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dimanche 26 juin 2022

Solidaires de tout ce qui vit

 

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L’arc-en-ciel, c’est d’abord un phénomène naturel, un spectacle étonnant que la nature nous offre après un orage ou une averse, quand le soleil reparaît. C’est le principe de la réfraction : la lumière blanche du soleil se décompose en passant à travers les gouttes d’eau. La lumière blanche étant le résultat du mélange de lumière rouge, orange, jaune, verte, bleue, indigo et violette, on retrouve ces 7 couleurs dans l’arc-en-ciel, projetée sur le ciel chargé d’humidité et de nuages.

C’est toujours un spectacle étonnant, et il n’est pas surprenant que l’arc-en-ciel ait été repris comme symbole dans beaucoup de cultures. 

Il est présent dans les différentes mythologies, souvent comme lien entre le ciel et la terre. Par exemple, dans la mythologie nordique, c’est le Bifröst, un arc-en-ciel qui fait office de pont entre la Terre (Midgard) et le Ciel (Ásgard). C’est aussi repris dans les comics et les films Marvel ! Mais on pourrait mentionner d’autres exemple, en Afrique, en Asie ou en Amérique du Sud. 

Dans la période moderne, l’arc-en-ciel est un symbole de paix utilisé comme drapeau dans certains mouvements pacifistes. Et il est, depuis quelques décennies, devenu le symbole de la communauté LGBT. 

Mais l’arc-en-ciel est aussi un symbole biblique, qui apparait dans la Genèse, au lendemain du Déluge, dans un récit important pour un culte consacré à notre rapport à la Création. 

Genèse 9.1-17

1 Dieu bénit Noé et ses fils en leur disant : « Ayez des enfants, devenez nombreux et peuplez toute la terre. 2 Vous inspirerez désormais frayeur et crainte à toutes les bêtes de la terre, aux oiseaux, aux petits animaux et aux poissons ; ils sont à votre entière disposition. 3 Tout ce qui remue et qui vit vous servira de nourriture ; comme je vous avais donné l'herbe verte, je vous donne maintenant tout cela. 4 Cependant vous ne devez pas manger la viande qui contient encore la vie, c'est-à-dire le sang. 5 Votre sang aussi, qui est votre vie, j'en demanderai compte ; j'en demanderai compte à tout animal qui aura tué un être humain, comme à tout être humain qui aura tué son semblable ; je demanderai compte de la vie de l'humain.

6 Celui qui répand le sang de l'être humain,

c'est par un être humain que son sang sera répandu,

car Dieu a fait l'être humain à son image.

7 Et vous, ayez des enfants, devenez nombreux et répandez-vous en grand nombre sur la terre. »

8 Dieu dit encore à Noé et à ses fils : 9 « J'établis mon alliance avec vous, ainsi qu'avec vos descendants 10 et avec tout ce qui vit autour de vous : les oiseaux, les animaux domestiques ou sauvages, ceux qui sont sortis de l'arche et tous ceux qui vivront à l'avenir sur la terre. 11 Voici à quoi je m'engage : jamais plus le déluge ne supprimera la vie sur terre ; il n'y aura plus de déluge pour ravager la terre. » 12 Et Dieu ajouta : « Voici le signe de l'alliance établie entre moi, vous et tout être vivant, pour toutes les générations à venir : 13 je place mon arc dans les nuages ; il sera un signe qui rappellera l'engagement que j'ai pris à l'égard de la terre. 14 Chaque fois que j'accumulerai des nuages au-dessus de la terre et que l'arc-en-ciel apparaîtra, 15 je penserai à l'alliance établie entre moi, vous et toutes les espèces d'animaux : il n'y aura jamais plus de déluge pour anéantir la vie. 16 Je verrai paraître l'arc-en-ciel, et je penserai à l'alliance éternelle établie entre moi et toutes les espèces vivantes de la terre. » 17 Et Dieu le répéta à Noé : « L'arc-en-ciel est le signe de l'alliance que j'ai établie entre moi et tous les êtres qui vivent sur la terre. »

L’arc-en-ciel est donc dans la Bible le signe de l’alliance de Dieu, faite avec Noé, après le Déluge. 

