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dimanche 10 mai 2026

Croire c’est bien… aimer c’est mieux !

 

Jean 14.15-21
15Si vous m'aimez, vous obéirez à mes commandements. 16Je demanderai au Père de vous donner quelqu'un d'autre pour vous venir en aide, qui sera avec vous pour toujours : 17c'est l'Esprit qui révèle la vérité. Le monde ne peut pas le recevoir, parce qu'il ne le voit pas ni ne le connaît. Vous, vous le connaissez, parce qu'il demeure avec vous et qu'il sera toujours en vous. 18Je ne vous laisserai pas seuls comme des orphelins ; je viendrai auprès de vous. 19Dans peu de temps le monde ne me verra plus, mais vous, vous me verrez, parce que je vis et que vous vivrez aussi. 20Ce jour-là, vous comprendrez que je vis uni à mon Père, que vous êtes unis à moi et moi à vous.
21Celui qui reçoit mes commandements et leur obéit, voilà celui qui m'aime. Celui qui m'aime sera aimé par mon Père ; je l'aimerai aussi et je me ferai connaître à lui. »

Ce texte fait partie des dernières paroles de Jésus à ses disciples. Il sait que son arrestation est proche alors il prépare ses disciples à la suite, à ce qui se passera quand il ne sera plus là. Jésus annonce à ses disciples qu’il va partir mais qu’il ne les laissera pas seul. Il leur enverra « quelqu’un d’autre pour leur venir en aide ». Cette périphrase proposée par la Nouvelle Français Courant traduit le terme grec paraklêtos, qu’on traduisait traditionnellement par « consolateur ». Mais le sens est plus vaste. Le paraklêtos c’est celui qui se tient à côté, pour consoler certes, mais aussi pour soutenir, aider, défendre. C’est le consolateur, mais aussi l’avocat, le soutien, l’aide. Et surtout ici, Jésus parle d’un « autre paraklêtos ». Il parle de quelqu’un qui viendra prendre sa place auprès des disciples, lorsque lui ne sera plus là. 

On a clairement ici l’annonce de la venue du Saint-Esprit, que nous allons commémorer à Pentecôte, dans quelques jours. 

Dans ces quelques versets, il y a plusieurs éléments appelés à s’articuler entre eux : Jésus, ses commandements, le Saint-Esprit promis, le Père qui nous aime. Comment les comprendre ensemble ? Que disent-ils de notre condition de disciple de Jésus aujourd’hui ? 


L’enjeu c’est l’amour

L’enjeu premier de ce texte, c’et l’amour. Aimer Jésus-Christ. Être aimé par Dieu, par le Père et par le Fils. Mais de quel amour parle-t-on ? 

Jésus lui-même avait dit à Nicodème, dans ce même évangile de Jean : « Dieu a tant aimé le monde qu’il a donné son Fils unique… » (Jean 3.16). Dieu a aimé le monde. Tout le monde. Sans distinction. 

Mais parle-t-on du même amour ici ? Pas tout à fait. 

Si je vous dis que je vous aime, je vous assure que je le pense et que je suis sincère. Mais si je dis à ma femme que je l’aime, vous comprendrez que l’amour dont je parle alors est d’un autre ordre. 

L’amour dont parle Jésus dans notre texte est différent de celui dont il a parlé à Nicodème. Dieu est amour et il aime chacune de ses créatures. Mais ce qui se joue ici est d’un autre ordre. C’est un amour particulier, intime. Il s’incarne dans une relation personnelle. 

D’ailleurs, Jésus dit au verset 21 : « Celui qui m'aime sera aimé par mon Père ; je l'aimerai aussi et je me ferai connaître à lui. »

Ce qui peut surprendre dans la formulation de cette phrase, c’est que l’amour de Dieu, et l’amour de Jésus pour nous, semble conditionné à notre amour… « Celui qui m’aime sera aimé par mon Père… » C’est une façon de souligner que l’amour dont il est question ici demande une réciprocité, il s’exprime dans une relation personnelle. L’amour de Dieu pour tous les humains est une réalité… mais elle n’est pas forcément réciproque. 

Jésus va partir. Il sait qu’il va être arrêté prochainement. Il sait même qu’au-delà de sa résurrection, il va quitter ses disciples en retournant auprès de son Père. Mais il ne va pas les laisser seul pour autant. La relation personnelle, le lien d’amour qui les unit ne sera pas brisé. Il se poursuivra, grâce à l’autre paraklêtos qui viendra à côté d’eux, grâce au Saint-Esprit qui viendra faire sa demeure en eux. 

Car celui qui permet la réalité de cet amour pour nous, aujourd’hui encore, c’est le Saint-Esprit. C’est par lui que Dieu nous est présent, toujours. La relation de foi qui nous unit à Jésus-Christ est une relation d’amour. Non pas une relation globale, générale, impersonnelle. Mais bel et bien une relation personnelle, un amour intime, qui se vit dans la réciprocité. 


Les commandements et l’amour

Comment cet amour se manifeste-t-il ? C’est là qu’intervient un autre élément de notre texte, à savoir les commandements de Jésus : « Si vous m'aimez, vous obéirez à mes commandements. » (Jean 14.15)

Le lien entre les deux n’est peut-être pas évident au premier abord. Obéir à des commandements, ça peut sembler un peu froid et rigide comme compréhension de l’amour… Alors comment le comprendre ? Quelle est la place des commandements dans l’amour ? 

Vous connaissez sans doute la formule : « Il n’y a pas d’amour, il n’y a que des preuves d’amour. » Elle est de Pierre Reverdy, un poète du début du XXe siècle. Cette jolie formule a le mérite de souligner que l’amour ne peut pas se contenter de bons sentiments et de paroles légères. L’amour se prouve par les actes, il se manifeste concrètement. L’amour ne se décrète pas, il se prouve. 

C’est un peu cela que Jésus veut dire ici. Le début du verset 21 résume en une formule la pensée de Jésus : « Celui qui reçoit mes commandements et leur obéit, voilà celui qui m'aime. »

Littéralement, le texte dit : « Celui qui a mes commandements et les garde, celui-là est celui qui m’aime. » Autrement dit, on peut ne pas les avoir. On peut aussi les avoir et ne pas les garder. Les avoir, c’est les connaître. Les garder, c’est les mettre en pratique. 

De quoi parle-t-on quand on parle des commandements de Jésus ? Il s’agit sans doute de son enseignement, dans son ensemble. Et ses commandements ne tombent pas de nulle part. Ils sont dans le prolongement des commandements bibliques. Jésus n’est pas venu abolir la Loi mais l’accomplir. 

Aimer Jésus, c’est l’écouter, reconnaître la valeur de ses paroles, de son enseignement et s’y attacher. Et c’est non seulement le connaître mais c’est aussi s’efforcer de le mettre en pratique. Voilà une preuve d’amour de notre part. 

La preuve d’amour de Jésus pour nous, elle se trouve dans sa mort et sa résurrection. Il n’y a pas de plus grande preuve d’amour possible ! Notre preuve d’amour à nous, elle se trouve dans notre attachement à sa parole et notre désir de la mettre en pratique. Et c’est bien le Saint-Esprit qui nous rend capable de comprendre et de vivre ces paroles du Seigneur… 


Jésus notre maître

Aimer Jésus, c’est non seulement l’aimer pour ce qu’il a fait pour nous, mais c’est aussi l’aimer pour son enseignement. Jésus est, certes, notre Sauveur… mais il est aussi notre maître, au sens où il est celui dont nous recevons l’enseignement. Il est notre rabbi. C’est d’ailleurs comme cela qu’il était principalement perçu dans les évangiles. Un rabbi, un maître  avec ses disciples. 

Bien-sûr, l’essentiel pour nous, c’est l’œuvre de Jésus. Sa mort et sa résurrection… Mais cela ne doit pas pour autant reléguer au second plan Jésus le maître. Dans une perspective chrétienne, Jésus est évidemment plus qu’un enseignant, plus qu’un rabbi, plus qu’un prophète. Mais il est aussi tout cela ! Et il doit l’être pour nous encore aujourd’hui.

Être chrétien, c’est être un disciple de Jésus, qui apprend de son maître, qui se nourrit de son enseignement. 

Or l’enseignement de Jésus est tout sauf consensuel. Il est exigeant. Parfois dérangeant. On peut avoir une vision faussée, édulcorée, de Jésus. Au cœur de son enseignement, il y a l’appel à l’amour… mais ce n’est pas un message à l’eau de rose. L’impératif de l’amour est exigeant. Et cela a conduit Jésus jusqu’à la croix… 

Jésus est notre Sauveur. Nous l’adorons pour cela, nous sommes reconnaissants pour son œuvre de salut. Mais il doit continuer à être notre maitre tout au long de notre vie chrétienne, parce que nous sommes des disciples, des apprentis de la foi, qui devons encore apprendre, notamment à vivre et mettre en pratique ses commandements. C’est cela aussi l’aimer aujourd’hui. 


Conclusion

Croyez-vous en Jésus-Christ ? C’est une question fondamentale. Et la réponse à cette question constitue la base de la foi chrétienne. Mais le texte de l’évangile de ce matin nous invite à aller plus loin.  Il y en a une autre que nous devons aussi nous poser : Aimez-vous Jésus-Christ ? Et quelles sont les « preuves d’amour » que vous manifestez ? 

Croire en Jésus-Christ, c’est très bien. Mais aimer Jésus-Christ, c’est mieux. Parce que c’est dans l’amour que s’épanouit une relation. Or c’est ce que Jésus veut tisser avec nous, par son Esprit. Une relation vécue par la foi, dans la confiance et l’espérance, mais animée par l’amour que le Saint-Esprit déverse dans notre cœur. 

Alors oui, la question que je vous laisse ce matin est bien celle-ci : aimez-vous Jésus-Christ ?  


dimanche 19 avril 2026

Quand Jésus fait route avec nous

Les évangiles contiennent plusieurs récits d’apparition de Jésus ressuscité à ses disciples. Et ce que je trouve fascinant, c’est qu’il s’agit presque toujours de récits contrariés, où les apparitions de Jésus sont difficilement perçues, au moins dans un premier temps. On l’a vu dimanche dernier avec Thomas, qui refusait de croire le témoignage des autres disciples tant qu’il ne verrait pas Jésus de ses propres yeux et qu’il ne toucherait pas de sa main son corps ressuscité. 

Un autre récit d’apparition de Jésus nous et proposé pour ce dimanche, dans lequel deux disciples se retrouvent à marcher et discuter avec un voyageur… sans reconnaître qu’il s’agit en réalité de Jésus ressuscité. 

