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dimanche 23 août 2026

De lui, par lui et pour lui

Au mois de juillet, nous avions fait une mini-série de prédications autour d’une formule étonnante et puissante de l’épître aux Ephésiens, évoquant la largeur, la longueur, la hauteur et la profondeur de l’amour de Dieu. C’est une autre formule puissante de l’apôtre Paul que j’aimerais évoquer ce matin. On la trouve à la fin du chapitre 11 de son épître aux Romains. 

C’est en quelque sorte la conclusion de tout l’exposé dogmatique de l’apôtre Paul, un exposé magistral, dense et profond, qui s’étend sur 11 chapitres pour présenter la Bonne Nouvelle du salut en Jésus-Christ. A partir du chapitre 12, il s’agira de la partie plus pratique de l’épître, avec les conséquences concrètes, pour la vie chrétienne, du salut en Jésus-Christ. 

L’exposé systématique de l’apôtre se termine par des considérations complexes sur le destin du peuple d’Israël, évoquant notamment le grand mystère de la grâce souveraine de Dieu. 

C’est alors qu’intervient notre texte, une conclusion lyrique, pleine d’émerveillement qui se termine par la formule qui va nous intéresser ce matin. Voici le texte, dans la version de la Nouvelle Bible Segond :

Romains 11.33-36
33O profondeur de la richesse,
de la sagesse et de la connaissance de Dieu !
Que ses jugements sont insondables
et ses voies incompréhensibles !
34En effet, qui a connu la pensée du Seigneur ?
Qui a été son conseiller ?
35Qui lui a donné le premier,
pour devoir être payé de retour ?
36Tout est de lui, par lui et pour lui.
A lui la gloire pour toujours ! Amen !

C’est la formule du verset 36 qui va en particulier nous intéresser ce matin : « Tout est de lui, par lui et pour lui. » Mais avant d’y arriver, il faut dire quelques mots de l’ensemble du paragraphe. 


1. Emerveillement et humilité

Ce qui prédomine dans ce paragraphe, c’est l’émerveillement devant la richesse, la sagesse et la connaissance de Dieu. Autrement dit, toutes les dimensions de Dieu et de son œuvre… ce qui rend ce texte finalement assez proche de celui qui nous a accompagné lors de la mini-série de juillet. 

Et ce qui va de pair avec cet émerveillement, c’est l’humble reconnaissance des limites de notre compréhension d’un Dieu qui forcément nous dépasse : ses jugements sont insondables et ses voies incompréhensibles. 

A noter que les verset 34 et 35 sont des citations de la Bible, ou plutôt des références explicites à quelques textes de l’Ecriture issus des livres d’Esaïe et de Job. La référence à Job est particulièrement intéressante puisque dans le livre de Job, c’est Dieu lui-même qui parle et répond à Job dans sa détresse : 

Job 41.3
Qui m'a avancé quelque chose pour que je le lui rende ?
Sous tout le ciel, tout m'appartient. 

Paul formule ici le verset à la troisième personne, en évoquant le Seigneur. L’humble émerveillement de l’apôtre Paul peut ici faire écho à la réaction de Job, à la toute fin de son dialogue avec Dieu, qui reconnaît avoir parlé de choses qui le dépassent et qui place sa confiance en Dieu, non sans confesser une connaissance nouvelle, plus profonde et personnelle, de Dieu : « Mon oreille avait entendu parler de toi ; maintenant mon œil t'a vu. » (Job 42.5)


2. De lui, par lui et pour lui…

Dans notre passage, c’est comme si l’apôtre Paul prenait du recul sur tout ce qu’il a écrit. Il a présenté, de la façon la plus précise possible, le salut offert en Jésus-Christ. II a fait au mieux mais il est conscient de limites mêmes du langage pour rendre compte de Dieu et de son œuvre, et des limites de l’esprit humain pour pleinement le comprendre. Mais cela ne le décourage pas pour autant et le conduit à l’émerveillement et l’adoration. « Tout est de lui, par lui et pour lui. A lui la gloire pour toujours ! Amen ! »

Venons-en donc maintenant à cette fameuse formule : « Tout est de lui, par lui et pour lui. » 

Dans la formule en grec, il n’y a pas de verbe. Il arrive parfois que le verbe soit sous-entendu… Tout est ici affaire de préposition. Il y en a trois en grec :

  • « De lui » : c’est la préposition ex, qui signifie « de, hors de, à partir de… ». Elle exprime un mouvement à partir de quelque chose ou quelqu’un. 
  • « Par lui » : c’est la préposition dia, qui signifie « par, à travers… ». Elle exprime un mouvement qui traverse quelque chose. 
  • « Pour lui » : c’est la préposition eis, qui signifie « dans, vers, jusqu’à… ». Elle exprime un mouvement vers quelque chose ou quelqu’un. 

La version Nouvelle Français Courant traduit ainsi la formule : « Car tout vient de lui, tout existe par lui et pour lui. »

Il s’agit donc bien d’une formule théologique d’une grande profondeur mais elle implique aussi plusieurs conséquences pratiques. D’une certaine façon, la formule fait le pont entre la partie théorique et la partie pratique de l’épître. Théologiquement, c’est Dieu seul, sa personne et son œuvre, qui est l’hier, l’aujourd’hui et le demain de toutes choses. 

C’est vrai de tout ce que nous vivons, comprenons et croyons… c’est aussi vrai de tout ce qui nous dépasse et que nous ne pouvons pas saisir. Tout est de lui, par lui et pour lui. C’est vrai du salut, c’est vrai de notre vie. Dieu seul est la source, le moyen et le but de notre salut, et donc de notre vie. Tout est de lui, par lui et pour lui. 

Quelles leçons pouvons-nous en tirer pour nous ? 


3. Les leçons de la formule

Si Dieu est la source de notre salut, alors nous pouvons vivre dans la reconnaissance. Tout est « de lui ». C’est lui qui sauve… nous ne nous sauvons pas nous-mêmes, d’aucune manière ! Tout provient de son amour, de sa grâce, de son pardon. 

Concrètement, cette vérité opère une double libération en nous : 

  • Elle nous libère de tout orgueil spirituel. Nous n’avons aucune raison de nous glorifier nous-mêmes, de nous croire au-dessus di lot ou meilleur que les autres, nous n’avons aucune raison d’entrer dans une quelconque compétition spirituelle avec qui que ce soit. Le salut nous est donné. C’est un cadeau gratuit. 
  • Mais elle nous libère aussi de l’angoisse et de la peur. Si tout vient de lui, de sa grâce, nous n’avons pas à nous mettre la pression comme si nous devions mériter quoi que ce soit, ou rechercher une quelconque puissance ou performance spirituelle. Nous sommes au bénéfice de la grâce infinie de Dieu. C’est la fidélité de Dieu qui est notre assurance, pas la nôtre… 

Si Dieu est le moyen de notre salut, alors nous pouvons vivre dans la confiance. Tout est « par lui ». Dieu n’est pas seulement celui qui nous ouvre le portail du salut et se retire ensuite pour nous laisser nous débrouiller tout seul sur le chemin. Il marche avec nous. Plus encore, il nous soutient, il renouvelle nos forces, il nous aide à nous orienter… bref, c’est lui qui nous rend capable de poursuivre la route. Nous pouvons vivre dans la confiance, le Seigneur est toujours là, à nos côtés et ne nous abandonne jamais. Et quand nous traversons des temps d’épreuve, de fatigue ou de désorientation, nous pouvons faire appel à lui. Il viendra à notre secours.

Enfin, si Dieu est le but de notre salut alors nous devons vivre orientés vers lui. Tout est « pour lui ». Le salut que Dieu nous offre n’est pas seulement une question de bonheur, d’épanouissement personnel ou de sécurité. Sa finalité demeure la gloire de Dieu. C’est d’ailleurs comme cela que Paul termine note texte : « A lui la gloire pour toujours ! Amen ! »

Être sauvé, c’est comprendre que notre vie appartient à Dieu et que toute notre existence est appelée à le glorifier. Nos projets, nos réalisations, notre travail, nos relations deviennent des occasions de servir Dieu et de lui rendre gloire. Car ce n’est pas en nous coupant de notre prochain que nous pouvons servir Dieu. L’amour de Dieu et l’amour du prochain, on le sait, sont inséparables et complémentaires. 


Conclusion

« Tout est de lui, par lui et pour lui. » Voilà une formule que nous ferions bien de retenir car elle nous rappelle où se trouve l’essentiel. Dieu seul est la source, le moyen et le but de notre salut, et donc de notre vie.

Quand nous nous laissons griser, que l’orgueil pointe le bout de son nez ou le jugement de l’autre vient à notre esprit… Souvenons-nous, humblement, que « Tout est de lui, par lui et pour lui. » 

Quand nous sommes fatigués, découragés, angoissés, quand le chemin devient difficile et le fardeau nous semble lourd… Souvenons-nous, confiant, que « Tout est de lui, par lui et pour lui. »

C’est ainsi que, comme l’apôtre, nous pourrons nous écrier : « À lui la gloire pour toujours ! Amen ! »


dimanche 18 janvier 2026

Voici l’Agneau de Dieu qui enlève le péché du monde

Le texte de l’évangile de ce dimanche nous invite à revenir à l’épisode du baptême de Jésus, dans le Jourdain, de la main de Jean Baptiste. Mais l’évangile de Jean ne contient pas de récit du baptême à proprement parlé. Il y est toutefois fait référence de manière implicite, au travers des paroles de Jean Baptiste.

Jean 1.29-34
29Le lendemain, Jean voit Jésus venir à lui, et il dit : « Voici l'agneau de Dieu qui enlève le péché du monde. 30C'est de lui que j'ai parlé quand j'ai dit : “Un homme vient après moi, mais il est plus important que moi, car il existait déjà avant moi.” 31Moi, je ne le connaissais pas, mais je suis venu baptiser dans l'eau afin de le faire connaître au peuple d'Israël. »
32Jean déclara encore : « J'ai vu l'Esprit de Dieu descendre du ciel comme une colombe et demeurer sur lui, j'en suis témoin. 33Je ne le connaissais pas, mais Dieu, qui m'a envoyé baptiser dans l'eau, m'a dit : “Celui sur qui tu verras l'Esprit descendre et demeurer, c'est lui qui baptise dans l'Esprit saint.” 34J'ai vu cela, dit Jean, et je suis donc témoin que c'est lui le Fils de Dieu. »

L’originalité de Jean, c’est d’évoquer le baptême de Jésus, ce geste inaugural de son ministère, du point de vue de Jean Baptiste : « Jean voit Jésus venir à lui et il dit… ». Au verset 32, c’est Jean qui voit l’Esprit de Dieu descendre du ciel comme une colombe. Et il conclut : « J'ai vu cela, dit Jean, et je suis donc témoin que c'est lui le Fils de Dieu. »

Nous allons ce matin nous arrêter sur les premières paroles que Jean a prononcé en voyant Jésus venir à lui : « Voici l’Agneau de Dieu qui enlève le péché du monde. » Une formule qui, avouons-le, peut paraître énigmatique au premier abord. 

Franchement, si on n’est pas un peu initié, si on n’a pas un minimum de culture biblique, on ne comprend sans doute pas ce que ça veut dire. Et même si on connaît la Bible, la compréhension et les implications théologiques de cette formule méritent qu’on s’y arrête… 


L’Agneau de Dieu

Dans cette formule, Jean désigne Jésus comme l’agneau de Dieu… L’agneau est une figure biblique majeure. Un symbole. Un agneau, c’est un jeune mouton, image de pureté et d’innocence. Il désigne souvent dans le langage biblique la victime innocente. Celle qui est offerte en sacrifice au temple, pour le pardon des péchés, même s’il y avait aussi d’autres animaux offerts en sacrifice… 

Mais l’agneau, plus spécifiquement, fait sans doute référence à deux textes bien précis de l’Ancien Testament. 

