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dimanche 30 octobre 2016

Gérer sa vie

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Lecture biblique : Jacques 4.13-5.6
13Maintenant, faites attention, vous qui dites : « Aujourd'hui ou demain, nous irons dans cette ville, nous resterons là-bas une année. Nous ferons du commerce, nous gagnerons de l'argent. » 14Pourtant, vous ne savez même pas comment vous vivrez demain. Oui, vous êtes comme un petit nuage qui est là quelques instants et qu'on ne voit plus ensuite. 15Au contraire, vous devez dire : « Si le Seigneur le veut, nous vivrons, et nous ferons ceci ou bien cela. » 16Mais non ! Vous vous vantez avec des paroles pleines d'orgueil. Se vanter de cette façon, c'est mauvais ! 17Celui qui sait faire le bien et ne le fait pas, se rend coupable d'un péché.
1Maintenant, faites attention, vous, les riches ! Pleurez ! Criez à cause des malheurs qui vont venir sur vous ! 2Votre richesse est pourrie, les vers mangent vos vêtements ! 3Votre or et votre argent rouillent, et leur rouille va vous accuser, elle va dévorer votre corps comme un feu. Le monde va bientôt finir, pourtant vous conservez des richesses en réserve ! 4Et même, vous gardez pour vous le salaire des ouvriers qui font la récolte dans vos champs ! Alors ils se plaignent, et les cris de ces ouvriers arrivent aux oreilles de Dieu, le Seigneur tout-puissant ! 5Sur la terre, vous avez vécu au milieu des richesses, vous avez fait ce qui vous plaisait. Vous avez bien mangé pendant que des gens mouraient. 6Vous avez condamné les innocents et vous les avez tués. Ils ne vous ont pas résisté.

Sur Internet, dans les magazines, à la télévision ou la radio... partout on nous donne des conseils pour gérer notre vie. Les 10 conseils pour prendre sa vie en main, les 7 astuces pour gérer ses économies, les 4 principes pour booster sa carrière professionnelle, etc.

On nous propose partout des coachs pour notre développement personnel, des offres incontournables pour une assurance vie, des manuels pratiques pour réussir sa vie... Bref, nous apprendre à gérer notre vie est aujourd'hui un business qui rapporte !

Tout cela n'existait pas au temps de l'épître de Jacques... Mais n'est-ce pas un peu les mêmes questions qui sont posées dans ce texte ? Comment gérer sa vie ? Quels projets bâtir ? Quelles assurances se donner ?

Jacques y répond, comme à son habitude, d'une façon directe voire provocatrice...


Des sécurités illusoires

On pourrait dire qu'il pousse un double coup de gueule ! Les deux paragraphes de son propos sont introduits par la même formule d'interpellation (4.13, 5.1), qu'on pourrait traduire : « A vous, maintenant ! ». Jacques vise spécialement deux types de comportements qu'il veut condamner avec vigueur, et qui devaient être particulièrement présent parmi ses lecteurs.

Il dénonce deux sécurités illusoires. Dans le premier paragraphe, celle des projets (trop) bien ficelés et dans le deuxième paragraphe, celle des richesses amassées. L'idée commune à ce passage est celle-ci : nos projets et nos richesses sont des illusions quand ils deviennent notre sécurité. C'est même une manifestation d'orgueil spirituel : soit parce qu'on pense être seul maître de son destin, soit parce qu'on pense pouvoir se mettre à l'abri grâce à ses biens matériels.

Or, Jacques remet ceux qui tiennent de tels raisonnements à leur place :
Vous pensez être maître de votre destin ? Eh bien, aussi riche et ambitieux que vous soyez, vous n'êtes guère plus, à l'échelle de l'histoire, qu'un petit nuage qui s'évapore.
Vous pensez vous garantir un avenir radieux par les richesses que vous amassez ? Vos richesses sont éphémères, elles pourrissent et elles rouillent. Le monde va disparaître, et pourtant vous amassez les richesses alors que vous ne les emporterez pas dans la tombe...

Plus grave encore, ces sécurités illusoires leur font oublier les autres, elles les enferment dans leur égoïsme. Les ouvriers ne sont pas payés (v.4), des innocents sont condamnés et meurent (v.6).

La leçon est celle-ci : quand le but de sa vie est de se construire un petit monde sécurisé, on s'enferme dans son égoïsme. L'avertissement est valable pour chacun. S'ouvrir à l'autre, l'accueillir, l'aimer, tout simplement, comme nous y invite le Seigneur, ça peut mettre en danger notre confort et notre sécurité. Quand ma sécurité est ma préoccupation première, je ne suis pas sûr que l'amour du prochain ait beaucoup de place...