Evidemment, on comprend pourquoi l’arc-en-ciel est lié au Déluge. On sait que c’est bien après un orage, quand l’humidité sature l’air et que le soleil refait son apparition, qu’un arc-en-ciel paraît dans le ciel.  C’est un phénomène naturel… mais qui est pris comme signe de l’alliance de Dieu avec Noé. Et pas seulement avec Noé, d’ailleurs. Ce n’est pas simplement le rappel d’une alliance ancienne, c’est une alliance renouvelée et élargie. 

On ne revient pas simplement au début. Ce n’est pas un retour au jardin d’Eden, dans une paix et une harmonie retrouvée (puisque le retour est impossible, on l’apprend à la fin de Genèse 3). On est bien sur la terre, après le Déluge, avec une humanité qui s’est détournée de Dieu et a fait preuve de violence. Elle a adopté un comportement qui impacte négativement son environnement. C’était vrai dès Genèse 3 : « La terre sera maudite à cause de toi… » 

C’est dans ce contexte que Dieu renouvelle son alliance avec l’humanité, dans les versets 1-7, comme il l’avait fait avec Adam, mais cette fois avec Noé. On retrouve des formules similaires à celle que Dieu avait employées en Genèse 1, appelant par exemple à se multiplier et à se répandre sur la terre. 

Pourtant, tout ne tourne pas complètement rond : les êtres humains inspirent maintenant de la frayeur aux bêtes de la terre, parce que désormais ils s’en nourrissent. Eh oui, dans la Bible, à l’origine les humains étaient végétariens : « Tout ce qui remue et qui vit vous servira de nourriture ; comme je vous avais donné l'herbe verte, je vous donne maintenant tout cela. » (v.3) 

Bien plus, les humains ont malheureusement démontré leur capacité à faire couler le sang non pas seulement pour se nourrir mais juste pour tuer, y compris leurs semblables. Ce fut le cas dès Genèse 4, lorsque Caïn, le fils d’Adam et Eve, a tué son frère Abel. Et puis par la suite, ça n’a fait que croître… Dieu doit mettre un frein à cela ! L’humanité doit redémarrer sur de nouvelles bases, avec Noé. 

Dieu met alors solennellement en garde contre le meurtre et interdit la consommation de sang, car le sang, c’est la vie. 

L’alliance est donc renouvelée, mais dans un contexte qui a changé depuis le jardin d’Eden. Et non seulement l’alliance est renouvelée mais elle est élargie. Ici, explicitement, Dieu fait alliance non seulement avec l’humanité, non seulement avec Noé et ses descendants, mais aussi « avec tout ce qui vit autour de vous ». Dieu s’engage à ne plus jamais envoyer de Déluge, et il place l’arc-en-ciel pour le lui rappeler… et nous le rappeler ! 

Cette alliance élargie souligne ce qui était pourtant déjà sous-entendu dès Genèse 1, mais c’est dit cette fois de façon explicite : même s’ils occupent une place à part dans la Création, les êtres humains sont interdépendants de toute la Création, au bénéfice d’une alliance commune avec tous les êtres vivants. 

Voilà pourquoi ce texte interroge notre lien à la Création, et plus spécifiquement notre rapport au vivant. 


Notre lien à la Création

Le corollaire de ce texte, dans le Nouveau Testament, ce sont peut-être ces paroles étonnantes de l’apôtre Paul aux Romains : 

Romains 8.19-21

19 La création entière attend avec impatience le moment où Dieu révélera ses enfants. 20 Car la création est tombée sous le pouvoir de forces qui ne mènent à rien, non parce qu'elle l'a voulu elle-même, mais à cause de celui qui l'y a mise. Il y a toutefois une espérance : 21 c'est que la création elle-même sera libérée un jour du pouvoir destructeur qui la tient en esclavage et qu'elle aura part à la glorieuse liberté des enfants de Dieu.

On entend parfois des chrétiens dire : « c’est bien joli de parler d’écologie, mais le plus important c’est le salut des âmes ! » OK… mais Paul parle bien aussi d’un salut pour la Création, ou du moins il souligne qu’il y a aussi une dimension cosmique dans le salut acquis par le Christ, qui concerne la Création tout entière. 

Elle souffre et soupire, elle attend le moment de l’accomplissement du salut. Tout comme la Création tout entière est au bénéfice de l’alliance de Dieu, la Création tout entière sera au bénéfice de l’œuvre de salut de Dieu, ayant part elle aussi à la glorieuse liberté des enfants de Dieu, celle d’être libéré de tout pouvoir destructeur. 