La première référence biblique à laquelle on peut penser est l’agneau pascal. Cet agneau est mangé par les Israélites lors de la fête de la Pâque, qui se souvient de la sortie d’Egypte, de la délivrance de l’esclavage. Dans le récit de l’Exode, c’est le sang d’un agneau que les Hébreux devaient répandre sur les portes de leur maison, avant la sortie d’Egypte, pour être épargné par le dixième fléau, la mort des premiers-nés. 

Désigner Jésus comme l’agneau de Dieu, c’est dire qu’il vient apporter un salut, une délivrance du même ordre que celle de l’Exode. 

La deuxième référence biblique se trouve dans un célèbre texte du prophète Esaïe, un de ses chants du serviteur. Dans ce texte, le serviteur souffrant annoncé par le prophète, qui annonce le Messie, celui qui apportera le salut, est comparé à un agneau : « Il s'est laissé maltraiter et humilier, sans rien dire, comme un agneau que l'on mène à l'abattoir, comme une brebis devant ceux qui la tondent, il n'a pas ouvert la bouche. » (Esaïe 53.7) Cette formule fera écho dans les évangiles au procès de Jésus, et sa condamnation à mort. 

Comparer Jésus, au tout début de son ministère, à un agneau, souligne à la fois sa pureté, son innocence et le sort qui lui est réservé. Sa mission le conduira à la mort. Une mort innocente. C’est aussi une façon de dire qu’à sa mort sera associée une délivrance, comme pour l’agneau pascal. 

Notons enfin qu’il ne s’agit pas de n’importe quel agneau mais de l’agneau « de Dieu ». L’agneau pascal, ce sont les humains qui le fournissent pour le repas. Jésus est l’agneau que Dieu fournit lui-même pour notre délivrance. 


Le péché du monde

L’autre expression sur laquelle il faut s’arrêter dans la formule de Jean Baptiste, c’est le péché du monde. Il faut remarquer le singulier. Le texte grec dit bien « le péché du monde » et non pas « les péchés du monde ». C’est important de le souligner parce que le sens théologique n’est pas le même. 

Pourtant, dans la version liturgique latine de la messe, dans l’Eglise catholique, c’est le pluriel qui est utilisé : Agnus dei qui tollis peccata mundi… Une formule qui a été utilisée dans de nombreux chefs d’œuvre de la musique sacrée. Ici, la tradition liturgique catholique s’écarte du texte biblique. 

Quelle est donc la différence entre le péché et les péchés ?

Pour schématiser, on pourrait dire que parler des péchés est plutôt une question morale et parler du péché est plutôt une question spirituelle. Les péchés, ce sont les actes commis (ou les paroles, et même les pensées) qui s’écartent de la volonté de Dieu. Le péché, c’est la réalité du mal qui s’attache à nous, dont nous sommes empreints dès notre naissance… et qui nous pousse à commettre des péchés. On pourrait dire, de manière imagée, que le péché c’est la racine, et les péchés ce sont les fruits. Avec Jésus, c’est à la racine que Dieu s’attaque !

Il est par ailleurs question dans la formule du péché « du monde ». Chez Jean, le monde désigne une globalité. Mais cette globalité est définie selon le contexte. Le mot peut désigner l’univers entier ou l’humanité entière. Mais il peut avoir parfois une connotation négative et désigner l’humanité opposée à Dieu et à Jésus-Christ. 

Comme le péché est une réalité universelle, qui atteint l’humanité entière, c’est ainsi qu’il faut comprendre le monde dans notre formule. Le péché du monde est la réalité du mal qui atteint toute l’humanité. 

La formule de Jean Baptiste affirme que Jésus est « l’agneau de Dieu qui enlève le péché du monde ». On pourrait donc dire qu’il est celui qui règle une fois pour toutes la question du péché, pour tout le monde. Il est la solution, fournie par Dieu, pour le salut du monde. 

« Dieu a tellement aimé le monde qu'il a donné son Fils unique, afin que toute personne qui croit en lui ne périsse pas mais qu'elle ait la vie éternelle. » (Jean 3.16)


Quelles leçons pouvons-nous donc tirer de cette formule de Jean Baptiste ? Je les formulerai sous la forme de deux questions, un brin provocatrices… 


Et si on avait un problème avec le péché ?

En tant que croyant, en tant qu’Eglise, je me demande si on ne parle pas trop souvent des péchés et pas assez souvent du péché. Bref, est-ce qu’on ne se place pas trop souvent dans la sphère de la morale alors que l’enjeu est spirituel ? Est-ce qu’on n’a pas, au fond, un problème avec le péché ? Est-ce qu’on n’a pas tendance à se préoccuper plus des péchés que du péché ? 

Quand le discours de l’Eglise est moralisateur et donneur de leçon alors on s’occupe des péchés et on a un problème avec le péché. Quand les sujets qui la concerne le plus sont des questions d’éthique sexuelle et familiale alors on s’occupe des péchés et on a un problème avec le péché. Quand une de ses préoccupations majeures est de se préserver pure en se coupant d’un monde qui pourrait nous contaminer alors on s’occupe des péchés et on a un problème avec le péché. 

Combien de fois entend-on cette question, parmi les croyants : est-ce que c’est un péché ou non de faire ceci ou cela ? Pourquoi pose-t-on la question ? On cherche à se rassurer ? A se justifier ? En tout cas, c’est une mauvaise question, qui se préoccupe des péchés et non du péché. Des fruits et non de la racine. 

Pour s’attaquer à la racine, entendons les paroles de Jean Baptiste : Voici l’agneau de Dieu qui enlève le péché du monde ! C’est lui qu’il faut suivre. C’est de lui qu’il faut s’inspirer. C’est en lui qu’il faut placer notre foi, notre confiance et notre espérance. C’est de lui qu’il faut s’approcher, avec qui cultiver une intimité spirituelle. C’est lui que nous devons présenter, annoncer. 

 

Et si on avait un problème avec le salut ? 

En bons évangéliques, on parle souvent du salut, et en particulier du salut personnel, je dirais même individuel. C’est bien quand c’est une façon de s’approprier le message de l’évangile et de vivre vraiment le salut que Dieu nous offre, quand c’est un encouragement à un engagement personnel, à une foi vivante. 

C’est plus problématique quand ce salut personnel, individuel, devient une obsession. Je m’explique. 

La formule de Jean-Baptiste affirme que la question du salut est réglée, et qu’elle est réglée par Dieu. C’est un soulagement : je suis délivré du fardeau de mon salut, je n’ai plus à me soucier de ma justice devant Dieu ou de ma sainteté. Jésus s’en est occupé. Il s’agit juste pour moi d’accueillir la grâce de Dieu. Mon salut, ce n’est plus mon affaire, c’est l’affaire de Dieu. Du coup, c’est vrai du salut des autres aussi. 

Pourquoi alors, si souvent, on se met une pression insurmontable quant à notre salut, un salut qu’il faudrait mériter, conserver, ne pas perdre… C’est l’affaire de Dieu ! Et Dieu ne reprend pas ce qu’il a donné ! 

Pourquoi, si souvent, on se met une pression insurmontable quant au salut des autres, notamment de nos proches ? Comme si tout dépendait de notre témoignage, de notre fidélité, de notre exemple… Heureusement que ce n’est pas le cas !

Le salut, le mien et celui des autres, c’est l’affaire de Dieu !

Bien sûr que l’évangile, la Bonne Nouvelle de Jésus-Christ, demeure un appel, auquel chacun est appelé à répondre par la foi. Mais notre responsabilité est similaire à celle de Jean Baptiste : présenter Jésus-Christ… et le laisser agir. Rien de plus. Rien de moins. 


Conclusion

Voici l’agneau de Dieu qui enlève le péché du monde ! Cette formule de Jean Baptiste est riche de sens et profonde. Elle exprime LA Bonne Nouvelle. Libératrice, salvatrice. 

Jésus est la solution, fournie par Dieu lui-même, pour le salut du monde. Le salut, le mien et celui des autres, c’est l’affaire de Dieu ! C’est la grâce… Une source incomparable de paix et d’espérance.


dimanche 23 novembre 2025

Témoins du salut

 

Comme c’est le cas la plupart du temps dans les épîtres de Paul, la lettre commence par une adresse de la part de l’auteur (ici Paul et Timothée) aux destinataires (ici les chrétiens de la ville de Colosse). 

Ensuite, il y a quelques mots personnels, avec une évocation de ces destinataires : ici il est question de la façon dont la Bonne Nouvelle de Jésus-Christ est parvenue à Colosse et quels fruits elle a porté parmi les chrétiens. Paul et Timothée leur assurent alors de leur prière fidèle en leur faveur, pour que leur foi grandisse et s’épanouisse, dans la persévérance. 

On ne s’arrêtera pas ce matin sur ces formules qui peuvent paraître un peu formelles, mais dans lesquelles il y a de vraies leçons spirituelles à tirer. 

Nous commencerons notre lecture après la prière d’intercession, à partir du verset 12… et nous nous arrêterons au verset 14. En effet, à partir du verset 15 commence un magistral hymne christologique, inséré dans l’épître. Extrêmement dense, il décrit Jésus-Christ, le Fils bien-aimé de Dieu, à la fois comme Celui en qui tout a été créé, et Celui par qui Dieu accomplit son projet de réconciliation. On pourrait dire que Jésus-Christ est évoqué comme étant Celui qui est à l'origine de tout le monde créé, et qui est aussi Celui par qui le monde est sauvé. Il y aurait de quoi faire une voire plusieurs prédications… mais nous ne le ferons pas ce matin. 

Nous allons nous concentrer sur les quelques versets qui font le lien entre l’introduction de la lettre et le grand hymne christologique, une exhortation que l’on trouve donc aux versets 12-14. 

Colossiens 1.12-14 (NBS)
Avec joie, 12rendez grâce au Père qui vous a rendus capables d'accéder à la part d'héritage des saints dans la lumière. 13Il nous a délivrés de l'autorité des ténèbres pour nous transporter dans le royaume de son Fils bien-aimé, 14en qui nous avons la rédemption, le pardon des péchés.

De quoi parlent ces versets ? L’idée centrale, c’est une invitation à remercier Dieu pour son salut. 

Il me semble que parfois on manque un peu de vocabulaire pour parler de notre salut. On utilise un langage balisé, voire stéréotypé, au risque de réduire la portée et la richesse de l’œuvre de salut de Dieu. Ici, Paul l’évoque de plusieurs façons, à l’aide d’un langage imagé. 

En grec, ces trois versets forment une seule et même phrase, qui évoque l’œuvre de salut de Dieu par trois propositions relatives. Les deux premières sont relatives au Père, la dernière est relative au Fils qui est mentionné à la fin de la deuxième proposition. On peut mettre cela en évidence de la sorte (avec une traduction légèrement remaniée) :

Avec joie rendez grâce au Père
Qui vous a rendus capables d’avoir part à l'héritage des saints dans la lumière,
Qui nous a délivrés de l'autorité des ténèbres pour nous transporter dans le royaume de son Fils bien-aimé,
En qui nous avons la rédemption, le pardon des péchés. 


Libérés, délivrés !

Le langage traditionnel pour parler du salut se trouve dans la dernière proposition relative, au verset 14, lorsqu’il est question de rédemption et de pardon des péchés. 

Rédemption est un terme technique, qu’on utilise parfois sans vraiment comprendre ce qu’il signifie. Il faut bien dire que ce n’est pas un mot qu’on utilise souvent aujourd’hui ! En réalité, il désignait le fait de racheter un captif, délivrer quelqu’un moyennant rançon. Le terme s’inscrit dans un contexte où existait l’esclavage et où fallait racheter celui qui avait été vendu comme esclave pour le libérer, l’affranchir. 

La meilleure façon de transcrire le mot rédemption aujourd’hui, c’est probablement en parlant de libération. Il ne s’agit pas d’être affranchi d’un esclavage mais d’être libéré de ce qui nous rend captif…  ce que la Bible appelle le péché ! D’où la deuxième partie du verset qui parle du pardon des péchés. 