Luc 24.13-32
13Ce même jour, deux disciples se rendaient à un village appelé Emmaüs, qui se trouvait à environ deux heures de marche de Jérusalem. 14Ils parlaient de tout ce qui s'était passé. 15Pendant qu'ils parlaient et discutaient, Jésus lui-même s'approcha et fit route avec eux. 16Ils le voyaient, mais quelque chose les empêchait de le reconnaître. 17Jésus leur demanda : « De quoi discutez-vous en marchant ? » Ils s'arrêtèrent, tout attristés. 18L'un d'eux, appelé Cléopas, lui dit : « Es-tu le seul habitant de Jérusalem qui ne sache pas ce qui s'est passé ces derniers jours ? » – 19« Quoi donc ? » leur demanda-t-il. Ils lui répondirent : « Ce qui est arrivé à Jésus de Nazareth ! C'était un prophète puissant ; il l'a montré par ses actes et par ses paroles devant Dieu et devant tout le peuple. 20Les chefs de nos prêtres et nos dirigeants l'ont livré pour le faire condamner à mort et l'ont crucifié. 21Nous avions l'espoir qu'il était celui qui devait délivrer Israël. Mais en plus de tout cela, c'est aujourd'hui le troisième jour depuis que ces faits sont arrivés. 22Quelques femmes de notre groupe nous ont frappés de stupeur, il est vrai : elles se sont rendues tôt ce matin au tombeau 23mais n'ont pas trouvé son corps. Elles sont revenues nous raconter qu'elles avaient eu une vision : des anges qui leur ont déclaré qu'il est vivant. 24Quelques-uns d'entre nous sont allés au tombeau et ils ont trouvé tout comme les femmes l'avaient dit, mais lui, ils ne l'ont pas vu. » 25Alors Jésus leur dit : « Gens sans intelligence, que vous êtes lents à croire tout ce qu'ont annoncé les prophètes ! 26Ne fallait-il pas que le Christ souffre ainsi avant d'entrer dans sa gloire ? » 27Puis il leur expliqua ce qui était dit à son sujet dans l'ensemble des Écritures, en commençant par les livres de Moïse et en continuant par tous les livres des Prophètes.
28Quand ils approchèrent du village où ils se rendaient, Jésus fit comme s'il voulait poursuivre sa route. 29Mais ils le retinrent avec insistance en disant : « Reste avec nous, car le jour baisse déjà et la nuit approche. » Il entra donc pour rester avec eux. 30Il se mit à table avec eux, prit le pain et dit une prière de bénédiction ; puis il partagea le pain et le leur donna. 31Alors, leurs yeux s'ouvrirent et ils le reconnurent ; mais il disparut de devant eux. 32Ils se dirent l'un à l'autre : « N'y avait-il pas comme un feu qui brûlait au-dedans de nous quand il nous parlait en chemin et nous expliquait les Écritures ? »
33Ils se levèrent aussitôt et retournèrent à Jérusalem. Ils y trouvèrent les onze disciples réunis avec les autres, 34qui disaient : « Le Seigneur est vraiment ressuscité ! Il est apparu à Simon ! » 35Et eux-mêmes leur racontèrent ce qui s'était passé en chemin et comment ils avaient reconnu Jésus au moment où il partageait le pain.

La trajectoire de ce récit part du désarroi, voire du désespoir des deux disciples après la mort de Jésus, en passant par leur incapacité à reconnaître dans l’homme qui marche avec eux Jésus ressuscité dont ils pleurent la mort. Il y a ensuite le discours de Jésus montrant aux deux disciples comment la Bible annonçait les événements qui ont eu lieu, y compris sa mort et sa résurrection, et enfin la révélation, alors que les deux disciples retiennent le voyageur pour la nuit et reconnaissent en lui Jésus, au moment où ce dernier rompt le pain. Si Jésus disparaît alors, la joie des disciples est immense : Jésus est ressuscité ! 

Deux précisions, deux détails, peuvent toutefois attirer notre attention au début du récit, et lui donner encore un peu plus de relief. 

La première précision concerne la destination des disciples : « deux disciples se rendaient à un village appelé Emmaüs, qui se trouvait à environ deux heures de marche de Jérusalem. » Littéralement, le texte parle de 60 stades, ce qui correspond à 11 kilomètres environ. 

On pourrait se demander pourquoi le préciser dans le récit. En quoi est-ce important de savoir qu’ils se rendaient à Emmaüs ? 

L’identification du village Emmaüs est très incertaine… Il y a plusieurs hypothèses mais aucune n’est sûre. Etymologiquement, Emmaüs pourrait signifier « source chaude ». Ce qui est amusant dans la mesure où c’est à Emmaüs que les deux disciples ont dit qu’un feu brûlait au-dedans d’eux lorsque Jésus leur expliquait les Ecritures ! 

Peut-être les deux disciples habitaient-ils à Emmaüs ? Cela signifierait qu’ils rentraient chez eux. Tout est fini. Jésus est mort. On rentre à la maison ! En tout cas, pourquoi rester à Jérusalem ? 

Il me semble que c’est d’abord cela qui est important : les deux disciples quittent Jérusalem. Ils tournent la page parce que pour eux, la belle histoire est terminée, quoi qu’en disent quelques femmes prétendant avoir vu Jésus ressuscité. 

D’une certaine façon, Jésus va rattraper ces deux disciples découragés, qui tournent le dos à leur espérance en quittant Jérusalem.  

La deuxième précision concerne l’identité des deux disciples. Qui sont-ils ? L’un des deux est nommé : il s’appelle Cléopas. S’il est mentionné, c’est qu’il devait être connu des lecteurs… 

Est-ce le même qui est mentionné comme époux d’une des trois Marie présentes lors de la crucifixion ? On évoque en effet une Marie (femme) de Clopas : « Près de la croix de Jésus se tenaient sa mère, la sœur de sa mère, Marie la femme de Clopas et Marie de Magdala. » (Jean 19.25) Par ailleurs, cette Marie est sans doute celle qui était parmi les premières témoin de la résurrection, appelée Marie mère de Jacques dans l’évangile de Luc. 

Si c’est le cas, c’est peut-être encore plus troublant. Car Cléopas serait alors le mari d’une des femmes qui ont été témoin de la résurrection de Jésus, l’une de ces femmes dont le témoignage est entendu avec surprise et incrédulité de la part des disciples. Cléopas ne croirait pas le témoignage de sa propre femme ! 

Mais alors qui est l’autre disciples, qui reste anonyme dans le texte ? Peut-être est-ce une façon de nous inclure dans le récit… ce disciple anonyme, ça pourrait être nous ! Luc nous invite à rejoindre Cléopas et comprendre son désarroi, son déboussolement. Il nous invite à laisser Jésus nous rejoindre sur la route. 

Nous pourrons alors mieux percevoir le contraste saisissant entre la situation initiale et la situation finale. La fin du récit dit que dès qu’ils comprennent qu’il s’agissait de Jésus, il se lèvent et repartent à Jérusalem. Rappelons-nous que le soir était en train de tomber. Pour autant, dans leur enthousiasme, ils ne remettent pas au lendemain le voyage du retour. Même à la nuit tombée, ils reprennent le chemin. Et ils retrouveront à Jérusalem des disciples qui, eux aussi, sont dans la joie parce que désormais convaincus de la résurrection de Jésus. Ce dernier est en effet apparu aussi à Simon, c’est-à-dire Pierre. 

Passons sur les relents patriarcaux de cette précision : le témoignage d’un homme, Pierre, semble plus sérieux que celui des femmes… pour partager la joie de toutes et tous face à la résurrection de Jésus !

Que retirer de cet épisode pour nous ? En faisant écho au récit du chemin d’Emmaüs, je le formulerais en une phrase : Jésus s’approche et fait route avec nous, mais nos yeux sont parfois empêchés de le voir ; ils finissent toutefois par s’ouvrir lorsque nous accueillons Jésus chez nous. 


Jésus s’approche et fait route avec nous

Cette belle formule peut avoir des échos bien au-delà de ce récit. Elle exprime bien la façon dont le Seigneur agit à notre égard. Jésus s’approche de nous, il vient à notre rencontre, et par ailleurs, il prend le temps de faire route avec nous. 

C’est dans la nature même de Jésus-Christ que de s’approcher de nous. Le Fils de Dieu s’est approché en devant l’un des nôtres, être humain parmi les êtres humains. Et il continue aujourd’hui de s’approcher de nous. Par son Esprit, par sa Parole, par les hommes et les femmes qu’il met sur notre route, par les circonstances de la vie… et on peut très bien ne pas le voir !

Mais il fait route avec nous. Même si nous, nous ne nous en rendons pas toujours compte. Même si nous ne le reconnaissons pas. Il fait route avec nous. Patiemment, il accepte le temps du cheminement.


Nos yeux sont parfois empêchés de le voir 

Suivre Jésus, c’est un peu une définition de la vie chrétienne, le chemin du disciples de Jésus-Christ. Il n’empêche que parfois, même sur le chemin, nos yeux sont empêchés de voir le Seigneur. Pour différentes raisons. 

Pour les disciples sur le chemin d’Emmaüs, il y avait sans doute leur tristesse, leur désespoir. Persuadés que Jésus est mort, ils sont incapables de voir le Ressuscité. 

Qu’est-ce qui nous empêche de voir que Jésus fait route avec nous ? Les causes peuvent être multiples, et elles sont propres à chaque personne. La fatigue, la lassitude, le découragement, la distraction, l’obstination dans une mauvaise voie, l’égocentrisme… 

Mais attention : ce n’est pas parce que nous ne voyons pas le Seigneur, ce n’est pas parce que nous ne sentons pas sa présence, qu’il n’est pas là… Il l’a promis : « Je suis avec vous tous les jours, jusqu’à la fin du monde ! »

D’ailleurs, comme pour les deux disciples de notre récit, c’est parfois après coup, avec le recul, qu’on comprend que Jésus était là, qu’il cheminait avec nous sur notre chemin alors que nous ne le percevions pas. 


Nos yeux finissent par s’ouvrir lors qu’on accueille Jésus chez nous

Dans le récit des deux disciples d’Emmaüs, c’est certes à table, au moment où Jésus rompt le pain, que leurs yeux s’ouvrent et qu’ils comprennent qui ils ont devant eux. Mais cela a lieu parce que, auparavant, ils ont demandé à Jésus de rester et d’entrer avec eux. 

