Au mois de juillet, nous avions fait une mini-série de prédications autour d’une formule étonnante et puissante de l’épître aux Ephésiens, évoquant la largeur, la longueur, la hauteur et la profondeur de l’amour de Dieu. C’est une autre formule puissante de l’apôtre Paul que j’aimerais évoquer ce matin. On la trouve à la fin du chapitre 11 de son épître aux Romains.
C’est en quelque sorte la conclusion de tout l’exposé dogmatique de l’apôtre Paul, un exposé magistral, dense et profond, qui s’étend sur 11 chapitres pour présenter la Bonne Nouvelle du salut en Jésus-Christ. A partir du chapitre 12, il s’agira de la partie plus pratique de l’épître, avec les conséquences concrètes, pour la vie chrétienne, du salut en Jésus-Christ.
L’exposé systématique de l’apôtre se termine par des considérations complexes sur le destin du peuple d’Israël, évoquant notamment le grand mystère de la grâce souveraine de Dieu.
C’est alors qu’intervient notre texte, une conclusion lyrique, pleine d’émerveillement qui se termine par la formule qui va nous intéresser ce matin. Voici le texte, dans la version de la Nouvelle Bible Segond :
Romains 11.33-3633O profondeur de la richesse,de la sagesse et de la connaissance de Dieu !Que ses jugements sont insondableset ses voies incompréhensibles !34En effet, qui a connu la pensée du Seigneur ?Qui a été son conseiller ?35Qui lui a donné le premier,pour devoir être payé de retour ?36Tout est de lui, par lui et pour lui.A lui la gloire pour toujours ! Amen !
C’est la formule du verset 36 qui va en particulier nous intéresser ce matin : « Tout est de lui, par lui et pour lui. » Mais avant d’y arriver, il faut dire quelques mots de l’ensemble du paragraphe.
1. Emerveillement et humilité
Ce qui prédomine dans ce paragraphe, c’est l’émerveillement devant la richesse, la sagesse et la connaissance de Dieu. Autrement dit, toutes les dimensions de Dieu et de son œuvre… ce qui rend ce texte finalement assez proche de celui qui nous a accompagné lors de la mini-série de juillet.
Et ce qui va de pair avec cet émerveillement, c’est l’humble reconnaissance des limites de notre compréhension d’un Dieu qui forcément nous dépasse : ses jugements sont insondables et ses voies incompréhensibles.
A noter que les verset 34 et 35 sont des citations de la Bible, ou plutôt des références explicites à quelques textes de l’Ecriture issus des livres d’Esaïe et de Job. La référence à Job est particulièrement intéressante puisque dans le livre de Job, c’est Dieu lui-même qui parle et répond à Job dans sa détresse :
Job 41.3Qui m'a avancé quelque chose pour que je le lui rende ?Sous tout le ciel, tout m'appartient.
Paul formule ici le verset à la troisième personne, en évoquant le Seigneur. L’humble émerveillement de l’apôtre Paul peut ici faire écho à la réaction de Job, à la toute fin de son dialogue avec Dieu, qui reconnaît avoir parlé de choses qui le dépassent et qui place sa confiance en Dieu, non sans confesser une connaissance nouvelle, plus profonde et personnelle, de Dieu : « Mon oreille avait entendu parler de toi ; maintenant mon œil t'a vu. » (Job 42.5)
2. De lui, par lui et pour lui…
Dans notre passage, c’est comme si l’apôtre Paul prenait du recul sur tout ce qu’il a écrit. Il a présenté, de la façon la plus précise possible, le salut offert en Jésus-Christ. II a fait au mieux mais il est conscient de limites mêmes du langage pour rendre compte de Dieu et de son œuvre, et des limites de l’esprit humain pour pleinement le comprendre. Mais cela ne le décourage pas pour autant et le conduit à l’émerveillement et l’adoration. « Tout est de lui, par lui et pour lui. A lui la gloire pour toujours ! Amen ! »
Venons-en donc maintenant à cette fameuse formule : « Tout est de lui, par lui et pour lui. »
Dans la formule en grec, il n’y a pas de verbe. Il arrive parfois que le verbe soit sous-entendu… Tout est ici affaire de préposition. Il y en a trois en grec :
- « De lui » : c’est la préposition ex, qui signifie « de, hors de, à partir de… ». Elle exprime un mouvement à partir de quelque chose ou quelqu’un.
- « Par lui » : c’est la préposition dia, qui signifie « par, à travers… ». Elle exprime un mouvement qui traverse quelque chose.