Le salut est une libération et Jésus-Christ est le libérateur : c’est une Bonne Nouvelle libératrice. On comprend pourquoi l’apôtre Paul s’est emporté contre certains enseignants, notamment dans les Eglises de Galatie, qui prônaient pour les chrétiens un légalisme, une soumission nécessaire à des lois et des règles, ce qui constituait en réalité un nouvel asservissement.

Galates 5.1
Le Christ nous a libérés pour que nous soyons vraiment libres. Tenez bon, donc, et ne vous laissez pas de nouveau réduire en esclavage.

Le salut en Jésus-Christ est une libération parce qu’il nous délivre de toute contrainte, de toute pression pour mériter ce que nous ne pouvons pas atteindre. Le salut de Dieu n’est pas une récompense en vertu de nos mérites, c’est un cadeau, un don gratuit parce que Jésus-Christ a tout accompli. Dieu nous libère par grâce, il nous accorde le pardon. 

Voyons maintenant les deux autres formules, associées à Dieu le Père. 


Un héritage assuré

« (Le Père) vous a rendus capables d’avoir part à l'héritage des saints dans la lumière… »

Il y a d’abord la métaphore de l’héritage. Un héritage, c’est ce que nous sommes destinés à recevoir en tant qu’héritier. Et on est héritier en étant le parent légitime ou naturel destiné à recevoir les biens d’un défunt après sa mort, ou parce qu’il nous a couché sur son testament. 

Les saints désignent, dans le Nouveau Testament, tous ceux qui appartiennent à Dieu, l’ensemble des croyants. L’héritage des saints, c’est donc ce qui est promis à ceux qui appartiennent à Dieu. La lumière quant à elle fait sans doute référence à la présence de Dieu, en opposition avec les ténèbres, symbole de l’absence de Dieu. 

L’héritage des saints dans la lumière, c’est donc probablement la vie dans la présence même de Dieu, qui sera pleinement accomplie au jour de l’accomplissement de notre espérance, jour de la résurrection, mais qui est déjà une réalité aujourd’hui, par la foi. 

L’œuvre de salut de Dieu, c’est de nous rendre capable d’avoir part à cet héritage. Être sauvé, c’est être adopté par Dieu. Notre nom est inscrit sur le testament de Dieu parce qu’il a fait de nous ses enfants ! 

Le salut comme adoption est bien une conception biblique. En Jésus-Christ, Dieu fait de nous ses enfants. C’est affirmé avec force, par exemple, dans le prologue de l’évangile de Jean, qui évoque la Parole, c’est-à-dire le Fils de Dieu devenu homme :

Jean 1.12-13
A tous ceux qui l'ont reçue et qui croient en elle, (la Parole) a permis de devenir enfants de Dieu. Ils ne sont pas devenus enfants de Dieu par une naissance naturelle, par une volonté humaine ; c'est Dieu qui leur a donné une nouvelle vie.

Notre part d’héritage nous est réservée : nous y avons droit parce que Dieu a fait de nous ses enfants. Nous toucherons certes notre héritage plus tard mais il nous est garanti. Le salut de Dieu nourrit une espérance, elle garantit un avenir. 


Une opération de sauvetage

« (Le Père) nous a délivrés de l'autorité des ténèbres pour nous transporter dans le royaume de son Fils bien-aimé… »

On est ici dans un tout autre univers, avec une autre métaphore, celle d’une opération de sauvetage, d’une exfiltration. On pourrait presque parler d’une libération d’otages, arrachés au pouvoir des ténèbres pour être mis en sécurité dans le Royaume de l’amour de Dieu.

Qu’est-ce donc que cette autorité (ou ce pouvoir) des ténèbres ? C’est tout ce qui, en nous ou autour de nous, est mortifère et délétère. Tout ce qui détruit, asservit, humilie… 

Être sauvé, c’est être en sécurité, à l’abri auprès de Dieu. Même si des traumatismes ou des cicatrices demeurent encore.

Il ne faut pas réduire le salut à un chemin d’épanouissement personnel, mais il faut tout de même reconnaître son pouvoir libérateur, dès aujourd’hui. La grâce de Dieu est un atout, une force, pour vaincre nos addictions, être libéré de nos asservissements, trouver un chemin de restauration et d’épanouissement. 

Je ne dis pas que tout est facile et que la vie chrétienne n’est qu’une succession de victoires. Pour prolonger la métaphore, on pourrait dire que le transfert dans le Royaume du Fils bien-aimé est en cours… il reste encore des traces, des blessures, des traumatismes du pouvoir des ténèbres qui nous tenait otage. Les cicatrices ne sont pas encore toutes fermées et elles peuvent se rappeler à nous, parfois de manière douloureuse. 

Mais nous sommes bel et bien sauvés, à bord du canot de sauvetage qui nous conduit en sécurité, vers le rivage du Royaume qui vient. 


Conclusion 

Annoncer la Bonne Nouvelle du salut, ce n’est pas simplement transmettre un message stéréotypé. Comme si on n’avait pas annoncé l’évangile tant qu’on n’a pas énoncé explicitement le message, en quatre points, en n’oubliant surtout pas là croix, le péché et la repentance. 

Être témoin du salut, de la Bonne Nouvelle de Jésus-Christ, c’est avant tout être témoin d’une réalité qui est réellement vécue par la foi. D’ailleurs un chrétien n’est pas témoin d’un message ou d’une doctrine, il est témoin d’une personne. Témoin de sa rencontre avec le Christ, et du chemin que le Christ fait avec lui.

Un chemin aux multiples aspects. Chemin de libération à vivre au rythme de nos combats. Chemin de découverte de Dieu comme Père. Chemin d’espérance vers un monde nouveau. 

Voilà de belles promesses à vivre !



dimanche 26 octobre 2025

La joie du salut

 

Le texte de l’Ancien Testament proposé dans la liste de lectures de ce dimanche se trouve au chapitre 12 du prophète Esaïe. 

Dans les premiers chapitres du livre, le message du prophète vise à réveiller un peuple d’Israël qui s’est éloigné de Dieu et pour lequel la menace du jugement est de plus en plus explicite, notamment à travers l’annonce de l’invasion imminente de l’Assyrie. 

Mais à partir du chapitre 8, la figure d’un libérateur et la perspective d’un retour, apparaissent. Ce sont les premiers textes messianiques d’Esaïe, des textes annonçant la venue d’un homme choisi par Dieu (c’est le sens du mot Messie : l’oint) pour délivrer son peuple, l’émergence d’un nouveau David. Certains de ces textes seront d’ailleurs repris dans le Nouveau Testament et appliqués à Jésus : 

  • « Car un enfant nous est né, un fils nous est donné. Dieu lui a confié l'autorité. On lui donne ces titres : Conseiller admirable, Dieu fort, Père pour toujours, Prince de la paix. » (Es 9.5)
  • « Un rameau sort du vieux tronc de Jessé, une nouvelle pousse sort de ses racines. » (Es 11.1). 

Le chapitre 12 vient clore cette section, avec un chant de louange marqué par la joie, dans le prolongement immédiat de l’annonce de la délivrance promise par le Seigneur. C’est un cantique sur la joie du salut. 

Esaïe 12
1Alors tu diras ce jour-là :
« Seigneur, je veux te louer ;
tu étais en colère contre moi, mais tu ne m'en veux plus,
tu m'as réconforté.
2Voici le Dieu qui m'a sauvé ;
je me sens en sécurité, je n'ai plus peur.
Car ma force et mon chant, c'est le Seigneur ; il est mon sauveur. »
3Avec joie vous puiserez aux sources du salut.
4Ce jour-là, vous direz :
« Louez le Seigneur, dites bien haut qui est Dieu,
annoncez aux autres peuples quels sont ses exploits,
rappelez à tous quel grand nom est le sien.
5Célébrez le Seigneur par vos chants,
car il a fait de grandes choses.
Faites-les connaître dans le monde entier ! »
6Population de Sion, manifeste ta joie,
pousse des cris d'enthousiasme,
car il est grand, celui qui est au milieu de toi,
le Dieu d'Israël qui est saint.

A qui s’adresse ce texte ? Qui est le « tu » et le « je » du verset 1 ? D’autant que plus loin, dans la deuxième partie, c’est d’un « vous » dont il est question. Mais on l’identifie plus facilement. Il s’agit du peuple d’Israël, qui sera appelé à célébrer la délivrance accordée par Dieu et la proclamer « aux autres peuples ». D’ailleurs le verset 6 parle explicitement de la population de Sion (c’est-à-dire Jérusalem).

Mais le « tu » de la première partie, s’agit-il du peuple d’Israël comme un seul homme ? Peut-être… Mais ça peut finalement être n’importe qui, pour autant qu’il ait expérimenté le salut de Dieu ! 

Quoi qu’il en soit, le fait qu’il y ait un « tu » et un « vous » me semble significatif. Il y a bien une dimension personnelle et une dimension communautaire au salut de Dieu. 


La joie du salut

Soulignons d’abord la tonalité joyeuse de ce cantique. La première partie se termine avec une promesse : « Avec joie vous puiserez aux sources du salut. » (v.3) Et la deuxième partie se termine avec une invitation solennelle à célébrer Dieu dans la joie : « Population de Sion, manifeste ta joie, pousse des cris d'enthousiasme, car il est grand, celui qui est au milieu de toi, le Dieu d'Israël qui est saint. » (v.6)

Oui, dans la Bible la joie est une des composantes du salut ! 

Précisons ici ce que nous entendons par salut. On pourrait dire qu’il s’agit, d’une manière générale, de la délivrance que Dieu accorde. Dans le contexte du prophète Esaïe, il s’agit de la façon dont Dieu fera revenir son peuple, en le délivrant de l’exil en terre étrangère. Un motif qui entre en écho avec la délivrance accordée aux Hébreux lors de leur sortie d’Egypte relatée dans le livre de l’Exode, pour les conduire dans le pays promis, en Canaan.

Dans les évangiles, le salut se manifeste notamment dans les guérisons et délivrances que Jésus accorde, avec cette phrase qui accompagne souvent ses miracles : « ta foi t’a sauvé ». Le salut désigne, plus largement, la façon dont Dieu vient à notre secours, le pardon qu’il nous accorde, la délivrance du péché et de ses conséquence, l’espérance de la vie éternelle que nous trouvons dans la mort et la résurrection de Jésus. 

Être conscient de l’intervention de Dieu dans sa vie, n’est-ce pas un sujet de joie ? Être au bénéfice de sa délivrance, de sa guérison, de son pardon, n’est-ce pas un sujet de joie ? Recevoir une espérance, une vie éternelle dans la présence de Dieu, n’est-ce pas un sujet de joie ? Bref, si on est conscient de ce que le salut de Dieu nous apporte, on est dans la joie !

Quelle est la place de la joie dans notre vie de croyant et notre vie d’Eglise ? Je ne parle pas d’une joie superficielle et forcée, une joie de façade qui ne convaincra personne… Mais une joie profonde et authentique. Celle qui est citée en deuxième position, juste après l’amour, dans la liste du fruit de l’Esprit en Galates 5.22. Est-ce que cette joie transparaît dans le quotidien de notre vie de chrétien ? Est-elle au cœur de la Bonne Nouvelle dont nous témoignons ? 


Une expérience de paix retrouvée

Dans notre cantique, il y a d’abord les versets 1-2 qui parlent d’une joie personnelle, une joie intérieure, où la joie du salut apparaît comme une expérience de réconciliation, de paix retrouvée. 

Esaïe 12.1-2
« Seigneur, je veux te louer ;
tu étais en colère contre moi,
mais tu ne m'en veux plus,
tu m'as réconforté.
Voici le Dieu qui m'a sauvé ;
je me sens en sécurité, je n'ai plus peur.
Car ma force et mon chant, c'est le Seigneur ;
il est mon sauveur. »

Le premier verset est formulé de façon un peu anthropomorphique. La colère de Dieu n’est pas celle des humains… En réalité, c’est peut-être nous qui sommes fâchés avec Dieu plutôt que lui avec nous. Mais notre texte veut surtout parler de réconciliation, du pardon que Dieu nous accorde. C’est la relation brisée qui est restaurée. C’est bien un des aspects du salut. 

