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dimanche 28 juillet 2024

L’esprit olympique (4) Esprit en mouvement

 

Suite et fin de notre mini-série de l’été sur l’esprit olympique. Voici un court rappel des épisodes précédents :

  • Le premier épisode, « La vie chrétienne, c’est du sport », s’était arrêté sur la métaphore sportive la plus développée dans la Bible pour parler de la vie chrétienne comme une course ou un combat, et qu’on trouve dans la première lettre de Paul aux Corinthiens
  • Le deuxième épisode, « Plus vite, plus haut, plus fort » prenait la devise olympique comme une métaphore possible de la vie chrétienne, dans laquelle la recherche de l’excellence et le dépassement de soi ne doit pas se vivre en compétition avec les autres.
  • Le troisième épisode, « L’important, c’est de participer », partait de cette célèbre formule attribuée à Pierre de Coubertin pour évoquer la nécessité d’être acteur de sa vie chrétienne et non pas spectateur, de participer vraiment, en faisant son maximum.
  • Voici donc notre dernier épisode qui s’intitule : « Esprit en mouvement ». 

Savez-vous à quoi correspond cette formule ? C’est, depuis 2004, la devise des Jeux paralympiques ! 

En plus de leur devise, les Jeux paralympiques ont aussi un drapeau spécifique. Les cinq anneaux y sont remplacés par ces trois symboles qu’on appelle des agitos du latin agito qui signifie « je bouge ». Ils symbolisent le mouvement et la volonté de ne jamais abandonner, ils évoquent la détermination et la résilience des para-athlètes

A l’origine, la devise des Jeux Paralympiques était « l’esprit, le corps et l’âme ». Une formule biblique qui faisait aussi référence à la devise olympique « plus vite, plus haut, plus fort. » Elle a été changée en 2003, et introduite aux Jeux d’Athènes en 2004. Désormais c’est donc « Esprit en mouvement » (« Spirit in motion »). Une formule directement liée aux agitos du drapeau paralympique. 

Avec cette nouvelle devise, le Comité international paralympique voulait non seulement rendre hommage à la force intérieure des para-athlètes mais aussi à leur capacité à inspirer tous ceux qui sont témoins de leurs exploits. 

Et il faut avouer qu’assister à une compétition paralympique est un spectacle étonnant et inspirant. 

Si la nouvelle devise paralympique est moins immédiatement biblique que la précédente, elle n’en demeure pas moins une formule qui peut entrer en résonnance avec nos préoccupations de croyants. 

Tout d’abord, je me dis qu’en tant que croyant, on est souvent plus proche d’un athlète paralympique que d’un athlète olympique. Spirituellement, nous sommes tous en quelque sorte en situation de handicap. 

Par ailleurs, la formule « Esprit en mouvement » peut résonner de deux façons complémentaires pour nous. Dans une perspective biblique, le mot « esprit » peut avoir un double sens. Il peut désigner, avec un « e » minuscule, l’esprit humain, sa part intérieure et immatérielle. Mais il peut aussi désigner, avec un « E » majuscule, l’Esprit de Dieu, le Saint-Esprit qui vient habiter le croyant. Ce double sens est intéressant pour nous… 


Nous sommes toutes et tous en situation de handicap

Aux Jeux paralympiques, tous ne concurrent pas en même temps. Prenez par exemple la discipline reine de l’athlétisme, il y a plusieurs catégories, en fonction du handicap : visuel, mental, moteur cérébral, amputation de membres supérieurs ou amputation de membres inférieurs… Et il y a même des graduations au sein de ces différents handicaps, par exemple de la déficience visuelle jusqu’à la cécité. Cela rend impossible la mise en compétition directe des uns et des autres… On ne va pas faire courir dans la même course un athlète aveugle, un autre amputé d’un bras et un troisième en fauteuil roulant. 

Il n’en demeure pas moins que chaque course suscite l’admiration en voyant la façon dont les athlètes parviennent à surmonter leur handicap en réalisant parfois des performances exceptionnelles. 

On a déjà parlé du danger de la comparaison dans la vie chrétienne. Mais il me semble qu’envisager cela sous l’angle de la métaphore paralympique est éclairant. Nous sommes tous en situation de handicap spirituel à cause du péché, mais nos handicaps sont différents 

Ce qu’on a tous en commun, c’est d’être des « para-athlètes spirituels ». La source commune de notre handicap, c’est le péché. Une réalité universelle, qui touche toute l’humanité :

Romains 3.22b-23
Il n'y a pas de différence entre les êtres humains : tous ont péché et sont privés de la présence glorieuse de Dieu.

Le péché, c’est tout ce qui nous éloigne de Dieu. C’est cette réalité spirituelle mystérieuse qui fait que chaque être humain a eu lui un élan qui a tendance à l’éloigner de Dieu. Si on laisse libre court à cet élan, alors on peut tomber dans les pires des comportements, qu’ils soient néfastes pour les autres ou autodestructeurs. 

La lutte contre le péché, contre cet élan qui nous éloigne de Dieu, est le lot de tous les chrétiens. Mais la lutte est différente pour chacune et chacun. Nous sommes tous en situation de handicap spirituel à cause du péché, mais nos handicaps sont différents. Il serait donc absurde de se comparer les uns les autres, ou pire de se juger les uns les autres. C’est aussi absurde que d’aligner dans une même course un para-athlète non-voyant et un autre dans un fauteuil roulant. 


Esprit/esprit en mouvement

Venons-en maintenant à la devise paralympique. Avec, pour nous, la possibilité du double sens Esprit ou esprit en mouvement… La vie chrétienne, c’est d’abord laisser l’Esprit de Dieu nous mettre en mouvement. Et c’est aussi mettre notre esprit en mouvement, le tenir en éveil et l’utiliser avec discernement. 

Le texte biblique qui peut le mieux exprimer cette double réalité est Romains 12.2 :

Romains 12.2
Ne vous conformez pas aux habitudes de ce monde, mais laissez Dieu vous transformer et vous donner une intelligence nouvelle. Vous discernerez alors ce que Dieu veut : ce qui est bien, ce qui lui est agréable et ce qui est parfait.

Qu’est-ce qui nous transforme ici ? Dans le texte original, ce n’est pas dit explicitement. Paul dit, littéralement, « soyez transformés » ou « laissez-vous transformer » (c’est le verbe qui a donné métamorphose en français). Mais on comprend bien que c’est Dieu lui-même, par son Esprit saint, qui opère cette transformation en nous. 

Et cette métamorphose, elle se manifeste par un renouvellement de l’intelligence. C’est cette intelligence nouvelle, fruit de la métamorphose opérée par Dieu, qui nous rend capable de discerner la volonté de Dieu. Et donc de lutter contre le péché qui nous éloigne de lui… 

Il s’agit donc, pour paraphraser la devise paralympique, de laisser d’abord l’Esprit de Dieu nous mettre en mouvement, pour ensuite mettre en mouvement notre esprit. 


Laisser l’Esprit nous mettre en mouvement

Esprit en mouvement… Il s’agit en premier lieu de laisser l’Esprit de Dieu nous mettre en mouvement. C’est lui seul qui nous permet de nous mettre en marche à la suite du Christ, puis d’avancer à sa suite. 

Il faut noter que Paul s’adresse ici à des croyants, pas à des non-croyants. Il ne faut donc pas penser qu’il suffirait d’une mise en mouvement initiale pour ensuite se laisser porter par l’élan. La mise en mouvement de l’Esprit de Dieu doit se poursuivre tout au long de notre vie chrétienne. Il faut sans cesse revenir à lui, le laisser renouveler son élan, nous laisser transformer par lui. 


Mettre notre esprit en mouvement

Pour autant, l’Esprit de Dieu ne va pas tout faire à notre place. Il donne l’élan, il est la source du mouvement. Il transforme notre intelligence… pour que nous l’utilisions ! Paul ne dit pas que Dieu nous transforme et qu’il nous montre quelle est sa volonté. Il nous transforme pour que nous discernions ce qu’il veut. Il donne l’élan initial et s’attend à ce que nous mettions en mouvement notre esprit renouvelé par lui.

Et cela même si nous avons besoin, comme nous l’avons dit, d’être sans cesse renouvelé dans notre élan par l’Esprit saint.  

En jouant sur le double sens biblique du mot « esprit », on pourrait dire qu’un chrétien épanoui est un chrétien rempli d’Esprit mais aussi plein d’esprit. 

Quand on dit de quelqu’un qu’il est plein d’esprit, on dit qu’il est vif et intelligent. Un trait d’esprit est une remarque pleine d’humour. Avoir de l’esprit c’est être capable de présenter ses idées de façon originale et piquante. Faire preuve de présence d’esprit, c’est réagir avec promptitude aux situations qui se présentent. Être vif d’esprit, c’est être créatif, imaginatif. 

Or il y a de multiples occasions dans notre vie chrétienne où on a besoin de faire preuve de présence d’esprit pour réagir à des situations inattendues, ou de vivacité d’esprit pour prendre une décision éclairée, et même parfois de faire un trait d’esprit pour désamorcer des situations tendues ou délicates. 

N’est-ce pas cela aussi, le renouvellement de l’intelligence dont parle l’apôtre Paul ? 


Conclusion

La métaphore paralympique appliquée à la vie chrétienne nous rappelle que nous sommes toutes et tous en situation de handicap spirituel, à cause du péché qui est en nous, cet élan contraire qui a tendance à nous pousser loin de Dieu. Mais l’Esprit saint est là pour nous donner, et nous redonner sans cesse le bon élan. 

Esprit/esprit en mouvement. La devise paralympique revisitée à la lumière de la Bible nous appelle, en tant que croyant, à laisser l’Esprit de Dieu nous mettre en mouvement, à le laisser nous donner et nous redonner sans cesse l’élan dont nous avons besoin pour suivre le Christ. Mais elle nous invite aussi faire usage de notre intelligence renouvelée. Remplis du Saint-Esprit, nous voulons aussi être plein d’esprit pour faire preuve de discernement, de vivacité et de sagesse face aux défis quotidiens auxquels nous faisons face. 

Nous pouvons compter sur le Seigneur pour nous aider face à ces défis. Il nous aime et vient à notre aide, car il est notre Père et nous sommes ses enfants, selon cette promesse rappelée par l’apôtre Paul aux Romains : « L'Esprit de Dieu atteste lui-même à notre esprit que nous sommes enfants de Dieu. » (Romains 8.16). 


dimanche 21 juillet 2024

L’esprit olympique (3) L’important, c’est de participer

 

C’est aujourd’hui la suite de notre mini-série de l’été autour de l’esprit olympique. Après un premier épisode autour de la métaphore sportive développée par l’apôtre Paul pour évoquer la vie chrétienne, après un deuxième épisode qui proposait un parallèle entre la vie chrétienne et la devise olympique « plus vite, plus haut, plus fort – ensemble », voici le troisième épisode autour de la célèbre formule qu’on associe à Pierre de Coubertin, le fondateur des Jeux Olympiques modernes : « L’important, c’est de participer ». 

Aujourd’hui, on utilise en général cette formule pour consoler ceux qui ont perdu. « Tu as raté ta course ou ta compétition ? Ce n’est pas grave, l’important c’est de participer ! » Franchement, je ne sais pas si vous êtes sportif ou compétiteur dans l’âme, mais c’est le genre de phrase qui ne va certainement pas vous consoler d’un échec ! Ça risque même plutôt de vous énerver encore plus… 

Si la formule est un peu galvaudée aujourd’hui, elle avait une signification différente à l’origine. Comme la devise olympique a été empruntée à un prêtre dominicain, la formule, certes utilisée par Pierre de Coubertin, a été empruntée à un autre religieux, l’évêque de Pennsylvanie, Ethelbert Talbot, qui a dit, dans un sermon prononcé au cours des Jeux Olympiques de Londres en 1908 : « l’important dans ces olympiades, c’est moins d’y gagner que d’y prendre part ». Quelques jours après, Pierre de Coubertin a fait référence à cette formule et il l’a précisée ainsi : « L'important dans la vie, ce n'est point le triomphe mais le combat ; l'essentiel, ce n'est pas d'avoir vaincu mais de s'être bien battu. » 

L’idée centrale, ce n’est pas simplement de participer mais de participer en faisant son maximum. On pourrait même dire qu’on n’a vraiment participé que si on s’est donné à fond, que si on a donné le meilleur de soi-même. Si ça conduit à la victoire, c’est encore mieux. Mais l’essentiel est dans l’attitude combative. 

