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dimanche 23 novembre 2025

Témoins du salut

 

Comme c’est le cas la plupart du temps dans les épîtres de Paul, la lettre commence par une adresse de la part de l’auteur (ici Paul et Timothée) aux destinataires (ici les chrétiens de la ville de Colosse). 

Ensuite, il y a quelques mots personnels, avec une évocation de ces destinataires : ici il est question de la façon dont la Bonne Nouvelle de Jésus-Christ est parvenue à Colosse et quels fruits elle a porté parmi les chrétiens. Paul et Timothée leur assurent alors de leur prière fidèle en leur faveur, pour que leur foi grandisse et s’épanouisse, dans la persévérance. 

On ne s’arrêtera pas ce matin sur ces formules qui peuvent paraître un peu formelles, mais dans lesquelles il y a de vraies leçons spirituelles à tirer. 

Nous commencerons notre lecture après la prière d’intercession, à partir du verset 12… et nous nous arrêterons au verset 14. En effet, à partir du verset 15 commence un magistral hymne christologique, inséré dans l’épître. Extrêmement dense, il décrit Jésus-Christ, le Fils bien-aimé de Dieu, à la fois comme Celui en qui tout a été créé, et Celui par qui Dieu accomplit son projet de réconciliation. On pourrait dire que Jésus-Christ est évoqué comme étant Celui qui est à l'origine de tout le monde créé, et qui est aussi Celui par qui le monde est sauvé. Il y aurait de quoi faire une voire plusieurs prédications… mais nous ne le ferons pas ce matin. 

Nous allons nous concentrer sur les quelques versets qui font le lien entre l’introduction de la lettre et le grand hymne christologique, une exhortation que l’on trouve donc aux versets 12-14. 

Colossiens 1.12-14 (NBS)
Avec joie, 12rendez grâce au Père qui vous a rendus capables d'accéder à la part d'héritage des saints dans la lumière. 13Il nous a délivrés de l'autorité des ténèbres pour nous transporter dans le royaume de son Fils bien-aimé, 14en qui nous avons la rédemption, le pardon des péchés.

De quoi parlent ces versets ? L’idée centrale, c’est une invitation à remercier Dieu pour son salut. 

Il me semble que parfois on manque un peu de vocabulaire pour parler de notre salut. On utilise un langage balisé, voire stéréotypé, au risque de réduire la portée et la richesse de l’œuvre de salut de Dieu. Ici, Paul l’évoque de plusieurs façons, à l’aide d’un langage imagé. 

En grec, ces trois versets forment une seule et même phrase, qui évoque l’œuvre de salut de Dieu par trois propositions relatives. Les deux premières sont relatives au Père, la dernière est relative au Fils qui est mentionné à la fin de la deuxième proposition. On peut mettre cela en évidence de la sorte (avec une traduction légèrement remaniée) :

Avec joie rendez grâce au Père
Qui vous a rendus capables d’avoir part à l'héritage des saints dans la lumière,
Qui nous a délivrés de l'autorité des ténèbres pour nous transporter dans le royaume de son Fils bien-aimé,
En qui nous avons la rédemption, le pardon des péchés. 


Libérés, délivrés !

Le langage traditionnel pour parler du salut se trouve dans la dernière proposition relative, au verset 14, lorsqu’il est question de rédemption et de pardon des péchés. 

Rédemption est un terme technique, qu’on utilise parfois sans vraiment comprendre ce qu’il signifie. Il faut bien dire que ce n’est pas un mot qu’on utilise souvent aujourd’hui ! En réalité, il désignait le fait de racheter un captif, délivrer quelqu’un moyennant rançon. Le terme s’inscrit dans un contexte où existait l’esclavage et où fallait racheter celui qui avait été vendu comme esclave pour le libérer, l’affranchir. 