- « Pour lui » : c’est la préposition eis, qui signifie « dans, vers, jusqu’à… ». Elle exprime un mouvement vers quelque chose ou quelqu’un.
La version Nouvelle Français Courant traduit ainsi la formule : « Car tout vient de lui, tout existe par lui et pour lui. »
Il s’agit donc bien d’une formule théologique d’une grande profondeur mais elle implique aussi plusieurs conséquences pratiques. D’une certaine façon, la formule fait le pont entre la partie théorique et la partie pratique de l’épître. Théologiquement, c’est Dieu seul, sa personne et son œuvre, qui est l’hier, l’aujourd’hui et le demain de toutes choses.
C’est vrai de tout ce que nous vivons, comprenons et croyons… c’est aussi vrai de tout ce qui nous dépasse et que nous ne pouvons pas saisir. Tout est de lui, par lui et pour lui. C’est vrai du salut, c’est vrai de notre vie. Dieu seul est la source, le moyen et le but de notre salut, et donc de notre vie. Tout est de lui, par lui et pour lui.
Quelles leçons pouvons-nous en tirer pour nous ?
3. Les leçons de la formule
Si Dieu est la source de notre salut, alors nous pouvons vivre dans la reconnaissance. Tout est « de lui ». C’est lui qui sauve… nous ne nous sauvons pas nous-mêmes, d’aucune manière ! Tout provient de son amour, de sa grâce, de son pardon.
Concrètement, cette vérité opère une double libération en nous :
- Elle nous libère de tout orgueil spirituel. Nous n’avons aucune raison de nous glorifier nous-mêmes, de nous croire au-dessus di lot ou meilleur que les autres, nous n’avons aucune raison d’entrer dans une quelconque compétition spirituelle avec qui que ce soit. Le salut nous est donné. C’est un cadeau gratuit.
- Mais elle nous libère aussi de l’angoisse et de la peur. Si tout vient de lui, de sa grâce, nous n’avons pas à nous mettre la pression comme si nous devions mériter quoi que ce soit, ou rechercher une quelconque puissance ou performance spirituelle. Nous sommes au bénéfice de la grâce infinie de Dieu. C’est la fidélité de Dieu qui est notre assurance, pas la nôtre…
Si Dieu est le moyen de notre salut, alors nous pouvons vivre dans la confiance. Tout est « par lui ». Dieu n’est pas seulement celui qui nous ouvre le portail du salut et se retire ensuite pour nous laisser nous débrouiller tout seul sur le chemin. Il marche avec nous. Plus encore, il nous soutient, il renouvelle nos forces, il nous aide à nous orienter… bref, c’est lui qui nous rend capable de poursuivre la route. Nous pouvons vivre dans la confiance, le Seigneur est toujours là, à nos côtés et ne nous abandonne jamais. Et quand nous traversons des temps d’épreuve, de fatigue ou de désorientation, nous pouvons faire appel à lui. Il viendra à notre secours.
Enfin, si Dieu est le but de notre salut alors nous devons vivre orientés vers lui. Tout est « pour lui ». Le salut que Dieu nous offre n’est pas seulement une question de bonheur, d’épanouissement personnel ou de sécurité. Sa finalité demeure la gloire de Dieu. C’est d’ailleurs comme cela que Paul termine note texte : « A lui la gloire pour toujours ! Amen ! »
Être sauvé, c’est comprendre que notre vie appartient à Dieu et que toute notre existence est appelée à le glorifier. Nos projets, nos réalisations, notre travail, nos relations deviennent des occasions de servir Dieu et de lui rendre gloire. Car ce n’est pas en nous coupant de notre prochain que nous pouvons servir Dieu. L’amour de Dieu et l’amour du prochain, on le sait, sont inséparables et complémentaires.
Conclusion
« Tout est de lui, par lui et pour lui. » Voilà une formule que nous ferions bien de retenir car elle nous rappelle où se trouve l’essentiel. Dieu seul est la source, le moyen et le but de notre salut, et donc de notre vie.
Quand nous nous laissons griser, que l’orgueil pointe le bout de son nez ou le jugement de l’autre vient à notre esprit… Souvenons-nous, humblement, que « Tout est de lui, par lui et pour lui. »
Quand nous sommes fatigués, découragés, angoissés, quand le chemin devient difficile et le fardeau nous semble lourd… Souvenons-nous, confiant, que « Tout est de lui, par lui et pour lui. »
C’est ainsi que, comme l’apôtre, nous pourrons nous écrier : « À lui la gloire pour toujours ! Amen ! »
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