Normalement, pour s’aligner aux Jeux Olympiques, il faut avoir réalisé ce qu’on appelle des minimas, c’est-à-dire une performance minimum. Mais le comité olympique accorde des dérogations pour permettre à des athlètes qui viennent de pays qui ne bénéficient pas d’infrastructure permettant de correctement s’entraîner de participer à certaines compétitions. 

Par exemple, à Sydney en 2000, pour le 100 mètres nage libre, la dernière série de qualifications alignaient trois nageurs venus du Tadjikistan, du Niger et de Guinée Equatoriale. Après un faux départ qui voit deux de ces athlètes disqualifiés, Eric Moussambani, de Guinée Equatoriale, va être seul à s’élancer. 

Ce qu’il faut savoir sur Eric Moussambani, c’est que, quelques mois avant les JO, il ne savait pas du tout nager. Au moment de s’élancer dans l’eau à Sydney, il n’avait jamais parcouru 100 mètres d’affilée à la nage et n’avait même jamais vu de sa vie un bassin olympique de 50 mètres. Il s’était entraîné dans une piscine de 20 mètres seulement, dans un hôtel. Son maillot et ses lunettes lui avaient été prêtés une heure avant l’épreuve par deux athlètes. Il a terminé évidemment dernier des qualifications, très loin de tous les autres concurrents, avec 50 secondes de retard sur l’avant-dernier. Mais il a donné tout ce qu’il avait : on le voit, il est au bout du rouleau à la fin de sa course qu’il termine péniblement. Et il a reçu une ovation extraordinaire du public. 

Cet épisode est l’illustration même de la formule « L’important, c’est de participer ». Non pas comme une formule de consolation à l’emporte-pièce mais comme l’expression d’un engagement total, quel que soit le résultat à la fin. Eric Moussambani a participé aux Jeux Olympiques. Il n’a pas gagné… mais il s’est bien battu, il a fait le maximum. 

C’est sous cet angle que la formule « l’important, c’est de participer » peut aussi être appliquée à la vie chrétienne… Un texte du Nouveau Testament me semble l’illustrer fort bien. On le trouve dans la deuxième lettre de Paul à Timothée, qui se présente un peu comme le testament de l’apôtre, alors qu’il est en prison à Rome. 

2 Timothée 4.6-8
6En ce qui me concerne, je suis déjà sur le point d'être offert en sacrifice ; le moment de dire adieu à ce monde est arrivé. 7J'ai combattu le beau combat, je suis allé jusqu'au bout de la course, j'ai gardé la foi ! 8Et maintenant, la couronne du salut m'attend, que le Seigneur, le juste juge, me donnera au jour du jugement. Et il ne la donnera pas seulement à moi, mais à toutes les personnes qui attendent avec amour le moment où il se manifestera.

Pour l’apôtre, la course est pratiquement terminée. Il sait la ligne d’arrivée, c’est-à-dire sa mort, imminente. Ses paroles sont comme une sorte de bilan., et celui-ci est positif. Il a combattu le beau combat et il est allé jusqu’au bout. Il est resté fidèle à sa foi. 

Remarquez qu’ici il n’est pas question de victoire mais simplement d’aller jusqu’au bout de la course. Il y a bien une couronne promise mais elle n’est pas promise au seul vainqueur. Elle est pour toutes les personnes qui ont placé leur espérance dans le Seigneur. 

Autrement dit, l’important, c’est de participer ! Et ne pas ménager ses efforts, persévérer jusqu’à l’arrivée. Pour ne pas avoir de regret à la fin… 

Je tire de tout cela trois leçons pour notre vie chrétienne. 


Être participant et non pas spectateur

L’apôtre a été acteur de sa propre vie chrétienne. Il peut en parler à la première personne du singulier : « J'ai combattu le beau combat, je suis allé jusqu'au bout de la course, j'ai gardé la foi ! » 

Il a reçu une révélation du Christ ressuscité sur le chemin de Damas, il a reçu un appel à être apôtre et il a répondu à cet appel. Il a été conduit par le Seigneur qui l’a accompagné dans son ministère. Bref, il a vécu dans la dépendance du Seigneur mais il n’a pas pour autant subi sa vie chrétienne, emporté au gré des circonstances. Il a été acteur de sa propre vie et de son ministère. 

L’important, c’est de participer. Alors participez vraiment ! Soyez acteurs de votre vie chrétienne ! Ne vous contentez pas de suivre le mouvement. Soyez des participants et pas des spectateurs, soyez acteurs plutôt que consommateurs. Veillez à rester dans la dépendance du Seigneur, bien-sûr… Mais prenez des initiatives, engagez-vous, osez prendre des risques ! 


Se donner à fond pour ne pas avoir de regret

Quand on considère la façon dont l’apôtre parle de sa vie de chrétien, on perçoit une certaine fierté, au moins une satisfaction ou un soulagement. « Je suis allé jusqu'au bout de la course, j'ai gardé la foi ! »  Tout n’a certainement pas été parfait, il a comme tout le monde commis des erreurs, y compris au cours de son ministère d’apôtre… mais il n’y a pas de regret à avoir parce qu’il a fait de son mieux.  

L’important, c’est de participer. Mais participe-t-on vraiment à une course si on ne se donne pas à fond ? Participer, ce n’est pas forcément gagner, mais c’est faire de son mieux, donner le meilleur de soi. Et si ça ne suffit pas pour gagner, au moins on aura fait le maximum. Il n’y aura pas de regret à avoir.  

Le Seigneur n’attend pas de nous une vie parfaite, sans jamais commettre d’erreur. Il ne nous met pas la pression pour cela. C’est nous qui pouvons parfois nous mettre la pression, ou pire, la mettre sur les autres. Il s’agit toutefois de tout donner, de faire le maximum. Ou comme l’apôtre Paul le dit ailleurs, dans sa lettre aux Romains : « vous offrir vous-mêmes en sacrifice vivant, saint et agréable à Dieu : ce sera là votre culte spirituel.» (Romains 12.1 - TOB)


Les efforts consentis en valent la peine

Au terme de sa vie, à cause de ce qu’il a vécu et grâce à ce qui l’attend désormais, l’apôtre peut se dire que ça en valait la peine. Malgré les épreuves, l’adversité et les souffrances, ça valait le coup. « J'ai combattu le beau combat… Et maintenant, la couronne du salut m'attend… » C’est un beau combat, qui nous réserve une couronne de gloire auprès de Dieu.

Certaines versions traduisent plutôt « bon combat » comme si l’apôtre ici disait ne pas s’être trompé de combat. Mais littéralement, il parle de « beau combat ». C’est certes un combat, une lutte, ce qui implique des difficultés et des souffrances… Mais c’est un beau combat, un combat qui en vaut vraiment la peine. 

Et puis le combat et la course en valent la peine parce qu’ils ouvrent sur la perspective d’une couronne, donnée par le Seigneur lui-même. La couronne de son salut. C’est l’honneur suprême de l’éternité dans la présence même de Dieu. Ça en vaut vraiment la peine !


Conclusion

L’important, c’est de participer ! Mais alors il s’agit de participer vraiment… comme un athlète et pas comme un touriste. C’est le cas pour les Jeux Olympiques, c’est le cas aussi pour la vie chrétienne. 

On peut subir sa vie chrétienne, en être spectateur plus qu’acteur. Ou alors en être pleinement participant… A nous de choisir !

La subir, c’est se laisser porter par les autres, par son éducation, par des traditions et des habitudes suivies sans ferveur. Et ce n’est guère passionnant… 

L’important, c’est de participer. Être acteur de sa propre vie chrétienne. C’est évidemment plus exigeant, ça demande des efforts, de la persévérance, des prises de risque même… mais ça change tout ! La vie chrétienne vécue de cette façon peut devenir aussi grisante qu’une compétition olympique. Par la foi, Dieu nous fait participants de son Royaume. Quel honneur et quel privilège ! C’est par grâce qu’il nous promet la couronne de son salut, la vie éternelle dans la présence même de Dieu. 

Ca vaut vraiment la peine de participer ! 


dimanche 7 juillet 2024

L’esprit olympique (1) La vie chrétienne, c’est du sport !

 

Comme chaque année, j’aime proposer une mini-série de l’été, pour tout le mois de juillet. Le choix de cette mini-série est évidemment lié à l’actualité sportive incontournable de cet été : les jeux olympiques de Paris. Or la Bible, surtout le Nouveau Testament, et en particulier l’apôtre Paul, utilise à plusieurs reprises des images tirées du sport pour parler de la foi et de la vie chrétienne. C’est l’occasion de s’y référer !

Je propose donc de prendre « l’esprit olympique » comme une métaphore possible de la vie chrétienne. Et pour commencer, nous allons nous arrêter sur le texte biblique qui développe le plus la métaphore sportive, sous la plume de l’apôtre Paul, dans sa première lettre aux Corinthiens. Ce n’est d’ailleurs pas étonnant puisqu’au temps du Nouveau Testament, c’était bien à Corinthe que se déroulait tous les deux ans l’étape la plus fréquentée des jeux « panhelléniques ». Dans ce texte, il fait référence à deux épreuves des jeux antiques : la course mais aussi le pugilat (l’ancêtre de la boxe). 

1 Corinthiens 9.24-27
24Vous savez sûrement que les coureurs dans le stade courent tous, mais qu'un seul remporte le prix. Courez donc de manière à remporter le prix. 25Tous les athlètes à l'entraînement s'imposent une discipline sévère. Ils le font pour gagner une couronne qui se fane vite ; mais nous, nous le faisons pour gagner une couronne qui ne se fanera jamais. 26C'est pourquoi je cours les yeux fixés sur le but ; c'est pourquoi je suis semblable au boxeur qui ne frappe pas au hasard. 27Je traite durement mon corps et je le maîtrise sévèrement, afin de ne pas être moi-même disqualifié après avoir proclamé la bonne nouvelle aux autres.

Comme dans une compétition sportive, il s’agit de courir ou de se battre pour remporter le prix promis au vainqueur… autrement dit, il s’agit de vivre sa vie de chrétien avec la perspective des promesses de Dieu à ceux qui lui demeurent fidèles. Pour y arriver, il faut se soumettre à une certaine discipline, d’une part pour progresser comme l’athlète à l’entraînement, et d’autre part pour ne pas faire n’importe quoi comme l’athlète qui doit veiller à ne pas être disqualifié pendant la compétition. 


Concourir de manière à remporter le prix

La première exhortation que l’apôtre Paul tire de sa métaphore sportive, c’est : « courez de manière à remporter le prix. » 

On ne court pas de la même manière quand on fait un jogging le matin ou quand on s’aligne dans une course. On n’est pas dans le même état d’esprit quand on court dans un parc avec des écouteurs dans les oreilles ou quand on est dans les starting-blocks sur la piste d’un stade. Or c’est bien à une course, ou un combat, dans un stade que l’apôtre Paul compare la vie chrétienne.  

En prolongeant la métaphore, il utilise au verset 26 deux formules pour décrire la façon dont l’athlète doit concourir pour remporter le prix : s’il court, il doit courir les yeux fixés vers le but, s’il se bat, il ne doit pas frapper au hasard. Ou comme le traduit la TOB : « Moi donc, je cours ainsi : je ne vais pas à l’aveuglette ; et je boxe ainsi : je ne frappe pas dans le vide. »

Retranscrit pour notre foi, cette double exhortation nous invite à savoir où on va : ne jamais perdre de vue le but de notre vie chrétienne et faire preuve d’intelligence. 

Regardez un coureur de 110 mètres haies. Son but, c’est d’être le premier à franchir la ligne. Il a 110 mètres à parcourir, dans un couloir parsemé d’obstacles, 10 haies à franchir. Tout au long de la course, même lorsqu’il saute les obstacles, il ne regarde qu’une chose : la ligne d’arrivée. 