Je ne peux m’empêcher ici de penser à cette parole de la lettre à l’Eglise de Laodicée, au début de l’Apocalypse : « Écoute, je me tiens à la porte et je frappe ; si quelqu'un entend ma voix et ouvre la porte, j'entrerai chez lui, je prendrai un repas avec lui et lui avec moi. » (Apocalypse 3.20)

Pour voir Jésus faire route avec nous, il s’agit de l’inviter à entrer chez nous… Pour que nos yeux s’ouvrent, il faut savoir parfois s’arrêter et accueillir Jésus chez nous. Le pain rompu est le symbole du repas… mais probablement plus encore celui du repas de la Cène, qui rappelle la mort et la résurrection de Jésus. 

La maison dans laquelle demander à Jésus d’entrer, c’est sans doute celle de notre vie. Parfois la porte se referme, et il s’agit de la rouvrir ! Mais la table où nous partageons le pain du Seigneur, c’est probablement l’Eglise. C’est aussi dans la communion fraternelle que la présence du Christ se discerne.


Conclusion

En conclusion, je relirai simplement cette phrase, que nous sommes tous appelés à nous approprier : 

Jésus s’approche et fait route avec nous, mais nos yeux sont parfois empêchés de le voir ; ils finissent toutefois par s’ouvrir lorsque nous accueillons Jésus chez nous. 

dimanche 8 février 2026

Être sel et lumière

 

Dimanche dernier, nous nous sommes arrêtés sur un texte fondamental du Nouveau Testament, auquel il convient de revenir régulièrement, à savoir les Béatitudes qui ouvrent le Sermon sur la Montagne dans l’évangile de Matthieu. En réalité, la suite n’est pas mal non plus… alors ne nous en privons pas ! 

Matthieu 5.13-16
13C'est vous qui êtes le sel de la terre. Mais si le sel perd son goût, comment le rendre de nouveau salé ? Il n'est plus bon à rien ; on le jette dehors, et les gens le piétinent.
14C'est vous qui êtes la lumière du monde. Une ville construite sur une montagne ne peut pas être cachée. 15On n'allume pas une lampe pour la mettre sous un seau. Au contraire, on la place sur le porte-lampe, d'où elle brille pour tous ceux qui sont dans la maison. 16C'est ainsi que votre lumière doit briller aux yeux de tous, afin que chacun voie le bien que vous faites et qu'ils louent votre Père qui est dans les cieux.

Il y a, dans ces paroles de Jésus, deux métaphores. Deux comparaisons. Jésus s’adresse à ses disciples et il les compare à du sel et à une lumière. Il faut noter d’abord que ce sont deux affirmations, et pas des commandements ou des exhortations. Jésus ne dit pas : « Soyez le sel de la terre » ou « Soyez la lumière du monde. » Il l’affirme. Vous êtes sel et lumière. 

Mais il y a un « mais »… Il ne s’agit pas de devenir sel de la terre, nous le sommes déjà. Mais attention à ne pas perdre notre goût. Il ne s’agit pas de devenir lumière du monde, nous le sommes déjà. Mais attention à ne pas cacher cette lumière. 

Ce sont justement les dangers associés au sel et à la lumière qui nous aident à comprendre le sens de ces deux métaphores. 


Le danger du sel qui perd son goût

Le danger pour le sel, c’est qu’il perde son goût. Littéralement qu’il devienne « stupide », on pourrait dire qu’il devient « inutile » ou « inefficace. » 

Dans l'Antiquité, on avait de nombreux usages pour le sel mais celui qui est visé par la métaphore de Jésus est sans doute l’usage domestique. En effet, dans la métaphore, quand le sel devient inutile, il est jeté dehors. Son utilité était donc bien à l'intérieur de la maison, dans un usage domestique. On utilisait alors le sel pour conserver les aliments (il n’y avait pas de réfrigérateur ou de congélateur !) mais aussi pour leur donner du goût (et ça on le fait toujours aujourd’hui !)

Par ailleurs, l'expression « être jeté dehors » évoque d'autres images bibliques associées au jugement. Dans certaines paraboles de Jésus, c'est le sort réservé à l'invité à la noce qui n'a pas revêtu l'habit de fête, ou au serviteur inutile qui n'a pas fait fructifier ses talents.

Par sa métaphore, Jésus dit donc à ses disciples qu’ils sont bons et utiles pour le monde. Comme le sel pour les aliments. Et il leur dit de ne pas perdre de vue cette vocation… Jésus met en garde contre le risque de devenir des disciples sans saveur, inutiles pour le monde.

Quand on regarde l’histoire, on se rend compte que de nombreux chrétiens ont été sel de la terre, qu’ils ont été utiles pour le monde, en étant à l’origine de grandes avancées sociales, par exemple autour de la dignité humaine, de la santé, de l’éducation, de l’aide sociale, de la protection des plus vulnérables. Malheureusement, on constate aussi que c’est loin d’avoir été toujours le cas. Parfois, les pires horreurs ont été commises sous couvert de la foi chrétienne (violences, oppressions, abus…) Bref, si les chrétiens peuvent se révéler sel de la terre, ils peuvent aussi parfois laisser un goût amer...

Il s’agit donc d’une métaphore qui interroge notre présence dans le monde. La vocation du disciple de Jésus-Christ est d’y être comme du sel. D’être utile pour le monde. Comme l’a très bien dit Dietrich Bonhoeffer : « L’Église n’est l’Église que lorsqu’elle existe pour les autres. » 

Il est intéressant de noter que le sel, pour qu’il conserve les aliments, ou pour qu'il leur donne du goût, doit se mélanger aux aliments. Il ne suffit pas de poser une salière sur la table pour donner du goût à votre plat ! Or parfois l'église est comme une salière hermétiquement fermée... Parce qu'on veut garder intacte la pureté du sel !

Comment être sel de la terre sans être mélangé au monde ? La présence dans le monde peut être, et elle l’est souvent, discrète. Mais elle est essentielle. Le sel est utile quand il disparaît… Mélangé à des aliments, on ne le voit plus. Mais on en sent le goût. Sa présence fait toute la différence. Est-ce qu’on peut dire la même chose de nous, en tant que disciples de Jésus dans le monde ? 

Comment être utile à mon prochain si je ne vais pas à sa rencontre ? Jésus a été utile auprès des petits, des délaissés, des exclus de la société de son époque. Il s'est mélangé à eux, il accueillait ceux qui venaient à lui et les guérissait, il allait manger chez ceux qui l'invitaient, y compris les pécheurs et les gens de mauvaise réputation...

En quoi suis-je utile aux autres ? Quel goût est-ce que je diffuse autour de moi ? Quelle influence ai-je sur mon prochain ? Il ne s'agit pas forcément de révolutionner la société... mais déjà d'avoir un impact positif sur notre entourage, nos amis. Apporter de la paix, de la joie, de l'espoir, du réconfort... c'est aussi cela être sel de la terre !


Le danger de la lumière qui est cachée

La deuxième métaphore peut, au premier abord, surprendre. Quand même : la lumière du monde ! Rien que cela !!! 

Il ne s’agirait pas de croire que les chrétiens seraient particulièrement des lumières… Ça se saurait ! En réalité, le chrétien ne peut être lumière du monde que dans la mesure où il reflète la lumière du Christ. C’est lui qui est la lumière du monde. Le chrétien ne peut briller que de la lumière du Christ. 

Et si la lumière, c’est Jésus-Christ lui-même, alors cacher la lumière, c’est cacher le Christ ! C’est renoncer à le refléter. Comment prétendre alors être son disciple ? 

Si le danger pour le sel est de devenir insipide, et donc inutile, le danger pour la lumière est qu'elle soit cachée, et donc inutile aussi ! A quoi servirait-il d’allumer une lampe si on la place sous un seau ? 

Quel est donc ce seau qu’on pourrait avoir envie de mettre sur la lampe ? Le terme grec est traduit habituellement par boisseau. C’est d’ailleurs devenu une expression qu’on utilise aujourd’hui en français : « mettre sous le boisseau », c’est cacher. Or, un boisseau désigne une unité de mesure, et donc le récipient utilisé pour mesurer des matières sèches. Ça n’a absolument rien à voir avec une lampe. C’est absurde de mettre un boisseau sur une lampe, c’est totalement incongru. 

Pourquoi donc cacher la lumière du Christ ? Je vois au moins deux éléments de réponse dans le texte de l’évangile. 

Tout d’abord, dans la façon qu’a Jésus d’insister sur le rôle de la lampe : elle éclaire tous ceux qui sont dans la maison. Autrement dit, la lumière du Christ, que nous sommes appelés à refléter, n’est pas réservée à certains. Elle est pour tout le monde. Cacher la lumière sous un boisseau, c’est peut-être refuser de la faire briller pour tous.

Il s’agit évidemment de ne pas la garder pour soi, de ne pas considérer la foi, ou la Bonne Nouvelle, comme un trésor à garder, à préserver pour soi. La Bonne Nouvelle est à partager. La lumière de Jésus-Christ doit briller pour tous. 

Il ne s’agit pas non plus de « choisir » les prochains à aimer, à accueillir, à fréquenter. 

Deuxième élément de réponse : Jésus insiste sur l’effet que la lumière produit sur ceux qui la voient. Il s’agit pour ceux qui sont dans la maison de voir le bien que font les disciples de Jésus et alors de louer Dieu. L’accent tombe sur les actes plus que les paroles, et même sur les « belles œuvres » accomplies par les disciples. 

Notez d’ailleurs au passage que si les gens louent Dieu en voyant le bien que nous faisons, c’est bien que la lumière ne vient pas de nous mais de Dieu, au travers de Jésus-Christ ! 

Cacher la lumière sous un boisseau, c’est peut-être ne pas la manifester par nos actes, notre façon de vivre. C’est peut-être avoir la lumière intérieure de la foi mais la garder secrète, enfouie, privée. Ou ne pas chercher à la mettre en pratique. C’est complètement incongru. Comme mettre une lampe allumée sous un seau !

C’est peut-être, finalement, tout ce que nous faisons et qui contredit ce que nous croyons. C’est le contre-témoignage de nos actes qui vient éteindre la lumière de notre témoignage. 


Conclusion

Les deux métaphores utilisées par Jésus sont très importantes pour les croyants parce qu’elles définissent la façon dont ils sont appelés à être ses disciples dans le quotidien de leur vie. Pas seulement quand ils sont avec d’autres croyants, pas seulement quand ils sont rassemblés pour rendre un culte à Dieu mais lorsqu’ils sont dispersés, du lundi au samedi, sur leurs lieux de vie. 