La meilleure façon de transcrire le mot rédemption aujourd’hui, c’est probablement en parlant de libération. Il ne s’agit pas d’être affranchi d’un esclavage mais d’être libéré de ce qui nous rend captif…  ce que la Bible appelle le péché ! D’où la deuxième partie du verset qui parle du pardon des péchés. 

Le salut est une libération et Jésus-Christ est le libérateur : c’est une Bonne Nouvelle libératrice. On comprend pourquoi l’apôtre Paul s’est emporté contre certains enseignants, notamment dans les Eglises de Galatie, qui prônaient pour les chrétiens un légalisme, une soumission nécessaire à des lois et des règles, ce qui constituait en réalité un nouvel asservissement.

Galates 5.1
Le Christ nous a libérés pour que nous soyons vraiment libres. Tenez bon, donc, et ne vous laissez pas de nouveau réduire en esclavage.

Le salut en Jésus-Christ est une libération parce qu’il nous délivre de toute contrainte, de toute pression pour mériter ce que nous ne pouvons pas atteindre. Le salut de Dieu n’est pas une récompense en vertu de nos mérites, c’est un cadeau, un don gratuit parce que Jésus-Christ a tout accompli. Dieu nous libère par grâce, il nous accorde le pardon. 

Voyons maintenant les deux autres formules, associées à Dieu le Père. 


Un héritage assuré

« (Le Père) vous a rendus capables d’avoir part à l'héritage des saints dans la lumière… »

Il y a d’abord la métaphore de l’héritage. Un héritage, c’est ce que nous sommes destinés à recevoir en tant qu’héritier. Et on est héritier en étant le parent légitime ou naturel destiné à recevoir les biens d’un défunt après sa mort, ou parce qu’il nous a couché sur son testament. 

Les saints désignent, dans le Nouveau Testament, tous ceux qui appartiennent à Dieu, l’ensemble des croyants. L’héritage des saints, c’est donc ce qui est promis à ceux qui appartiennent à Dieu. La lumière quant à elle fait sans doute référence à la présence de Dieu, en opposition avec les ténèbres, symbole de l’absence de Dieu. 

L’héritage des saints dans la lumière, c’est donc probablement la vie dans la présence même de Dieu, qui sera pleinement accomplie au jour de l’accomplissement de notre espérance, jour de la résurrection, mais qui est déjà une réalité aujourd’hui, par la foi. 

L’œuvre de salut de Dieu, c’est de nous rendre capable d’avoir part à cet héritage. Être sauvé, c’est être adopté par Dieu. Notre nom est inscrit sur le testament de Dieu parce qu’il a fait de nous ses enfants ! 

Le salut comme adoption est bien une conception biblique. En Jésus-Christ, Dieu fait de nous ses enfants. C’est affirmé avec force, par exemple, dans le prologue de l’évangile de Jean, qui évoque la Parole, c’est-à-dire le Fils de Dieu devenu homme :

Jean 1.12-13
A tous ceux qui l'ont reçue et qui croient en elle, (la Parole) a permis de devenir enfants de Dieu. Ils ne sont pas devenus enfants de Dieu par une naissance naturelle, par une volonté humaine ; c'est Dieu qui leur a donné une nouvelle vie.

Notre part d’héritage nous est réservée : nous y avons droit parce que Dieu a fait de nous ses enfants. Nous toucherons certes notre héritage plus tard mais il nous est garanti. Le salut de Dieu nourrit une espérance, elle garantit un avenir. 


Une opération de sauvetage

« (Le Père) nous a délivrés de l'autorité des ténèbres pour nous transporter dans le royaume de son Fils bien-aimé… »

On est ici dans un tout autre univers, avec une autre métaphore, celle d’une opération de sauvetage, d’une exfiltration. On pourrait presque parler d’une libération d’otages, arrachés au pouvoir des ténèbres pour être mis en sécurité dans le Royaume de l’amour de Dieu.