Il est donc bien légitime et normal qu’un chrétien se préoccupe d’écologie. Préserver la Création, en prendre soin, s’émerveiller devant elle, c’est aussi respecter l’alliance de Dieu avec tout ce qui vit, c’est aussi une manière d’honorer Dieu, le Créateur. Plus encore, cela fait partie, d’une certaine façon, de la Bonne Nouvelle de Jésus-Christ dont le salut concerne aussi la Création entière. Prendre soin de la Création, c’est non seulement respecter ce que Dieu a fait, mais c’est aussi manifester notre espérance ! 


Notre rapport au vivant

L’alliance renouvelée avec Noé, toute l’humanité et toute la Création, interroge aussi spécifiquement notre rapport au vivant. 

On parle beaucoup du dérèglement climatique mais il y a une autre catastrophe naturelle en cours, c’est l’érosion de la biodiversité. Aujourd’hui, on estime qu’un million d’espèces est menacée d’extinction dans le monde. Le rythme de disparition est 100 à 1000 fois supérieur au taux naturel d’extinction. Cette dégradation de la biodiversité est largement la conséquence de nos activités humaines (destruction des milieux naturels, surexploitation d’espèces sauvages, pollution…). En France métropolitaine, 14 % des mammifères, 24 % des reptiles, 23 % des amphibiens et 32 % des oiseaux nicheurs sont menacés de disparition du territoire, tout comme 19 % des poissons d’eau douce.

En tant que chrétien, connaissant le Créateur qui a fait un monde si beau, foisonnant de vie et merveilleux de diversité, comment pourrions-nous dire que ça ne nous concerne pas ? 

Par ailleurs, je trouve intéressant que l’alliance renouvelée avec Noé intègre des questions alimentaires, rappelant au passage que quelque chose a changé depuis l’origine, dans le rapport aux animaux. 

Ça ne veut pas dire que si on veut être fidèle à l’enseignement biblique, on doit être végétarien, même si c’est un choix tout à fait respectable. En revanche, il est légitime de s’interroger sur l’impact de notre alimentation sur la nature que Dieu a créée. Favoriser une agriculture respectueuse de l’environnement, préférer les circuits courts, consommer moins de viande… Non pas tellement dans une optique végane, antispéciste (l’idéologie est contestable), mais en considérant par exemple l’impact carbone, notamment pour la viande rouge.  


Conclusion

On ne mesure pas toujours l’impact de ce texte et sa modernité. Le fait que Dieu fasse alliance non pas seulement avec les êtres humains mais avec tout ce qui vit autour de nous est une donnée majeure pour avoir un juste rapport à la Création. 

Porter atteinte à la Création, la dégrader ou tout simplement ne pas la considérer, c’est négliger l’alliance de Dieu ! Au contraire, s’émerveiller devant la Création, en prendre soin et la préserver, c’est respecter l’alliance de Dieu, honorer le Créateur et même, au regard du Nouveau Testament, dire quelque chose de notre espérance. 

Alors oui, articuler notre foi avec les questions écologiques est légitime. C’est bien un des aspects de notre vocation chrétienne. 


dimanche 3 mars 2019

Vivre la fraternité (6) Avec toute la création !

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Dans nos prédications, on vous parle de fraternité depuis plus d'un mois... Et si on a commencé par parler de fraternité entre nous, dans l'Eglise – et ce n'est pas toujours facile!- on s'est permis d'élargir le cercle, d'abord aux autres Eglises, ensuite à l'ensemble de l'humanité. Et vous vous disiez peut-être qu'on ne pouvait pas aller plus loin...

Sauf que les êtres humains ne sont pas les seuls êtres vivants sur cette terre. Peut-on parler de nos frères et soeurs les animaux ? Ou même de nos soeurs les fleurs et nos frères les arbres ? Forcément, si on parle de fraternité créationnelle, elle ne sera pas de même nature que la fraternité humaine. Mais ne peut-on pas affirmer une solidarité fondamentale avec le vivant, sous toutes ses formes ?

En tout cas, la préoccupation écologique est incontournable aujourd'hui. Les enjeux écologiques font partie des débats internationaux majeurs. On parle de transition écologique, d'énergie verte. Le marché du bio est en pleine expansion, on se soucie plus qu'avant de la cause animale, on nous incite à manger moins de viande, le véganisme est à la mode...

Que penser de tout cela d'un point de vue biblique ?