Pour courir de manière à remporter le prix, il ne faut jamais perdre de vue le but de notre vie chrétienne. Pour rester dans le cadre de la métaphore, il s’agit de ne pas se tromper de couronne. L’apôtre Paul le dit, la couronne qui nous est promise n’est pas la couronne végétale des athlètes antiques, c’est une couronne qui ne se fane jamais. Alors ne nous trompons pas de couronne. Ce qu’on cherche en tant que chrétien, c’est l’approbation de Dieu, pas celle des humains. Ce n’est pas la réussite sociale, la prospérité matérielle, la célébrité ou le pouvoir. C’est le Royaume de Dieu, qui se manifeste dans l’amour pour Dieu et pour notre prochain, dans l’humilité et le service. « Cherchez d’abord le Royaume de Dieu et sa justice… » Voilà notre couronne… 

Et puis dans un combat, il ne suffit pas d’être le plus grand ou le plus musclé pour gagner. Il ne suffit pas de taper le plus fort possible, il faut frapper juste et faire preuve d’intelligence au combat. 

On peut dans notre vie chrétienne agir de manière désordonnée, sans réfléchir, voire faire n’importe quoi. On peut dépenser une énergie folle dans de mauvais combats. A force de perdre son énergie à frapper dans le vide, on se fatigue et on s’expose… et on risque bien de finir au tapis. 

Oui, la vie chrétienne est un combat. Il y a des luttes à mener, en soi-même d’abord, contre ce qui en nous a tendance à nous éloigner de Dieu. Il y a un combat à mener contre l’injustice et le mal, contre la haine et la peur et tout ce qui humilie et défigure l’être humain créé en image de Dieu. 

Mais il ne s’agit pas de frapper frénétiquement ou de frapper fort, il faut frapper juste. Il faut faire preuve d’intelligence. Je ne parle ici ni de connaissance encyclopédique ni de QI supérieur. Je parle d’une intelligence pratique, de bon sens et de réflexion. 

On a parfois l’impression qu’en matière de foi et de vie chrétienne, on perd tout bon sens. Parce qu’il faut témoigner, on bombarde de versets bibliques. Parce que le Seigneur est avec nous, on fonce sans réfléchir. Parce que « la Bible est claire », on ne prend pas le temps de la réflexion. 

Ne soyons pas des athlètes qui courent à l’aveuglette ou frappent dans le vide… 


S’astreindre à un entraînement

Un autre aspect de la métaphore sportive développée par l’apôtre Paul est lié à la nécessité de l’entraînement pour le sportif. 

C’est la partie cachée de l’iceberg. Un sportif de haut niveau passe l’essentiel de son temps à l’entraînement, pas en compétition. C’est un travail en secret, qui demande une discipline de fer, des efforts et des renoncements. Ce n’est pas la partie la plus intéressante de sa vie de sportif… mais c’est incontournable s’il veut gagner des compétitions. 

Dans notre vie chrétienne, il n’y a pas que des moments de joie et d’enthousiasme. Il n’y a pas que des réussites et des expériences exaltantes. Il y a plein d’aspects dans notre vie chrétienne qui ne procurent pas une satisfaction immédiate mais qui sont, comme l’entraînement du sportif, incontournables pour achever la course. 

Nous devons nous astreindre à une certaine discipline… Veiller à notre alimentation spirituelle, qu’elle soit nourrissante et équilibrée, avec un régime dont les aliments de base sont la prière et la méditation de la Bible. Nous devons travailler sur nous-mêmes et laisser le Saint-Esprit nous façonner, nous transformer. Nous avons besoin d’exercer notre foi, pour qu’elle progresse, en trouvant des lieux d’engagement et de service, même s’ils ne sont pas toujours valorisants au premier abord. Nous devons persévérer et ne pas vivre que dans l’immédiat, nous investir dans des relations authentiques et vraies, prendre le temps de l’accueil, de l’écoute… 

Si vous ne vivez votre foi que dans l’enthousiasme et l’exaltation, picorant à gauche à droite, en quête uniquement d’expériences fortes et grisantes, vous allez vous essouffler et vous allez au-devant de grandes désillusions. 

Mais si vous acceptez de vous astreindre à un « entraînement » spirituel, parfois exigeant voire ingrat, Dieu agira en vous, vous progresserez dans votre foi et vous verrez le Royaume de Dieu se manifester. 


Veiller à ne pas être disqualifié

Un dernier aspect de la métaphore sportive développée par l’apôtre Paul que j’aimerais souligner est la mise en garde par laquelle il termine le passage biblique de ce matin : « afin de ne pas être moi-même disqualifié après avoir proclamé la bonne nouvelle aux autres. »

Il faut bien comprendre quel est l’enjeu. La question, ici, n’est pas le salut personnel. On a parfois tendance à tout faire tourner autour de la question de notre salut personnel… c’est un peu une obsession évangélique. Faut-il le rappeler, nous sommes sauvés par grâce, c’est un cadeau de Dieu… et on ne reprend pas un cadeau !

Dans la métaphore développée par Paul, cette disqualification est liée à la proclamation de la Bonne Nouvelle. Il parle de sa disqualification en tant que proclamateur de la Bonne Nouvelle du Christ. 

Or, qu’est-ce qui disqualifie notre témoignage sinon nos actes qui démentent nos paroles ?

Ce n’est pas parce que nous sommes sauvés par grâce que nous pouvons faire n’importe quoi, que nous ne sommes pas responsables de ce que nous disons ou faisons. Comme dans une compétition sportive, il y a des règles à respecter. Le Seigneur nous a laissé des commandements et des principes à suivre. Relisez le Sermon sur la Montagne ! 

Je ne dis pas que c’est facile… D’ailleurs Paul, dans le prolongement de la métaphore, dit qu’il agit envers lui-même comme le sportif envers son corps : il le traite durement et le maîtrise. Je dis que c’est une question de cohérence. Et le Seigneur nous vient en aide, heureusement !


Conclusion

La vie chrétienne, c’est du sport ! Ça veut dire que ça demande des efforts, de la discipline, y compris pour des choses qui ne sont pas immédiatement satisfaisantes. On ne peut pas faire n’importe quoi, il y a des règles à respecter. 

Mais c’est aussi exaltant voire grisant, il y a un but à atteindre, un objectif enthousiasmant et une couronne qui nous est promise. Ce qui nous attend au bout de la course, c’est le Royaume de Dieu dans toute sa plénitude. 

La course et le combat en valent vraiment la peine ! 


dimanche 23 juin 2024

Le trépied de la vie chrétienne (3) L’amour

 

Ce matin c’est la troisième et dernière prédication d’une mini-série autour de ce que j’ai appelé le trépied de la vie chrétienne. Un trépied est un accessoire essentiel pour un photographe, qui lui permet d’assurer la stabilité de sa prise de vue et donc de garantir des clichés nets. De même, il y a un trépied essentiel pour le chrétien, pour lui permettre de garder une vision nette et claire de sa vie, et pour trouver une stabilité, quelles que soient les circonstances. C’est un trépied constitué par la foi, l’espérance et l’amour, comme l’affirme l’apôtre Paul dans sa première lettre aux Corinthiens : 

1 Corinthiens 13.13
Maintenant, ces trois choses demeurent : la foi, l'espérance et l'amour ; mais la plus grande des trois est l'amour.

Nous terminons donc cette mini-série avec l’amour, que la formule de l’apôtre Paul identifie comme la plus grande des trois « choses qui demeurent ». Mais en quoi est-ce la plus grande ? 

Si on lit ce que Paul dit dans les versets qui précèdent, avec son grand hymne sur l’amour, on distingue deux raisons pour lesquelles l’amour est plus grand que la foi et l’espérance. 

Tout d’abord, l’amour est plus grand parce que si l’amour est absent, tout le reste est disqualifié, y compris la foi et l’espérance. En effet, l’apôtre Paul le souligne avec force :

1 Corinthiens 13.1-3
1Supposons que je parle les langues des êtres humains et même celles des anges : si je n'ai pas d'amour, je ne suis rien de plus qu'un métal qui résonne ou qu'une cymbale bruyante. 2Je pourrais transmettre des messages reçus de la part de Dieu, posséder toute la connaissance et comprendre tous les mystères, je pourrais avoir la foi capable de déplacer des montagnes, si je n'ai pas d'amour, je ne suis rien ! 3Je pourrais distribuer tous mes biens aux affamés et même livrer mon corps aux flammes, si je n'ai pas d'amour, cela ne me sert à rien !

D’autre part, l’amour est le plus grand parce que l’amour est éternel, c’est-à-dire qu’il n’est jamais appelé à disparaître. Ce n’est pas le cas de la foi et de l’espérance. Un jour, nous n’aurons plus besoin de la foi ni de l’espérance puisque nous serons dans la présence même de Dieu :

1 Corinthiens 13.8-12
8L'amour est éternel ! Les messages reçus de Dieu cesseront un jour, le don de parler en des langues inconnues prendra fin, la connaissance disparaîtra. 9En effet, nous connaissons de manière incomplète et nous annonçons des messages reçus de Dieu de façon limitée ; 10mais quand viendra la perfection, ce qui est incomplet disparaîtra.
11Lorsque j'étais enfant, je parlais comme un enfant, je pensais comme un enfant et je raisonnais comme un enfant ; mais une fois devenu adulte, j'ai abandonné tout ce qui est propre à l'enfant. 12À présent, nous ne voyons qu'une image confuse, pareille à celle d'un vieux miroir ; mais alors, nous verrons face à face. À présent, je ne connais que de façon incomplète ; mais alors, je connaîtrai Dieu complètement, comme lui-même me connaît.

Il n’y aura alors plus besoin ni de foi ni d’espérance. Mais nous aurons toujours besoin de l’amour. On connaîtra même l’amour dans toute sa plénitude, dans la présence même de Celui qui est amour. 

Comment cet amour est-il appelé à se manifester aujourd’hui ? Le plus simple est de lire ce que Paul en dit dans les quelques versets que nous n’avons pas encore lus, au cœur de l’hymne de 1 Corinthiens 13 :

1 Corinthiens 13.4-7
4L'amour est patient et bon, il n'est pas envieux, ne se vante pas et n'est pas prétentieux ; 5l'amour ne fait rien de honteux, n'est pas égoïste, ne s'irrite pas et n'éprouve pas de rancune ; 6l'amour ne se réjouit pas du mal mais il se réjouit de la vérité. 7En toute circonstance il fait face, il garde la foi, il espère, il persévère.

On remarque que l’argumentation de l’apôtre Paul dans ces quelques versets se fait en trois temps :

  • Tout d’abord, l’amour est caractérisé par deux qualificatifs : « l’amour est patient et bon »
  • Ensuite, il y a une liste de ce que l’amour n’est pas : « il n’est pas envieux, ne se vante pas, etc. »
  • Enfin, l’amour est caractérisé par quatre formules absolues : « En toute circonstance il fait face, il garde la foi, il espère, il persévère. »


L’amour est patient et bon

Commençons par les deux qualificatifs de l’amour : la patience et la bonté. En grec, le mot amour (agapê) est le sujet de deux formes verbales. On pourrait traduite : « l’amour prend patience et l’amour fait preuve de bonté ». Un verbe caractérise une action. L’amour dont il est question ici n’est ni un sentiment à l’eau de rose ni une passion dévorante, c’est une façon d’être et d’agir, c’est une caractéristique de notre attitude, de notre comportement. L’amour se concrétise en actes. 

La patience et la bonté ne sont pas choisies par hasard. Il s’agit d’abord de deux attributs majeurs de Dieu. Les deux termes font écho à la fameuse formule qu’on trouve plusieurs fois dans l’Ancien Testament et définissant Dieu en disant qu’il est « lent à la colère et riche en bonté ». 

Il s’agit donc pour nous, sans surprise, d’agir à l’image de Dieu. Il s’agit de faire preuve de patience et de bonté envers notre prochain, comme Dieu fait preuve de patience et de bonté à notre égard. 

Être patient, c’est laisser la liberté et le temps à l’autre d’avancer, de progresser, de changer. C’est une preuve d’amour, une forme de grâce. Manifester de la bonté, c’est aller vers l’autre, s’intéresser à lui, chercher activement son bonheur. Les deux, ensemble, expriment bien ce qu’est l’amour. 