Qu’est-ce donc que cette autorité (ou ce pouvoir) des ténèbres ? C’est tout ce qui, en nous ou autour de nous, est mortifère et délétère. Tout ce qui détruit, asservit, humilie… 

Être sauvé, c’est être en sécurité, à l’abri auprès de Dieu. Même si des traumatismes ou des cicatrices demeurent encore.

Il ne faut pas réduire le salut à un chemin d’épanouissement personnel, mais il faut tout de même reconnaître son pouvoir libérateur, dès aujourd’hui. La grâce de Dieu est un atout, une force, pour vaincre nos addictions, être libéré de nos asservissements, trouver un chemin de restauration et d’épanouissement. 

Je ne dis pas que tout est facile et que la vie chrétienne n’est qu’une succession de victoires. Pour prolonger la métaphore, on pourrait dire que le transfert dans le Royaume du Fils bien-aimé est en cours… il reste encore des traces, des blessures, des traumatismes du pouvoir des ténèbres qui nous tenait otage. Les cicatrices ne sont pas encore toutes fermées et elles peuvent se rappeler à nous, parfois de manière douloureuse. 

Mais nous sommes bel et bien sauvés, à bord du canot de sauvetage qui nous conduit en sécurité, vers le rivage du Royaume qui vient. 


Conclusion 

Annoncer la Bonne Nouvelle du salut, ce n’est pas simplement transmettre un message stéréotypé. Comme si on n’avait pas annoncé l’évangile tant qu’on n’a pas énoncé explicitement le message, en quatre points, en n’oubliant surtout pas là croix, le péché et la repentance. 

Être témoin du salut, de la Bonne Nouvelle de Jésus-Christ, c’est avant tout être témoin d’une réalité qui est réellement vécue par la foi. D’ailleurs un chrétien n’est pas témoin d’un message ou d’une doctrine, il est témoin d’une personne. Témoin de sa rencontre avec le Christ, et du chemin que le Christ fait avec lui.

Un chemin aux multiples aspects. Chemin de libération à vivre au rythme de nos combats. Chemin de découverte de Dieu comme Père. Chemin d’espérance vers un monde nouveau. 

Voilà de belles promesses à vivre !



dimanche 20 juillet 2025

Star Wars – Une trilogie de prédications : III. Le retour du Jedi

 

Suite et fin de notre mini-série de l’été, une trilogie de prédications autour d’une trilogie culte du cinéma : Star Wars ! 

Résumé des épisodes précédents

L’action de Star Wars se déroule « il y a bien longtemps, dans une galaxie lointaine, très lointaine », dans un empire galactique totalitaire. On y suit les aventures de héros de la résistance, et notamment de Luke Skywalker, qui est parvenu à la fin du premier film à détruire l’Etoile de la mort, arme ultime de l’Empire. 

Lors du deuxième film, Luke a poursuivi son initiation à la Force par le maître Jedi Yoda. Il s’est ensuite retrouvé en duel face à Dark Vador, au cours duquel il a appris que ce dernier était en réalité son père. Luke parvient miraculeusement à s’échapper de son duel, vivant mais mal en point. Et l’Alliance Rebelle n’a jamais semblé autant en péril… 

Le retour du Jedi

Un an après les événements de « L’Empire contre-attaque ». Une nouvelle Etoile de la mort, plus redoutable encore que la précédente, est construite, et l’Empereur lui-même s’y rend pour une inspection des travaux. En réalité, il s’agit d’un piège tendu à l’Alliance rebelle pour la détruire définitivement. 

Les rebelles vont trouver une aide inattendue auprès des Ewoks, un peuple autochtone d’apparence inoffensive. Luke, de son côté, garde l’espoir de pouvoir sauver son père du côté obscur de la Force alors il décide de se livrer à l’ennemi. Au cours d’un nouveau duel, il parvient à prendre le dessus sur lui. L’Empereur tente alors de le convaincre de devenir son disciple. Voyant son fils torturé, Dark Vador décide d’agir et utilise ses dernières forces pour précipiter l’Empereur par-dessus bord. Le père de Luke meurt de ses blessures, non sans avoir pu voir son fils de ses propres yeux, en ayant retiré son masque. 