Je trouve la formule du verset 2 simple et belle, pour exprimer l’expérience du salut, la conséquence de cette relation restaurée : « Voici le Dieu qui m'a sauvé ; je me sens en sécurité, je n'ai plus peur. » Il me semble qu’on a là une belle façon de dire ce que procure la foi : la paix du cœur, parce qu’on connaît Dieu, on sait qui il est et ce qu’il fait. 

  • Je n’ai plus peur du chaos du monde, d’un monde que je ne comprends pas ou que je perçois comme hostile… car j’ai confiance en un Dieu souverain qui accomplira son projet. 
  • Je n’ai plus peur de demain, de l’incertitude d’un avenir angoissant et sans espoir… car une place dans un royaume qui n’est pas de ce monde m’est réservé. 
  • Je n’ai plus peur de l’adversité et de l’épreuve… car je sais que je ne suis jamais seul pour les traverser. 
  • Je n’ai plus peur même de la mort… car j’ai une espérance éternelle : Jésus-Christ a vaincu la mort. 

Bien-sûr, ce n’est pas toujours aussi évident que cela... La peur peut bel et bien refaire surface dans le cœur du croyant. Mais c’est bien dans le salut de Dieu qu’il pourra trouver la force de la surmonter, grâce aux promesses de Dieu. 

La plupart du temps, la joie du salut se manifeste non pas dans une joie artificielle, forcée ou superficielle, mais dans la paix du cœur… Quelles que soient les circonstances de notre vie, c’est la joie paisible de connaître Dieu et ses promesses. 


Une expérience communautaire de proclamation

La deuxième partie du cantique est moins intérieure et plus expressive. Elle invite à proclamer bien haut qui est Dieu, à célébrer le Seigneur et son œuvre, à manifester ensemble notre joie. Ces versets décrivent la joie du salut comme une expérience communautaire de proclamation. 

Derrière cette idée de proclamation, il y a l’idée d’une joie communicative, qui se partage. C’est une des raisons d’être de l’Eglise de partager la joie du salut. Voilà notre point commun, qui que nous soyons, quelle que soit notre vie, quelles que soit notre personnalité, nos qualités et nos faiblesses, nos luttes et nos victoires, notre éducation, notre expérience de la foi, nos convictions théologiques, les valeurs qui nous animent… Nous partageons la joie du salut. 

Mais c’est aussi une proclamation en espérance. Au moment où Esaïe invite à la célébration du Seigneur, le temps n’était pas encore à la joie. Loin de là. Notre joie est réelle, mais elle est encore dans l’attente de son plein accomplissement. C’est pourquoi notre joie ne doit pas être excluante pour celles et ceux qui, pour différentes raisons, peinent à vivre cette joie et trouver la paix aujourd’hui. Ce que nous partageons, c’est l’espérance d’une joie pleine et entière, encore à venir. 

Comment la joie du salut est-elle proclamée parmi nous ? La joie est-elle au cœur de notre espérance ? Si notre prédication est un discours moralisateur et culpabilisant, si notre évangélisation joue avec les peurs et les menaces, si le message que nous annonçons condamne et contraint… alors où est la joie ? Où est la Bonne Nouvelle ? 

Jésus-Christ est ressuscité ! Il a vaincu la mort ! Voilà la Bonne Nouvelle que nous voulons proclamer. Source d’une joie et d’une paix profondes aujourd’hui. Espérance d’une joie parfaite encore à venir. 


Conclusion

Savez-vous qu’en grec, la langue du Nouveau Testament, la joie se dit chara et la grâce se dit charis. Les deux mots ont une racine commune. Joie et grâce sont intimement liées. La grâce, c’est le don gratuit, le cadeau qui procure la joie à celui ou celle qui le reçoit. 

Recevoir le salut de Dieu comme un cadeau, c’est vivre notre vie chrétienne dans la joie.

Une joie du salut vécue comme une expérience personnelle et intime, dans cette paix du cœur profonde que la grâce de Dieu nous apporte. Une joie du salut vécue comme une expérience communautaire à partager gratuitement, à vivre et à proclamer dans l’espérance.

dimanche 20 juillet 2025

Star Wars – Une trilogie de prédications : III. Le retour du Jedi

 

Suite et fin de notre mini-série de l’été, une trilogie de prédications autour d’une trilogie culte du cinéma : Star Wars ! 

Résumé des épisodes précédents

L’action de Star Wars se déroule « il y a bien longtemps, dans une galaxie lointaine, très lointaine », dans un empire galactique totalitaire. On y suit les aventures de héros de la résistance, et notamment de Luke Skywalker, qui est parvenu à la fin du premier film à détruire l’Etoile de la mort, arme ultime de l’Empire. 

Lors du deuxième film, Luke a poursuivi son initiation à la Force par le maître Jedi Yoda. Il s’est ensuite retrouvé en duel face à Dark Vador, au cours duquel il a appris que ce dernier était en réalité son père. Luke parvient miraculeusement à s’échapper de son duel, vivant mais mal en point. Et l’Alliance Rebelle n’a jamais semblé autant en péril… 

Le retour du Jedi

Un an après les événements de « L’Empire contre-attaque ». Une nouvelle Etoile de la mort, plus redoutable encore que la précédente, est construite, et l’Empereur lui-même s’y rend pour une inspection des travaux. En réalité, il s’agit d’un piège tendu à l’Alliance rebelle pour la détruire définitivement. 

Les rebelles vont trouver une aide inattendue auprès des Ewoks, un peuple autochtone d’apparence inoffensive. Luke, de son côté, garde l’espoir de pouvoir sauver son père du côté obscur de la Force alors il décide de se livrer à l’ennemi. Au cours d’un nouveau duel, il parvient à prendre le dessus sur lui. L’Empereur tente alors de le convaincre de devenir son disciple. Voyant son fils torturé, Dark Vador décide d’agir et utilise ses dernières forces pour précipiter l’Empereur par-dessus bord. Le père de Luke meurt de ses blessures, non sans avoir pu voir son fils de ses propres yeux, en ayant retiré son masque. 

L’Etoile de la mort n’est alors plus protégée par son champ d’énergie. L’assaut est lancé par les forces de l’Alliance rebelle qui parviennent à détruire la station spatiale et mettent en fuite la flotte impériale. Dans le dernier plan du film, l’esprit d’Anakin Skywalker, ex Dark Vador, apparaît aux côtés de ceux de Yoda et Obi-Wan. Il est revenu in extremis du côté lumineux de la Force. 

Après avoir parlé d’espoir avec le premier film, et de tentation avec le deuxième, le troisième épisode de Star Wars nous permet de parler de salut et de rédemption. C’est en effet une des thématiques centrales de ce troisième volet. Comment Dark Vador redevient Anakin Skywalker, comment il parvient à revenir du côté lumineux de la Force, grâce à Luke, son fils, qui était convaincu qu’il restait bien encore quelque chose de bon au fond de lui… et il avait raison !

Une fois n’est pas coutume, je lirai un texte biblique plutôt à la fin de ma prédication, presque en guise de conclusion. Mais ce que je dirai s’inspirera évidemment de ce que la Bible affirme… 


Tout être humain peut être sauvé

Dans la Bible, c’est l’amour de Dieu, sa grâce, qui fonde l’espoir d’un salut possible pour tous. Cette grâce, elle s’exprime dans toute sa plénitude dans la personne et l’œuvre de Jésus-Christ. Mais ça ne veut pas dire qu’elle ne s’est pas exprimée avant. 

En réalité, la grâce de Dieu commence à s’exprimer dès le tout début de l’histoire humaine, dans les premiers chapitres de la Genèse. Certes, l’homme et la femme sont chassés du jardin, à cause de leur révolte contre Dieu… Mais le Seigneur ne les abandonne pas pour autant. Il prend soin d’eux en leur confectionnant des habits de peau. 

Dieu n’abandonne pas l’humanité à son triste sort, il continue à manifester sa bonté pour elle à travers ce qu’on appelle parfois la grâce commune, qui s’exerce par sa providence. C’est ce que Jésus évoque lorsqu’il parle de Dieu qui « fait lever son soleil aussi bien sur les méchants que sur les bons, et fait pleuvoir sur ceux qui font sa volonté et ceux qui ne la font pas. » (Matthieu 5.45)

La grâce commune et la providence de Dieu créent les conditions d’un salut accessible à tous. Même pour les Dark Vador de notre monde… 

En réalité, la figure du mal ultime, dans la saga Star Wars, ce n’est pas Dark Vador, c’est l’Empereur. Dark Vador est plutôt le type de l’être humain pécheur, perverti par le mal. Il est la figure biblique du méchant, celui qui s’égare loin de Dieu. L’Empereur est, lui, la figure du diable, du prince du mal. Pour lui, il n’y a pas de rédemption possible. 

Si même Dark Vador peut être sauvé, alors tout être humain peut l’être. Il peut l’être jusqu’à son dernier souffle. C’est le fameux épisode du brigand sur la croix, à côté de Jésus et auquel le Seigneur dit : « Aujourd’hui, tu seras avec moi dans le paradis. » (Luc 23.43)

Il suffit de choisir le côté lumineux de la Force… 


Ne pas nous lasser de croire en l’autre

Celui qui rend possible la rédemption de Dark Vador, c’est Luke Skywalker. Par sa fidélité et sa loyauté au côté lumineux de la Force, bien-sûr. Mais surtout par sa conviction intime qu’il devait rester quelque chose de bon dans le cœur de Dark Vador, et par sa détermination à le faire émerger, pour le sauver.

Comme Luke qui n’a pas cessé de croire que son père pouvait revenir du côté lumineux de la force, nous ne devons pas nous lasser de croire en l’autre. Nous pouvons être convaincu que tout être humain peut être sauvé. Que la Bonne Nouvelle de Jésus-Christ est valable pour tous. 

Il y a toujours chez l’autre quelque chose de bon, quelque chose d’aimable, même si c’est caché, parfois très profondément. D’un point de vue biblique, on pourrait se référer ici à la notion d’image de Dieu en l’être humain. Une image qui est certes déformée par le péché, corrompue par le mal, mais qui demeure, malgré la révolte contre Dieu. 

Il faut parfois beaucoup de foi pour le croire… 

Le chrétien est appelé à croire en Dieu, bien-sûr, mais aussi à ne pas se lasser de croire en l’autre… Aimer Dieu et aimer son prochain, en quelque sorte.

D’ailleurs, Jésus ne nous invite-t-il pas, dans le Sermon sur la Montagne, à aimer même nos ennemis et prier pour nos persécuteurs ? Ce n’est pas par masochisme ou par naïveté, c’est parce que leur haine n’est pas ce qui les définit. Nous croyons qu’ils demeurent des créatures faites à l’image de Dieu et que la grâce de Dieu peut toujours les atteindre, les transformer, faire émerger en eux le côté lumineux qu’ils ont presque éteint. 

Ne pas nous lasser de croire en l’autre, c’est continuer de croire que Dieu poursuivra son œuvre en chacun, et que rien ne lui est impossible. 


Notre part, c’est d’aimer

C’est maintenant que j’en viens à un texte biblique, auquel en réalité j’ai déjà fait référence. Vous verrez qu’il fait écho à ce que j’ai dit jusqu’ici. 

Matthieu 5.43-48
43Vous avez entendu qu'il a été dit : “Tu aimeras ton prochain et tu haïras ton ennemi.” 44Eh bien, moi je vous dis : aimez vos ennemis et priez pour ceux qui vous persécutent. 45Ainsi vous deviendrez les enfants de votre Père qui est dans les cieux. Car il fait lever son soleil aussi bien sur les méchants que sur les bons, et il fait pleuvoir sur ceux qui font sa volonté et ceux qui ne la font pas. 46En effet, si vous aimez ceux qui vous aiment, quelle récompense méritez-vous ? Les collecteurs d'impôts n'en font-ils pas autant ! 47Et si vous ne saluez que vos proches, que faites-vous d'extraordinaire ? Même les païens en font autant ! 48Vous donc, vous serez parfaits, tout comme votre Père qui est au ciel est parfait.