Forcément, pour répondre à ces questions, nous devons nous tourner en priorité vers ce que la Bible dit de la Création. Or, il y a deux récits de la création au début de la Genèse. Les deux affirment globalement la même chose : il y a un Créateur à l'origine de toutes choses et il a placé les êtres humains dans cette création avec un rôle particulier. Mais les deux récits le disent différemment, en mettant l'accent sur des points différents. Chacun des deux récits nous dit quelque chose de spécifique, et complémentaire, quant à la place des êtres humains dans la création.

Il faudrait lire tout le premier chapitre de la Genèse pour admirer la beauté de ce poème, cet hymne magnifique évoquant la Création du ciel et de la terre en six jours, parfaitement équilibrés. Mais centrons-nous sur ce qui est dit de la création des êtres humains, nous sommes au sixième jour :

Genèse 1.24-27
24 Dieu dit : « Que la terre produise toutes sortes d'animaux : animaux domestiques, petites bêtes et animaux sauvages de chaque espèce ! » Et cela arrive. 25 Ainsi, Dieu fait les différentes espèces d'animaux : les animaux sauvages, les animaux domestiques et les petites bêtes. Dieu voit que c'est une bonne chose.
26 Dieu dit : « Faisons les êtres humains à notre image, et qu'ils nous ressemblent vraiment ! Qu'ils commandent aux poissons dans la mer, aux oiseaux dans le ciel, aux animaux domestiques et à toutes les petites bêtes qui se déplacent sur le sol ! »
27 Alors Dieu crée les humains à son image,
et ils sont vraiment à l'image de Dieu.
Il les crée homme et femme.


Un animal comme les autres

Que nous dit ce texte de la place de l'être humain dans la création ? Qu'il est un animal comme les autres ! En effet, il n'y a pas un jour spécifique de création de l'être humain : il est créé le 6e jour, le même jour que tous les animaux terrestres.

Alors vous me direz que quand même, l'être humain a une place particulière parmi les autres créatures. C'est la seule dont on dise qu'elle est faite "à l'image de Dieu" et elle reçoit une mission particulière pour "commander" sur les autres animaux. C'est vrai. Et c'est ce qui fait que l'antispécisme n'est pas biblique... Un antispéciste dira que l'humain ne prime pas sur les autres espèces animales, il prône l'égalité entre toutes les espèces vivantes. Et le spécisme serait une sorte de racisme à l'égard des animaux... La Bible n'est pas antispéciste.

Il n'empêche... on ne peut pas nier que le récit biblique ne réserve pas un jour particulier de création pour l'homme. Les humains ne sont pas créés le 7e jour, comme couronnement de la Création. Ils sont créés le 6e jour, comme tous les autres animaux terrestres. Le même jour que les lions, les vaches et les vers de terre !

Même si on peut lui accorder un statut particulier, l'être humain n'est pas en dehors de la nature, il en fait partie. Il est solidaire de toute la Création qui, toute entière, est appelée à rendre gloire à Dieu ! Dans les Psaumes par exemple, on voit les animaux, les arbres et tous les éléments de la nature louer le Seigneur !


Un jardinier 

Le deuxième récit de la Création nous transporte dans un jardin. La Création de l'homme et de la femme, leur relation à Dieu, sont plus développés que dans l'hymne du premier chapitre. D'une certaine façon, on y voit comment l'être humain agit en image de Dieu. Lisons deux paragraphes qui évoquent le lien des humains avec leur environnement.

Genèse 2.7-9,15-17
7 Le SEIGNEUR Dieu prend de la poussière du sol et il forme un être humain. Puis il souffle dans son nez le souffle de vie, et cet homme devient un être vivant. 8 Ensuite, le SEIGNEUR Dieu plante un jardin dans le pays d'Éden, vers l'est. Là, il met l'homme qu'il a formé. 9 Le SEIGNEUR Dieu fait pousser du sol toutes sortes de beaux arbres, avec des fruits délicieux. Au milieu du jardin, il place l'arbre de vie et l'arbre qui fait connaître ce qui est bien ou mal.
(...)
15 Le SEIGNEUR Dieu prend l'homme et il le place dans le jardin d'Éden pour le cultiver et pour le garder. 16 Le SEIGNEUR Dieu donne cet ordre à l'homme : « Tu peux manger les fruits de tous les arbres du jardin. 17 Mais tu ne dois pas manger les fruits de l'arbre qui fait connaître ce qui est bien ou mal. Oui, le jour où tu en mangeras, tu mourras, c'est sûr. »

L'homme est créé à partir de la poussière du sol. Son nom, Adam, signifie "le terreux", "le glaiseux". Il est indissociablement lié à la terre dont il est tiré. Il fait partie intégrante de la nature créée, il en est solidaire.