L’Etoile de la mort n’est alors plus protégée par son champ d’énergie. L’assaut est lancé par les forces de l’Alliance rebelle qui parviennent à détruire la station spatiale et mettent en fuite la flotte impériale. Dans le dernier plan du film, l’esprit d’Anakin Skywalker, ex Dark Vador, apparaît aux côtés de ceux de Yoda et Obi-Wan. Il est revenu in extremis du côté lumineux de la Force. 

Après avoir parlé d’espoir avec le premier film, et de tentation avec le deuxième, le troisième épisode de Star Wars nous permet de parler de salut et de rédemption. C’est en effet une des thématiques centrales de ce troisième volet. Comment Dark Vador redevient Anakin Skywalker, comment il parvient à revenir du côté lumineux de la Force, grâce à Luke, son fils, qui était convaincu qu’il restait bien encore quelque chose de bon au fond de lui… et il avait raison !

Une fois n’est pas coutume, je lirai un texte biblique plutôt à la fin de ma prédication, presque en guise de conclusion. Mais ce que je dirai s’inspirera évidemment de ce que la Bible affirme… 


Tout être humain peut être sauvé

Dans la Bible, c’est l’amour de Dieu, sa grâce, qui fonde l’espoir d’un salut possible pour tous. Cette grâce, elle s’exprime dans toute sa plénitude dans la personne et l’œuvre de Jésus-Christ. Mais ça ne veut pas dire qu’elle ne s’est pas exprimée avant. 

En réalité, la grâce de Dieu commence à s’exprimer dès le tout début de l’histoire humaine, dans les premiers chapitres de la Genèse. Certes, l’homme et la femme sont chassés du jardin, à cause de leur révolte contre Dieu… Mais le Seigneur ne les abandonne pas pour autant. Il prend soin d’eux en leur confectionnant des habits de peau. 

Dieu n’abandonne pas l’humanité à son triste sort, il continue à manifester sa bonté pour elle à travers ce qu’on appelle parfois la grâce commune, qui s’exerce par sa providence. C’est ce que Jésus évoque lorsqu’il parle de Dieu qui « fait lever son soleil aussi bien sur les méchants que sur les bons, et fait pleuvoir sur ceux qui font sa volonté et ceux qui ne la font pas. » (Matthieu 5.45)

La grâce commune et la providence de Dieu créent les conditions d’un salut accessible à tous. Même pour les Dark Vador de notre monde… 

En réalité, la figure du mal ultime, dans la saga Star Wars, ce n’est pas Dark Vador, c’est l’Empereur. Dark Vador est plutôt le type de l’être humain pécheur, perverti par le mal. Il est la figure biblique du méchant, celui qui s’égare loin de Dieu. L’Empereur est, lui, la figure du diable, du prince du mal. Pour lui, il n’y a pas de rédemption possible. 

Si même Dark Vador peut être sauvé, alors tout être humain peut l’être. Il peut l’être jusqu’à son dernier souffle. C’est le fameux épisode du brigand sur la croix, à côté de Jésus et auquel le Seigneur dit : « Aujourd’hui, tu seras avec moi dans le paradis. » (Luc 23.43)

Il suffit de choisir le côté lumineux de la Force… 


Ne pas nous lasser de croire en l’autre

Celui qui rend possible la rédemption de Dark Vador, c’est Luke Skywalker. Par sa fidélité et sa loyauté au côté lumineux de la Force, bien-sûr. Mais surtout par sa conviction intime qu’il devait rester quelque chose de bon dans le cœur de Dark Vador, et par sa détermination à le faire émerger, pour le sauver.