C’est là, ce qui constitue d’ailleurs la majeure partie de notre vie, que nous sommes appelés à être sel de la terre et lumière du monde. Une vocation que nous pourrions résumer par ces deux phrases, avec lesquelles je vais vous laisser :

  • Être sel de la terre, c’est être mélangé au monde pour faire goûter la saveur du Christ. 
  • Être lumière du monde, c’est briller de la lumière du Christ pour toutes et tous. 


dimanche 6 octobre 2024

L’appel de Jésus

 

(Cette prédication a été donnée dans le cadre d'un culte avec baptême)

Assister à un baptême ne nous laisse certainement pas indifférent. C’est un moment plein d’émotion, un engagement qui compte pour la personne qui se fait baptiser. 

En fonction de notre parcours spirituel, en fonction de nos convictions personnelles, c’est un moment qui fait écho de diverses manières en nous. Si on a soi-même déjà été baptisé, ça peut nous rappeler notre propre expérience du baptême, ou nous interroger sur ce que nous avons fait de notre baptême et de l’engagement qu’il représentait. Si on n’est pas baptisé, on peut se demander en quoi cela pourrait nous concerner. Comment est-ce que je perçois la foi, Dieu, la personne de Jésus ?...  

Bref, assister à un baptême, c’est d’une certaine façon entendre un appel, auquel chacun est libre de répondre ou non… 

Je vous propose donc de lire dans la Bible un récit d’appel. 

Marc 2.13-17
13Jésus retourna au bord du lac de Galilée. Toute la foule venait à lui et il les enseignait. 14En passant, il vit Lévi, le fils d'Alphée, assis au bureau des impôts. Jésus lui dit : « Suis-moi ! » Il se leva et le suivit. 15Jésus prit ensuite un repas dans la maison de Lévi. Beaucoup de collecteurs d'impôts et de pécheurs étaient à table avec Jésus et ses disciples, car ils étaient nombreux à le suivre. 16Et les spécialistes des Écritures qui étaient du groupe des pharisiens virent que Jésus mangeait avec les pécheurs et les collecteurs d'impôts ; ils disaient à ses disciples : « Pourquoi mange-t-il avec les collecteurs d'impôts et les pécheurs ? » 17Jésus, qui avait entendu, leur dit : « Ce ne sont pas les personnes en bonne santé qui ont besoin de médecin, mais les malades. Je ne suis pas venu appeler ceux qui croient faire la volonté de Dieu, mais ceux qui se reconnaissent pécheurs. »

Lévi n’est pas la première personne que Jésus appelle à le suivre. Mais jusqu’ici, il s’agissait de gens plutôt fréquentables… Modestes mais fréquentables. Les premiers qu’il a appelés étaient des pêcheurs de Galilée. Et d’autres ont suivi. On nous dit au verset 15 qu’ils étaient nombreux, sans préciser de qui il s’agissait. 

Cette fois, c’est un certain Lévi que Jésus appelle. Un collecteur d’impôts. Les collecteurs d’impôts étaient mal vus parce qu’ils travaillaient pour l’occupant romain. Aux yeux des Pharisiens, un parti religieux qui prônait la pureté, ils étaient associés à cette catégorie un peu fourre-tout des « pécheurs » : les gens infréquentables, impurs, dont le comportement était condamnable. Dans la même catégorie, on trouve aussi les prostituées par exemple. 

Non seulement Jésus appelle l’une de ces personnes à le suivre mais en plus il va manger chez elle. Et il se retrouve à table avec « beaucoup de collecteurs d’impôts et de pécheurs. » La pilule passe difficilement pour les Pharisiens. Comment Jésus ose-t-il manger avec ces gens-là ? 

Et Jésus le savait bien… Il les entend se plaindre auprès de ses disciples. C’est alors qu’il leur dit cette parole forte : « Ce ne sont pas les personnes en bonne santé qui ont besoin de médecin, mais les malades. Je ne suis pas venu appeler ceux qui croient faire la volonté de Dieu, mais ceux qui se reconnaissent pécheurs. »  Dans le grec, la langue du Nouveau Testament, la formule est plus directe encore : « Je ne suis pas venu appeler des justes mais des pécheurs. »


L’appel de Jésus est pour ceux qui ont besoin de lui

Jésus n’appelle pas des gens qui n’ont pas besoin de lui ! Que ce soit vrai ou pas importe peu… Le fait de penser qu’on n’a pas besoin de lui suffit à nous rendre sourd à son appel. 

Si tout va bien dans notre vie, si tout nous réussit, si on est en parfaite santé et qu’on file le parfait bonheur, pourquoi se soucier de Dieu ? D’ailleurs, les chrétiens eux-mêmes ont tendance à le vivre… C’est dans l’épreuve, quand les difficultés ou les malheurs surviennent qu’on pense souvent plus à se tourner vers Dieu, du moins avec plus d’intensité. Quand tout va bien, on peut l’oublier un peu… 

La bonne nouvelle, c’est que Dieu est patient et plein de bonté. Comme le père de la parabole dite de l’enfant prodigue, il attend notre retour, et il court à notre rencontre pour nous prendre dans ses bras. Même si on l’a oublié ou laissé de côté pour un temps… 

Et si on se posait donc la question ? En quoi ai-je besoin de Jésus aujourd’hui ? De quoi est-ce que je suis « malade » ? En quoi ai-je besoin de guérison, ou de rééducation ? C’est pour les « malades » qu’il est venu, pour les pécheurs. 

On peut se poser ces questions même si on est chrétien, même depuis de longues années. Pour renouveler notre engagement, pour poursuivre notre cheminement de foi. En quoi ai-je besoin de Dieu dans ma vie aujourd’hui ? Si vous cherchez, je suis sûr que vous trouverez ! 

Et peut-être que pour la première fois vous vous direz : oui, j’ai besoin de Dieu dans ma vie. Il sera temps alors de répondre à l’appel de Jésus : « suis-moi ». 


L’appel de Jésus est un appel à le suivre

« Suis-moi », c’est en effet l’appel de Jésus qui retentit dans les évangiles. Et ça n’a pas changé aujourd’hui ! La foi chrétienne, aujourd’hui encore, n’est que la réponse à l’appel de Jésus… Que signifie donc ce « suis-moi » de Jésus ? Au moins trois choses. 

« Suis-moi » = « mets-toi en marche »

La foi nous met en marche dans un cheminement. Lorsque Jésus dit « suis-moi », il nous dit « bouge, mets-toi en marche, prends le risque de t’engager sur le chemin de la foi ! »

Il faut dire que Jésus ne tenait pas en place ! Pendant les trois ans de son ministère, il a parcouru le pays de long en large. Et ses disciples le suivaient. Il disait explicitement qu’il n’avait pas de lieu où reposer sa tête. La foi est une marche, un cheminement, qui ne s’arrête jamais. On sait qui on suit mais on ne sait pas à l’avance où il nous emmènera ! On ne connaît pas l’itinéraire mais on connaît le guide ! 

La vie chrétienne n’a pas un plan de route préétabli avec toutes les étapes clairement définies. C’est une marche vers un certain inconnu… mais guidé par le Christ, en qui nous plaçons notre confiance (qui est une autre façon de parler de la foi). 

« Suis-moi » = « laisse ce qui te retient »

Si on se met en marche, c’est qu’on laisse quelque chose derrière soi. Les pêcheurs Simon et André ont laissé leurs filets, Lévi laisse son bureau de collecteur de taxes. Le changement ne sera pas aussi radical pour tout le monde mais se décider à suivre Jésus implique toujours de laisser, d’abandonner, de renoncer à quelque chose. Ne serait-ce que notre façon de vivre sans Dieu. Cela peut être certaines de nos pratiques, certaines valeurs jusqu’alors importantes à nos yeux… Il s’agit de laisser tout ce qui nous retient loin du Christ. 

Même si suivre Jésus implique des renoncements, ça ne signifie pas pour autant qu’on aura une vie morne faite que de privations. Regardez Lévi. Quelle a été la première chose qu’il a faite en tant que disciple ? Accueillir Jésus et ses amis pour faire la fête autour d’un repas ! 

« Suis-moi » = « fais comme moi » 

Le terme grec mathêtês, qu’on traduit en français par « disciple » pourrait aussi être traduit par « apprentis ». C’est celui ou celle qui apprend de son maître. Il me semble pertinent de voir la vie chrétienne comme un apprentissage. Au début, il y a la joie de la découverte mais bien vite on se rend compte de ses lacunes. Alors on apprend. On acquiert de l’expérience. On augmente notre connaissance de Dieu et sa Parole. Notre foi s’affermit. 

On ne naît pas chrétien, on le devient… Et je dirais même qu’on ne cesse jamais de devenir chrétien, d’apprendre à l’être. Nous sommes tous des apprentis de la foi. Et nous le restons toute notre vie. 

Il faut d’ailleurs encore donner une dernière précision, qui a son importance. Ces trois dimensions du « suis-moi » de Jésus demeurent toujours d’actualité pour le chrétien, quelle que soit son expérience. 

  • Il y a toujours, dans notre cheminement avec le Christ, des moments où on s’arrête et où on se met sur le bas-côté. Des moments où on a besoin de se remettre en marche. 
  • De même, il est légitime de se demander sans cesse qu’est-ce que nous devrions encore lâcher, ce qui nous retient loin du Christ. Soit parce que nous ne l’avons jamais vraiment lâché jusqu’ici, soit parce que nous nous en sommes encombrés en cours de route. 
  • Quant à l’apprentissage, le piège serait de croire qu’au bout d’un certain temps, on a fini l’apprentissage, on maîtrise parfaitement notre vie chrétienne. C’est souvent à ce moment-là qu’on se prend une tuile sur le coin de la figure… et il n’est pas toujours facile de se relever, surtout quand on tombe de haut ! 


Conclusion

« Suis-moi ! » L’appel de Jésus continue de résonner jusqu’à nous aujourd’hui. Le même Jésus qui a appelé Lévi, Simon et André, et tous les autres disciples, à le suivre nous appelle aussi aujourd’hui. 

Que vous soyez sur le chemin de la foi depuis de longues années, ou seulement au tout début de votre cheminement, et même peut-être encore sur le bord du chemin, je vous invite à vous poser ces questions : 

  • De quoi suis-je « malade » ? En quoi ai-je besoin du Christ comme « médecin » dans ma vie ? 
  • Qu’est-ce qui me retient encore pour poursuivre (ou commencer) ma marche par la foi à la suite du Christ ?



dimanche 25 août 2024

Pourquoi continuer à suivre le Christ ?