Mais il reçoit une mission de la part de Dieu : cultiver et garder le jardin. Il est un jardinier. Les deux verbes utilisés sont complémentaires : vécus dans l'équilibre, nous évitent deux excès. Celui de l'idolâtrie de la nature : on est appelé à la cultiver, on peut agir sur elle, elle n'est pas sacrée ou divine. Mais aussi celui du non-respect de la nature : on est appelé à la garder, la protéger, la respecter.

J'aimerais m'arrêter un peu plus sur le deuxième verbe : garder. Parce qu'on peut se demander contre quel danger le jardin devait être gardé... Il n'y avait pas de danger au temps de Genèse 2 ! Tout était harmonieux et paisible dans le jardin. Pour constater le premier dérèglement de la nature, il faut aller au chapitre 3. L'homme et la femme se sont révolté contre Dieu, ils ont mis en doute la parole du Seigneur et on mangé du fruit interdit. Les malédictions prononcées par Dieu à leur égard expriment alors les conséquences du péché. Et parmi elles nous lisons :

Genèse 3.17-18
À cause de toi je maudis le sol.
Tu devras te fatiguer
tous les jours de ta vie
pour tirer ta nourriture de la terre.
Le sol produira pour toi
des plantes épineuses de toutes sortes. 

C'est avec le péché de l'humanité qu'intervient le dérèglement de la nature. Autrement dit, le plus grand danger pour le jardin, c'était le jardinier ! Lorsqu'il le saccage, le surexploite, le défigure. Et ça n'a pas changé aujourd'hui... N'est-ce pas le péché de l'humanité qui s'exprime aujourd'hui encore dans la surexploitation et la surconsommation des ressources naturelles, dans la recherche du profit immédiat, de la rentabilité maximum, du bien-être égoïste ? Tous des comportements qui finissent par défigurer, détruire, polluer la création de Dieu...


Des chrétiens éco-responsables

Aimer Dieu, c'est aussi aimer sa Création. Soyons donc des chrétiens éco-responsables !

Gardons notre capacité d'émerveillement devant la création, admirons l'oeuvre de Dieu. Et sentons nous concernés quand elle est mise en péril. Ne doit-on pas s'inquiéter de voir la liste des espèces animales en voie de disparition s'allonger à cause de l'activité humaine ? Des chefs d'oeuvre de Dieu disparaissent devant nos yeux ! Et que dire de la forêt amazonienne pillée, de la fonte de la calotte glacière, de la profusion de déchets plastiques dans la Mer Méditérannée...

On parle beaucoup, aujourd'hui, de transition écologique. Et je trouve que cette démarche n'est pas sans résonance avec certaines notions bibliques. Cette idée d'une transformation intérieure, d'un changement de regard, qui se traduit dans le comportement n'est pas sans rappeler les notions de conversion et de sanctification où Dieu nous transforme intérieurement pour nous rendre capable de changer de comportement.

Notre mission prioritaire est, certes, d'annoncer l'Evangile à tout homme et à toute femme. Mais les exhortations du Nouveau Testament à une vie simple et respectueuse, au contentement, peuvent faire de nous des chrétiens éco-responsables, qui refusent la fuite en avant de la consommation à outrance. Nous pouvons intégrer des petits gestes éco-responsables dans notre quotidien. Et les intégrer aussi dans notre vie d'Eglise !

Nous pouvons soutenir ceux qui portent un plaidoyer pour la planète et questionnent nos gouvernants. Prier pour eux, et pour les dirigeants de notre monde, notamment ceux qui préfèrent les impératifs économiques aux impératifs environnementaux.


Conclusion

Sommes-nous donc frères et soeurs des animaux et des arbres ? Peut-être... en tout cas nous sommes interdépendants, et nous sommes appelés à être solidaires de toute la Création. Ne pas se soucier de la nature que Dieu a créée, c'est ne pas respecter le Créateur. Tout simplement.

D'autant que Dieu a un projet pour cette Création qui "souffre les douleurs de l'enfantement" selon les paroles de l'apôtre Paul aux Romains. Elle aussi aura part à la gloire promise aux enfants de Dieu. C'est une raison de plus de respecter et préserver cette terre, destinée elle aussi au salut !