Ça fonctionne dans tous les cas où il peut être question d’amour. Celles et ceux qui ont quelques années d’expérience de couple pourront sans aucun doute témoigner de l’importance cruciale de la patience dans leur amour. Dans la relation parents-enfants, c’est pareil ! Et c’est valable dans les deux sens… Même dans l’amour qu’on est appelé à manifester plus largement à notre prochain, la patience et la bonté sont vraiment deux dimensions essentielles. 

On peut même considérer que la patience et la bonté constituent ensemble une clé de compréhension de l’amour. Et si on veut s’interroger sur la qualité de notre amour, on peut se poser la question : Est-ce que l’amour que je prétends témoigner à l’autre est caractérisé par la patience et la bonté ? 

Les deux sont importants. La bonté seule ne suffit pas… car elle risque d’en rester à de bonnes intentions mais sans se concrétiser de manière adaptée à l’autre, en prenant en considération ce qu’il est. Et la patience seule ne suffit pas… car il peut y avoir une patience qui n’est pas de l’amour mais plutôt de l’indifférence. L’amour, c’est la patience ET la bonté. 


L’amour est une lutte 

Après les deux qualificatifs de l’amour, l’apôtre Paul utilise plusieurs formules négatives pour dire ce que l’amour n’est pas, ou plutôt ce qu’il ne fait pas. A noter toutefois que la dernière formule verbale est, elle, positive. Je cite ici les versets 5-6 dans la version TOB : « il ne fait rien de laid, il ne cherche pas son intérêt, il ne s’irrite pas, il n’entretient pas de rancune, il ne se réjouit pas de l’injustice mais il trouve sa joie dans la vérité. »

Ici encore, c’est une série de verbes qui est utilisée. Et le fait que 5 formes verbales sont négatives et une seule positive laisse entendre que l’amour ne nous est pas forcément naturel et que c’est une lutte pour nous que de ne pas se laisser emporter vers des comportements contraires. Aimer, c’est aussi lutter pour ne pas faire certaines choses, pour ne pas se laisser aller à certaines attitudes. 

En y réfléchissant, on se rend compte que les différents comportements contre lesquels l’apôtre Paul nous met en garde vont à l’encontre de la patience ou la bonté qu’il a évoqué au début. « il ne fait rien de laid, il ne cherche pas son intérêt… » Là on est plutôt dans l’absence de bonté, que ce soit en faisant quelque chose de laid, qui va nuire aux autres, ou de ne pas prendre en compte leur intérêt pour ne penser qu’au sien. « Il ne s’irrite pas, il n’entretient pas de rancune… » Là on est plutôt dans l’absence de patience, dans le cas de la colère comme de la rancune, on n’accepte pas que l’autre ne soit pas à la hauteur de nos attentes, on ne lui donne pas le temps ni le droit de changer. 

Quant aux deux derniers verbes, évidemment on comprend qu’on ne peut pas aimer en se réjouissant de l’injustice… même si on pense que ceux qui en sont touchés le méritent, même si cette injustice nous épargne, nous. Trouver sa joie dans la vérité, c’est autant pour soi que pour les autres. 

Manifester l’amour auquel nous sommes appelés en tant que croyants nous conduit à une lutte intérieure, un combat et une vigilance de tous les instants. Si nous voulons progresser dans l’amour, demandons-nous ce qui dans notre cœur, dans nos pensées ou dans nos actes, nous empêche d’être patient ou bon envers notre prochain. Contre quoi devons-nous lutter en nous-mêmes, dans quels domaines devons-nous laisser l’Esprit de Dieu nous transformer pour ôter les obstacles à l’amour, à la patience et à la bonté ? 


L’amour est un absolu « tout terrain »

En grec, les quatre formules verbales du verset 7 insistent sur le « tout ». Je cite à nouveau la version TOB : « Il excuse tout, il croit tout, il espère tout, il endure tout. » 

Au premier abord, on pourrait avoir l’impression que l’amour, ici, est naïf et crédule. Ce n’est pas le cas. Plutôt que de condamner, l’amour choisit d’excuser, de passer par-dessus. Plutôt que d’être méfiant voire suspicieux, l’amour choisit de faire confiance. Plutôt que d’être sceptique ou défaitiste, l’amour choisit de garder espoir. Plutôt que d’abandonner ou de laisser tomber, l’amour choisit de continuer et de persévérer. 

L’amour met la préservation de la relation ou sa restauration par-dessous toute autre préoccupation. 

N’y a-t-il pas, là encore, une manière d’évoquer la patience et la bonté mais cette fois de manière absolue ? 

Aimer est un impératif absolu, qui est appelé à se manifester différemment selon les circonstances. On pourrait dire que l’amour est un absolu tout terrain. C’est ce qui fait sa force mais aussi ce qui représente tout son défi !

On pourrait même l’envisager sur le terrain de notre amour pour Dieu.  Certes, dans ce cas, c’est d’abord Dieu qui est patient et bon à notre égard. L’expression de notre amour pour lui sera de reconnaître et célébrer cette patience et cette bonté. Ce sera aussi de nous efforcer de vivre à son image et de faire preuve de patience et de bonté envers notre prochain. 

Mais finalement, l’espérance n’est-elle pas aussi une forme de patience, dans l’attente confiante des promesses de Dieu ? Et la foi n’est-elle pas aussi une forme de bonté, dans le sens d’une ouverture, d’un accueil, d’une volonté de chercher Dieu et sa présence, de chercher à lui faire plaisir ? 

Finalement, le trépied de la vie chrétienne est tout entier amour, amour pour le prochain et amour pour Dieu. Il a besoin, aujourd’hui, de la foi et de l’espérance, parce que nous attendons encore le Royaume qui vient. Mais alors, au jour de l’accomplissement du projet de Dieu, notre trépied éternel sera l’amour, toujours l’amour, rien que l’amour. 


Conclusion

Aujourd’hui, notre amour est appelé à se manifester dans la patience et la bonté. Et c’est une lutte, parce que nous pouvons facilement nous laisser entraîner sur d’autres voies... Mais ça en vaut la peine, parce que notre amour pour Dieu et pour notre prochain est capable de s’adapter à tous les terrains de notre vie, même les plus accidentés. En cela il peut être un témoignage concret de l’amour de Dieu, c’est-à-dire de sa patience et de sa bonté à notre égard, et envers toutes et tous. 

L’amour ne se limite pas à la patience et la bonté. C’est plus riche et plus complexe que cela. Mais la patience et la bonté constituent ensemble une clé précieuse de compréhension de l’amour. 


dimanche 16 juin 2024

Le trépied de la vie chrétienne (2) L'espérance

 

Nous avons commencé dimanche dernier une mini-série de prédications autour de ce que j’ai appelé le trépied de la vie chrétienne. Un trépied est un accessoire essentiel pour un photographe, qui lui permet d’assurer la stabilité de la prise de vue et donc de garantir des clichés nets. De même, il y a un trépied essentiel pour le chrétien, pour lui permettre de garder une vision nette et claire de sa vie, et pour trouver une stabilité, quelles que soient les circonstances. Les trois pieds de ce trépied sont la foi, l’espérance et l’amour, comme l’affirme l’apôtre Paul dans sa première lettre aux Corinthiens : 

1 Corinthiens 13.13
Maintenant, ces trois choses demeurent : la foi, l'espérance et l'amour ; mais la plus grande des trois est l'amour.

Dimanche dernier nous avons parlé de la foi, nous allons nous intéresser ce matin à l’espérance. 

Cette année, j’ai déjà plusieurs fois prêché sur l’espérance. Le 4 février dernier, j’ai évoqué l’espérance sous l’angle de la consolation. Le 17 décembre, sous l’angle de la joie. Le 8 octobre, sous l’angle de la promesse, celle de la venue du Christ. Il faut dire que dans le monde anxiogène que nous connaissons aujourd’hui, nous cherchons des raisons d’espérer. 

Comment parler d’espérance quand on voit s’intensifier la menace écologique ? Comment parler d’espérance quand on voit la guerre faire son retour en Europe… sans compter tous les autres conflits dans le monde ? Comment parler d’espérance quand on constate une hausse de 1000% des actes antisémites en France ? Comment parler d’espérance quand on voit la montée inéluctable des extrêmes en Europe et un peu partout dans le monde ? Comment parler d’espérance quand l’horizon qu’on nous propose est le repli identitaire, la fermeture des frontières et le refoulement des migrants ? 

On entendra peut-être parler d’espoir voire d’espérance chez certains candidats aux élections législatives… mais peut-on les croire ? Peuvent-ils encore nous faire rêver ? J’ai surtout l’impression que les discours politiques aujourd’hui sont essentiellement basés sur la peur : la peur de l’immigration ou la peur de voir l’extrême droite accéder au pouvoir. Il ne peut y avoir aucune espérance avec la peur. 

Si nous, chrétiens, ne parlons pas d’espérance, qui le fera ? Quelle est notre espérance ? Où se trouve-t-elle ? Comment impacte-t-elle notre vie aujourd’hui ? Ecoutons ce que nous en dit l’apôtre Pierre dans sa première épître. 

1 Pierre 1.3-5
3 Bénissons Dieu, le Père de notre Seigneur Jésus Christ ! Dans sa grande bonté, il nous a fait naître à une vie nouvelle, en ressuscitant Jésus Christ d'entre les morts. C'est pour que nous ayons une espérance vivante, 4 en attendant l'héritage que Dieu réserve aux siens. Cet héritage ne peut être ni détruit ni sali et il ne peut pas perdre son éclat. Dieu vous le réserve dans les cieux, 5 à vous que sa puissance garde par la foi, en vue du salut prêt à être révélé au moment de la fin.

Ces quelques versets ne disent pas tout de l’espérance chrétienne… mais en quelques mots, ils rappellent quelques éléments incontournables :

  • Notre espérance a un fondement dans le passé : la résurrection de Jésus-Christ d’entre les morts
  • Notre espérance est une réalité pour aujourd’hui : elle est une espérance vivante
  • Notre espérance s’accomplira pleinement dans l’avenir : elle est un héritage que Dieu nous réserve


Un fondement : la résurrection de Jésus-Christ

L’espérance chrétienne ne repose pas d’abord sur une promesse mais sur un fait : Jésus-Christ est ressuscité d’entre les morts ! C’est de cet événement que découlent les promesses qui alimentent notre espérance. 

L’affirmation de la résurrection de Jésus est le fondement sur lequel se construit toute l’espérance chrétienne. C’est parce que Jésus est ressuscité, parce qu’il a vaincu la mort, qu’une espérance est possible. 

L’espérance chrétienne n’est pas un vague espoir, un rêve un peu fou ou une utopie improbable. Elle est l’assurance que le Christ nous a ouvert un chemin nouveau où il nous précède, par sa mort et sa résurrection, un chemin sur lequel aucun obstacle n’est définitif, pas même la mort. Si bien qu’on peut dire que le meilleur est encore à venir !


Un héritage qui nous est réservé

Ce « meilleur à venir » s’accomplira au jour fixé par Dieu. Pour l’exprimer, Pierre utilise la métaphore de l’héritage, un héritage qui nous est réservé par Dieu. Il s’agit du « salut prêt à être révélé au moment de la fin. » Autrement dit, le salut que nous recevons, aujourd’hui, par la foi, sera pleinement accompli au jour de l’accomplissement final du projet de Dieu. Il est un gage aujourd’hui d’un héritage qui nous est réservé et qui doit encore être révélé. 

N’ayons aucune crainte, cet héritage est incorruptible. Le salut que Dieu nous donne en Jésus-Christ nous est acquis, il ne peut nous être enlevé, nous ne pouvons pas le perdre : il ne sera « ni détruit ni sali et il ne peut pas perdre son éclat. » 

Et non seulement Dieu nous le réserve mais il nous garde aujourd’hui dans sa main, au moyen de la foi, même si nous pouvons connaître des hauts et des bas… C’est ce qu’on appelle communément l’assurance du salut, qui repose entièrement sur la fidélité de Dieu. C’est une expression de notre espérance. 


Une espérance à vivre aujourd’hui

Entre le fondement de la résurrection du Christ et le gage de notre héritage à venir, il reste une espérance à vivre aujourd’hui. C’est la fameuse expression centrale dans le texte de Pierre lorsqu’il parle d’une espérance vivante. 