 

Jean 6.60-71
60Beaucoup de ses disciples qui l'écoutaient déclarèrent : « Cette parole est vraiment difficile à accepter ! Qui peut être d'accord ? »
61Jésus savait fort bien que ses disciples le critiquaient à ce sujet. C'est pourquoi il leur dit : « Cela vous choque-t-il ? 62Que se passera-t-il alors si vous voyez le Fils de l'homme monter là où il était auparavant ? 63C'est l'Esprit de Dieu qui donne la vie ; l'être humain, par ses propres forces, ne peut le faire. Les paroles que je vous ai dites sont Esprit et vie. 64Mais il y en a parmi vous qui ne croient pas. » En effet, Jésus savait depuis le commencement qui étaient ceux qui ne croyaient pas et qui était celui qui le livrerait. 65Il ajouta : « Voilà pourquoi je vous ai dit que personne ne peut venir à moi si le Père ne lui en a pas donné la possibilité. »
66Dès lors, beaucoup de ses disciples s'en retournèrent et cessèrent de l'accompagner.
67Jésus demanda alors aux douze disciples : « Voulez-vous partir, vous aussi ? » 68Simon Pierre lui répondit : « Seigneur, à qui irions-nous ? Tu as les paroles qui donnent la vie éternelle. 69Nous croyons et nous savons que toi tu es celui qui est saint, envoyé par Dieu ! » 70Jésus leur répondit : « Ne vous ai-je pas choisis, vous les douze ? Et pourtant l'un de vous est un diable ! » 71Il parlait de Judas, fils de Simon l'Iscariote. Car Judas, bien qu'il fût l'un des douze disciples, allait le livrer.


Pourquoi continuer à suivre le Christ ? C’est un peu la question que pose ce texte puisque c’est la question que Jésus pose explicitement à ses disciples, alors que plusieurs d’entre eux décident de s’en aller. « Voulez-vous partir, vous aussi ? »

Il faut dire qu’il y a pas mal d’éléments surprenants dans ce récit. Il intervient juste après un long discours de Jésus autour de l’affirmation « Je suis le pain de vie ». Un discours qui, visiblement, a surpris voire troublé ses auditeurs, jusque parmi les disciples de Jésus. Et beaucoup le lui disent : « Cette parole est vraiment difficile à accepter ! Qui peut être d'accord ? »

N’est-ce pas le genre de question que nous pouvons être amenés à nous poser aussi ? Face à des situations que nous rencontrons, des aléas de la vie, des épreuves et des difficultés, ou même à la lecture de certains textes bibliques… « Là, j’ai du mal à comprendre, c’est difficile à accepter… »

Et la réponse de Jésus ne va pas vraiment arranger les choses… puisqu’il en rajoute encore. « Cela vous choque-t-il ? Que se passera-t-il alors si vous voyez le Fils de l'homme monter là où il était auparavant ? » Et il insiste en disant que ses paroles sont Esprit et vie, qu’il y en a parmi ceux qui le suivent qui ne le croient pas et que de toute façon, personne ne peut venir à lui si ça ne lui est donné par le Père… 

Je ne vais pas m’attarder sur ces affirmations ce matin, qui ne sont d’ailleurs pas toujours faciles à comprendre. Je veux surtout m’arrêter sur la réaction qu’elles ont provoqué. Une réaction assez radicale. En effet, la pilule ne passe pas et plusieurs décident de laisser tomber à partir de ce moment : « Dès lors, beaucoup de ses disciples s'en retournèrent et cessèrent de l'accompagner. »

Vous remarquerez que le texte parle bien de disciples de Jésus qui cessent de l’accompagner. Il ne parle pas de simples curieux venus l’écouter ou des gens qui passaient par là par hasard. Il parle de plusieurs de ses disciples. Des gens qui avaient décidé de le suivre, qui l’accompagnaient sans doute depuis un certain temps déjà, qui avaient probablement tout quitté pour le suivre, comme cela est relaté pour les disciples qu’on connaît. Mais là, c’en est trop pour eux. Ils ne comprennent plus. Ils préfèrent laisser tomber et retourner à leur ancienne vie. 

Eh oui, ça arrive de tout laisser tomber ! Vous connaissez peut-être des croyants qui ont abandonné leur foi, ou au moins leur vie d’Eglise ou leur vie chrétienne. Parfois du jour au lendemain, parfois à la suite d’un événement particulier, voire traumatisant, sans compter ceux qui, malheureusement, ont été déçus par l’Eglise, par les autres croyants… parfois à juste titre ! On ne comprend pas toujours pourquoi ils laissent tout tomber. Ça peut être mystérieux. Parfois, ils reviennent, au bout d’un certain temps. Parfois non… 

Pourquoi les uns croient et pas les autres ? Pourquoi les uns gardent la foi et les autres semblent tout abandonner ? Il y a là un mystère qui appartient à Dieu… Et encore, pour compliquer les choses, dans notre texte, parmi ceux qui restent, tous ne sont pas exemplaires puisque parmi eux, il y a Judas, qui va trahir son maître… ce que Jésus sait très bien d’ailleurs ! 

On touche là à des mystères qui nous dépassent et auxquels on ferait bien de ne pas apporter des réponses simplistes. Du genre : « S’ils ont laissé tomber la foi, c’est parce qu’ils ne s’étaient pas vraiment convertis ! » Comment est-ce qu’on peut le savoir ? 

Les réponses à ces questions appartiennent à Dieu seul, qui connaît toutes choses. Ne prenons pas sa place ! Comptons sur sa grâce, pour les autres et pour nous-mêmes ! Car c’est par grâce que nous sommes sauvés, ça ne dépend pas de nous, c’est le don gratuit de Dieu. Et il ne reprend pas ce qu’il a donné. 

D’ailleurs, dans notre texte, on ne s’arrête pas sur ceux qui partent mais sur ceux qui restent. Et pourtant, Jésus leur demande : « Voulez-vous partir, vous aussi ? » 

Qu’est-ce que traduit cette question de Jésus ? Un désarroi ? Une crainte de se retrouver seul ? L’abandon, il le connaîtra plus tard… et il le sait bien. Au moment de son procès et de sa crucifixion, presque tous l’auront abandonné. 

Je crois plutôt qu’ici, il veut donner à ses disciples l’occasion de réaffirmer leur foi, leur décision de poursuivre la route avec lui. Et c’est important de se souvenir qu’être disciple de Jésus-Christ, c’est aussi renouveler sans cesse son engagement à le suivre. Nous avons besoin, régulièrement, de redire au Seigneur : « je veux continuer à te suivre. » C’est sans doute un des rôles, d’ailleurs, de la Cène. Ce sacrement qui nous accompagne tout au long de la vie chrétienne et par lequel nous proclamons notre foi, notre attachement au Christ, et notre besoin de sans cesse revenir à lui, réaffirmer notre engagement à sa suite. 

De ce fait, la réponse que les disciples vont apporter à Jésus est intéressante. Parce qu’elle nous dira pourquoi ils ont décidé de rester, malgré les paroles surprenantes voire difficiles à entendre de la part de leur maître. Et, une fois de plus, c’est Pierre qui se fait le porte-parole des disciples : « Seigneur, à qui irions-nous ? Tu as les paroles qui donnent la vie éternelle. Nous croyons et nous savons que toi tu es celui qui est saint, envoyé par Dieu ! »

Alors pourquoi est-ce que ça vaut la peine de rester avec Jésus ? Pourquoi est-ce qu’on choisit de continuer à croire ? La réponse de Pierre nous donne quelques pistes à méditer. 

« A qui irions-nous ? » 

La réponse à cette question rhétorique est sous-entendue… A qui irions-nous ? Personne d’autre ! Il n’y a pas mieux ! 

Il ne s’agit pas de se voiler la face et de dire que tout va toujours bien, de prétendre que nous n’avons jamais aucun doute, aucun problème, aucune interrogation dans notre vie de foi… Mais comparons ! Peut-il y avoir mieux que Jésus-Christ ? Avec Pierre, je suis convaincu que non. 

Malgré toutes les difficultés, les épreuves, les interrogations et les doutes que nous pouvons rencontrer, la vie avec le Christ vaut mieux que la vie sans lui ! Toujours. 

Ce qui peut poser des problèmes dans la vie chrétienne, ce n’est pas le Christ, c’est ce que nous faisons de lui, de son enseignement. Ce n’est pas le Christ qui déçoit, ce sont celles et ceux qui s’en réclament. 

« Tu as les paroles qui donnent la vie éternelle. » 

Littéralement « Tu as des paroles de vie éternelle ». Les paroles du Christ, son enseignement, sont uniques. Elles donnent un sens, une orientation, à la vie. Elles ne sont pas toutes faciles à entendre ni même à comprendre. Mais elles ont un goût d’éternité.

C’est l’expérience bienfaisante des paroles du Christ qui nous incite à poursuivre la route avec lui. On continue de suivre le Christ parce que ses paroles nous rejoignent, nous vivifient, nous consolent ou nous donnent une espérance. 

D’où l’importance de cultiver cette relation au Christ et sa parole, de s’en nourrir sans cesse. 

« Nous croyons et nous savons que toi tu es celui qui est saint, envoyé par Dieu ! »

La troisième partie de la réponse de Pierre est plus réfléchie. Nous croyons et nous savons… Il s’agit d’une affirmation de foi raisonnée. Pierre va plus loin que sa perception des paroles de son maître, il affirme ce qu’il croit profondément quant à la personne de Jésus. Littéralement, il lui dit qu’il est « le Saint de Dieu ». C’est l’équivalent de ce qu’on trouve, dans la bouche du même Pierre, dans l’évangile de Matthieu : « Tu es le Christ, le Fils du Dieu vivant » (Matthieu 16.16). 

Si ce que nous croyons est ferme et réfléchi, alors le fondement de notre vie chrétienne sera solide. On continuera de suivre Jésus-Christ parce que, malgré les interrogations et les doutes qu’on peut connaître, il y a un fondement auquel on reste attaché, qu’on a réfléchi et assimilé. Il est Celui que Dieu a choisi et envoyé. Jésus est le Christ, le Fils de Dieu qui apporte le salut à l’humanité. 

Il est essentiel, tout au long de notre vie chrétienne, de travailler à l’affermissement de ce fondement. 


Conclusion

Pourquoi donc poursuivre notre chemin de foi à la suite du Christ ? Parce qu’il n’y a pas mieux que lui ! 