L’amour pour le prochain, qui est pour Jésus un commandement aussi important que l’amour pour Dieu, est exigeant. Jésus place la barre très haute : il s’agit d’agir en enfants de Dieu, viser à être parfait comme lui-même est parfait ! 

Evidemment, c’est un idéal qu’il ne nous faut pas imaginer atteindre un jour ici-bas. Mais c’est un horizon à poursuivre. 

Concrètement, ce que Jésus veut dire c’est qu’il ne s’agit pas de choisir ceux qui méritent d’être aimés et les autres, ni de choisir de n’aimer que ceux qui nous aiment. Ce serait trop facile. Voilà pourquoi Jésus dit, explicitement, que notre prochain, c’est aussi notre ennemi et c’est aussi celui qui nous veut du mal. 

Il ne s’agit pas de dire que « tout le monde il est beau, tout le monde il est gentil » ! Il est évident qu’on n’aimera pas de la même manière un ami et un ennemi, on ne priera pas de la même manière pour un frère ou une sœur et pour un persécuteur. Et il faut aussi penser à sa sécurité. Lorsque vous êtes sous l’emprise d’une personne, subissant son harcèlement et/ou sa violence, l’aimer ne signifie pas forcément rester avec elle !  

Mais notre part, c’est d’aimer. Comme Dieu nous a aimé. Aimer Dieu de tout notre cœur. Et aimer notre prochain qui est comme nous-mêmes, créé à l’image de Dieu. Même si cette image est déformée ou dissimulée. 

La question que nous avons à nous poser n'est donc pas "qui dois-je aimer ?" mais "comment aimer mon prochain, quel qu'il soit ?".

Car comme le dit l’apôtre Paul à Timothée, lorsqu’il invite à prier pour tous les êtres humains : « Dieu veut que tous les humains soient sauvés. » (1 Timothée 2.4) C’est aussi vrai pour les Luke Skywalker que pour les Dark Vador de ce monde… 

dimanche 24 novembre 2024

Celui qui est, qui était et qui vient

 

Aujourd’hui, le mot Apocalypse est synonyme de catastrophe et de fin du monde. C’est un mot qui fait peur, ou qu’on utilise pour faire peur ! Si vous allez voir au cinéma un film apocalyptique, vous savez que vous allez voir un film catastrophe à l’échelle de la planète. Vous pouvez même aller voir un film post-apocalyptique, dont l’action se déroule après une catastrophe mondiale qui a décimé l’humanité. 

L’Apocalypse, dans la Bible, ce n’est pas ça. Certes, on trouve des catastrophes évoquées dans le livre de l’Apocalypse. Il y est bien question, parfois, de la fin du monde… mais aussi du monde nouveau qui est annoncé. Et le message de l’Apocalypse est avant tout un message d’espérance et de consolation pour les croyants qui traversent l’épreuve et rencontrent l’adversité. 

Apocalypse 1.4-8
4De la part de Jean, aux sept Églises de la province d'Asie :
Que la grâce et la paix vous soient données de la part de Dieu qui est, qui était et qui vient, de la part des sept esprits qui sont devant son trône, 5et de la part de Jésus Christ, le témoin fidèle, le Fils premier-né, le premier à avoir été ramené d'entre les morts, et le souverain des rois de la terre.
Le Christ nous aime et il nous a délivrés de nos péchés en donnant sa vie, 6il a fait de nous un royaume de prêtres pour servir Dieu, son Père. À lui soient la gloire et la puissance pour toujours ! Amen.
7Regardez, il vient parmi les nuages ! Tous le verront, même ceux qui l'ont transpercé. Les peuples de la terre entière se lamenteront à son sujet. Oui ! Amen.
8« Je suis l'alpha et l'oméga », déclare le Seigneur, celui qui est, qui était et qui vient, le Dieu souverain.

Ces versets constituent les salutations aux 7 Eglises d’Asie Mineure, auxquelles sont adressées les 7 lettres qui ouvrent le livre de l’Apocalypse. La formule « Que la grâce et la paix vous soient données de la part de Dieu… » est tout à fait traditionnelle dans les lettres du Nouveau Testament. On la retrouve chez l’apôtre Paul. Mais ici, ces salutations ont une densité particulière, notamment autour de la personne du Christ. 

Notons d’abord qu’il s’agit d’une formule trinitaire : de la part de Dieu (le Père), de la part des sept esprits (le Saint-Esprit), de la part de Jésus-Christ (le Fils). Certes ce n’est pas l’ordre habituel, du moins en théologie trinitaire classique, mais c’est une façon ici de mettre l’accent sur le Fils, cité en dernier, et auquel sont associés de nombreux titres. C’est lui qui, par la suite, sera présenté comme celui qui tient son Eglise dans sa main et comme l’auteur des sept lettres aux Eglises, dans les chapitres 2 et 3. 

C’est bien sur le Christ que se concentre cette vaste salutation. Prendre le temps de considérer ce qui nous en est dit nous permettra de rappeler ce qu’il représente pour nous, croyants, aujourd’hui. 


1. Il est...

J’aimerais d’abord m’arrêter sur une formule qui apparaît deux fois dans notre texte. Au début et à la fin. Appliquée à Dieu au verset 4, et au Seigneur au verset 8 : « Celui qui est, qui était et qui vient ». 

La formule fait référence au fameux nom du Seigneur, dérivé du verbe « être » en hébreu, un nom que l’on devait sans doute prononcer Yahvé. Je dis sans doute parce que ce nom de Dieu, considéré comme sacré, n’est pas prononcé par les Juifs qui lui substituent le mot Adonaï, qu’on peut traduire par le Seigneur. C’est ce nom que Louis Segond a traduit par l’Eternel… une traduction aujourd’hui abandonnée parce que trop réductrice. 

Ce nom a été révélé à Moïse dans l’Exode, au moment où Dieu l’a appelé, dans le fameux épisode du buisson ardent : 

Exode 3.13-14
« Bien ! dit Moïse. Je vais donc aller trouver les Israélites et leur dire : “Le Dieu de vos ancêtres m'envoie vers vous”. Mais ils me demanderont ton nom. Que leur répondrai-je ? »
Dieu déclara à Moïse : « “Je serai qui je serai.” Voici donc ce que tu diras aux Israélites : “‘Je serai’ m'a envoyé vers vous”. »

Les paroles de Dieu à Moïse sont difficiles à traduire. « Je serai qui je serai » (NFC, NBS, TOB), « Je suis qui je suis » (PdV), « Je suis celui qui suis » (Segond). Mais on peut comprendre qu’il soit difficile d’exprimer avec nos mots humains un nom qui désigne Dieu… 

 « Il est, il était et il vient » est une sorte de périphrase pour désigner ce « Je suis » de Dieu. Mais prêtons bien attention à la formulation. 

Ce n’est pas « qui était, qui est et qui vient » mais « qui est, qui était et qui vient ». La nuance n’est pas sans importance. Fondamentalement, le Seigneur est, il est « Je suis » qui s’est révélé à Moïse. Il a toujours été « Je suis » et il sera toujours « Je suis ». Aussi longtemps qu’on remonte le temps, il est « Je suis », aussi loin qu’on puisse aller dans l’avenir, il est « Je suis ». 

La formule n’est pas non plus « qui est, qui était et qui sera », mais « qui est, qui était et qui vient ». Il y a quelque chose de plus dynamique dans le choix de ce verbe, « il vient » :

  • « Il est, il était, et il sera. » Ça ne bouge pas. Il n’y a pas de surprise. Il est l’Eternel, immuable, un peu lointain… 
  • « Il est, il était, et il vient. » C’est beaucoup plus dynamique, ça éveille la curiosité, invite à se laisser surprendre. Dieu sera là demain, il sera toujours « je suis » mais comment le sera-t-il pour nous ? Surprise ! 

Voilà la bonne nouvelle ici. Quelles que soient les circonstances, quels que soient les événements, aussi troublants et chaotiques qu’ils puissent paraître, le Seigneur est « Je suis ». Un peu comme Jésus qui, dans ses dernières paroles à ses disciples, dans l’évangile de Matthieu, a dit : « Je suis avec vous tous les jours jusqu’à la fin du monde ». Ce n’est pas je serai avec vous mais je suis avec vous… 

Quelle que soit la situation dans laquelle vous vous trouvez aujourd’hui, le Christ vous dit : « Je suis avec toi ! »


2. Il a accompli le salut

Trois titres spécifiques sont attribués directement à Jésus-Christ au verset 5 : le témoin fidèle, le Fils premier-né, le souverain des rois de la terre. 

Le témoin fidèle. Ici on peut penser au prologue de l’évangile de Jean, où le Christ est désigné comme le logos, la Parole, le Verbe. Il est celui qui révèle Dieu, celui par lequel Dieu s’est fait connaître. La référence est à l’incarnation, le Fils de Dieu qui se fait homme pour révéler le Père. « Celui qui m’a vu a vu le Père » (Jean 14.9)

Le Fils premier-né. On peut entendre ce titre de manière trinitaire. Comme la théologie chrétienne l’a défini, le Fils est « éternellement engendré par le Père ». Mais ici, il y a une précision : « Le Fils premier-né, le premier à avoir été ramené d'entre les morts. » Il s’agit ici de la résurrection : il est le premier être humain" à avoir vaincu la mort. On peut même dire qu’il y a derrière ce double titre quelque chose de la double nature du Christ, pleinement Dieu et pleinement homme. Il est le Fils éternellement engendré du Père, et il est le Fils premier-né d’une humanité nouvelle, par sa résurrection. C’est assez vertigineux ! 

Le souverain des rois de la terre. Ici, c’est plus à l’événement de l’Ascension que ce titre fait référence, alors que le Fils, retournant auprès du Père, va s’asseoir sur le trône, entrant déjà dans son règne. Même si son règne attend encore d’être pleinement révélé, le jour de son retour, il est déjà, aujourd’hui, Celui qui règne. 

C’est donc l’ensemble de son œuvre qui est évoquée dans ces trois titres, de son incarnation à son ascension. Son retour sera annoncé un peu plus loin, au verset 7. Pour nous, le Christ est celui qui a accompli le projet de salut de Dieu. Il est celui par qui nous pouvons avoir une espérance éternelle. Il est celui qui a tout accompli. Pour nous. Comment ne pas éclater en louange ? 


3. Il nous aime

Vient ensuite une doxologie, c’est-à-dire une formule liturgique qui rend gloire à Dieu. Elle met ici en valeur l’amour du Christ, dans une formule toute simple est pourtant si lourde de sens : « il nous aime ». Le verbe est au présent. Et ça change tout. 

Les deux verbes suivants sont au passé : « il nous a délivrés de nos péchés en donnant sa vie, il a fait de nous un royaume de prêtres pour servir Dieu, son Père. » Ces deux formules désignent l’œuvre de salut accomplie par Jésus-Christ. Sa mort à la croix nous a délivré de nos péchés, c’est le salut qu’il nous a acquis, au prix de sa vie. Et cette œuvre de salut fait de nous, nous toutes et tous, un « royaume de prêtres » pour servir Dieu. Nous avons, toutes et tous, un libre accès à Dieu, grâce à Jésus-Christ. Cette proximité n’est pas réservée à quelques-uns, une élite, elle est offerte à toutes et tous, par la foi. 

En cela, le Christ nous a aimé, jusqu’à donner sa vie pour nous. Mais son amour ne s’est pas arrêté à la croix. Il nous aime. Aujourd’hui. 

Aujourd’hui le Christ nous dit : « Je t’aime ! » 

Parce qu’il nous aime, il est présent à nos côtés. Parce qu’il nous aime, il se soucie de nous. Parce qu’il nous aime, il nous connaît parfaitement. Parce qu’il nous aime, il nous comprend. 

