Matthieu 21.28-3228Que pensez-vous de ceci ? ajouta Jésus. Un homme avait deux fils. Il s'adressa au premier et lui dit : “Mon enfant, va travailler aujourd'hui dans la vigne.” – 29“Non, je ne veux pas”, répondit-il ; mais, plus tard, il eut des remords et se rendit à la vigne. 30Le père adressa la même demande à l'autre. Celui-ci lui répondit : “Oui, père, j'y vais”, mais il n'y alla pas. 31Lequel des deux a fait la volonté de son père ? » – « Le premier », répondirent-ils. Jésus leur dit alors : « Je vous le déclare, c'est la vérité : les collecteurs d'impôts et les prostituées vous précèdent dans le règne de Dieu. 32Car Jean le baptiste est venu à vous en vous montrant le juste chemin et vous ne l'avez pas cru ; mais les collecteurs d'impôts et les prostituées l'ont cru. Et même après avoir vu cela, vous n'avez pas eu de remords pour finalement croire en lui.
« Un homme avait deux fils… » En relisant cette parabole, je me suis rendu compte que c’est exactement de la même façon que Jésus commence une autre parabole, l’une des plus célèbres, celle dite du « fils prodigue » : « Un homme avait deux fils. Le plus jeune dit à son père : “Père, donne-moi la part de notre fortune qui doit me revenir.” Alors le père partagea ses biens entre ses deux fils... » (Luc 15.11-12)
La suite, évidemment, c’est le fils cadet qui s’en va avec sa part et dilapide ses biens puis qui, dans la misère, est pris de remord. Il décide alors de rentrer, espérant que son père l’accueille comme simple serviteur mais ce dernier lui ouvre grand les bras, fou de joie, comme si son fils était revenu à la vie. Et cela ne plaît pas au fils aîné qui, lui, est resté fidèle auprès de son père et ne comprend pas pourquoi son père accueille ainsi son frère. En colère, il refuse de se réjouir.
Ce n’est donc pas du tout la même histoire, malgré le même point de départ. Mais dans les deux cas, le père est une figure de Dieu, et les deux fils illustrent deux attitudes opposées devant Dieu.
Mais je me suis dit : est si, malgré tout, nous imaginions que les deux fils de notre parabole étaient les mêmes que ceux de la parabole du « fils prodigue » ? Lequel serait l’aîné et lequel serait le cadet ? Peut-être que ça dépend si l’histoire de notre parabole se déroule avant ou après celle du « fils prodigue » !
Imaginons…
Si notre histoire se déroule avant, alors le fils cadet pourrait bien être le deuxième fils de notre parabole, celui qui ne tient pas parole, qui n’en fait qu’à sa tête et préfère ne pas aller dans la vigne. Sans doute préfère-t-il prendre du bon temps que travailler. Il demandera plus tard sa part d’héritage pour ne plus avoir à faire face aux demandes de son père d’aller travailler dans sa vigne. Il pourra vraiment faire ce que bon lui semble. Le fils aîné serait alors le premier fils de notre parabole. Même s’il n’a pas envie d’aller travailler dans le champ, d’où sa réponse négative dans un premier temps, il finira par le faire quand même, par sens du devoir. C’est son moteur principal.
Mais si notre histoire se déroule après la parabole du « fils prodigue », alors ça pourrait être l’inverse. Le fils cadet pourrait être le premier fils. Chassez le naturel, il revient au galop ! Le fils rebelle, qui veut n’en faire qu’à sa tête, est de retour : il dit non à son père ! Mais il se souvient, après coup, de son expérience et où cela l’a mené. Il se ravise et va travailler dans la vigne de son père. Le fils aîné pourrait alors être le second fils, qui serait encore sous le coup de la colère. Il en veut toujours à son père (ça semble bien être le cas à la fin de l’autre parabole) alors il lui répond qu’il ira, pour avoir la paix… mais il refuse de travailler sur le domaine de son père, par défi ou par désarroi.
Ce qui compte vraiment
Ces relectures des deux paraboles comme si elles étaient liées sont très hypothétiques, évidemment. Mais elles ont le mérite de souligner que les motivations des deux fils de notre parabole peuvent être diverses. La parabole des deux fils, sobre, ne s’arrête pas sur ces motivations, quelles qu’elles soient, pour en rester aux faits : « Lequel des deux a fait la volonté de son père ? » (v.31). Voilà la seule question qui compte.
Peu importe les motivations, peu importe les raisons plus ou moins valables ou les excuses bidon, ce qui compte c’est lequel des deux fils a fait la volonté de leur père.
D’ailleurs, dans la parabole dite du fils prodigue, l’accent est moins sur les fils que sur le père, qui accueille son fils repentant, et encourage l’autre fils à se réjouir. En réalité, c’est presque plus une parabole sur le père que sur les deux fils… parlant de la grâce de Dieu et nous encourageant à s’en réjouir. Au contraire, dans notre parabole, l’accent tombe sur les deux fils. Le père se contente d’appeler ses fils à aller travailler. On ne nous dit rien de la façon dont il a réagi à la fin de la journée à l’égard de ses fils. L’important, c’est ce que les deux fils font ou ne font pas. Voilà ce qui compte vraiment.
Les leçons pour nous
La morale de l’histoire pourrait être résumée ainsi : Il vaut mieux dire « non » et faire quand même, que dire « oui » et ne pas faire. Bref, ce sont les actes qui comptent.
Théologiquement, c’est un peu ce que l’apôtre Jacques affirme avec force : « De même que le corps sans le souffle de vie est mort, de même la foi sans les actes est morte. » (Jacques 2.26) Quand la foi se limite à de belles paroles et qu’elle ne se traduit pas concrètement, dans des actes, alors ce n’est pas vraiment la foi. C’est tout au plus une croyance ou une simple opinion…
On peut alors tirer de cette parabole un avertissement : ce que tu fais parle plus fort que ce que tu dis ! C’est facile de dire des paroles en l’air, même spirituelles… les actes, eux, ne mentent pas. Or, on le sait bien, une vie en désaccord flagrant avec la foi professée ou proclamée est le plus grand des contre-témoignages. C’est un avertissement qu’il est utile de ne pas oublier.
Mais on peut aussi tirer un encouragement de cette parabole : il est toujours temps de se mettre au travail ! C’est quand même encourageant de constater que c’est le fils qui a dit non qui est donné en exemple dans la parabole. Non pas parce qu’il a dit non, mais parce qu’il s’est ravisé et qu’il a finalement obéi à son père. Nous ne sommes pas emprisonnés par une parole ou une décision prise hier… nous pouvons toujours, aujourd’hui, nous raviser et nous mettre au travail. L’appel demeure. La possibilité d’y répondre aussi.
Conclusion
La Bonne Nouvelle de cette parabole, c’est que le Seigneur nous appelle à travailler dans la vigne de son Royaume… et il y a de la place pour tout le monde !
A quoi le Seigneur m’appelle-t-il aujourd’hui ? Peut-être ai-je refusé de l’entendre jusqu’ici, peut-être même ai-je déjà dit non à Dieu… Il n’est pas trop tard.
Comment, concrètement, pourrais-je aller plus loin que des paroles, qu’est-ce que je pourrais faire pour le Seigneur, dans l’Eglise, dans ma vie quotidienne ? Quel service puis-je envisager ? Quel engagement prendre ?
Qu’allons-nous répondre ? Et surtout, qu’allons-nous faire ?