Et pour nous donner toutes les chances de poursuivre notre chemin de foi, il est important de se nourrir de ses paroles, de les laisser vivifier notre foi. Et il est important aussi de se construire sur une foi réfléchie, raisonnée, qui sera un fondement solide lorsque les circonstances seront plus difficiles. 


dimanche 22 janvier 2023

Répondre à l’appel

 

> Ecouter la prédication

Matthieu 4.18-23
18 Jésus marchait le long du lac de Galilée, lorsqu'il vit Simon, surnommé Pierre, et son frère André ; ils étaient en train de jeter un filet dans le lac car c'étaient des pêcheurs. 19 Jésus leur dit : « Venez à ma suite et ce sont des êtres humains que vous pêcherez. » 20 Aussitôt, ils laissèrent leurs filets et le suivirent. 21 Il alla plus loin et vit deux autres frères, Jacques et Jean, les fils de Zébédée. Ils étaient dans leur barque avec Zébédée, leur père, et ils réparaient leurs filets. Jésus les appela ; 22 aussitôt, ils laissèrent la barque et leur père et ils le suivirent.
23 Jésus allait dans toute la Galilée ; il enseignait dans leurs synagogues, proclamait la bonne nouvelle du royaume et guérissait les gens de toutes leurs maladies et de toutes leurs infirmités.

Pourquoi s’intéresser à l’appel des premiers disciples de Jésus, un récit vieux de 2000 ans et qui concerne quelques pêcheurs sur le lac de Galilée ? En quoi ça nous concerne ? Nous ne sommes ni Simon ni André, ni un des deux fils de Zébédée. 

Certes, tous les quatre seront parmi les 12 apôtres choisis par Jésus pour poursuivre son œuvre et fonder son Eglise. Mais ça, ce sera plus tard… On voit, dans les évangiles, que le groupe des disciples qui suivaient Jésus était bien plus nombreux que les 12. Sans qu’on nous relate forcément le récit de leur appel, ils ont tous choisi, un jour, de suivre Jésus. Ils ont répondu à son appel. 

En fait, la nature même du message proclamé par Jésus est un appel qui attend une réponse. Dans le verset qui précède immédiatement notre texte, il est dit : 

Matthieu 4.17
Dès ce moment, Jésus se mit à proclamer : « Changez de vie, car le royaume des cieux est tout proche ! »

Si ce n’est pas un appel, qu’est-ce que c’est ? Et cet appel de Jésus va être relayé, de génération en génération, jusqu’à nous aujourd’hui. Jésus l’a demandé à ses disciples : 

Matthieu 28.19-20a
Allez donc auprès des gens de tous les peuples et faites d'eux mes disciples ; baptisez-les au nom du Père, du Fils et de l'Esprit saint, et enseignez-leur à pratiquer tout ce que je vous ai commandé.

Voilà pourquoi les récits d’appel dans les évangiles revêtent aussi une dimension universelle. Fondamentalement, l’appel ne change pas : il s’agit, pour nous aussi, de suivre Jésus. Et que cet appel retentisse par la lecture de la Bible ou par la bouche d’un prédicateur, ça ne change rien fondamentalement. C’est Jésus lui-même qui nous appelle, car le Christ ressuscité est vivant aujourd’hui ! 

Devenir chrétien, c’est devenir disciple du Christ. C’est répondre à son appel. 


Un appel… à suivre

Au début de notre récit, Jésus marche le long du lac de Galilée. Et à la fin de notre récit, il marche encore, allant dans toute la Galilée… En fait, on a l’impression que Jésus ne s’arrête jamais !

Il marche le long du lac, il voit Simon et André, il les invite à le suivre et il continue sa route. Pas le temps de discuter ou de tergiverser, si Simon et André veulent répondre à l’appel, c’est maintenant. Alors aussitôt ils laissent leur filet et se mettent à suivre Jésus. 

Et c’est pareil un peu plus tard. Jésus va un peu plus loin, il voit deux frères, les fils de Zébédée, il les appelle… et il continue sa route. Alors eux aussi, aussitôt ils laissent leur barque et leur père, et ils suivent Jésus. 

Et une fois ses premiers disciples embarqués avec lui, il poursuit sa route. « Jésus allait dans toute la Galilée ; il enseignait dans leurs synagogues, proclamait la bonne nouvelle du royaume et guérissait les gens de toutes leurs maladies et de toutes leurs infirmités. » Il ne s’arrête pas ! Jésus, il faut le suivre… 

Alors bien-sûr, le texte ne nous dit pas tout. On ne sait pas si Simon et Pierre avaient déjà entendu Jésus parler : il avait déjà commencé à annoncer la Bonne Nouvelle du Royaume de Dieu. On ne sait pas s’ils ont eu l’occasion d’échanger quelques mots avec lui avant de se mettre à le suivre. Mais la façon dont le récit nous est raconté souligne un Jésus qui marche, toujours en mouvement… d’où l’appel à le suivre !

Ne peut-on pas y voir comme une parabole de la vie chrétienne ? Un jour, Jésus nous appelle et nous commençons à le suivre, nous nous mettons en marche avec lui. Devenir chrétien, ce n’est pas s’enfermer dans une religion, c’est s’engager sur un chemin de vie. 

C’est nous qui pouvons, par la suite, nous endormir dans une vie chrétienne morne, faite d’habitudes et de routine. C’est nous qui, parfois, nous enfermons dans des contraintes et des rites sans vie, réduisant notre identité chrétienne à une simple pratique religieuse. 

Jésus, lui, veut nous emmener à sa suite, sur un chemin de vie, sans cesse renouvelé. Un chemin sur lequel retentit la bonne nouvelle du Royaume de Dieu, pour nous et pour tous ceux qui croisent notre chemin. 

C’est pour cela qu’il nous faut sans doute régulièrement réentendre l’appel de Jésus, pour reconsidérer notre marche à sa suite. Est-ce que je suis encore en mouvement ? Est-ce que je vis ma vie chrétienne comme quelque chose de dynamique, qui me mets en mouvement ? Ou est-ce devenu quelque chose de statiques, des habitudes immuables et des pratiques qui ont perdu leur âme ? 

Qu’est-ce que je me demande le matin ? Qu’est-ce qu’il faut que je fasse aujourd’hui ? Ou plutôt : où est-ce que Jésus veut m’emmener aujourd’hui ? Sur quel chemin m’appelle-t-il ? A la rencontre de qui ? 


Continuité et rupture 

Un autre élément étonnant dans ce récit d’appel des premiers disciples, c’est ce que Jésus dit à Simon et Pierre : « Venez à ma suite et ce sont des êtres humains que vous pêcherez. »

Derrière cette formule choc, cette punchline, il y a dans l’appel que Jésus adresse à ses futurs disciples, des éléments de continuité et des éléments de rupture. Vous êtes des pêcheurs, vous le resterez… toutefois ce ne sont plus des poissons que pêcherez mais des êtres humains. C’est évidemment une façon imagée de parler de tous ceux qui, par leur témoignage, découvriront la bonne nouvelle du Christ. Mais pour cela, il faut qu’ils suivent Jésus, qu’ils laissent leurs filets, leur barque, et leur père, et qu’ils suivent Jésus. Il y a là des éléments de rupture. 

Il y a toujours, dans l’appel que Jésus nous adresse, des éléments de continuité et de rupture.

Il se trouve que Jésus a appelé, comme premiers disciples, des pêcheurs. Il les a vu jeter leurs filets alors il en a profité pour utiliser sa formule. Mais il aurait pu appeler des agriculteurs par exemple et il aurait pu, en les voyant, leur dire : « venez à ma suite et ce sont des êtres humains que vous récolterez » 

Evidemment, ça ne fonctionne pas avec tous les métiers… Mais j’aime voir dans cette formule un indice de continuité. Le Dieu qui nous sauve est aussi celui qui nous a créé. Il ne s’agit pas de nier notre histoire, de faire table rase du passé, ou de le noircir à l’excès. Dieu agissait dans notre vie avant même que nous décidions de le suivre. 

Il ne s’agit pas non plus de renier nos expériences, ce que nous avons appris, nos talents et nos compétences, notre personnalité… mais au contraire de les emmener avec nous, à la suite du Christ. Voyons comment on peut les mettre au service de Dieu et de notre prochain !

Ces éléments de continuité dans l’appel que le Seigneur nous adresse est une façon de reconnaître sa providence, la façon dont il a agi dans notre vie, dès le commencement. Mais parler de continuité ne veut pas dire qu’il n’y doit pas y avoir d’évolution ou de changement. Dieu nous transforme ! Et il y a aussi toujours une dimension de rupture dans l’appel que Jésus nous adresse. 

C’est la rupture de la conversion, du changement radical auquel nous sommes appelés. Un changement radical que nous devons parfois opérer encore au cours de notre vie chrétienne, lorsque pour une raison ou une autre, nous nous écartons du chemin. 

Quels sont, pour faire écho à notre récit, les filets que nous devons laisser ou les barques que nous devons quitter ? Qu’est-ce qui nous retient, aujourd’hui, ou nous ralentit dans notre marche à la suite du Christ ? A quoi devrions-nous renoncer ? 


Conclusion

Lire le récit d’appel des premiers disciples de Jésus nous conduit à nous interroger sur notre propre appel. Car Jésus nous appelle encore aujourd’hui ! Il nous appelle, sans cesse, à le suivre… 

C’est peut-être la première fois que vous entendez clairement son appel… ou peut-être l’avez-vous déjà entendu mais que vous n’y avez pas répondu… alors n’hésitez plus. Laissez vos filets, quittez votre barque et engagez-vous avec lui sur son chemin. Le voyage en vaut la peine !

Beaucoup ici ont déjà répondu à cet appel. Et pourtant, n’a-t-on pas encore besoin de l’entendre aujourd’hui ? Pour nous souvenir du moment où nous y avons répondu et renouveler notre engagement de foi. Ou alors pour nous demander si nous ne nous sommes pas un peu écartés du chemin, ou ralentis voire arrêtés sur le chemin… 

Ce matin, Jésus nous dit encore : « Viens, suis-moi ! » Allons-nous répondre à l’appel ? 


dimanche 26 septembre 2021

Dans le monde sans être du monde

 

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Il y a quinze jours, pour la première prédication de notre campagne de rentrée, je vous avais posé une question : Suivre le Christ, est-ce vraiment si simple que ça ? En élargissant même la question, que vous soyez croyant ou non : est-ce que vous trouvez que c’est facile de vivre au quotidien en cohérence avec vos convictions et vos valeurs ? 