Il ne s’agit pas seulement, pour nous, d’avoir une espérance pour demain… il s’agit de vivre notre espérance dès aujourd’hui. Elle se vit par la foi, dans la relation avec Dieu. Elle s’exprime dans la confiance, malgré les tempêtes que nous pouvons traverser. Elle se manifeste dans la paix face à l’agitation du monde : par-delà les troubles ici-bas, le projet de Dieu est en marche et son Royaume vient. 

Au début de la prédication, je demandais comment on peut parler d’espérance quand on considère l’état de notre monde aujourd’hui, avec la menace écologique, les guerres, les discours de haine et de rejet… Comment, aujourd’hui, dans un tel contexte, vivons-nous notre espérance ? Comment s’exprime une espérance vivante face aux menaces, aux tumultes voire au chaos de notre monde ? 

D’abord on garde la tête froide et on cherche la paix dans l’assurance du Royaume qui vient. Notre espérance ne repose pas sur ce monde et ceux qui le gouvernent. Le monde et les puissants peuvent s’agiter et menacer, nous croyons que Dieu demeure souverain et que son règne vient. Et si ce sont des tempêtes plus personnelles que nous traversons, Dieu n’est pas moins souverain sur notre vie que sur le monde !

Pour autant, on prend notre part et on assume notre rôle de citoyen, là où Dieu nous a placé. Il y a des élections à la fin du mois… alors on essaye de se faire une conviction en toute conscience. A défaut de voter pour ceux qui nous font rêver, on choisit peut-être les moins mauvais… et on essaye d'éviter le pire. Et puis, aujourd’hui et demain, on prie pour les autorités, quelles qu’elles soient. Ce qui ne veut pas dire qu’on soit forcément d’accord, loin de là ! Il faut nous souvenir que le contexte du Nouveau Testament n'était pas vraiment favorable aux chrétiens… et pourtant Jésus a dit de rendre à César ce qui est à César, et l’apôtre Paul exhortait à prier pour les personnes qui détiennent l’autorité. 

Et surtout on ne baisse pas les bras. Une espérance vivante ne se résigne pas. Elle refuse d’accepter les discours de haine, les réflexes de rejet et de peur, la violence sous toutes ses formes, l’injustice, les manipulations, le mépris ou l’exploitation des plus faibles, et surtout elle ne s’en rend pas complice. Même si aujourd’hui, c’est peut-être de plus en plus difficile de choisir l’amour, l’écoute, l’accueil, l’humilité, la conciliation, la nuance, la douceur… C’est pourtant ce à quoi nous sommes appelés : une espérance vivante s’efforce de manifester le mieux possible les valeurs du Royaume qui vient. 


Conclusion

Dans le trépied de la vie chrétienne, l’espérance est peut-être le pied le plus important quand notre vie ressemble à un terrain accidenté. C’est elle qui nous permet de rester stable, de ne pas perdre de vue l’horizon du Royaume qui vient, même quand notre vie ou notre monde chancelle, et de garder ainsi une vision claire. Solidement ancrée dans l’événement de la résurrection du Christ, notre espérance est ferme. 

Mais l’espérance du Royaume qui vient ne nous désolidarise pas du monde actuel. Nous sommes, au contraire, appelés à y semer, par notre vie, notre engagement, notre témoignage, des graines d’espérance. N’oublions pas que Jésus a comparé le Royaume de Dieu aux toutes petites graines de moutarde qui peuvent, finalement, donner naissance à un véritable arbre où les oiseaux trouvent un abri. 

Une espérance vivante, c’est une vie qui sait déjà manifester les germes du Royaume qui vient. 


dimanche 9 juin 2024

Le trépied de la vie chrétienne (1) La foi

A quoi sert un trépied en photographie ? Assurer la stabilité de la prise de vue, quel que soit le sol sur lequel il repose. Les trois pieds s’adaptent à leur environnement pour permettre à l’appareil de ne pas bouger et de garantir une prise de vue nette. Sans trépied, la photo risque d’être floue, surtout si les conditions sont défavorables : terrain accidenté, vent, manque de lumière, etc…

On sait combien notre vie ne ressemble pas à une grande plaine paisible et sans embûche. Le sol de notre chemin ici-bas est même parfois très accidenté, et les éléments autour de nous peuvent parfois se déchaîner. Alors pour garder dans notre vie une vision nette et claire, pour trouver une stabilité, sur quel trépied notre vie chrétienne doit-elle reposer ?

Dans le Nouveau Testament, il y a bien trois « pieds » qui sont mentionnés, qui peuvent constituer ensemble le trépied de la vie chrétienne : la foi, l’espérance et l’amour. 

1 Corinthiens 13.13
Maintenant, ces trois choses demeurent : la foi, l'espérance et l'amour ; mais la plus grande des trois est l'amour.

Ces trois « choses qui demeurent » sont les valeurs ou les vertus chrétiennes fondamentales, celles sur lesquelles on peut toujours s’appuyer, quelles que soient les circonstances. Et la plus grande, celle qui assure le plus la stabilité de l’ensemble, c’est l’amour. 

Dans une mini-série avant l’été, je vous propose d’explorer ce trépied, en trois prédications, en commençant par le premier pied : la foi. Ça paraît normal de commencer par la foi. La vie chrétienne est, par définition, une vie de foi. Mais qu’est-ce que la foi ? 

Si je vous dis que j’ai, ici dans ma poche, une délicieuse sucette. Est-ce que vous me croyez ? 

Qui me croit ? Levez la main !

Alors si vous me croyez, venez la chercher ! 

Voilà ce qu'est la foi : croire sans voir, choisir de faire confiance et prendre le risque d'agir en conséquence.


Qu’est-ce que la foi ?

Il y a un texte du Nouveau Testament qui propose d’une certaine façon une définition de la foi. On le trouve dans la lettre aux Hébreux, au chapitre 11. J’ai choisi de lire la version de la TOB, qui me paraît la plus satisfaisante pour un texte grec qui n’est pas évident à traduire en français. 

Hébreux 11.1-3 (TOB)
1La foi est une manière de posséder déjà ce que l’on espère, un moyen de connaître des réalités que l’on ne voit pas. 2C’est elle qui valut aux anciens un bon témoignage.
3Par la foi, nous comprenons que les mondes ont été organisés par la parole de Dieu. Il s’ensuit que le monde visible ne prend pas son origine en des apparences.

Même si le verset 1 n’est pas facile à traduire, on peut noter que l’objet de la foi est clairement défini. Il s’agit de ce qu’on espère et ce qu’on ne voit pas. La foi ne concerne donc pas ce qu’on peut toucher ou ce qu’on peut voir mais ce qui n’est pas encore là et ce qui est invisible. Comme la sucette dans ma poche tout à l’heure… Comme Dieu lui-même et ses promesses. 

La foi permet d’appréhender ce qui n’est pas encore là, de le rendre déjà présent et réel d’une certaine manière, bref de posséder déjà ce qu’on ne fait qu’espérer. C’est aussi un moyen de voir ce qui est invisible, une autre manière de percevoir la vie, le monde, au-delà de ce qui est palpable et manifeste, bref de connaître des réalités qu’on ne voit pas. 

Les versets 2 et 3 permettent de préciser quelque peu tout cela. Les anciens dont parle le verset 2, ce sont ceux qui seront cités dans la suite du chapitre, des hommes et des femmes qui, tout au long de l’histoire biblique, ont fait preuve d’une foi vivante et qui servent d’exemple. Cela veut dire aussi que la foi n’est pas qu’un simple point de vue, une opinion comme une autre, ni même une croyance parmi d’autres. Elle se manifeste concrètement, elle change la façon d’être et de vivre. La vie du croyant témoigne de la réalité de sa foi. 

Quant au verset 3, en faisant référence aux origines du monde, organisé par la parole de Dieu, il se réfère à une des affirmations de foi fondamentales : l’univers n’est pas éternel mais a eu un commencement, il a été créé par Dieu. Il n’est pas le fruit du hasard mais il a été organisé par la parole de Dieu, selon son dessein. Evidemment, ça ne peut pas être prouvé, c’est une affirmation de foi. Mais le contraire ne peut pas être prouvé non plus… 

En remontant ainsi aux origines, la lettre aux Hébreux souligne que la foi a pour conséquence une vision particulière du monde, qui va au-delà de ce qu’on voit et perçoit avec nos sens, et qui intègre Dieu comme principe fondamental, comme cause ultime de toutes choses. La foi permet de « voir » le Dieu invisible, dans sa manière d’agir dans le monde et dans notre vie. 

Que pouvons-nous déduire de tout cela quant à la foi, pour nous aujourd’hui ?


Croire sans voir

Avoir la foi, c’est croire sans voir. Il est donc absurde de dire « je ne crois que ce que je vois. » Si tu le vois, tu n’as plus à le croire puisque tu le vois ! C’est toute la difficulté de la foi… 

Comme l’objet de la foi est l’invisible et ce qui n’est pas encore là, il est naturel que le doute et les interrogations y aient aussi leur place. Il ne faut surtout pas croire qu’un croyant fidèle ne doit plus connaître le doute. Il ne faut pas se troubler si, tout en étant chrétien, on est confronté à des interrogations, parfois sérieuses. Pourquoi Dieu ne répond-il pas ? Pourquoi laisse-t-il faire cela ? Pourquoi n’intervient-il pas ? Dieu entend-il vraiment ma détresse ? N’est-il pas sourd à ma prière ?  Des doutes, des interrogations, des incompréhensions, on en trouve un paquet dans les psaumes, qui sont des prières bibliques, écrites par des croyants fervents. Et pourtant ils doutaient parfois ! 

Il ne s’agit donc pas de taire nos doutes et nos interrogations. Il s’agit de les assumer, de les présenter à Dieu et de les surmonter dans la confiance. Et ça peut prendre parfois du temps… Mais les temps de remise en question sont aussi utiles dans notre cheminement de foi. Lorsque le doute est surmonté, la foi est affermie. 

On peut même reconnaître des vertus au doute. Il nous empêche de nous enfermer dans des certitudes absolues. En réalité, les certitudes absolues sont un piège redoutable, celui de l’intégrisme. Celles et ceux qui ne doutent jamais me font peur. Celles et ceux qui donnent l’impression de ne jamais chanceler, d’être toujours inébranlable dans leur foi, me sont suspects. 

Le doute fait partie de la foi, parce qu’il n’est pas facile de croire sans voir. 


Choisir de croire

La foi demeure, fondamentalement, un choix. Puisqu’on ne peut pas attendre de voir pour croire, il faut choisir. Choisir de croire ou de ne pas croire. Ça ne veut pas dire pour autant tirer à pile ou face... Le choix doit être informé et réfléchi, il peut être argumenté. Même si l’existence de Dieu ne peut pas être prouvée, croire en lui n’est pas pour autant sans fondement rationnel. 

Est-il plus irrationnel de croire que Dieu existe et qu’il a créé le monde ou de croire qu’il n’y a pas de Dieu et que le monde est le fruit du hasard ? Franchement, ça se discute… Après, bien sûr, il s’agit de savoir de quel Dieu on parle. Et puis croire en son amour et en la possibilité de le connaître est encore autre chose. Mais à chaque fois, c’est une question de choix. 

Un choix qu’on ne peut pas faire à la place des autres. La foi n’est pas un héritage familial ou culturel, même si l’éducation reçue et le cadre familial peuvent jouer un rôle important dans notre cheminement personnel de foi. C’est toujours un choix personnel. 

Croire, c’est choisir de croire. Plus encore, c’est un choix sans cesse à renouveler. Ne considérons pas la foi comme un acquis mais comme un défi de tous les jours. 

Attention : je ne parle pas ici du salut. Certes, on reçoit le salut par la foi mais ce n’est pas notre foi qui nous sauve, c’est le Seigneur qui nous sauve, dans sa grâce. Le salut nous est acquis par la mort et la résurrection du Christ. 

Tous les jours je dois choisir de croire. Tous les jours je dois choisir de croire dans ce salut acquis en Jésus-Christ. Tous les jours je dois choisir de placer ma confiance en Dieu, parce que les circonstances de ma vie changent. 

