C’est aujourd’hui le quatrième et dernier épisode de notre mini-série de l’été. Quatre prédications autour du mystère de l’amour de Dieu, tel qu’il est exprimé dans la formule d’Ephésiens 3.18 :
Ephésiens 3.17b-18
Je demande que vous soyez enracinés et solidement établis dans l'amour ; ainsi vous aurez la force de comprendre, avec tous ceux qui appartiennent à Dieu, combien l'amour du Christ est large et long, haut et profond.
En évoquant la largeur, et la longueur, et la hauteur, et la profondeur de l’amour de Dieu manifesté en Jésus-Christ, l’apôtre veut évoquer l’immensité de l’amour de Dieu, et nous faire toucher du doigt un mystère fascinant, qui nous ouvre à une autre dimension.
Dans le cadre de notre mini-série, nous envisageons la possibilité que ces quatre dimensions de l’amour de Dieu peuvent nous permettre d’évoquer quatre aspects spécifiques de l’amour de Dieu :
- La largeur de l’amour de Dieu, c’est sa grâce, suffisamment large pour accueillir toute l’humanité.
- La longueur de l’amour de Dieu, c’est son éternité, avec un amour qui n’a ni commencement ni fin, et qui donc ne faiblit jamais.
- La hauteur de l’amour de Dieu, c’est son inaccessibilité, c’est un amour qui toujours nous dépasse, au-delà de ce qu’on peut comprendre.
Qu’en est-il donc de sa profondeur ? C’est peut-être la dimension la plus mystérieuse…
La largeur et la longueur sont peut-être les plus faciles à appréhender, même s’il faut les comprendre comme infinies. La hauteur infinie de Dieu attire nos regards vers le ciel. Sa profondeur nous fait baisser les yeux. Et si en levant les yeux au ciel, notre horizon s’élargit vers l’infini, en baissant les yeux au sol, nous ne voyons pas bien loin. Notre regard s’arrête à nos pieds, incapable d’aller au-delà du sol. Nous ne pouvons pas voir plus loin…
Or la profondeur de l’amour de Dieu s’étend bien au-delà de ce qu’on peut voir. On pourrait dire que la profondeur de l’amour de Dieu, c’est tout ce qui nous échappe, tout ce qui nous reste impénétrable dans l’amour de Dieu.
Il y a bien quelque chose d’inatteignable dans la largeur, la longueur et la hauteur de l’amour de Dieu : elles sont infinies. Mais pour la profondeur de son amour, c’est autre chose. C’est plus qu’inatteignable, c’est impénétrable. Ce n’est pas que nous ne puissions pas voir assez loin pour la contempler, c’est qu’elle nous reste opaque. Il y a dans l’amour de Dieu une dimension de mystère impénétrable.
Je vois au moins deux champs d’application de cette profondeur impénétrable de l’amour de Dieu : dans le salut, et face au mal.
Le mystère impénétrable du salut
Dans le salut tout d’abord. Une affirmation fondamentale du Nouveau Testament est le salut par grâce. L’épître aux Ephésiens elle-même l’exprime de façon très forte :
Ephésiens 1.4-54Avant la création du monde, Dieu nous a déjà choisis pour être à lui par le Christ, afin que nous fassions ce que Dieu veut et que nous soyons sans défaut à ses yeux. Dans son amour, 5Dieu a décidé par avance qu'il ferait de nous ses enfants par Jésus Christ ; dans sa bienveillance, voilà ce qu'il a voulu.Ephésiens 2.8-108Car c'est par la grâce de Dieu que vous avez été sauvés, au moyen de la foi. Ce salut ne vient pas de vous, il est un don de Dieu ; 9il n'est pas le résultat de vos efforts, et ainsi personne ne peut faire le fier. 10En effet, nous sommes l'œuvre de Dieu ; il nous a créés, unis avec Jésus Christ, pour que nous menions une vie riche en actions pleines de bonté, celles qu'il a préparées d'avance afin que nous les pratiquions.
A partir de ces versets, et d’autres du Nouveau Testament, il y a eu, et il y a encore, de grandes disputes théologiques sur l’élection ou la prédestination. Si Dieu est souverain et tout-puissant, s’il connaît toutes choses avant qu’elles arrivent, si rien n’échappe à son décret et sa volonté, alors seuls ceux que Dieu a choisi seront sauvés. Il a décidé d’avance qui deviendrait ses enfants. Le salut ne vient pas de nous, c’est un don de Dieu.
Et puis on a tiré sur la corde… sans doute un peu trop. On se dit que si Dieu a choisi certains pour qu’ils soient sauvés, alors il a choisi les autres pour qu’ils soient perdus. C’est ce qu’on appelle parfois la double prédestination. Mais là, à mon sens, on va trop loin.
La profondeur de l’amour de Dieu nous oblige à admettre que nous ne savons pas comment résoudre la tension entre souveraineté de Dieu et liberté humaine… A cause du témoignage de la Bible, nous devons maintenir, par la foi, d’une part l’affirmation de la souveraineté absolue de Dieu, sinon il n’est plus Dieu… et d’autre part le respect par Dieu de la liberté et de la responsabilité de chaque individu, parce que c’est ainsi qu’il nous a créé, dans son amour, à son image.
Et si pour nous cette double affirmation est un paradoxe, eh bien soit… Sa résolution appartient à la profondeur de l’amour de Dieu, qui nous reste impénétrable.