Soyons donc des chrétiens éco-responsables, pour honorer le Créateur et le Sauveur de ce monde !


dimanche 22 novembre 2015

Écolo, à l'image de Dieu ?

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Genèse 1.24-31
24Dieu dit : « Que la terre produise toutes sortes d'animaux : animaux domestiques, petites bêtes et animaux sauvages de chaque espèce ! » Et cela arrive. 25Ainsi, Dieu fait les différentes espèces d'animaux : les animaux sauvages, les animaux domestiques et les petites bêtes. Dieu voit que c'est une bonne chose.
26Dieu dit : « Faisons les êtres humains à notre image, et qu'ils nous ressemblent vraiment ! Qu'ils commandent aux poissons dans la mer, aux oiseaux dans le ciel, aux animaux domestiques et à toutes les petites bêtes qui se déplacent sur le sol ! »
27Alors Dieu crée les humains à son image,
et ils sont vraiment à l'image de Dieu.
Il les crée homme et femme.
28Puis il les bénit en disant : « Ayez des enfants, devenez nombreux. Remplissez la terre et dominez-la. Commandez aux poissons dans la mer, aux oiseaux dans le ciel et à tous les animaux qui se déplacent sur la terre. » 29Dieu dit : « Sur toute la terre, je vous donne toutes les plantes avec leurs graines. Je vous donne aussi tous les arbres qui portent des fruits avec des pépins ou un noyau : ce sera votre nourriture. 30Et je donne toute l'herbe verte comme nourriture à tous les animaux de la terre, à tous les oiseaux, à toutes les bêtes qui se déplacent sur le sol, en un mot, à tout ce qui est vivant. » Et cela arrive. 31Dieu regarde tout ce qu'il a fait. Et il voit que c'est une très bonne chose. Il y a un soir, il y a un matin. Voilà le sixième jour. 

La création de l'homme et de la femme apparaît comme le couronnement de l'oeuvre de Dieu. Les humains y ont un statut unique parmi les êtres vivants : ils sont créés à l'image de Dieu, appelés à dominer la création.

Pourtant, l'homme est bien la créature la plus meurtrière de ses semblables et la plus destructrice pour son environnement. Mais où est donc passée l'image de Dieu ?

Certes, notre monde n'est plus un monde idéal et parfait comme il apparaît à la fin du sixième jour de création lorsque Dieu voit son œuvre et dit que c'est une très bonne chose !. Le jardin d'Eden, c'est fini ! C'est vrai... Mais même pollué par le péché, le monde reste la création de Dieu. Même déformée, défigurée par le mal, l'image de Dieu demeure en tout être humain.

Ce texte a bien encore quelque chose à nous dire. Et si, finalement, il nous invitait à être écolo, à l'image de Dieu ?


1. L'image de Dieu

Il y a une insistance forte sur la création spécifique des humains, homme et femme, à l'image de Dieu :

Dieu dit : « Faisons les êtres humains à notre image, et qu'ils nous ressemblent vraiment ! » (v.26)

« Alors Dieu crée les humains à son image,
et ils sont vraiment à l'image de Dieu.
Il les crée homme et femme. » (v.27)

Même si l'expression garde sans doute une part de mystère, ses implications sont multiples, au niveau philosophique, théologique, anthropologique... Ce qui est certain, c'est qu'elle fait des humains des êtres à part parmi toutes les créatures. Aucune autre créature, pas même les anges, n'est décrite comme étant à l'image de Dieu !

Et ce statut unique demeure après l'apparition du péché. Après le déluge, lorsque Dieu fixe l'interdit absolu de tuer un humain, il le justifie par le fait qu'ils sont créés à l'image de Dieu :

« Celui qui fait couler le sang d'un être humain,
un autre humain fera couler son sang.
En effet, Dieu a créé les humains à son image. » (Genèse 9.6)

Tout être humain, quel qu'il soit, quoi qu'il ait fait... demeure à l'image de Dieu. Puissant ou faible, en bonne santé ou infirme, bon ou mauvais, tout être humain est à l'image de Dieu. Même si, dans certains cas, cette image est durement altérée, voire même défigurée au point d'en devenir monstrueuse...

Dans notre texte, l'image de Dieu s'exprime en particulier dans la mission spécifique que Dieu assigne à l'humanité et qui se résume en deux expressions : remplir la terre et dominer sur la création.