Notez d'ailleurs que ce qui est vrai à l'échelle individuel reste pertinent à l'échelle d'un peuple ou d'un pays. Quand le souci premier est la sécurité, alors les peurs de l'autre grandissent, on est dans le repli, on construit des barrières et des murs, on préfère la méfiance et la suspicion à l'accueil et l'hospitalité. Toute ressemblance avec ce qui se passe aujourd'hui en Europe n'est pas fortuite... Dans une société, quand la sécurité est érigée en valeur suprême, je ne suis pas sûr que la liberté, l'égalité et la fraternité y résistent longtemps...


Dieu voulant... 

Face à ces sécurités illusoires, et notamment celle de nos projets, Jacques fait une préconisation : « Vous devez dire : 'Si le Seigneur le veut, nous vivrons, et nous ferons ceci ou bien cela.' » (v.15)

Ce verset biblique a donné naissance à une formule utilisée, parfois un peu à tout-va chez les chrétiens : « Dieu voulant ». J'ai même déjà vu écrit simplement DV pour le signifier... c'est dire qu'elle est bien connue ! Si je n'ai rien contre l'usage de cette formule, comme précaution de langage, je me méfie un peu de l'usage systématique. Le Dieu voulant devenant un peu le Inch Allah évangélique !

Du coup, je me permets une petite parenthèse sur ce qu'on pourrait appeler les « formules magiques » évangéliques. Ces formules sont, à la base, bibliques. Il n'y a donc pas lieu de les proscrire. Mais attention à l'usage quasi magique qui peut en être fait. Comme s'il ne fallait pas bâtir le moindre projet sans, explicitement, dire « Dieu voulant ». Comme si on ne devait pas prononcer une seule prière, surtout d'intercession, sans la conclure par la formule « au nom de Jésus » (et si on peut répéter la formule au cours de la prière, c'est plus efficace). Comme si le secret de la plénitude dans la louange, c'est de dire Alléluia comme un mantra ! Et si on arrive à placer d'autres mots en hébreu, voire en araméen, c'est encore mieux (même si on ne connaît pas trop leur signification...) : Maranatha, Hosanna, Abba...

Mais revenons à notre épître de Jacques. Derrière la formule, il y a la reconnaissance de notre dépendance de Dieu. Jacques veut nous situer à notre juste place ici-bas, que nous soyons lucides quant à notre condition humaine. Non, nous ne sommes pas maîtres de notre destin, même si nous sommes responsables de nos choix et de nos projets !

Bien gérer sa vie, devant Dieu, c'est subordonner tous ses projets à la volonté de Dieu. Non pas s'attendre à ce que la feuille de route nous tombe comme par magie du ciel et que nous n'ayons plus qu'à la suivre, sans réfléchir. Mais, dans tout ce que nous faisons, dans tous nos projets restons attentifs à la voix de Dieu. Restons sensibles à sa main qui pourrait nous conduire ailleurs que ce que nous avions prévu.

« Si le Seigneur le veut, nous vivrons, et nous ferons ceci ou bien cela. »


Laisser de la place à l'imprévu

Cela nous conduit à notre troisième point. Si nous ne sommes pas maîtres de notre destin et que Dieu, lui, est souverain, alors nous devons laisser de la place dans la gestion de notre vie, pour de l'imprévu.

Cela éclaire peut-être l'usage que fait Jaques d'une formule sans doute connue à son époque et que l'on retrouve au verset 17 : « Celui qui sait faire le bien et ne le fait pas, se rend coupable d'un péché. »

Certes, cette formule peut, simplement, accentuer l'importance de ce qu'il dit. « Maintenant, vous savez, et si vous n'agissez pas en conséquence, vous en serez responsable ». Mais ne peut-on pas y voir aussi, en lien avec le contexte, une invitation à saisir les occasions de faire le bien quand elle se présentent... y compris quand elles n'entrent pas dans les projets que nous avions prévus ?

On ne peut pas planifier à l'avance les occasions que nous aurons de faire le bien ! Dire « demain, nous ferons ceci ou cela » de façon absolue c'est s'interdire de faire autre chose si les circonstances le demandent. Des projets trop ficelés, qui ne laissent aucune place à l'improvisation et l'adaptation, peuvent empêcher de voir les occasions de faire le bien qui se présentent. Ne se préoccuper que de sa propre sécurité nous empêche de voir les occasions que Dieu met sur notre route.