Comme Luke qui n’a pas cessé de croire que son père pouvait revenir du côté lumineux de la force, nous ne devons pas nous lasser de croire en l’autre. Nous pouvons être convaincu que tout être humain peut être sauvé. Que la Bonne Nouvelle de Jésus-Christ est valable pour tous. 

Il y a toujours chez l’autre quelque chose de bon, quelque chose d’aimable, même si c’est caché, parfois très profondément. D’un point de vue biblique, on pourrait se référer ici à la notion d’image de Dieu en l’être humain. Une image qui est certes déformée par le péché, corrompue par le mal, mais qui demeure, malgré la révolte contre Dieu. 

Il faut parfois beaucoup de foi pour le croire… 

Le chrétien est appelé à croire en Dieu, bien-sûr, mais aussi à ne pas se lasser de croire en l’autre… Aimer Dieu et aimer son prochain, en quelque sorte.

D’ailleurs, Jésus ne nous invite-t-il pas, dans le Sermon sur la Montagne, à aimer même nos ennemis et prier pour nos persécuteurs ? Ce n’est pas par masochisme ou par naïveté, c’est parce que leur haine n’est pas ce qui les définit. Nous croyons qu’ils demeurent des créatures faites à l’image de Dieu et que la grâce de Dieu peut toujours les atteindre, les transformer, faire émerger en eux le côté lumineux qu’ils ont presque éteint. 

Ne pas nous lasser de croire en l’autre, c’est continuer de croire que Dieu poursuivra son œuvre en chacun, et que rien ne lui est impossible. 


Notre part, c’est d’aimer

C’est maintenant que j’en viens à un texte biblique, auquel en réalité j’ai déjà fait référence. Vous verrez qu’il fait écho à ce que j’ai dit jusqu’ici. 

Matthieu 5.43-48
43Vous avez entendu qu'il a été dit : “Tu aimeras ton prochain et tu haïras ton ennemi.” 44Eh bien, moi je vous dis : aimez vos ennemis et priez pour ceux qui vous persécutent. 45Ainsi vous deviendrez les enfants de votre Père qui est dans les cieux. Car il fait lever son soleil aussi bien sur les méchants que sur les bons, et il fait pleuvoir sur ceux qui font sa volonté et ceux qui ne la font pas. 46En effet, si vous aimez ceux qui vous aiment, quelle récompense méritez-vous ? Les collecteurs d'impôts n'en font-ils pas autant ! 47Et si vous ne saluez que vos proches, que faites-vous d'extraordinaire ? Même les païens en font autant ! 48Vous donc, vous serez parfaits, tout comme votre Père qui est au ciel est parfait.

L’amour pour le prochain, qui est pour Jésus un commandement aussi important que l’amour pour Dieu, est exigeant. Jésus place la barre très haute : il s’agit d’agir en enfants de Dieu, viser à être parfait comme lui-même est parfait ! 

Evidemment, c’est un idéal qu’il ne nous faut pas imaginer atteindre un jour ici-bas. Mais c’est un horizon à poursuivre. 

Concrètement, ce que Jésus veut dire c’est qu’il ne s’agit pas de choisir ceux qui méritent d’être aimés et les autres, ni de choisir de n’aimer que ceux qui nous aiment. Ce serait trop facile. Voilà pourquoi Jésus dit, explicitement, que notre prochain, c’est aussi notre ennemi et c’est aussi celui qui nous veut du mal. 

Il ne s’agit pas de dire que « tout le monde il est beau, tout le monde il est gentil » ! Il est évident qu’on n’aimera pas de la même manière un ami et un ennemi, on ne priera pas de la même manière pour un frère ou une sœur et pour un persécuteur. Et il faut aussi penser à sa sécurité. Lorsque vous êtes sous l’emprise d’une personne, subissant son harcèlement et/ou sa violence, l’aimer ne signifie pas forcément rester avec elle !  