Le mystère opaque du mal
L’autre aspect impénétrable de la profondeur de l’amour de Dieu se situe face au mystère opaque du mal. On pourrait le résumer ainsi : si Dieu est souverain et tout-puissant, et s’il est amour, parfaitement bon, alors comment comprendre l’origine du mal ?
Cette question complexe ne peut pas être écartée d’un simple revers de la main. Philosophes et théologiens s’y sont cassé les dents… C’est surtout une question qui se manifeste de manière douloureuse lorsque nous sommes confrontés personnellement, ou par le biais de nos proches, au mal, sous quelque forme que ce soit. Car avec le mal vient aussi la souffrance, l’injustice, la mort…
Le mal demeure scandaleusement le mal. Par nature le mal est intolérable, inexplicable. Il n’a rien à voir avec Dieu. Il est la négation du bien, la négation de Dieu. Il demeure un mystère opaque et douloureux.
Face au mystère opaque du mal, la profondeur de l’amour de Dieu est notre seul refuge. Ce qui est un mystère opaque à nos yeux ne l’est pas pour Dieu. Il trouve sa résolution dans la profondeur de son amour. L’assurance de l’amour de Dieu doit être maintenue face au mal. Sinon, tout s’effondre. C’est une question de foi et d’espérance.
En attendant, l’expérience du mal que nous faisons, y compris pour le croyant, est une épreuve douloureuse pour laquelle nous avons besoin d’être secourus. C’est bien d’ailleurs une des demandes du Notre Père : « Délivre-nous du mal. » Il ne s’agit pas d’expliquer le mal mais d’en être délivré…
Expliquer le mal et son origine, ce serait lui donner une certaine légitimité, le banaliser en quelque sorte. Or, le mal est et demeure un scandale.
Scandaleux, le mal est toujours un ennemi à combattre. C’est pourquoi le mal doit être dénoncé, quelle que soit la forme qu’il prend. En dehors de l’Eglise et dans l’Eglise. Toute forme d’oppression, d’humiliation, d’emprise est à combattre. Et il y en a aussi parfois dans les Eglises, ou dans des familles de chrétiens… « Délivre-nous du mal… »
Le mystère lumineux de l’incarnation
C’est ici qu’un mystère lumineux répond au mystère opaque du mal, et éclaire le mystère impénétrable du salut. C’est le mystère de l’incarnation : le Fils de Dieu qui devient homme. Elle est l’expression ultime de la profondeur de l’amour de Dieu. La façon dont l’amour de Dieu a accepté de descendre au plus bas.
Dans la symbolique biblique, les profondeurs de la terre, c’est le séjour des morts. La profondeur de l’amour de Dieu c’est d’accepter de descendre au plus bas, d’épouser notre condition de pécheur en devenant un être humain. C’est l’humiliation du Fils de Dieu qui se fait serviteur, jusqu’à la mort, la mort sur une croix. La profondeur de l’amour de Dieu va jusque dans la profondeur du tombeau.
C’est là aussi un mystère impénétrable… mais un mystère lumineux, que nous pouvons contempler par la foi. Le mystère est là : comment le Dieu éternel peut-il se faire mortel ? Comment le Dieu infini peut-il se faire créature ? Mais c’est un mystère qui témoigne de l’amour de Dieu, dans toute sa profondeur.
La réponse de Dieu à la détresse de l’humanité, à ses injustices et ses souffrances, à ses épreuves et ses tentations, au mal qui la ronge… c’est d’épouser notre condition humaine. C’est de souffrir comme nous. C’est de se faire victime de l’injustice et du mal, comme nous. C’est de mourir, comme nous.
Mais là où le mystère devient lumineux, et même éclatant, c’est qu’après avoir épousé notre condition humaine, Jésus l’a transcendée. Après être mort, il est ressuscité, il a vaincu la mort, il a triomphé du mal. Et il a ouvert pour nous un horizon d’espérance.
Conclusion
La largeur, la longueur et la hauteur ne suffisent pas pour caractériser l’amour de Dieu. Même si toutes les trois sont infinies. Il faut encore évoquer sa profondeur insoupçonnée. Celle d’un amour qui non seulement nous dépasse mais qui nous échappe et demeure impénétrable dans certains de ses aspects. Et c’est normal… on parle de Dieu !
Face à la profondeur vertigineuse de l’amour de Dieu, nous sommes simplement invités à la reconnaissance, portés par une espérance profondément ancrée dans cet amour.
Ne nous perdons pas dans des spéculations ou des considérations hasardeuses sur les mystères de l’élection ou de la prédestination, ou d’autres mystères qui nous demeurent inaccessibles. Accueillons avec reconnaissance la profondeur de l’amour de Dieu, sa grâce souveraine qui se manifeste dans l’incarnation du Fils de Dieu, sa mort et sa résurrection.
Ne nous laissons pas anéantir par le scandale douloureux du mal, dans notre vie, celle de nos proches ou dans le monde. Jésus-Christ est mort pour nous. Il nous a rejoint dans notre misère. Et il a vaincu la mort, il a triomphé du mal. Une espérance est possible !
Accueillons et vivons l’amour de Dieu dans toutes ses dimensions, sa largeur, sa longueur, sa hauteur et sa profondeur… et découvrons toutes les dimensions de l’espérance qui s’attache à son appel.
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