Jacques ne nous invite-t-il pas à laisser de la place à l'imprévu dans nos vies ? Car notre imprévu, c'est peut-être le prévu de Dieu ! Et on risque de passer à côté parce que ce n'était pas dans le projet initial, parce que ça nous détourne de notre feuille de route, ou parce que ça met en péril ce que nous pensions construire pour notre avenir...

Si notre sécurité est dans nos projets ou dans nos richesses (quelles qu'elles soient), alors elle est illusoire. Mais si notre sécurité est en Dieu, le tout-puissant souverain, alors les imprévus de notre vie ne doivent pas nous faire peur. Avoir confiance en Dieu, c'est aussi accueillir l'imprévu comme une chance de découvrir des projets de Dieu surprenants, des découvertes étonnantes, des rencontres inattendues.


Conclusion

Gérer sa vie. C'est, indéniablement, un défi. Et je ne suis pas sûr que les multiples offres, conseils et astuces qu'on nous propose soient toujours de bon conseil.

L'erreur est de croire que Dieu ne serait qu'un spectateur de notre vie et que c'est à nous de tout planifier et de tout assurer. En réalité, ce que sous-entend Jacques, c'est qu'on ne peut pas gérer correctement sa vie sans laisser Dieu en prendre les rennes. Ca ne nous rend pas à notre tour spectateur de notre vie, nous en restons les acteurs... mais aux côtés de Dieu. Et il pourrait bien parfois nous emmener sur des chemins que nous n'avions pas prévus.

Du coup, je vous propose une autre formule en conclusion : Celui qui sait faire place à l'imprévu, dans la confiance en Dieu, se verra emmener sur des chemins de bénédictions qu'il n'avait pas prévu !

dimanche 21 décembre 2014

Quelle maison pour le Seigneur ?

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Lecture biblique : 2 Samuel 7.1-16

David est roi d'Israël. Son autorité est désormais reconnue... mais ça n'a pas été simple pour en arriver là. D'une manière générale, l'établissement de la royauté en Israël a été assez chaotique.

Après la période des juges, où « chacun faisait ce qui lui semblait bon », le peuple a voulu un roi. Le Seigneur, lui, n'était pas très chaud. C'est lui qui devait être leur roi. Mais la théocratie, c'est une utopie ici-bas. Le cœur de l'homme étant ce qu'il est, ça ne peut pas fonctionner. Alors Israël aura un roi... Mais la première expérience n'est pas vraiment concluante : Saül sera finalement destitué par Dieu. David lui succédera, d'abord en secret, puis sa royauté s'affermira. 

Au moment de notre texte, David est à l'apogée de son règne... et il est pris de scrupules ! En effet, il s'est bâti un palais, une belle maison, et Dieu, lui, n'a rien d'autre qu'une tente. 

Il s'en ouvre au prophète Nathan, son conseiller.  « Tu vois, moi, j’habite une maison en bois de cèdre. Mais le coffre sacré a seulement une tente de toile comme maison. ». Le prophète comprend le sous-entendu. Et il estime que les intentions du roi sont louables. Il l'encourage. Dieu ne peut qu'être d'accord : « Tu as sûrement une idée à ce sujet. Fais ce que tu penses, le SEIGNEUR est avec toi. »

Mais le Seigneur ne l'entend pas de cette oreille. Il se révèle alors à Nathan : il ne veut pas que David lui construise une maison. Il faut le lui dire et le stopper dans ses intentions... Mais pourquoi ?


Dieu n'a pas besoin de maison

Dieu n'a jamais demandé à ce qu'on lui construise un temple ! Il se contente bien d'une tente. Ça lui va bien d'être un Dieu nomade, accompagnant son peuple dans son voyage. Comme lors de la sortie d'Egypte, dans la traversée du désert, ou dans la conquête du pays promis. 

D'ailleurs, dans l'épisode du désert, la tente est moins une maison qu'un lieu de rencontre. Dieu guidait son peuple par une nuée le jour et une colonne de feu la nuit. C'est lui qui décidait quand s'arrêter et quand repartir. Et quand le peuple s'arrêtait, on installait la tente en dehors du camp. Il manifestait alors sa présence en mettant la nuée à l'entrée de la tente. C'était le lieu privilégier pour Dieu pour rencontrer Moïse mais aussi pour le peuple d'aller consulter le Seigneur :

« Quand les Israélites installent leur camp, Moïse prend la tente sacrée et il la dresse en dehors du camp, assez loin. On l'appelle « la tente de la rencontre ». Tous ceux qui veulent consulter le SEIGNEUR sortent du camp et ils vont vers cette tente. » (Exode 33.7)

Le Seigneur est plus du genre à planter sa tente où il veut et quand il veut pour rencontrer son peuple qu'à se laisser enfermer entre les quatre murs d'une maison ! Dieu est, fondamentalement, nomade : toujours en mouvement. Il ne se laisse jamais enfermer ou limiter par quoi que ce soit : un temple, une église, un dogme ou une religion... 