Je pourrais poser à nouveau la même question aujourd’hui. Elle est au cœur de cette campagne de rentrée et elle pose le défi d’une vie de disciple du Christ à plein temps, 7 jours sur 7. La semaine dernière, Florence a rappelé que ce défi est celui de la mission que le Christ nous confie, son appel à être attaché à lui pour porter du fruit. C’est le défi d’avoir une vie épanouie et féconde, pas seulement pour soi mais aussi pour les autres. 

Entre notre vie spirituelle et notre vie d’Eglise d’une part, et notre vie quotidienne, au contact de nos prochains, souvent très éloignés de notre foi, d’autre part, la posture à adopter n’est pas évidente. Une prière de Jésus dans l’évangile selon Jean va nous aider à y voir plus clair quant à cette posture. 

L’évangile selon Jean a regroupé dans ses chapitres 14 à 17 un long discours d’adieu de Jésus à ses disciples. Il leur donne ses dernières instructions, en quelque sorte. Et ce discours se termine avec une longue prière qui constitue tout le chapitre 17. C’est une prière dense, riche et essentielle pour comprendre ce que le Seigneur attend de ses disciples. 

Nous allons lire un extrait de cette prière, où Jésus évoque justement la posture des croyants dans le monde, dans des termes qui montrent que la juste posture est une question d’équilibre, qui demande finesse et discernement.

Jean 17.13-19

13 Maintenant je viens à toi et je dis ces choses pendant que je suis encore dans le monde, afin qu'ils aient en eux ma joie, une joie complète. 14 Je leur ai donné ta parole, et le monde a de la haine pour eux parce qu'ils n'appartiennent pas au monde, comme moi je n'appartiens pas au monde. 15 Je ne te prie pas de les retirer du monde, mais de les garder du Mauvais. 16 Ils n'appartiennent pas au monde, comme moi je n'appartiens pas au monde. 17 Fais qu'ils soient entièrement à toi, par le moyen de la vérité ; ta parole est la vérité. 18 Comme toi tu m'as envoyé dans le monde, moi aussi je les ai envoyés dans le monde. 19 Je m'offre entièrement à toi pour eux, afin qu'eux aussi soient entièrement à toi.

C’est un texte qu’on cite assez souvent en tant que croyant. Il décrit fort bien la difficile condition du disciple de Jésus dans le monde. On en tire la fameuse formule, inspirée de ce texte, disant que les chrétiens sont dans le monde sans être du monde. La formule est juste mais il est légitime de la revisiter régulièrement, pour se demander si nous l’avons bien comprise, et si nous la vivons correctement… 

On cite souvent le verset 14, qui souligne la haine du monde. Et, paradoxalement, ça nous rassure parce qu’on y voit l’écho de nos difficultés à vivre au quotidien en chrétien dans un monde qui ne partage pas nos convictions. Même si ça peut nous pousser à prétendre un peu trop vite que nous sommes persécutés… Attendons le 7 novembre, où nous vivrons ensemble le culte de l’Eglise persécutée, proposé par Portes Ouvertes, pour nous souvenir que des frères et soeurs chrétiens sont vraiment persécutés à cause de leur foi dans le monde. Et ce n’est pas notre cas ici, en France ! 

On cite aussi souvent le verset 16 qui affirme explicitement que le croyant n’appartient pas au monde. Même si ça a pu justifier, et ça justifie encore parfois, une méfiance systématique pour tout ce qui n’est pas explicitement et clairement chrétien… ce qui me semble tout à fait excessif !

On cite aussi le verset 18, surtout si on a un coeur pour la mission. Et on se souvient, avec raison, que le Seigneur nous envoie dans le monde pour être porteurs de la Bonne Nouvelle de Jésus-Christ. 

Mais, et je me trompe peut-être, j’ai l’impression qu’on ne cite pas si souvent que cela le verset 15… Il me semble pourtant être à la charnière de tout ce passage, essentiel pour préserver un sain équilibre de notre vie de disciple de Jésus-Christ dans le monde : 

Jean17.15

Je ne te prie pas de les retirer du monde, mais de les garder du Mauvais.


Ne pas se retirer du monde

Il est intéressant de noter que la première partie de la demande de Jésus est formulée de façon négative. Il aurait pu dire aussi : “Je te prie de les garder dans le monde”. Il préfère dire “Je ne te prie pas de les retirer du monde…” 

C’est dire, probablement, que la tentation est forte de le faire. C’est peut-être même une tendance naturelle contre laquelle il faut lutter… d’où l’importance de demander à Dieu de ne pas nous retirer du monde. 

Il me semble légitime de dire que le croyant est naturellement attiré vers un certain retrait du monde. Et ça peut s’expliquer. A force de ressentir un décalage entre ce qui nous anime, nos valeurs et aspirations profondes et celles que nous rencontrons autour de nous, il peut y avoir une fatigue légitime, une lassitude, un découragement et des frustrations. Surtout quand on doit faire face à l’incompréhension, voire aux moqueries ou au rejet de certains. Au bout d’un moment, on a peut-être envie de démissionner, de se retirer du monde pour se retrouver avec celles et ceux qui partagent notre foi et nos valeurs. 

Se retirer du monde, c’est une tendance assez naturelle pour le croyant. Mais c’est une solution de facilité… en réalité, c’est même une fuite. Nous l’avons lu dans notre texte, Jésus nous envoie dans le monde ! On fuit cet appel quand on se retire du monde… 

Il faut se rendre compte qu’on ne se retire pas forcément du monde de façon intentionnelle. C’est souvent un processus lent, presque imperceptible. Et parfois il est bon de s’arrêter et de se demander où nous en sommes. 

Quand peut-on dire qu’on s’est retirés du monde ? On pourrait répondre sans doute qu’on s’est retiré du monde quand on ne le connaît plus sinon par nos aprioris et nos préjugés, quand nos contacts avec le monde ne sont plus que contraints par les nécessités de la vie sociale… 

Voici quelques exemples concrets auxquels je pense :

  • Ne peut-on pas dire qu’on s’est retirés du monde quand notre cercle d’amis est constitué exclusivement de chrétiens ?
  • Ne peut-on pas dire qu’on s’est retirés du monde quand les seuls livres qu’on lit, les seules musiques qu’on écoute, les seuls films qu’on regarde sont des productions “chrétiennes”  ?
  • Ne peut-on pas même dire d’une Église qu’elle s’est retirée du monde quand elle ne s’adresse qu’à des chrétiens et que ses préoccupations ne sont que de prendre soin de ses membres ?

On devient alors des chrétiens hors sol, déconnectés du monde qui les entoure. Comment pourrons-nous alors accomplir la mission que le Christ nous a confiée ? 

La demande de Jésus doit nous tenir en éveil, et nous pouvons nous l’approprier en demandant à Dieu : “Garde-nous de nous retirer du monde !”


Être gardé du Mauvais

Mais pour garder une compréhension équilibrée de la posture du disciples du Christ dans le monde, il faut considérer la deuxième partie de la demande de Jésus : “Je te prie de les garder du Mauvais.” D’autres versions traduisent ici plutôt “garder du mal”, ce qui est aussi possible. En traduisant le Mauvais, on laisse entendre avec justesse que le mal n’est pas simplement un concept abstrait et philosophique, mais qu’il est un ennemi contre lequel il faut lutter, dont il faut discerner les manoeuvres et auquel il faut résister. 

Il ne s’agit pas d’être naïf et de croire que nous vivons dans le monde des Bisounours ! Il y a bel et bien, dans le monde, des dangers dont il faut être gardés, des forces destructrices et aliénantes qu’il faut combattre. Mais il ne faut pas se tromper de combat. L’ennemi, ce n’est pas le monde, c’est le Mauvais. 

Il serait absurde de dire que tout ce qui vient du monde est mauvais. D’abord parce que ce n’est pas faire justice au Dieu de grâce qui oeuvre aussi, dans sa souveraineté, dans notre monde. C’est ce qu’on appelle en théologie protestante la grâce commune, par laquelle Dieu veille sur sa création, il distribue aux humains des dons et des talents pour le bien de tous. 

Il faut sortir d’un discours binaire et sans nuance. D’autant que dire que tout ce qui vient “du monde” est mauvais, c’est aussi oublier que le Mauvais n’est pas seulement extérieur à nous-mêmes ! Jésus dit bien que c’est ce qui sort de notre coeur qui nous souille ! Le Mauvais est aussi en chacun de nous… 

Il ne s’agit pas non plus de faire une liste de ce qui serait bon et de ce qui serait mauvais, de ce qui vient de Dieu et de ce qui vient du diable. La réalité est bien plus complexe et nuancée que cela. On ne s’en sortira pas avec des listes ! 

C’est bien pour cela que Jésus adresse cette demande pour nous. C’est parce que la réalité du mal est complexe et qu’un travail fin de discernement est nécessaire que nous avons besoin d’être gardés du Mauvais.  

Il n’est jamais superflu de s’interroger sur le bien-fondé de nos pratiques, de nos activités et de nos projets. Dans tous les domaines de notre vie. Quels en sont les impacts sur nous-mêmes, et sur ceux que nous côtoyons. Est-ce que ça élève ou ça abaisse ? Est-ce que ça libère ou ça emprisonne ? Est-ce que ça fait grandir ou ça humilie ? Est-ce que ça nous ouvre sur les autres ou ça nous enferme sur nous-mêmes ? Et on pourrait multiplier les questions… 

Les réponses ne seront pas toujours simples, rarement binaires, souvent nuancées. Mais l’exercice est salutaire et doit se vivre nourri de prière et de méditation de la Parole de Dieu, pour avoir un discernement éclairé par l’Esprit de Dieu. 

Car le solide fondement sur lequel s’appuyer, c’est la Parole de Dieu. C’est le verset 17 : “Fais qu'ils soient entièrement à toi, par le moyen de la vérité ; ta parole est la vérité.” A condition de ne pas chercher dans la Bible des listes et des opinions toutes faites, mais la pensée de Dieu à appliquer à notre vie, aujourd’hui. 


Conclusion

L’expression “être dans le monde sans être du monde” exprime bien l’équilibre délicat auquel le disciple du Christ est appelé dans sa vie quotidienne. La double demande de Jésus, priant son Père de ne pas nous retirer du monde mais de nous garder du Mauvais, le souligne encore. 