Cet amour du Christ, nous pouvons l’expérimenter, le ressentir, par son Esprit qui vit en nous. Si nous développons une intimité avec lui, par la foi, dans la prière, la méditation de Sa Parole… 


Conclusion

Quelles que soient les circonstances, quels que soient les événements, aussi troublants et chaotiques qu’ils puissent paraître, le Seigneur est « Je suis ». 

Le Christ est celui qui a accompli le projet de salut de Dieu. Il est celui qui a tout accompli. Pour nous.

L’amour du Christ ne s’est pas arrêté à la croix. Il nous aime. Aujourd’hui.

Si on rappelle en conclusion ces leçons tirées de notre texte, n’y trouve-t-on pas une source d’espérance, de paix, de confiance ? Avons-nous même, finalement, besoin de savoir autre chose que cela ? 

Quelles que soient les circonstances de notre vie, le Christ est là, il a tout accompli pour nous et il nous aime ! 

« À lui soient la gloire et la puissance pour toujours ! Amen. »



dimanche 11 septembre 2022

Parlons du péché !

 

> Ecouter la prédication 

Ce matin, je vais vous parler du péché ! Je me doute bien que vous n’allez pas sauter de joie : « Génial, on va parler du péché ! » 

Vous connaissez peut-être la blague… Une femme qui n’a pas pu assister au culte demande à son mari : « de quoi le pasteur a-t-il parlé ce matin ? ». « Du péché », dit ce dernier. « Et qu’est-ce qu’il a dit ? ». Le mari répond : « Euh, je crois qu’il était contre ! » 

Cette histoire traduit peut-être notre embarras à parler du péché. C’est bien une notion biblique… mais on a souvent du mal à en parler. On peine à trouver des mots compréhensibles aujourd’hui, ou alors on tombe tout de suite dans un discours moralisateur ou culpabilisant… et c’est la catastrophe ! 

Mais peut-être est-ce parce qu’on aborde la question de la mauvaise façon… 

Ça m’est arrivé assez souvent dans un entretien pastoral qu’on me pose cette question, à propos de tel ou tel comportement : « Est-ce que c’est un péché ou pas ? » Comme s’il suffisait, pour régler la question du péché, de classer tous les comportements soit dans la colonne « c’est un péché » soit dans la colonne « ce n’est pas un péché ». Du coup, c’est facile : si c’est un péché, il ne faut pas le faire, et si ce n’est pas un péché, on peut le faire… 

Le problème, c’est qu’une telle vision binaire de la vie chrétienne, en noir et blanc, sans nuance, ne tient pas du tout compte de la complexité de la vie et de l’âme humaine. Et en plus, cela entretient une foi immature. 

Et puis il me semble qu’on a trop tendance à parler des péchés et pas assez du péché. Ne parler que des péchés, c’est tomber dans le travers des listes. Evoquer le péché, c’est s’interroger sur la nature profonde du péché, sur l’enjeu spirituel qu’il représente. 

Pour l’évoquer, je vous propose de lire un texte dans le livre de l’Exode, le texte de l’Ancien Testament prévu pour ce dimanche. Nous sommes peu de temps après la sortie d’Egypte pour les Hébreux, que Dieu avait délivré de l’esclavage, sous la conduite de Moïse. Dans le désert, Dieu avait alors demandé à Moïse de monter sur le mont Sinaï pour le rencontrer et qu’il puisse lui donner toutes les instructions pour le culte et la construction du tabernacle, ce temple portatif qui allait les accompagner et être signe de la présence de Dieu au milieu d’eux. Mais ça prend un peu de temps… et Moïse va rester 40 jours sur la montagne, ce que certains vont trouver un peu long !

Exode 32.1-14

1 Lorsque les Israélites virent que Moïse tardait à redescendre de la montagne, ils se réunirent auprès d'Aaron et lui dirent : « Allons, fabrique-nous un dieu qui marche devant nous, car nous ne savons pas ce qui est arrivé à ce Moïse, l'homme qui nous a fait sortir d'Égypte. » 2 Aaron leur répondit : « Arrachez les boucles d'or qui ornent les oreilles de vos femmes, de vos fils et de vos filles, et apportez-les-moi. » 3 Tous les Israélites arrachèrent leurs boucles d'oreilles en or et les remirent à Aaron. 4 Celui-ci les prit, les fit fondre, versa l'or dans un moule et fabriqua une statue de veau. Alors les Israélites s'écrièrent : « Voici ton Dieu, Israël, celui qui t'a fait sortir d'Égypte ! » 5 Voyant cela, Aaron construisit un autel devant la statue ; puis il proclama : « Demain, il y aura une fête en l'honneur du Seigneur ! » 6 Tôt le lendemain matin, le peuple offrit sur l'autel des sacrifices complets et des sacrifices de paix. Les gens s'assirent pour manger et pour boire, puis se levèrent pour se divertir. 7 Alors le Seigneur dit à Moïse : « Redescends tout de suite, car ton peuple, que tu as fait sortir d'Égypte, s’est corrompu. 8 Ils se sont bien vite détournés du chemin que je leur avais indiqué : ils se sont fabriqué un veau en métal fondu, ils se sont prosternés devant lui et lui ont offert des sacrifices. Ils ont même dit : “Voici ton Dieu, Israël, celui qui t'a fait sortir d'Égypte !” 9 Eh bien, j'ai vu ce que vaut ce peuple ; ce sont tous des rebelles. 10 Alors laisse-moi intervenir : dans ma colère je les exterminerai, puis je ferai naître de toi un grand peuple. » 11 Mais Moïse supplia le Seigneur son Dieu de s'apaiser, en disant : « Seigneur, pourquoi déchaîner ta colère contre ton peuple, après avoir déployé ta force, ta puissance irrésistible pour le faire sortir d'Égypte ? 12 Si tu agis ainsi, les Égyptiens diront : “C'est par méchanceté que le Seigneur a fait sortir les Israélites de notre pays ; c'était pour les massacrer dans la région des montagnes et les faire disparaître de la terre.” Apaise ta colère, renonce à faire du mal à ton peuple. 13 Souviens-toi d'Abraham, d'Isaac et de Jacob, tes serviteurs à qui tu as fait ce serment solennel : “Je rendrai vos descendants aussi nombreux que les étoiles. Je leur donnerai le pays que j'ai promis et ils le posséderont pour toujours.” » 14 Alors le Seigneur renonça à faire à son peuple le mal dont il l'avait menacé.


Si le mot « péché » n’est pas utilisé dans ce texte, il le sera un peu plus loin dans le chapitre, au verset 31 : « Moïse retourna vers le Seigneur et lui dit : « Ah, Seigneur ! Ce peuple a commis un grave péché, ils se sont fait un dieu en or. » C’est un écho à ce que Dieu dit dans notre texte à Moïse : « Redescends tout de suite, car ton peuple, que tu as fait sortir d'Égypte, s’est corrompu… » (v.7)

La façon dont Dieu parle des Hébreux a de quoi surprendre : il dit « ton peuple » en parlant à Moïse, comme s’il ne le connaissait pas, ou comme s’il prenait ses distances. D’ailleurs, immédiatement après, il demande à Moïse de le laisser intervenir pour les exterminer et repartir à zéro. Dieu voulait-il vraiment faire cela ? Et même s’il le voulait, avait-il besoin de l’autorisation de Moïse pour le faire ? En fait c’est comme si le Seigneur, tout en exprimant sa colère face à l’attitude du peuple, met Moïse en position d’intercesseur pour qu’il défende son peuple et que Dieu apaise sa colère. Et c’est ce qui se passe par la suite.

Il me semble qu’on peut voir dans cet étonnant récit une illustration de ce qu’est fondamentalement le péché. On pourrait dire que le péché, c’est le fait de remplacer Dieu par une idole Et cela provoque sa colère, une colère pourtant que Dieu ne demande qu’à apaiser. 


Remplacer Dieu par une idole

Une idole, c’est un Dieu qu’on se fabrique. Dans notre récit, c’est ce qui se passe littéralement. Le peuple se fabrique un veau en métal fondu et dit : “Voici ton Dieu, Israël, celui qui t'a fait sortir d'Égypte !” 

Evidemment, ils ne pensent pas une seconde qu’ils ont été délivrés d’Egypte par un veau, ou même que le Seigneur a l’apparence d’un bovidé. Simplement, en façonnant la statue, ils se fabriquent un dieu à leur mesure, qu’ils peuvent contrôler. 

Voilà la nature même du péché : s’affranchir de Dieu. Que ce soit en niant son existence, en se révoltant contre lui, en enfreignant sa volonté ou en le façonnant à notre mesure, selon nos souhaits. 

Le péché n’est pas d’abord une question morale mais une question spirituelle. Il concerne notre relation à Dieu. Bien sûr, cela a des conséquences dans nos choix de vie et nos comportements. Mais c’est d’abord une question spirituelle. 

Or, on a trop tendance à faire la morale quand on parle de péché. Or, si on en parle seulement en termes moraux, en termes de bien et de mal, on passe à côté de sa nature profonde. L’attitude attendue par Dieu face au péché c’est la repentance. Mais la repentance est moins portée par le regret ou le remord que par un changement profond et spirituel, celui d’un retour à Dieu. 

C’est pourquoi la véritable question que nous pose le péché n’est pas « qu’est-ce que j’ai fait de mal dans ma vie ? » mais plutôt « qu’est-ce que j’ai fait de Dieu dans ma vie ? »


Le péché et la colère de Dieu

Penchons-nous maintenant sur la réaction de Dieu au péché du peuple. Il se met en colère. 

Ça peut nous surprendre mais la Bible parle à plusieurs reprises de la colère de Dieu. Elle est une expression de sa sainteté et de sa justice, c’est sa réaction naturelle et légitime face au péché. 

Attention : il ne s’agit pas ici d’une de ces colères qu’on peut éprouver quand on est fatigué, agacé, quand on perd patience ou quand on veut manipuler les autres. C’est plutôt une colère similaire à celle qu’on peut ressentir face à l’injustice, la violence ou la haine. 

Ce qui est problématique dans la colère, c’est quand elle est une forme de violence à l’égard des autres, quand elle humilie ou agresse. Mais face à l’injustice ou la haine, on pourrait dire que c’est ne pas se mettre en colère qui est un péché ! Car c’est être devenu insensible et indifférent à ce qui est intolérable. 

Le péché produit la colère de Dieu parce qu’il est une injustice profonde envers le Créateur. Dieu se met en colère parce qu’il souffre de voir ses créatures se détourner de lui. Dieu n’est pas colérique… mais il est sensible. Le Dieu dont nous parle la Bible n’est pas du tout un être distant et froid, qui regarde de haut les humains comme des fourmis. Il est un Créateur qui aime profondément ses créatures et qui est affecté par ce qu’ils font de leur vie. Il se réjouit quand il les voit vivre conformément à leur nature profonde, créé en image de Dieu. Il est triste et en colère quand il les voit renier ce qu’ils sont profondément, lorsqu’ils se fourvoient dans la haine, l’injustice, l’arrogance… 


Apaiser sa colère 

Ce n’est pas par plaisir que Dieu se met en colère. En réalité, il ne demande pas mieux que d’être apaisé dans sa colère. D’ailleurs, il fait en sorte que ça se passe ainsi dans notre récit. En demandant la permission à Moïse d’exterminer son peuple – ce qu’il n’avait nullement besoin de faire ! – Dieu lui fait en quelque sorte un appel du pied. Il veut le placer en position d’intercesseur, pour qu’il plaide en faveur de son peuple et que Dieu apaise sa colère.

C’est une façon de dire à la fois que la colère de Dieu est juste mais qu’il veut aller au-delà de sa colère. C’est une illustration de cette formule biblique qu’on retrouve à plusieurs reprises dans l’Ancien Testament à propos de Dieu : il est « lent à la colère et riche en bonté ». 

Moïse n’est pas le seul à se retrouver en position d’intermédiaire ou d’intercesseur. Abraham l’avait fait en faveur de son neveu Loth et sa famille, Néhémie le fera pour Juda au moment de l’exil à Babylone. Cette figure de l’intermédiaire qui apaise la colère de Dieu pointe vers celui qui accomplira cette fonction de façon ultime et parfaite : Jésus-Christ. 