Quand une épreuve me tombe dessus, je dois choisir de croire que Dieu va me soutenir et m’accompagner. Quand je subis un échec, je dois choisir de croire que Dieu m’accompagnera sur de nouveaux chemins. Quand je fais face à une question, une interrogation profonde qui me trouble, je dois choisir de croire que si je ne comprends pas, Dieu, lui, connaît toutes choses et a la réponse. Quand un projet abouti, je dois choisir de croire que c’est une grâce que Dieu m’a faite et que je n’ai pas à m’enorgueillir de ma réussite. Quand Dieu exauce ma prière, je dois choisir de croire que ce n’est pas un dû mais une marque de la bonté de Dieu. 

En toutes circonstances, nous sommes toujours appelés à faire le choix de la foi. 


Croire… et agir

Enfin, l’autre grand défi de la foi, c’est d’agir en conséquence. Il ne s’agit pas seulement de croire mais aussi de vivre conformément à notre foi. C’est cela qui est un témoignage pour les autres. Et ce n’est pas une option facultative. Une foi qui en reste à des intentions, aussi bonnes soient-elles, n’est pas vraiment la foi. 

En d’autres termes, la foi n’est pas qu’une question de confiance, c’est aussi une question d’obéissance. Je ne parle pas ici d’une soumission servile, je parle d’un désir de faire la volonté de Dieu, de conformer sa vie au projet de Dieu. Cela aussi est un choix à faire et à refaire sans cesse !

Il est utile de se demander en quoi notre foi, ce que nous croyons, façonne notre façon d’être, notre vie de tous les jours, nos relations avec notre prochain. Il n’est d’ailleurs pas inintéressant de se poser la question différemment : Qu’est-ce que je ne ferais pas, ou qu’est-ce que je ferais différemment, si je n’étais pas croyant ? Et si je constate que, finalement, ça ne changerait pas grand-chose, c’est qu’il y a quelque chose qui ne va pas ! 

Je ne dis pas que c’est facile, et il faut admettre que même avec toute la bonne volonté du monde, on n’arrive que très partiellement à le vivre. Mais le Seigneur est patient et il nous aide, petit à petit, à mettre notre foi en pratique, il travaille en nous, en profondeur, et quand il le faut, il nous aide à nous relever et nous donne le courage de recommencer. 

Petit à petit, notre foi change notre vie… ou plutôt Dieu nous change par le moyen de notre foi mise en pratique. 


Conclusion

Le premier pied du trépied est fondamental car la vie chrétienne est une vie de foi. Or, la foi nous ouvre sur ce qui est invisible et ce qui n’est pas encore là. Ce n’est pas loin d’être un super-pouvoir ! Mais c’est surtout un défi à relever chaque jour. Un choix à renouveler sans cesse, pour croire et pour vivre ce qu’on croit. 

Heureusement que le Seigneur, par son Esprit, est là pour nous assister, nous accompagner, nous encourager et nous consoler. Parce que le chemin est loin d’être facile… mais nous savons où il nous conduit. Il débouchera sur la présence même de Dieu, pour l’éternité… et alors nous n’aurons plus besoin croire, parce que nous verrons Dieu ! 

Mais cela, c’est notre espérance, et c’est le deuxième pied du trépied, dont nous parlerons dimanche prochain. 


dimanche 5 mai 2024

"M’aimes-tu ?"

 

Nous sommes entre Pâques et l’Ascension. Une période de 40 jours qui correspond au temps qui s’est écoulé, dans le Nouveau Testament, entre la résurrection de Jésus et son ascension. On ne sait pas grand-chose de ce qui s’est passé pendant cette période, sinon que Jésus est apparu plusieurs fois à ses disciples, et qu’il les a enseignés : « pendant quarante jours, Jésus leur apparut et leur parla du règne de Dieu. » (Actes 1.3)

On aimerait bien savoir ce que Jésus leur a dit… mais on n’a que très peu d’informations disponibles. L’évangile de Luc nous relate une rencontre de Jésus avec deux disciples, sur le chemin d’Emmaüs, et nous dit que « (Jésus) leur expliqua ce qui était dit à son sujet dans l'ensemble des Écritures, en commençant par les livres de Moïse et en continuant par tous les livres des Prophètes. » (Luc 24.27) On peut donc imaginer que ces explications des Ecritures faisaient partie de ce qu’il a enseigné à ses disciples pendant les 40 jours. 

On peut considérer cette période comme un temps de formation pour les disciples, pour les préparer en vue de leur mission. Ils vont devoir fonder l’Eglise de Jésus-Christ, par leur témoignage. Ils le feront dès le jour de la Pentecôte, lorsque la puissance du Saint-Esprit descendra sur eux. 

Mais la formation que Jésus a apporté à ses disciples pendant ces 40 jours n’était sans doute pas que théorique. Il a même pris le temps d’une formation personnalisée, au moins avec l’un des apôtres. C’est l’évangile de Jean qui nous relate cet épisode, au cours d’un dialogue étonnant de Jésus avec Pierre. 

Jean 21.15-19
15Après le repas, Jésus s'adressa à Simon Pierre : « Simon, fils de Jean, m'aimes-tu plus que ceux-ci ? » Il répondit : « Oui, Seigneur, tu sais que je t'aime. » Jésus lui dit : « Prends soin de mes agneaux. » 16Il lui demanda une deuxième fois : « Simon, fils de Jean, m'aimes-tu ? » – « Oui, Seigneur, répondit-il, tu sais que je t'aime. » Jésus lui dit : « Prends soin de mes moutons. » 17Il lui demanda une troisième fois : « Simon, fils de Jean, m'aimes-tu ? » Pierre fut attristé de ce que Jésus lui avait demandé pour la troisième fois : « M'aimes-tu ? » et il répondit : « Seigneur, tu sais toutes choses ; tu sais que je t'aime ! » Jésus ajouta : « Prends soin de mes moutons. 18Oui, je te le déclare, c'est la vérité : quand tu étais jeune, tu attachais toi-même ta ceinture et tu allais où tu voulais ; mais quand tu seras vieux, tu étendras les bras, un autre attachera ta ceinture et te mènera où tu ne voudras pas aller. » 19Par ces mots, Jésus indiquait de quelle façon Pierre allait mourir et servir la gloire de Dieu par cette mort. Puis Jésus lui dit : « Suis-moi ! »

Jésus prend l’initiative de l’entretien. Il pose une question à Pierre, qui peut paraître incongrue au premier abord : « Simon, fils de Jean, m'aimes-tu plus que ceux-ci ? »

Jésus doutait-il de l’amour de Pierre ? Et surtout, pourquoi demande-t-il s’il l’aime plus que ceux-ci, c’est-à-dire plus que les autres disciples ? Ce n’est pas du genre de Jésus de vouloir mettre ses disciples en compétition, il les a même plutôt exhortés à l’inverse, se faire serviteur, demeurer humble, ne pas chercher à être le premier… 

Mais Pierre était un personnage pas comme les autres. Fougueux et impulsif, il parlait parfois un peu précipitamment, sans toujours mesurer la portée de ses paroles. Et quelques jours plus tôt, alors que Jésus annonçait à ses disciples qu’il allait être arrêté, condamné et crucifié, Pierre a répondu du tac au tac : « Même si tous les autres t'abandonnent, moi je ne t'abandonnerai jamais ! » (Matthieu 26.33)

Pierre ne pensait-il pas, à ce moment-là, qu’il était différent des autres ? Qu’il aimait Jésus plus que les autres disciples ? Il était persuadé, en tout cas, que même si tous les autres abandonnaient Jésus, lui ne l’abandonnerait jamais !

Mais on connaît la suite… et Jésus le savait très bien. Il l’a dit à Pierre. Et conformément à ce que Jésus lui a dit, Pierre a abandonné Jésus, et il l’a même renié, par trois fois. 

Les quatre évangiles relatent cet épisode. Jean le fait d’une façon un peu plus sobre que les autres évangiles : 

Jean 13.36-38
36Simon Pierre lui demanda : « Seigneur, où vas-tu ? » Jésus lui répondit : « Là où je vais, tu ne peux pas me suivre maintenant, mais tu me suivras plus tard. » 37Pierre lui dit : « Seigneur, pourquoi ne puis-je pas te suivre maintenant ? Je donnerai ma vie pour toi ! » 38Jésus reprit : « Tu donneras ta vie pour moi ? Eh bien, je te le déclare, c'est la vérité : avant que le coq chante, tu m'auras renié trois fois. »

C’est intéressant de voir comment Jean relate cet épisode, et comment le dialogue de Jésus avec Pierre, après sa résurrection, fait écho aux paroles qu’il a adressées à Pierre avant son arrestation. A la fin de l’évangile de Jean, c’est comme si Jésus reprenait le cours de sa conversation avec Pierre. « Là où je vais, tu ne peux pas me suivre maintenant, mais tu me suivras plus tard. » Eh bien maintenant, Jésus révèle à Pierre la façon dont il va mourir. Oui, Pierre marchera bien sur les pas de Jésus, jusqu’au martyr. Il va aller là où Jésus est allé…

Mais auparavant, par trois fois, Jésus pose la même question à Pierre : « Simon, fils de Jean, m’aimes-tu ? » Trois fois. Comme pour entrer en écho avec les trois reniements de Pierre… Mais Jésus ne le fait pas pour remuer le couteau dans la plaie. Au contraire, il veut rétablir Pierre dans sa mission. Il veut effacer la honte de son reniement. Il veut lui donner l’occasion de tourner la page et de repartir à zéro, de répondre à son triple reniement par une triple déclaration d’amour. Et par trois fois, Jésus lui confie une mission : « Prends soin de mes agneaux. » Une mission pastorale, celle de prendre soin de l’Eglise qui est en train de naître. 

Et remarquez que Jésus ne le fait probablement pas en privé. C’est à la fin du repas que Jésus s’adresse à Pierre, alors que tous les disciples sans doute réunis. L’occasion de rétablir Pierre aussi devant ses collègues. L’occasion sans doute aussi, de s’adresser indirectement à tous les disciples, car tous ont, comme Pierre, abandonné Jésus au moment de son arrestation…

C’est le moment, pour tout le monde, de tourner la page. C’est le moment de se remettre en marche, car il y a une mission à accomplir. D’ailleurs, la dernière chose que Jésus dit à Pierre est sans équivoque : « suis-moi ! »

Quelle leçon pouvons-nous tirer pour nous de ce récit ? 


M’aimes-tu ? 

J’aimerais d’abord retenir la fameuse question que Jésus pose, par trois fois, à Pierre. « M’aimes-tu ? »

Et si, finalement, c’était la seule question essentielle que nous devions entendre, aujourd’hui encore ? Et si Jésus nous demandait, à chacun ce matin : m’aimes-tu ? N’est-ce pas LA question à nous poser ? Et n’est-il pas important de l’entendre souvent, bien plus de trois fois ? 

Qu’est-ce que le cœur de la vie chrétienne, sinon notre amour pour Dieu ? C’est là notre moteur, notre force, notre motivation profonde. C’est ce qui fait la différence entre une véritable vie de foi, sincère et authentique, et la vie d’un simple adepte d’une religion, dans la pratique de rites au risque de la superficialité. 

La question que Jésus nous pose n’est pas : « es-tu un bon chrétien ? ». Il ne nous demande pas « est-ce que tu pries avec assez de ferveur ? », « est-ce que tu lis ta Bible tous les jours ? », « est-ce que tu as accompli de bonnes œuvres cette semaine ? »

Il nous demande, simplement : « m’aimes-tu ? » 

C’est cet amour, sincère et authentique, pour le Christ qui nous conduira à développer notre vie de prière et de méditation, qui façonnera notre façon d’être et d’aimer notre prochain. Tout cela, non pas comme des rites à accomplir ou une discipline à laquelle se soumettre, mais comme une façon naturelle d’exprimer notre amour pour le Christ. 

Entretenir et approfondir notre amour pour le Christ. Voilà ce que nous devons chercher en premier lieu en tant que chrétien ! 


On peut aimer le Seigneur… et chuter. 

Si cet amour, sincère et authentique, est le moteur essentiel de notre vie chrétienne, il n’est pas pour autant la garantie d’une vie de foi sans accroc, sans échec. En réalité, on peut aimer le Seigneur, de tout son cœur, et malgré tout chuter. 