Et ce Dieu nomade finira par s'incarner en devenant homme. Toujours en mouvement... D'ailleurs, dans le prologue de son évangile, Jean le dit bien :

« La Parole s'est faite chair, et elle a fait sa demeure (littéralement : elle a planté sa tente) parmi nous » (Jean 1.14)

L'incarnation, le Fils de Dieu devenu homme que nous célébrons à Noël, c'est le Dieu nomade qui a planté sa tente parmi nous, pour venir à notre rencontre. Et parce que Dieu est toujours en mouvement, après sa résurrection, le Fils est remonté auprès du Père. Et le Saint-Esprit a été envoyé, pour planter sa tente chez le croyant, pour faire de notre corps le temple de Dieu. Aujourd'hui, nous sommes les temples du Dieu nomade qui chemine avec nous.


C'est Dieu qui va construire une maison à David

La deuxième raison pour laquelle le Seigneur ne veut pas que David lui construise un temple, c'est que c'est lui, le Seigneur, qui va construire une maison à David. Dieu renverse la perspective : « ce n'est pas toi qui va me construire une maison, c'est moi qui vais t'en construire une ». Évidemment ici, on joue sur les mots. La maison dont parle le Seigneur pour David n'a rien à voir avec le palais qu'il s'est fait bâtir, c'est une dynastie. Et Dieu promet qu'elle sera établie pour toujours. 

On a vu, à juste titre, une dimension messianique à cette promesse. Elle est, certes, encore voilée. Mais elle se précisera petit à petit, notamment dans le discours des prophètes où le titre « fils de David » finira par devenir un titre messianique, appliqué à Jésus dans le Nouveau Testament. Car en effet, cette dynastie établie pour toujours, ce règne sans fin ne peut que pointer vers Celui qui est venu pour établir le Royaume de Dieu, le Fils de Dieu, Jésus, le Christ.

Il faut tout de même dire qu'un temple sera bien construit finalement pour le Seigneur. Mais selon les conditions fixées par Dieu lui-même : non par David mais par Salomon, son fils, premier représentant de cette dynastie promise. 

Et le jour de l'inauguration du temple, il sera bien dit clairement que cette « maison » de Dieu ne peut en aucun cas le contenir. Salomon lui-même le dira dans sa prière :

« Est-ce que Dieu peut vraiment habiter sur la terre ? Le ciel est immense, mais il ne peut pas te contenir, toi, mon Dieu. Et ce temple que j'ai construit est beaucoup trop petit pour toi. » (1 Rois 8.27)

J'aime cette idée de construire un temple, une maison pour Dieu, tout en sachant qu'il sera beaucoup trop petit. Il faut nous en souvenir ! Tous les temples que nous construisons pour Dieu sont trop petits. Nos églises sont trop petites, nos vies sont trop petites, nos théologies sont trop petites. Penser le contraire, c'est succomber à la dérive sectaire, ou l'orgueil spirituel. 

Quelle conclusion en tirer ? Dieu accueille ce que nous construisons pour lui. Et comme il a rempli le temple de Salomon de sa gloire, il habite les temples que nous lui offrons. Il habite nos églises et nos vies. Mais ce qui compte avant tout, c'est ce qu'il construit pour nous. C'est son projet pour nos vies et nos églises. C'est son Royaume appelé à croître dans notre cœur, dans nos églises, dans le monde. 


Conclusion

Finalement, le projet de David de construire un temple pour le Seigneur a abouti, mais pas comme il le pensait. Les projets de Dieu étaient différents. La construction du temple a juste été différée, et réalisée par Salomon. Mais le grand projet de Dieu a été révélé à David. Celui d'une autre maison, une dynastie, ferment d'un autre royaume, le Royaume de Dieu inauguré par le Messie. 

Nous pouvons faire des projets, mais c'est le projet de Dieu qui s'accomplit. Un projet qui n'est pas toujours conforme à ce que nous imaginons. Mais un projet dont la portée dépasse ce que nous pouvons penser. Il ne peut en être autrement de notre Dieu nomade, toujours en mouvement et toujours prêt à planter sa tente pour que nous puissions le rencontrer.