La colère de Dieu est justifiée mais sa grâce l’emporte. Parce que le péché a corrompu l’humanité, il a fallu qu’un intermédiaire paie le prix de la colère de Dieu. Mais dans sa grâce, Dieu prend sur lui le prix de sa colère. Il est venu lui-même, en la personne du Fils devenu homme, pour donner sa vie pour nous. 

Et ainsi sa colère est parfaitement apaisée, réconciliant sa justice et son amour… 


Conclusion

Le péché est bien une notion biblique importante mais elle est assez complexe. On ne peut pas le réduire à une liste d’interdits…

La solution au péché n’est pas morale, elle est spirituelle. Même si Jésus est le modèle parfait, ce n’est pas pour cela qu’il est venu en premier lieu. Le salut qu’il offre n’est pas celui d’un exemple que nous devrions nous efforcer de suivre pour nous améliorer moralement. Le salut qu’il offre vient de sa mort et de sa résurrection : il a subi le prix de la colère de Dieu et il a vaincu la mort. Or la mort est la conséquence ultime du péché qui nous coupe de Dieu, la source de toute vie. 

Pour le dire simplement : arrêtons de faire la morale quand on parle du péché ! Parlons plutôt de la tristesse de Dieu de nous voir nous éloigner de lui, de notre besoin de connaître notre Créateur, et de celui qui est venu pour nous réconcilier avec Dieu : Jésus-Christ, le Fils de Dieu devenu homme. 

Voilà la réponse de Dieu au péché, et la source de notre espérance !


dimanche 3 juillet 2022

Elargir notre vision de Dieu

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Vous connaissez ? C’est la fresque de la chapelle Sixtine qui représente la création d’Adam et qui fixe pour ainsi dire dans l’imaginaire collectif la représentation traditionnelle de Dieu : un vieillard à la barbe blanche… et blanc de peau ! 

Et même si on sait bien que Dieu n’est pas comme ça, c’est un stéréotype tenace qui dure depuis le Moyen-Âge, dont la peinture de Michel-Ange est déjà un écho. 

En réalité, on a tous des stéréotypes dans nos représentations de Dieu. Et j’aurais tendance à dire que c’est le cas même si on est croyant. Je ne parle pas ici des représentations visuelles, on sait que Dieu est esprit et que chercher à le représenter de façon réaliste, le peindre ou le dessiner, est un contre-sens. Mais nous avons tous nos représentations mentales, philosophiques, théologiques, de Dieu. Et elles peuvent être un piège si nous les considérons comme des absolus.  

Heureusement, il y a plusieurs textes bibliques qui viennent faire voler en éclat nos stéréotypes sur Dieu. C’est le cas, par exemple, du texte de l’Ancien Testament de ce dimanche. 

Esaïe 66.10-14a

10 Vous qui aimez Jérusalem, réjouissez-vous avec elle, enthousiasmez-vous pour elle. Vous tous qui aviez pris le deuil à cause de son malheur, partagez maintenant avec elle une joie débordante. 11 Ainsi vous vous rassasierez des consolations qu'elle vous donne, comme des nourrissons allaités par leur mère, qui tètent avec délices son sein généreux.

12 Voici en effet ce que déclare le Seigneur : « Je vais diriger vers Jérusalem un fleuve de bienfaits, et la richesse du monde comme un torrent qui déborde. Et je prendrai soin de vous comme une mère le fait pour l'enfant qu'elle allaite ; je vous porterai sur la hanche et je vous cajolerai sur mes genoux. 13 Oui, comme une mère qui console son enfant, moi aussi, je vous consolerai, et c'est à Jérusalem que vous serez consolés ! 14 Oui, vous connaîtrez ce moment-là, votre cœur sera dans la joie, et vos vieux os reprendront vie comme l'herbe au printemps. »

Nous sommes dans le dernier chapitre du livre du prophète Esaïe, dont la dernière section veut être avant tout un message de consolation et d’espérance pour un peuple en exil à Babylone. C’est la tonalité générale, même si on y trouve aussi des avertissements et des paroles de jugement, comme ce sera le cas dans les versets qui suivent immédiatement ceux que nous avons lu. Dieu y est décrit comme un juge terrifiant. Mais ici, c’est une image inattendue de Dieu qui est décrite, avec une figure tendre et paisible, celle d’une mère qui allaite son enfant et qui le console. 

L’image est déclinée sous des angles différents :

  • Le verset 11 souligne la félicité du nourrisson rassasié par l’abondance du sein de sa mère. Vous avez déjà vu sans doute l’impression de plénitude d’un nourrisson qui vient d’être nourri par sa mère… 
  • Le verset 12 souligne les soins attentionnés et tendre d’une mère envers son enfant, le portant sur sa hanche et le cajolant sur ses genoux. 
  • Le verset 13 ne développe plus l’image de l’allaitement d’un nourrisson mais plutôt celle, plus large, de la consolation qu’une mère peut apporter à son enfant. 


Dieu… notre mère

Dans tous les cas, Dieu est décrit dans ces versets comme une figure féminine. Et ça peut nous surprendre parce que la plupart du temps, y compris dans la Bible, on parle de Dieu au masculin. Même sans tomber dans la caricature du vieillard à la barbe blanche, c’est en général une figure masculine qui s’impose : celle du Seigneur ou du Père. Dans le Nouveau Testament, on parle du Fils de Dieu qui est devenu un être humain… et en l’occurrence c’était bien un homme. Impossible de le nier. 

Mais il y a quelques textes bibliques, et celui que nous avons lu est un des plus forts, qui viennent brouiller les cartes, en associant explicitement à Dieu une figure féminine. Ils sont importants parce qu’ils nous rappellent que s’adresser à Dieu en lui disant « notre Père » ne signifie pas que Dieu soit de genre masculin. En réalité, Dieu n’a pas de genre, il n’a pas d’identité sexuelle. 

Ça ne veut pas dire pour autant que nous devions cesser d’appeler Dieu notre Père. Il faut juste être conscient que les noms que nous donnons à Dieu, en réalité tous les mots que nous utilisons pour parler de Dieu, sont limités et imprécis. Ils sont de l’ordre de l’analogie, une façon de projeter sur Dieu des réalités que nous connaissons. C’est pour cela qu’il n’y a pas une seule façon de désigner Dieu dans la Bible. Et même en les prenant toutes en considérations, on n’arrive pas à avoir une compréhension exhaustive de Dieu. C’est tout simplement impossible : comment une créature, par nature limitée, pourrait-elle comprendre pleinement Dieu, par nature infini, éternel, sans limite ? 

Soyons toujours prêts à nous laisser surprendre par Dieu, à élargir notre vision et notre compréhension de Dieu, pour ne pas le réduire aux limites de notre vocabulaire ou de notre théologie, aussi biblique soit-elle. 

Continuons d’appeler Dieu « notre Père », comme Jésus a invité ses disciples à le faire, mais souvenons-nous qu’il a aussi les attributs d’une mère, parce qu’il n’est ni masculin ni féminin. Elargir notre regard sur Dieu, c’est aussi ne pas oublier que Dieu est, d’une certaine façon, notre mère. Et si ça pouvait nous permettre d’éviter les dérives patriarcales, ce serait une bonne chose… 


Le salut comme plénitude et consolation

Cette image féminine de Dieu nous invite aussi, du coup, à élargir notre regard sur le salut que Dieu accorde. Parce que là aussi, nous pouvons avoir tendance à n’en garder qu’une vision réduite voire étriquée. 

On a parfois tendance à voir le salut offert par Dieu uniquement sous un angle juridique. On parle du pardon des péchés, de la justification, du fait d’être gracié par Dieu et d’échapper ainsi au jugement. 

Je ne dis pas que ce ne sont pas des notions bibliques. Il y a bien une dimension juridique dans le salut dont la Bible parle… mais ce n’est pas la seule. C’est une des facettes seulement. Et ne considérer le salut que sous cet angle, c’est risquer d’en avoir une vision partielle et, pour tout dire, assez froide. 

Convoquer une figure maternelle pour évoquer Dieu nous aide à envisager le salut d’une façon complémentaire, comme une plénitude et une consolation. Similaire à la plénitude du nourrisson rassasié du lait maternel, à la consolation de l’enfant cajolé sur les genoux de sa mère. 

Ces notions de plénitude et de consolation associées au salut, on les retrouve dans le Nouveau Testament, notamment quand il est question du Saint-Esprit. On pense aux fleuves d’eau vive qui couleront du sein du croyant, promis par Jésus dans l’Evangile de Jean :

Jean 7.37b-39a : « Si quelqu'un a soif, qu'il vienne à moi et qu'il boive, 38 celui qui croit en moi. Comme dit l'Écriture, “des fleuves d'eau vive jailliront de son cœur”. » 39 Jésus disait cela à propos de l'Esprit de Dieu que ceux qui croyaient en lui allaient recevoir

On pense alors aussi aux exhortations des épîtres de Paul à être remplis du Saint-Esprit. 

Quant à la consolation, c’est bien un des rôles du Saint-Esprit. « Consolateur » est d’ailleurs une des traductions possibles du terme grec paraklêtos utilisé par Jésus pour annoncer sa venue dans l’Evangile de Jean. Cet Esprit saint vient au secours de notre faiblesse (Romains 8.26). Et la promesse associée à la Nouvelle Création à la fin de l’Apocalypse, qui décrit l’état final de la Création, au bénéfice du salut de Dieu annonce bien une consolation : 

Apocalypse 21.4 : "Il essuiera toute larme de leurs yeux. Il n'y aura plus de mort, il n'y aura plus ni deuil, ni lamentations, ni douleur. En effet, les choses anciennes ont disparu."

Le salut de Dieu comme une plénitude et une consolation est bien une façon biblique d’en parler. Et je trouve que l’extraordinaire façon dont Esaïe l’évoque donne un relief particulier à ces promesses. Dieu veut nous donner plénitude et consolation, comme celles d’un enfant sur les genoux de sa mère.  

J’aime la simplicité et l’intimité de cette image, qui nous invite à trouver la plénitude dans la simplicité de notre quotidien. Comprendre le salut comme une plénitude, c’est envisager la vie chrétienne comme l’occasion d’être rempli de ce que Dieu nous donne, rempli du Saint-Esprit, rempli de sa présence. Alors, certes, cette plénitude est en devenir pour nous, même si nous pouvons, parfois, faire l’expérience d’une plénitude particulière de la présence de Dieu en nous, dans certaines circonstances. Mais elle est bien là, parce que le Saint Esprit habite en nous. 

Le salut de Dieu nous offre une vie pleine de sens, il remplit notre vie d’une présence, celle de Dieu qui vient faire sa demeure en nous, il ouvre notre avenir sur une espérance qui n’a pas de fin !

Et qu’en est-il de la consolation ? De quoi avons-nous besoin d’être consolés ? 

De tout ce qui nous met devant notre finitude, nos failles et nos limites. La souffrance, l’injustice, la maladie, le handicap, la mort… Nos épreuves, nos frustrations, nos déceptions, nos échecs, nos fautes… 

Face à tout cela, la consolation du salut de Dieu est double : une présence bienveillante pour aujourd’hui et une espérance éternelle pour demain. Elle se trouve incarnée dans la personne de Jésus-Christ, le Fils de Dieu devenu homme. Il s’est rendu proche de nous, si proche qu’il est devenu l’un des nôtres. Et il a vaincu la mort, il est ressuscité et vivant aujourd’hui, prémices de notre propre résurrection. Il ne peut y avoir de plus grande source de consolation !


Conclusion

J’aime ces textes bibliques qui nous prennent un peu à contre-pied, nous surprennent voire nous dérangent un peu… et qui, en tout cas, nous invitent à élargir notre regard. C’est peut-être un des signes de la maturité chrétienne : savoir élargir son regard de foi. En tout cas, être crispé sur ses certitudes absolues et s’y enfermer n’est jamais une preuve de maturité spirituelle. 