Mais notre part, c’est d’aimer. Comme Dieu nous a aimé. Aimer Dieu de tout notre cœur. Et aimer notre prochain qui est comme nous-mêmes, créé à l’image de Dieu. Même si cette image est déformée ou dissimulée. 

La question que nous avons à nous poser n'est donc pas "qui dois-je aimer ?" mais "comment aimer mon prochain, quel qu'il soit ?".

Car comme le dit l’apôtre Paul à Timothée, lorsqu’il invite à prier pour tous les êtres humains : « Dieu veut que tous les humains soient sauvés. » (1 Timothée 2.4) C’est aussi vrai pour les Luke Skywalker que pour les Dark Vador de ce monde… 

dimanche 23 août 2015

Ruth, la moabite (4)

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Résumé des épisodes précédents

Lorsque son mari Elimélek et ses deux fils meurent alors qu'elle est exilée en Moab, Noémi décide de retourner en Juda. Ruth, une de ses belles-filles, refuse de la quitter et choisit de l'accompagner.

Sans le savoir, Ruth se retrouve alors à glaner des épis dans le champ de Booz, un proche parent d'Elimélek. Pour Noémi, ça ne peut pas être un hasard : le Seigneur l'a conduite jusqu'à ce champ. Elle va alors mettre au point une stratégie, en faisant référence à une loi de Moïse interprétée selon les coutumes de l'époque, pour que Booz épouse Ruth.

L'un et l'autre semblent tout à fait consentants, mais il reste un obstacle. Un autre homme est un plus proche parent que Booz. C'est lui qui a la priorité. Booz va donc tenter de régler cette affaire au plus vite...

Lecture biblique : Ruth 4


Explication

Voilà donc le dénouement de l'histoire ! Un véritable happy end, au-delà même de ce qu'on pouvait espérer.

Comme Noémi l'avait prédit, et comme il s'y était engagé devant Ruth, Booz s'empresse de s'occuper de l'affaire, et en plus dans les règles. Sur la place publique, il rassemble des témoins et traite avec l'autre proche parent d'Elimélek. Il le fait selon les coutumes de l'époque : le symbole de la sandale doit d'ailleurs être expliqué aux premiers lecteurs du livre de Ruth.

Il faut d'ailleurs noter que cet autre proche parent, dont on ne dit jamais le nom, était au courant du retour de Noémi au pays (v.3), et sans aucun doute aussi de la présence de Ruth à ses côtés. Mais il n'a rien entrepris pour exercer son droit... Il n'en avait, semble-t-il, tout simplement pas les moyens. Il le dit : il ne peut pas à la fois racheter le champ et prendre Ruth pour femme, prendre soin d'elle. Et il a bien dû se rendre compte aussi que Booz, lui, était motivé ! Il lui laisse le champ libre : « prends pour toi le droit de racheter » !

Booz et Ruth se marient alors, pour la joie de tous. Y compris celle de Noémi, accentuée encore après la naissance de leur fils, dont Noémi va s'occuper comme s'il s'agissait du sien.

On pourrait presque dire à la fin : ils vécurent heureux et eurent beaucoup d'enfants. C'est le happy end traditionnel... Sauf que l'épilogue va encore plus loin et donne une dimension particulière à l'histoire de Ruth. Obed, le fils de Booz et Ruth, deviendra le grand-père du roi David. Il entre dans la lignée royale, la lignée messianique. Ruth est d'ailleurs une des rares femmes mentionnées dans la généalogie de l'évangile selon Matthieu (1.5) qui fait du reste de Rahab, une autre femme non-juive, une habitante de Jéricho ayant caché les espions Israélites, la mère (ou l'ancêtre) de Booz. Voilà encore des signes que la providence de Dieu est bien à l'oeuvre...

Application

Au-delà des beaux exemples de fidélité dont témoigne cette histoire familiale, l'épilogue du livre lui donne une nouvelle dimension, qui transcende le personnage de Ruth.

