ailleurs, dans le prologue de son évangile, Jean le dit bien :

« La Parole s'est faite chair, et elle a fait sa demeure (littéralement : elle a planté sa tente) parmi nous » (Jean 1.14)

L'incarnation, le Fils de Dieu devenu homme que nous célébrons à Noël, c'est le Dieu nomade qui a planté sa tente parmi nous, pour venir à notre rencontre. Et parce que Dieu est toujours en mouvement, après sa résurrection, le Fils est remonté auprès du Père. Et le Saint-Esprit a été envoyé, pour planter sa tente chez le croyant, pour faire de notre corps le temple de Dieu. Aujourd'hui, nous sommes les temples du Dieu nomade qui chemine avec nous.


C'est Dieu qui va construire une maison à David

La deuxième raison pour laquelle le Seigneur ne veut pas que David lui construise un temple, c'est que c'est lui, le Seigneur, qui va construire une maison à David. Dieu renverse la perspective : « ce n'est pas toi qui va me construire une maison, c'est moi qui vais t'en construire une ». Évidemment ici, on joue sur les mots. La maison dont parle le Seigneur pour David n'a rien à voir avec le palais qu'il s'est fait bâtir, c'est une dynastie. Et Dieu promet qu'elle sera établie pour toujours. 

On a vu, à juste titre, une dimension messianique à cette promesse. Elle est, certes, encore voilée. Mais elle se précisera petit à petit, notamment dans le discours des prophètes où le titre « fils de David » finira par devenir un titre messianique, appliqué à Jésus dans le Nouveau Testament. Car en effet, cette dynastie établie pour toujours, ce règne sans fin ne peut que pointer vers Celui qui est venu pour établir le Royaume de Dieu, le Fils de Dieu, Jésus, le Christ.

Il faut tout de même dire qu'un temple sera bien construit finalement pour le Seigneur. Mais selon les conditions fixées par Dieu lui-même : non par David mais par Salomon, son fils, premier représentant de cette dynastie promise. 

Et le jour de l'inauguration du temple, il sera bien dit clairement que cette « maison » de Dieu ne peut en aucun cas le contenir. Salomon lui-même le dira dans sa prière :

« Est-ce que Dieu peut vraiment habiter sur la terre ? Le ciel est immense, mais il ne peut pas te contenir, toi, mon Dieu. Et ce temple que j'ai construit est beaucoup trop petit pour toi. » (1 Rois 8.27)

J'aime cette idée de construire un temple, une maison pour Dieu, tout en sachant qu'il sera beaucoup trop petit. Il faut nous en souvenir ! Tous les temples que nous construisons pour Dieu sont trop petits. Nos églises sont trop petites, nos vies sont trop petites, nos théologies sont trop petites. Penser le contraire, c'est succomber à la dérive sectaire, ou l'orgueil spirituel. 

Quelle conclusion en tirer ? Dieu accueille ce que nous construisons pour lui. Et comme il a rempli le temple de Salomon de sa gloire, il habite les temples que nous lui offrons. Il habite nos églises et nos vies. Mais ce qui compte avant tout, c'est ce qu'il construit pour nous. C'est son projet pour nos vies et nos églises. C'est son Royaume appelé à croître dans notre cœur, dans nos églises, dans le monde. 


Conclusion

Finalement, le projet de David de construire un temple pour le Seigneur a abouti, mais pas comme il le pensait. Les projets de Dieu étaient différents. La construction du temple a juste été différée, et réalisée par Salomon. Mais le grand projet de Dieu a été révélé à David. Celui d'une autre maison, une dynastie, ferment d'un autre royaume, le Royaume de Dieu inauguré par le Messie. 

Nous pouvons faire des projets, mais c'est le projet de Dieu qui s'accomplit. Un projet qui n'est pas toujours conforme à ce que nous imaginons. Mais un projet dont la portée dépasse ce que nous pouvons penser. Il ne peut en être autrement de notre Dieu nomade, toujours en mouvement et toujours prêt à planter sa tente pour que nous puissions le rencontrer.