Nous prions Dieu notre Père ? Nous avons raison. Mais il est aussi, d’une certaine façon, notre mère. Il n’est ni masculin, ni féminin. Ou les deux à la fois… Et plus encore. 

Nous comprenons notre salut comme le pardon de nos péchés, la justification par la foi ? Nous avons raison. Mais il est plus que cela. C’est aussi, notamment, une plénitude et une consolation offertes par Dieu. Et bien plus encore. 

Que Dieu nous fasse la grâce de nous laisser surprendre encore par lui. Pour que nous ne cessions de nous émerveiller de sa grandeur et de la richesse de son salut !

 

dimanche 23 mai 2021

Jésus, Noé et nous...

 

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Nous poursuivons notre lecture continue de la première épître de Pierre. Je lirai d’abord les versets 8-17 du chapitre 3, sans vraiment les commenter. Les exhortations qu’on y trouve sont dans la lignée du début de l’épître. Pierre y évoque la condition des croyants, au milieu d’une société qui leur est parfois hostile. Être fidèle au Christ dans un tel contexte n’est pas facile, et peut conduire à des souffrances. 

1 Pierre 3.8-17

8 Enfin, ayez tous les mêmes dispositions d'esprit et les mêmes sentiments ; aimez-vous comme des frères et des sœurs, avec affection, soyez bienveillants et humbles les uns à l'égard des autres. 9 Ne rendez pas le mal pour le mal, ni l'insulte pour l'insulte. Au contraire, réagissez en bénissant, car c'est une bénédiction que Dieu a promis de vous accorder en héritage quand il vous a appelés. 10 En effet, voici ce qui est écrit :

« Celui qui veut aimer la vie et connaître des jours heureux,

qu'il se garde de médire, qu'il se garde de prononcer des paroles de ruse.

11 Qu'il se détourne du mal, qu'il pratique le bien

et qu'il recherche la paix avec persévérance.

12 Car le Seigneur a les yeux fixés sur les personnes qui sont justes,

prêt à écouter leurs prières ;

mais le Seigneur s'oppose à celles qui font le mal. »

13 Qui vous fera du mal si vous êtes pleins de zèle pour le bien ? 14 Même si vous aviez à souffrir parce que vous faites ce qui est juste, vous êtes heureux ! N'ayez aucune crainte des autres et ne vous laissez pas troubler. 15 Mais reconnaissez et honorez dans vos cœurs le Christ comme Seigneur. Tenez-vous toujours prêts à vous défendre face à tous ceux qui vous demandent de rendre compte de l'espérance qui est en vous. 16 Mais faites-le avec douceur et respect ! Ayez une conscience pure, afin que ceux qui insultent votre bonne conduite de chrétiens aient à rougir de leurs calomnies. 17 Car il vaut mieux souffrir en faisant le bien, si telle est la volonté de Dieu, plutôt qu'en faisant le mal.

Cette dernière affirmation est importante. Il ne faut pas rechercher l’opposition ni se réjouir des souffrances, il faut juste être conscient qu’elles peuvent se manifester lorsqu’on cherche à être fidèle à sa foi et avoir une vie cohérente avec ce que l’on croit. Mais ça ne doit pas nous décourager de faire le bien !

Mais lisons la suite, avec les derniers versets du chapitre, où Pierre va prendre de la hauteur théologique.

1 Pierre 3.18-22

18 En effet, le Christ lui-même a souffert à cause des péchés des humains, une fois pour toutes, lui l'innocent, pour des coupables, afin de vous amener à Dieu. Il a été mis à mort dans son corps humain, mais il a été rendu à la vie par l'Esprit saint. 19 Par la puissance de cet Esprit, il est même allé proclamer la bonne nouvelle aux esprits emprisonnés ; 20 ce sont ceux qui, autrefois, ont résisté à Dieu, quand celui-ci attendait avec patience, à l'époque où Noé construisait l'arche. Un petit nombre de personnes, huit en tout, sont entrées dans l'arche et ont été sauvées à travers l'eau. 21 Ces événements étaient l'image du baptême : celui-ci ne consiste pas à laver la saleté corporelle, mais à demander à Dieu une bonne conscience. Et c'est ainsi que vous êtes sauvés maintenant, vous aussi grâce à la résurrection de Jésus Christ ; 22 celui-ci est allé au ciel et il se tient à la droite de Dieu, où les anges et les autres autorités et puissances célestes lui sont soumis.


Pierre, dans ce passage, parle d’abord du Christ. Il évoque sa souffrance injuste, sa mort, lui l’innocent, pour des coupables. Il parle de sa résurrection et de sa proclamation de la bonne nouvelle “aux esprits emprisonnés”. Nous reparlerons de ce verset qui a donné lieu à de nombreux débats entre les exégètes et les théologiens… Et enfin il parle de son ascension. Désormais assis à la droite de Dieu, il règne sur toute autorité et toute puissance. Il s’agit donc pour Pierre, dans ce paragraphe, d’évoquer l’oeuvre de salut accomplie par le Christ, dans toute son ampleur. 

Mais il parle aussi de Noé et du Déluge. De ce qui s’est passé alors, avec les contemporains du patriarche qui ont résisté à Dieu alors que Noé construisait l’arche, et Noé qui a été sauvé avec quelques-uns, les membres de sa famille, grâce à l’arche qu’il avait construite. 

Enfin il parle aussi de nous, croyants, de notre lien au Christ. Les coupables pour lesquels il est mort, c’est nous ! Il parle aussi de notre baptême, qui exprime notre salut, grâce à la résurrection du Christ. 

Et puis il entremêle ces trois fils. C’est ce qui fait la complexité de ce texte. 

  • Les souffrances injustes du Christ renvoient à celle de Noé, seul juste au milieu d’une humanité rebelle, et aux nôtres, lorsque nous souffrons à cause de notre foi, dans un contexte hostile.
  • La puissance de la résurrection du Christ est la bonne nouvelle à proclamer, c’est vrai pour nous, à travers notre baptême, mais c’est vrai même pour ceux qui, au temps de Noé, résistaient à Dieu. 

Nos souffrances, nos épreuves, nos difficultés de disciples du Christ aujourd’hui mais aussi notre foi et notre espérance s’inscrivent donc dans ce grand mouvement de salut, pleinement accompli par le Christ, mais déjà annoncé avec Noé. Nous sommes en bonne compagnie ! 


Jésus-Christ

C’est lui qui est au centre de ce passage de l’épître de Pierre : au cœur de notre foi, il y a la personne et l’oeuvre de Jésus-Christ ! On pourrait dire qu’il est le centre de gravité de l’histoire du salut. Tout tourne autour de lui. 

Ses souffrances font échos à nos souffrances et la puissance de sa résurrection est notre espérance. C’est une bonne nouvelle à proclamer à tous. Même aux “esprits en prison” mentionnés au verset 19 ! Retenons simplement ici, de ce texte difficile, que cette bonne nouvelle est non seulement pour nous qui croyons aujourd’hui, pour ceux qui sont venus après Jésus… mais aussi pour ceux qui l’ont précédé, par exemple au temps de Noé. Il faut que cette bonne nouvelle soit proclamée à tous. 

C’est bien d’ailleurs ce qui se manifeste avec éclat le jour de Pentecôte où l’Esprit saisit les disciples réunis pour qu’ils proclament dans toutes les langues les merveilles de Dieu. Cette bonne nouvelle atteint les quatre coins de la terre, et résonne à travers les siècles. 

Jésus-Christ est le centre de gravité de l’histoire du salut. Tout tourne autour de sa personne et de son oeuvre. Partout et en tout temps. Aujourd’hui, hier et pour l’éternité. 


Noé

Associé au personnage de Noé, il y a le motif du Déluge, qui évoque le jugement de Dieu face à la révolte des humains. 

Le récit biblique en dit finalement assez peu sur le personnage de Noé. Mais il apparaît comme une figure du juste fidèle, quitte à se retrouver seul contre tous. La majorité n’a pas forcément raison… et parfois il faut être prêt à nager à contre-courant. C’est le cas de le dire pour Noé… 

Noé a été fidèle à Dieu jusqu’au bout. Même seul face à tous les autres qui se moquaient de lui et ne prenaient pas au sérieux les avertissements divins. C’est en effet en particulier sur l’époque où Noé construisait l’arche que Pierre s’arrête (v.20). Avant le Déluge. Alors que le fait de construire un tel navire, à sec, pouvait sembler une folie… 

Noé est aussi une figure de l’humanité sauvée. Il a été épargné, lui et sa famille. Grâce à lui, l’humanité n’a pas été anéantie. Noé devient ainsi porteur d’une promesse, que Pierre rattache au baptême pour les croyants. C’est la promesse du salut. 


Et nous...

Jésus-Christ, Noé… et nous ! Nous sommes sauvés par le Christ et, d’une certaine façon, nous sommes embarqués avec Noé. 

Sauvés par le Christ

Même si Pierre mentionne ici le baptême, ce n’est pas lui qui sauve… c’est la résurrection du Christ, c’est-à-dire son œuvre accomplie. Le baptême est un témoignage, un engagement, en réponse à l'œuvre accomplie par le Christ, et en réponse à son œuvre en nous. 

Jésus-Christ doit être le centre de gravité de notre vie. Tout doit tourner autour de lui. Ça ne doit pas faire de nous des “grenouilles de bénitier” ou des super-spirituels qui n’ont que des versets bibliques à la bouche. 

En physique, le centre de gravité, c’est le point de concentration des différentes forces qui permet à un corps de se tenir en équilibre. Avoir Jésus-Christ comme centre de gravité de notre vie, c’est trouver en lui l’équilibre, la stabilité, la plénitude, tous rendus possibles par sa grâce qui pardonne et son Esprit qui vivifie. 

Si Jésus-Christ est le centre de gravité de notre vie, alors tous les aspects de notre vie pointeront vers lui, d’une manière ou d’une autre, parfois de manière évidente, parfois de manière discrète mais réelle.

Embarqués avec Noé 

Nous sommes aussi, d’une certaine façon, embarqués avec Noé. Il nous emmène avec lui dans son arche, si nous le suivons dans son exemple de fidélité. En fait, nous ne sommes pas embarqués seulement avec Noé mais avec tous les autres croyants, par le baptême que nous partageons, par l’engagement de foi personnel qu’il représente. 

Le croyant n’est pas seul dans sa lutte, il ne marche pas, ou il ne navigue pas, seul. Il y a, évidemment, le Christ qui l’accompagne par son Esprit. Mais il y a aussi les autres croyants. Tous ceux qui nous ont précédé et nous montrent l’exemple. Tous ceux qui nous accompagnent sur la route, aujourd’hui. C’est pourquoi, même peu nombreuse ou fragile, l’Eglise, la communauté, est essentielle à notre marche chrétienne. 

C’est par elle que nous sommes encouragés à la persévérance, à la fidélité jusqu’au bout, quelles que soient les circonstances, quelle que soit l’opposition rencontrée. 


Conclusion

Dans ce paragraphe foisonnant, Pierre veut évoquer toute l’ampleur de l'œuvre accomplie par Jésus-Christ, par sa vie, sa mort, sa résurrection, une œuvre qui traverse les siècles et atteint tous les humains, d’hier, d'aujourd'hui et de demain. 

Prendre conscience de l’ampleur de l'œuvre du Christ, c’est aussi prendre conscience de tout son potentiel dans notre vie. C’est une formidable source d’espérance, une promesse qui nous accompagne et nous aide à affronter les épreuves et les difficultés. 

En effet, la même puissance de l’Esprit de vie qui a ressuscité Jésus-Christ d’entre les morts vient faire sa demeure en nous, par la foi. C’est la promesse extraordinaire de Pentecôte. Alors non, nous n’aurons pas peur, quelle que soit l’adversité, car il vit en nous par son Esprit, celui qui “est allé au ciel et qui se tient à la droite de Dieu, où les anges et les autres autorités et puissances célestes lui sont soumis.”