2. Remplir la terre

Cette mission, nous la partageons avec les autres animaux, qui habitent avec nous cette terre. Il est important de souligner que les humains sont d'abord liés aux autres créatures. Il n'y a pas de jour spécifique pour leur création. Dieu les fait le 6e jour, qui est aussi le jour de la création des animaux terrestres.

La formule de bénédiction que les humains reçoivent et l'ordre de se multiplier et de remplir la terre, les oiseaux et les poissons la reçoivent aussi, au 5e jour, pour remplir les mers et la terre.

La terre est notre maison commune avec toutes les autres créatures. Nous sommes solidaires de toute la création. Prendre soin de la terre et de toutes les créatures qui l'habitent, c'est aussi prendre soin de nous-mêmes. Nous faisons partie du même écosystème.

Il s'agit donc de remplir la terre pour l'habiter. Dans ce monde originel, il n'y a pas de frontières, pas de nations ou de peuples. Ils apparaissent plus tard dans l'histoire biblique, avec, souvent, les guerres qui vont avec... Et la perspective ultime, dans l'Apocalypse, est un peuple innombrable, issu de tous les peuples rassemblés en un seul.

Il s'agit de remplir la terre pour la partager.. Car Dieu donne avec abondance : les arbres avec leurs fruits, les plantes avec leurs graines, l'herbe avec sa semence... Il y a abondance de ressources. Elles sont suffisantes pour tous... si on les partage. Et c'est vrai aujourd'hui encore !



3. Dominer sur la création

Contrairement à la précédente, cette mission est spécifique à l'humanité. Le verbe dominer n'est associé qu'aux humains dans le récit de la création. D'autres créatures sont bénies, d'autres reçoivent l'ordre de peupler la terre... mais seuls les humains doivent la dominer.

Il faut bien comprendre le sens de ce verbe ici. Il est utilisé dans la Bible pour désigner une relation de subordination, entre un roi et ses sujets ou un administrateur et ses employés par exemple. Il n'a pas de connotation négative et il peut être perçu positivement ou négativement selon les contextes.

Dans notre texte, la tâche de dominer sur la création est directement liée à l'idée d'image de Dieu. Dieu, le Créateur, a confié aux humains la tâche de le représenter sur terre, de gérer la Terre de manière responsable.

Le modèle de domination, c'est Dieu. Ce Dieu souverain et bon, patient, bienveillant, respectueux de la liberté de ses créatures.

On trouve une formule équivalente à cette mission dans le deuxième récit de création, où la terre est un jardin :

« Le SEIGNEUR Dieu prend l'homme et il le place dans le jardin d'Éden pour le cultiver et pour le garder. » (Genèse 2.15)

Cultiver ET garder. Les deux verbes sont nécessaires pour l'équilibre. Cultiver sans garder, c'est s'exposer au risque de surexploiter, de maltraiter et, à terme, de détruire le jardin. Garder sans cultiver, c'est sacraliser la terre, confondre le retour à la nature avec le retour à Dieu.

La création n'est pas sacrée. Comme si on ne pouvait pas y toucher. On est appelé à la cultiver. Mais parce qu'elle est l'oeuvre de Dieu, et parce que nous en faisons aussi nous-mêmes partie, nous devons aussi la garder, la préserver, en prendre soin.

Et c'est ici, dans cette mission spécifique, que les humains ont failli à leur responsabilité, notamment dans les dernières décennies. Avec la surexploitation des ressources naturelles, le gaspillage, le pillage des pays du Sud, la pollution, la maltraitance des animaux... Autant de façons de dominer la création sans respect, de façon égoïste et injuste.


Conclusion

Alors, devons-nous être écolo ? En tout cas, les préoccupations écologiques modernes peuvent entrer en écho avec la pensée biblique de la création. Le combat pour la préservation de la planète doit être un combat que nous soutenons en tant que chrétiens.

Il y a certes des enjeux internationaux sur lesquels nous n'avons pas d'emprise. Il convient alors de prier pour que les bonnes décisions soient prises par les autorités de nos pays. Mais on peut aussi s'interroger sur notre mode de vie, notamment en Occident : notre consommation, notre gaspillage, notre capacité ou non au partage...

Pour chacun de nous, c'est dans notre quotidien que nous sommes appelés à agir en tant que créatures à l'image de Dieu !