La fidélité du Dieu de l'Histoire

On y voit l'expression de la fidélité de Dieu, par la mise en œuvre de sa providence, bien au-delà de l'histoire de Ruth. C'est la fidélité de Dieu dans l'Histoire qui est soulignée. Jusqu'à l'accomplissement de son plan, avec la mort et la résurrection de Jésus-Christ. Une fidélité qui s'étend à travers les siècles et qui se manifeste dès le jour où l'humanité s'est détournée de son Créateur. Dans la Genèse, Dieu donne une promesse de victoire, assurant à la descendance de la femme d'écraser la tête du serpent (Gn 3.15). Cette fidélité de Dieu, tout au long de l'histoire, passe par Noé, Abraham, Moïse, David, les prophètes... mais elle passe aussi par Ruth et Booz !

Nos histoires s'imbriquent dans l'Histoire, par la providence de Dieu. Le même Dieu, fidèle à son projet pour l'humanité, se montre fidèle dans notre vie. Nos histoires personnelles ont de l'importance aux yeux de Dieu. Jamais Ruth, ni Booz, n'auraient pu imaginer être intégrés dans la lignée qui allait conduire au Messie. Jamais ils n'auraient imaginé que leur petit-fils allait devenir le grand roi David. D'autant que Ruth était moabite, une étrangère... comme Rahab était habitante de Jéricho. Mais la bénédiction de Dieu s'étend à toutes les familles de la terre, comme il l'avait promis à Abraham.


L'évangile selon Ruth

La dimension messianique de l'épilogue nous invite à une lecture typologique de l'histoire de Ruth. Il s'agit de discerner, derrière les événements décrits, des préfigurations du Christ. Il faut être prudent avec une telle lecture mais le Nouveau Testament nous invite bien à considérer que tout l'Ancien Testament conduit au Christ.

Ainsi, l'épilogue du livre de Ruth est caractéristique. En effet, l'espoir renaît avec la naissance d'un fils à Ruth dont tout le monde dit : « Qu'elle ressemble à Rachel et à Léa, les deux femmes de Jacob qui ont donné naissance au peuple d'Israël ! ». De plus, cet enfant naît à Bethléem, il est ancêtre de David par la lignée duquel naîtra le Christ. Il s'appelle Obed. Or, son nom signifie « serviteur » : la figure du serviteur est bien une figure messianique !

Si on regarde l'ensemble de l'histoire de Ruth, on peut aussi la voir comme une typologie du salut. La foi – fidélité de Ruth a changé le cours de sa vie, grâce à Booz, son rédempteur. Booz y apparaît comme une figure du Christ. C'est lui qui rachète Ruth et Noémi, qui les sauve. Noémi pourrait même être perçue comme une figure du peuple d'Israël, et Ruth une figure des païens, toutes deux sauvées, rachetées par Booz. Comme le Christ a racheté, sauvé, Juifs et non-Juifs par amour, les unissant dans un même peuple. De plus, le Christ aussi est notre « proche parent » : il est notre frère par l'incarnation, le Fils de Dieu devenu homme.

Nous le voyons, derrière cette belle histoire familiale se cache un message d'une profondeur insoupçonnée. Un véritable évangile selon Ruth.


Conclusion

Gardons les deux niveaux de lecture de ce récit. Prenons exemple sur la fidélité de Ruth et la générosité de Booz. Inspirons-nous d'eux pour être à notre tour fidèle et généreux. Mais contemplons aussi avec reconnaissance l'action de Dieu dans l'Histoire. Soyons émerveillés par son plan de salut, accompli en Jésus-Christ, et dont il nous donne de nombreuses illustrations tout au long de l'Ecriture. Louons-le pour son action dans nos vies, le salut mis en œuvre pour nous en Jésus-Christ. Il est notre Rédempteur, celui qui nous sauve et nous donne une espérance nouvelle.