Il n’y a aucune raison de mettre en doute la sincérité de Pierre et la réalité de son amour pour son maître. Autant à la fin de l’évangile, dans son dialogue avec Jésus, qu’au moment où Jésus annonce sa mort et lorsqu’il prétend qu’il est prêt à le suivre jusqu’à la mort. Pierre pensait ce qu’il disait, et il le disait parce qu’il aimait son maître. 

On peut aimer le Seigneur, profondément, et chuter. C’est le lot de tous les croyants que de connaître l’échec. Le Seigneur le sait très bien. Et ce n’est pas cela qui l’empêche de nous aimer… 

Il n’attend pas de nous la perfection, une vie de foi toujours triomphante et une fidélité à toute épreuve. Il ne nous demande pas l’impossible. Il attend notre amour. « M’aimes-tu ? » Et si Jésus nous pose cette question, c’est parce que lui, nous aime. De manière inconditionnelle et parfaite.

Soyons humbles et lucides. Accordons-nous le droit à l’erreur. Accordons-le aussi à notre frère ou notre sœur. Souvenons-nous que nous sommes toutes et tous, et cela tout au long de notre vie chrétienne, au bénéfice de la grâce de Dieu. De son amour… 


Jésus nous donne l’occasion de nous relever

Et puisqu’il est question de grâce, soulignons enfin que le Seigneur ne veut pas nous laisser à terre ou dans une impasse. Il prend toujours l’initiative de venir nous chercher et nous donner l’occasion de nous relever. Comme il l’a fait avec Pierre. Quand Jésus demande à Pierre « m’aimes-tu ? », c’est aussi une main tendue de sa part. 

La vie chrétienne est faite aussi de recommencements, de mains tendues de la grâce de Dieu que l’on saisit. Se relever, recommencer, renouveler son engagement… tout cela fait partie de la vie chrétienne normale. Être chrétien, c’est se mettre en marche à la suite du Christ. Mais la marche avec le Christ est parfois chaotique, ou du moins perturbée. Se mettre en marche, trébucher, se relever... Voilà à quoi ressemble bien souvent notre vie chrétienne. Et c’est normal. Et le Seigneur ne se lasse pas de nous tendre la main pour nous relever ! Sa grâce pour nous se renouvelle chaque matin. Saisissons sa main !

Avec Dieu, tous les recommencements sont possibles ! Toujours ! Sommes-nous prêts à faire la même chose avec notre prochain ? Sommes-nous prêts à faire grâce ? A tendre la main ? A vivre, finalement, la demande du Notre Père : « Pardonne-nous nos offenses, comme nous pardonnons à ceux qui nous ont offensé… » 


Conclusion

Ce dialogue étonnant de Jésus avec Pierre, à la fin de l’évangile de Jean, est marqué par la grâce. C’est une main tendue de la part du Seigneur pour relever Pierre et le rétablir dans sa mission. C’est une preuve d’amour de Jésus pour son disciple… et l’occasion qu’il lui donne de tourner la page. 

C’est la même grâce, et le même amour, que Jésus-Christ nous manifeste aujourd’hui. Si nous sommes à terre ou vacillant, il nous tend la main pour nous relever. Si nous sommes debout et vaillant, il nous soutient de son bras fort. 

Et à chacun de nous il nous pose la seule question que nous devions entendre, et réentendre sans cesse : « m’aimes-tu ? » 


dimanche 4 décembre 2022

L’urgence d’aimer, l’importance d’agir dans la lumière


Romains 13.8-14

8 N'ayez de dette envers personne, si ce n'est de vous aimer les uns aux autres. Celui qui aime les autres a obéi complètement à la Loi. 9 En effet, les commandements « Tu ne commettras pas d'adultère, tu ne commettras pas de meurtre, tu ne voleras pas, tu ne convoiteras pas », ainsi que tous les autres, se résument dans cette seule parole : « Tu aimeras ton prochain comme toi-même. » 10 Celui qui aime ne fait aucun mal à son prochain. En aimant, on obéit donc complètement à la Loi.

11 Prenez cela d'autant plus au sérieux que vous savez en quel temps nous sommes : le moment est venu de vous réveiller de votre sommeil ! En effet, le salut est plus près de nous maintenant qu'au moment où nous avons mis notre foi en Christ. 12 La nuit est avancée, le jour approche. Rejetons donc les actions qui se font dans l'obscurité et prenons sur nous les armes qu'on utilise en pleine lumière. 13 Conduisons-nous honnêtement, comme il convient à la lumière du jour. Gardons-nous des orgies et des beuveries, des coucheries et des débauches, des querelles et de la jalousie. 14 Revêtez la façon d'être du Seigneur Jésus Christ. Sortez d'une logique humaine qui a pour moteur les mauvais penchants.

A la fin de sa lettre aux chrétiens de Rome, l’apôtre Paul leur adresse un certain nombre de considérations pratiques, des conseils et des instructions pour le quotidien de la vie des croyants, entre eux dans l’Eglise et dans la société.  

Dans notre passage, il rappelle d’abord le commandement fondamental concernant la vie du croyant, le corollaire indispensable au commandement premier d’aimer Dieu, celui d’aimer son prochain comme soi-même. C’est Jésus lui-même qui le dit, dans les évangiles. Le plus grand commandement est double : aimer Dieu de tout son cœur et aimer son prochain comme soi-même. 

Et à partir du verset 11, Paul souligne l’importance de ce commandement de l’amour du prochain dans le contexte particulier où ils se trouvaient : « Prenez cela d'autant plus au sérieux que vous savez en quel temps nous sommes ». 

On perçoit un sentiment d’urgence dans les paroles de l’apôtre. Au moment où il rédige cette lettre, on est sans doute entre 56 et 58 après Jésus-Christ. Moins de trente ans après la mort et la résurrection de Jésus. Et les choses commencent à se compliquer sérieusement pour les chrétiens dans l’empire romain. L’opposition qui ne se manifestait au début que de la part des chefs religieux juifs commence à se manifester aussi chez le pouvoir romain. Et de manière de plus en plus violente. La persécution va ensuite s’intensifier… Ça explique la tonalité assez alarmiste de l’apôtre Paul : « La nuit est avancée, le jour approche. »

Face à cette menace qui se profile, en plus de rappeler l’importance centrale de l’amour du prochain, l’apôtre Paul exhorte ses lecteurs (en s’incluant lui-même dans l’interpellation) : « Rejetons donc les actions qui se font dans l'obscurité et prenons sur nous les armes qu'on utilise en pleine lumière. » C’est un appel à l’intégrité et l’honnêteté, à vivre dans la lumière.  

Je retiens deux points quant à notre attitude en situation de crise : aimer notre prochain et vivre dans la lumière. Et ce sont deux points étonnants… parce que ce ne sont pas forcément nos premiers réflexes dans un tel contexte !

Comment réagissons-nous dans les crises, face à l’incertitudes et aux craintes qu’elles suscitent ? 

Depuis quelque temps, nous vivons dans des temps d’incertitudes, c’est une évidence, avec des événements inquiétants qui ont un impact mondial. La crise du Covid, la guerre en Ukraine, le dérèglement climatique… et toutes leurs conséquences économiques, sociales, psychologiques… Il y a de quoi être inquiet ! 

Je n’ai pas l’impression que l’amour du prochain et l’intégrité soient les premiers réflexes qu’on rencontre aujourd’hui… 

Ce qu’on constate plutôt aujourd’hui c’est le repli sur soi. Un repli qui peut prendre plusieurs formes : identitaire, communautariste, sectaire, fanatique… On s’enferme, et on enferme les autres, dans des catégories radicales : les pro-ceci et les anti-cela, on se fige dans des aprioris et des caricatures. On se confine dans son cocon, avec le confort, la sécrité et le bien-être personnel comme valeurs suprêmes. On se replie chez soi, on stigmatise l’autre, on ferme les frontières, on refuse l’accueil et l’hospitalité… 

Et ne pensons pas que les Eglises et les croyants échappent à ce genre de repli ! Il nous faut sans doute entendre les exhortations de l’apôtre Paul pour nous, aujourd’hui… même (surtout !) si elles nous prennent un peu à rebrousse-poil. 


L’urgence d’aimer

L’apôtre Paul évoque donc en premier lieu l’amour du prochain. Non pas comme un conseil facultatif mais comme une urgence ! En particulier dans un monde en crise, s’il y a une urgence, c’est celle de l’amour. 

Contre le repli dans l’urgence, l’apôtre appelle à l’urgence d’aimer. 

En réalité, il est toujours urgent d’aimer. L’amour ne supporte pas la procrastination. La force de l’amour c’est de s’adapter à toute forme de relation et à toutes circonstances. Mais dans tous les cas, l’amour est l’ingrédient indispensable à toute relation qui veut le bien de l’autre. Selon les cas, l’amour se traduira par l’affection, l’amitié, la fidélité, le respect, l’accueil, l’écoute, la bienveillance, mais parfois aussi la franchise ou le courage... 

Il est toujours urgent d’aimer. Aimer Dieu et aimer notre prochain. D’autant plus quand l’inquiétude et l’incertitude gagnent notre monde, quand la haine, la soif de pouvoir et la violence gagnent du terrain. Notre monde n’a pas besoin de plus de murs, de barrières et de portes fermées. Il a besoin de plus de solidarité, d’accueil et de bienveillance. 

C’est bien le chemin que le Christ a démontré. Nous le rappellerons dans ce temps de l’Avent qui conduit à Noël : le Fils de Dieu est devenu homme pour manifester l’amour de Dieu, sa solidarité avec l’humanité… 

Ce n’était pas le chemin de la facilité mais c’est celui qu’il était urgent d’emprunter. Il est venu pour aimer mais il a été rejeté. Il est venu pour apporter le pardon et la réconciliation avec Dieu mais il a été condamné. Il est venu pour guérir et pour libérer, et il a été crucifié. 

Et malgré tout cela, il nous a aimé jusqu’au bout. Il a été solidaire avec nous, jusque dans la mort. Sa réponse au rejet et à la haine des humains, c’était l’amour. En accueillant tous ceux qui venaient à lui, en proclamant la Bonne Nouvelle de l’amour de Dieu, en consolant, libérant, guérissant, avec patience et bienveillance. 

Il nous a aimé. Et l’amour a finalement triomphé de la mort puisqu’il est ressuscité. 

N’est-il pas urgent de l’aimer, lui aussi ?


L’importance d’agir dans la lumière

L’urgence d’aimer ne nous pousse pas pour autant dans un élan spontané et incontrôlé, tête baissée, sans recul. L’exhortation de l’apôtre Paul nous invite à prendre du recul, interroger notre conduite : « Rejetons donc les actions qui se font dans l'obscurité et prenons sur nous les armes qu'on utilise en pleine lumière. »

Nous devons prendre conscience de l’importance d’agir dans la lumière. 

Les exemples qu’il mentionne sont liés à la culture romaine de l’époque : orgie et débauche. Les querelles et la jalousie, c’est plus universel ! On donnerait peut-être d’autres exemples aujourd’hui, quoi que… Mais peu importe. Ce qu’on peut retenir, c’est le contraste entre la nuit et le jour, entre ce qu’on fait caché et ce qu’on fait dans la lumière. 

Je n’ai pas de doute que nous avons tous dans notre vie des zones d’ombre voire d’obscurité, dans lesquelles nous faisons, nous disons ou nous pensons des choses que nous ne voudrions surtout pas voir être mises en pleine lumière ! Je me trompe ? 

Jouons carte sur table ! Il ne s’agit pas d’exposer sa vie privée et de ne garder aucun jardin secret. Tout en reconnaissant nos faiblesses, il s’agit surtout de se conduire dans la vie de tous les jours d’une façon honnête et intègre, cohérente avec notre foi. 

Le pire pour témoignage, ce ne sont pas nos faiblesses, nos limites ou même nos erreurs, c’est notre incohérence. il n’y a rien de pire pour le témoignage que l’incohérence entre nos belles paroles et nos actes, entre l’attitude du dimanche à l’église et celle du lundi au boulot ou en famille. 

Car nous sommes observés… Bien-sûr, nous pouvons cacher le fait que nous sommes chrétiens et nous débrouiller pour que ça ne transparaisse jamais dans notre vie quotidienne. Mais comment prétendre alors vivre dans la lumière ? 

La réalité est que, lorsque les gens qui nous entourent savent que nous sommes chrétiens, ils nous observent. Ils regardent notre façon d’être, notre conduite, comment nous nous comportons avec les autres, ce que nous faisons ou ne faisons pas…

S’il y a une contradiction évidente entre ce que nous croyons et ce que nous vivons, entre ce nos paroles et nos actes, alors nous ne vivons pas dans la lumière. 

Mais vivre dans la lumière, ce n’est pas pour autant essayer de faire croire que, puisque nous avons la foi, notre vie est parfaite, notre comportement est sans faille, nos intentions toujours pures et notre joie complète. L’illusion peut fonctionner un temps… mais ça ne durera pas. 

Vivre dans la lumière, c’est aussi être soi-même, avec ses qualités et ses défauts, avec ses limites et ses faiblesses, en assumant qui on est, ce qu’on aime, ce qu’on espère… et en démontrant comment notre foi nous impacte et nous transforme, comment notre relation avec le Christ nous rejoint dans tous les aspects de notre vie. 


Conclusion

Voilà le défi que nous partageons : comprendre, et vivre, l’urgence d’aimer et l’importance d’agir dans la lumière !

J’ai eu l’occasion dernièrement de vivre un temps de retraite où nous avons longuement lu et médité la prière de Jésus pour ses disciples en Jean 17. Et il y a un détail de cette prière qui m’a frappé jamais et qui peut entrer en écho à ce défi. C’est le verset 23 : « Je vis en eux, tu vis en moi ; c'est ainsi qu'ils deviendront parfaitement un, afin que le monde reconnaisse que c'est toi qui m'as envoyé et que tu les as aimés comme tu m'as aimé. »

Jésus ne prie pas pour que le monde voie combien ses disciples aiment Dieu mais combien ses disciples sont aimés par Dieu. Ce n’est pas en cherchant à être des disciples parfaits que nous vivrons dans la lumière mais en se laissant être aimé par Dieu, et ne pas avoir honte que ça se voie. 

Je peux alors vraiment aimer mon prochain parce que Dieu m’a aimé le premier. Je peux sans crainte vivre dans la lumière, parce que je sais que Dieu m’aime. 




dimanche 11 avril 2021

Une espérance vivante


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1 Pierre 1.1-12

1 De la part de Pierre, apôtre de Jésus Christ.

À ceux que Dieu a choisis et qui vivent en immigrés, dispersés dans les provinces du Pont, de la Galatie, de la Cappadoce, de l'Asie et de la Bithynie. 2 Dieu, le Père, vous a choisis d'avance selon un projet qui est le sien ; il vous fait vivre pour Dieu, grâce à l'Esprit saint, pour que vous obéissiez à Jésus Christ et que vous soyez purifiés par le sang qu'il a versé.

Que la grâce et la paix vous soient données en abondance !

3 Bénissons Dieu, le Père de notre Seigneur Jésus Christ ! Dans sa grande bonté, il nous a fait naître à une vie nouvelle, en ressuscitant Jésus Christ d'entre les morts. C'est pour que nous ayons une espérance vivante, 4 en attendant l'héritage que Dieu réserve aux siens. Cet héritage ne peut être ni détruit ni sali et il ne peut pas perdre son éclat. Dieu vous le réserve dans les cieux, 5 à vous que sa puissance garde par la foi, en vue du salut prêt à être révélé au moment de la fin.

6 Débordez de joie, même s'il faut que, maintenant, vous soyez attristés pour un peu de temps par des épreuves de toute sorte. 7 L'or lui-même, qui pourrait être détruit, est pourtant éprouvé par le feu ; de même votre foi, beaucoup plus précieuse que l'or, est mise à l'épreuve afin de prouver sa valeur. C'est ainsi que vous recevrez louange, gloire et honneur quand Jésus Christ se révèlera. 8 Vous l'aimez, même sans l'avoir vu ; vous mettez votre foi en lui, même sans le voir encore ; c'est pourquoi vous débordez d'une joie inexprimable, déjà glorieuse, 9 car vous atteignez le but de votre foi : le salut de votre être !

10 Les prophètes ont fait des recherches et des études sérieuses au sujet de ce salut, et ils ont prophétisé à propos du don que Dieu avait préparé pour vous. 11 Ils s'efforçaient de découvrir à quelle époque, et à quelles circonstances, se rapportaient les indications données par l'Esprit du Christ ; car cet Esprit, présent en eux, annonçait d'avance les souffrances que le Christ devait subir et la gloire qui serait la sienne ensuite. 12 Dieu révéla aux prophètes que ce n'était pas pour eux-mêmes mais pour vous qu'ils assuraient ce service. Car ces choses vous ont été annoncées maintenant par les prédicateurs de la bonne nouvelle. Ils en ont parlé avec la puissance de l'Esprit saint envoyé des cieux ; les anges eux-mêmes désirent y plonger leur regard.

La première épître de Pierre est adressée à une communauté chrétienne dispersée en Asie Mineure. Les différentes régions mentionnées au début de la lettre évoquent probablement le parcours effectué par le porteur de la lettre qui allait sans doute d'Église en Église, lire une épître qui n’était pas liée à une communauté précise mais qui revêt un caractère assez général. C’est du coup un livre biblique propre à édifier et encourager les croyants, hier comme aujourd’hui. particulièrement quand ils vivent dans un contexte peu favorable, voire hostile. C’était visiblement le cas des premiers destinataires de cette épître. 

Après les formules d’usage, l’épître entre dans le vif du sujet, dès le verset 3. Pierre commence par parler d’espérance. Et il le fait avec une formule propre à cette épître, en parlant d’une “espérance vivante”. C’est sur cette belle formule que je vous propose de nous arrêter ce matin. 

Notre espérance est vivante parce qu’elle naît de la vie que Dieu communique. 

Il y a d’abord une raison théologique pour que Pierre parle d’espérance vivante : elle est directement liée à la résurrection du Christ, et à la vie nouvelle qui en découle : “Dans sa grande bonté, il nous a fait naître à une vie nouvelle, en ressuscitant Jésus Christ d'entre les morts.” (v.3)


Notre espérance vivante trouve son origine dans la résurrection du Christ et elle prend racine dans la vie nouvelle à laquelle Dieu nous fait naître. 

Notre espérance n’est pas seulement un espoir pour l’avenir, ou même une promesse pour l’au-delà. Elle trouve son origine dans un événement du passé, un fait historique : la résurrection du Christ d’entre les morts, que nous avons encore proclamée dimanche dernier à Pâques. 

Cet événement est unique, inouï, inimaginable. C’est le triomphe de la vie sur la mort ! Un séisme dont l’onde de choc se répand jusqu’à aujourd’hui, et pour l’éternité. La vie de Dieu, plus forte que tout, est la source de notre espérance vivante. Mais sans la résurrection du Christ, quelle espérance pourrions-nous avoir ? 

Cette même espérance prend racine en nous par la vie nouvelle à laquelle Dieu nous fait naître. Cette vie nouvelle survient lorsque l’onde de choc de la résurrection du Christ nous atteint. C’est une expérience propre à chacun. Elle est liée pour certains à un moment précis de leur vie, à une expérience particulière, si bien qu’ils peuvent la dater, parfois à l’heure ou à la minute près. Pour d’autres, elle est plus diffuse, liée à une période de leur vie, à une prise de conscience progressive. 

Peu importe le temps de la gestation spirituelle, peu importe la façon dont cette vie de Dieu nous atteint… ce qui compte, c’est que la naissance ait lieu ! Et le signe qu’elle a bien eu lieu est la présence de cette espérance vivante qui nous anime. 


Notre espérance est vivante parce qu’elle est en mouvement, elle nous met en marche vers une promesse à venir. 

Si elle prend bien racine dans l’histoire de l’humanité et dans notre propre histoire personnelle, l’espérance vivante dont parle Pierre se conjugue aussi au futur. Elle nous met dans l’attente d’une promesse à venir. Pour l’exprimer, Pierre utilise ici une métaphore, celle de l’héritage que Dieu réserve aux siens : “Cet héritage ne peut être ni détruit ni sali et il ne peut pas perdre son éclat. Dieu vous le réserve dans les cieux, à vous que sa puissance garde par la foi, en vue du salut prêt à être révélé au moment de la fin.” (v.4)

Cette image de l’héritage est parlante :

  • Il y a d’abord la vie nouvelle par la résurrection du Christ qui, en quelque sorte, nous donne un nom nouveau, un nom inscrit sur le testament : désormais, grâce au Christ, nous avons droit à l'héritage ! 
  • Il y a ensuite la garantie que cet héritage restera intact, que rien ne peut l'atteindre. Il est en sécurité, il nous est réservé et jamais Dieu ne nous déshéritera ! 
  • Et puis, entre les deux, il y a l’affirmation de Dieu qui nous garde, aujourd'hui, par sa puissance (ce n'est pas rien !), jusqu'au jour où nous recevrons l'héritage. 

Quel est donc cet héritage ? C’est le salut pleinement révélé le jour de la révélation du Christ, pleinement accompli dans le Royaume qui vient.  Avouons-le, il y a encore une part de mystère pour nous. Comment imaginer ce qui nous attend dans l’éternité avec Dieu ? Alors pour souligner la valeur inestimable de ce salut, Pierre évoque les recherches et les études des prophètes désirant ardemment connaître les merveilles que Dieu prévoyait. Et il va jusqu’à dire que “les anges eux-mêmes désirent y plonger leur regard” (v.12) Pourtant, en matière de merveilles de Dieu, ils sont bien placés ! 

J’ai hâte, à mon tour, de découvrir cet héritage qui nous attend… Pas vous ? 


Notre espérance est vivante parce qu’elle nous rejoint dans notre vie quotidienne. 

Lorsque Pierre, dans notre texte, rattache l’espérance vivante dont il parle à la vie quotidienne des croyants, ça donne un cocktail étonnant, où se côtoient joie et épreuves. Mais il ne faut pas s’en étonner. Si tout allait toujours comme sur des roulettes, si nous ne connaissions ni épreuve, ni échec, ni souffrance, ni adversité… à quoi servirait l’espérance ? Et s’il n’y avait aucune occasion de joie dans la vie chrétienne, alors pourquoi espérer et croire ? 

L’espérance chrétienne est ce qui permet la balance entre les joies et les épreuves de nos vies. C’est alors qu’elle est vivante, parce qu’elle imprègne notre vie, dans son quotidien. 

Mais cette espérance est morte quand elle n’est que théorique, abstraite. Quand elle est, certes, confessée dans nos déclarations de foi et nos cantiques, mais qu’elle ne nous rejoint pas dans notre quotidien, dans les temps de joie comme d’épreuve. 

Elle est vivante quand elle nous fait goûter les joies et les bonheurs de la vie comme un avant-goût de l’héritage que Dieu nous réserve. Elle est aussi vivante quand elle nous donne la persévérance de traverser l’épreuve, la force de surmonter l’adversité, la confiance face à l’inconnu. 

Quand la vie de Dieu imprègne notre vie, alors notre espérance est vivante ! 


Conclusion

Comment ne pas parler du besoin d’espérance dans le contexte que nous connaissons depuis une année, avec la crise du Covid et son climat anxiogène, qui fait planer comme un parfum de fin du monde ? 

Or, on a parfois l’impression que pour certains croyants, leur espérance, c’est la fin du monde. Ils ont l’air de se réjouir des catastrophes et des fléaux parce que c’est le signe que la fin est proche. Mais notre espérance, ce n’est pas la fin du monde ! C’est l’avènement d’un monde nouveau. C’est comme si nous disions que notre espérance c’était la mort… Non, c’est la résurrection ! 

Le Royaume de Dieu qui vient est déjà là, et nous sommes appelés à le manifester aujourd’hui, par notre amour, notre solidarité, notre bienveillance. C’est aussi cela avoir une espérance vivante. L’espérance n’est pas dans la résignation. Elle n’est pas non plus dans la peur et la suspicion.

Être porteur d’une espérance vivante, aujourd’hui, c’est manifester par notre vie que le meilleur est à venir, au-delà des incertitudes et des épreuves du moment, dans le Royaume de Dieu qui vient.