La formule renvoie aussi à une saine articulation, dans la vie de disciple, entre le rassemblement et la dispersion. Nous avons besoin des deux : des temps de rassemblement pour vivre pleinement en disciple du Christ les temps de dispersion. On pourrait comparer cela à un processus de respiration spirituelle, où nous avons besoin d’inspirer (dans le rassemblement) et d’expirer (dans la dispersion). Si on ne fait qu’expirer, on est à bout de souffle… Si on ne fait qu’inspirer, on hyperventile et on risque la syncope. 

Le chétien respire vraiment, spirituellement, quand il trouve l’équilibre entre le rassemblement avec ses frères et soeurs croyants et la dispersion dans le monde où le Christ l’envoie. C’est aussi cela être dans le monde sans être du monde, ne pas se retirer du monde mais se préserver du Mauvais. 


dimanche 30 juin 2019

Qu'est-ce qui compte vraiment ?

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Qu'est-ce qui compte vraiment ? C'est ce qui est au cœur de ma vie, ce sans quoi ma vie perdrait toute saveur, toute valeur. Est-ce que c'est ma famille, mes amis, mes proches ? Est-ce que c'est ma situation professionnelle, mon statut social ? Est-ce que c'est ce que j'ai construit de mes mains, ce que j'ai acquis à la sueur de mon front ?

Qu'est-ce qui compte vraiment ? C'est ce à quoi je consacre le plus de temps. C'est là où je mets mon argent. C'est ce qui occupe mes réflexions, mes projets, mes prières. C'est ce qui me fait vibrer, m'enthousiasme, me rend fier.

Qu'est-ce qui compte vraiment ? L'apôtre Paul répond à cette question ainsi : « ce qui compte c'est d'être une nouvelle créature. » (Galates 6.15).

Pour bien comprendre ce qu'il veut dire par là, je vous propose de commencer la lecture quelques versets auparavant :

Galates 6.11-18
11 Regardez ces grosses lettres : je vous écris de ma main ! 12 Ceux qui vous obligent à être circoncis, ces gens-là veulent se faire bien voir pour des raisons humaines. Leur seul but est d'éviter de souffrir à cause de la croix du Christ. 13 Ces hommes qui se font circoncire n'obéissent pas à la loi ! Et pourtant, ils veulent que vous soyez circoncis pour se vanter de votre circoncision. 14 Moi, je veux me vanter d'une seule chose : c'est de la croix de notre Seigneur Jésus-Christ. Par la croix, le monde est mort pour moi, et moi aussi, je suis mort pour le monde. 15 Être circoncis ou ne pas être circoncis, cela n'a pas d'importance ! Ce qui compte, c'est que Dieu nous crée à nouveau.

Quand il écrit aux chrétiens de Galatie, l'apôtre Paul est assez frontal. Ainsi, dès le tout début de sa lettre, juste après les formules de politesse d'usage, il écrit (version TOB) : « J’admire avec quelle rapidité vous vous détournez de celui qui vous a appelés par la grâce du Christ, pour passer à un évangile différent. » (Galates 1.6) Et le reste de l'épître est du même acabit, jusqu'à cette conclusion que nous venons de lire.


Être fier du Christ

Il faut dire que Paul en veut vraiment à ceux qu'il nomme ici « ceux qui vous obligent à être circoncis ». Il s'agissait de croyants d'origine juive qui estimaient nécessaire pour les chrétiens d'origine païenne de se faire circoncire. La circoncision, c'est le rite que Dieu a donné à Abraham comme signe de l'alliance. C'est un marqueur identitaire Juif. Autrement dit, pour ces croyants, pour devenir chrétien, il fallait aussi devenir Juif. Pour Paul, c'est intolérable : c'est même une trahison de l'Evangile...  La Bonne Nouvelle, c'est que tout être humain, quel qu'il soit, reçoit le salut de Dieu par la foi seule. Exiger des croyants d'origine païenne de se faire circoncire, c'est nier cette donnée fondamentale et dire que la foi ne suffit pas.

Or Paul lui-même était Juif et il était profondément attaché à l'héritage reçu de ses pères. Pourtant il peut dire, sans ambiguïté : « Être circoncis ou ne pas être circoncis, cela n'a pas d'importance ! » Car désormais il n'est fier que d'une chose : la croix du Christ. La formule a de quoi surprendre : comment peut-on se vanter de quelque chose dont on n'est pour rien ? La croix du Christ ? Je n'y suis pour rien. Vous non plus... Et l'apôtre Paul non plus !

L'expression « la croix du Christ » désigne, par une formule condensée, tout ce qui a conduit Jésus-Christ jusqu'à la mort sur la croix et tout ce qui découle de cette mort sur la croix.

  • La croix est l'aboutissement de l'incarnation : le Fils de Dieu est devenu homme, il nous a rejoint dans notre humanité, jusqu'à la mort. 
  • La croix est la fin d'un monde et l'aube d'un nouveau monde. Après la croix vient le tombeau vide, le Christ est mort mais il est aussi ressuscité. D'ailleurs Paul y fait référence en évoquant une création nouvelle : « Ce qui compte, c'est que Dieu nous crée à nouveau. » 
  • La croix du Christ dans ma vie est l'expérience de ce changement de monde : « Par la croix, le monde est mort pour moi, et moi aussi, je suis mort pour le monde. » Plus rien n'est comme avant. 

Alors oui, il y a de quoi être fier du Christ dans notre vie !


Se centrer sur le Christ

Connaître Jésus-Christ, faire l'expérience du changement de monde qui s'est joué à la croix, voilà ce qui est vraiment important. Et ne laissons pas d'autres marqueurs identitaires l'occulter.

Aujourd'hui, ce n'est plus la question de la circoncision qui pose problème parmi les chrétiens. Mais ne met-on pas en avant d'autres critères, d'autres marqueurs identitaires qui risquent d'occulter ce qui compte vraiment ? Par exemple lorsqu'on sous-entend  qu'être « vraiment » chrétien, c'est être ceci ou cela, c'est faire et dire ceci ou cela... Être vraiment chrétien, ça serait appartenir à telle confession chrétienne plutôt qu'une autre, adopter telle culture évangélico-compatible, souscrire à telles valeurs, assumer telle posture éthique (surtout en matière sexuelle et familiale), etc ?

Je ne dis pas que ces choses ne sont pas à prendre en considération. Je dis simplement que ce n'est pas ça qui est vraiment important... Reprenons l'affirmation de l'apôtre Paul : « Être circoncis ou ne pas être circoncis, » - et vous pouvez mettre ici à la place tous les marqueurs identitaires que vous voulez – « cela n'a pas d'importance ! Ce qui compte, c'est que Dieu nous crée à nouveau. » 


Être disciple du Christ

Oui, pour nous comme pour l'apôtre Paul, ce qui compte vraiment, c'est la croix du Christ et la vie nouvelle qu'il nous donne. Et on le dit sans doute ! Mais on le dit peut-être avec hésitation : « Ce qui compte vraiment, pour moi, c'est le Christ. Enfin, surtout le dimanche, et même surtout le dimanche matin... Mais du lundi au samedi, c'est moins évident »

On peut facilement cloisonner ces deux dimensions et être deux personnes différentes le dimanche et les autres jours de la semaine. Ou alors, on peut avoir l'impression d'être en apnée spirituelle toute la semaine en attendant de reprendre notre souffle le dimanche, et avant de retourner en apnée. Et c'est épuisant...

La bonne posture à adopter est celle de se voir à la fois comme pleinement disciple du Christ le dimanche, dans l'Eglise rassemblée, avec mes frères et sœurs dans la foi, et comme pleinement disciple du Christ chaque jour de la semaine, à la maison, dans ma famille, avec mes amis, dans mon travail.

Ici, il faut tordre le cou à l'idée selon laquelle il y aurait dans l'Eglise des chrétiens à plein temps pour Dieu et les autres. Comme s'il n'y avait que les pasteurs ou les missionnaires qui étaient à plein temps pour Dieu ! En réalité, tous les croyants sont à plein temps pour le Seigneur ! Du lundi au dimanche.

Evidemment, si on ne voit dans le fait d'être disciple du Christ que le seul fait de témoigner explicitement de l'Evangile, alors personne n'est à plein temps pour lui. Pas même les pasteurs !

Ce qui compte vraiment, c'est le Christ dans notre vie. Et on pourrait le reformuler en disant que ce qui compte vraiment ; c'est d'être disciple du Christ. C'est de voir toute notre vie comme une occasion de vivre en disciple du Christ : dans notre travail professionnel au quotidien, dans notre engagement associatif, dans nos relations à la maison et avec nos amis...


Conclusion

Qu'est-ce qui compte vraiment ? Chacun répondra pour lui-même, en fonction de la réalité de son cœur. Mais prenons en compte l'exhortation de l'apôtre Paul. Envisageons la croix du Christ et la vie nouvelle qui en découle comme ce qui doit compter vraiment dans notre vie.

Et cela se concrétise, notamment, selon ces trois axes :

  • Être fier du Christ : c'est ce qui nous anime, ce qui nous motive et nous fait vibrer. C'est le Christ dans notre vie, qui nous ouvre sur un monde nouveau. 
  • Se centrer sur le Christ : il s'agit de ne pas se disperser. Donner trop d'importance à des choses secondaires c'est oublier l'essentiel !
  • Être disciple du Christ : c'est la façon concrète de vivre et de mettre en pratique ce qu'il y a dans notre cœur. Et c'est une job à plein temps ! Du lundi au dimanche !



dimanche 5 mai 2019

Aimer, se mettre en marche et recommencer

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Voici deux de mes posts récents sur Facebook... Quel est le point commun entre les deux ? Les risques de spoiler !

Pour les fans d'Avengers et ceux de Game of Thrones, c'était la semaine de tous les dangers ! Il fallait à tout prix éviter les spoilers, pour profiter pleinement de la découverte et des surprises. Il n'y a rien de pire que d'apprendre, avant de voir un film ou une série, quel en sera le dénouement. En l'occurrence, qui meurt dans l'affrontement avec Thanos ou à la bataille de Winterfell !

D'ailleurs, pour éviter les fuites, les acteurs du dernier film Avengers ont tourné plusieurs fins différentes sans savoir laquelle était la bonne !

Mais parfois, on connaît la fin de l'histoire et le film reste passionnant. Par exemple, dans un épisode de Colombo, on sait presque toujours dès le début qui est le coupable mais tout l'intérêt réside dans la façon dont l'inspecteur va réussir à le coincer. Ou alors dans l'adaptation au cinéma d'un événement historique, on apprend des choses qu'on ne savait pas en pénétrant dans les coulisses de l'Histoire. Ou alors on se focalise sur un personnage, dont on ne connaît pas le destin personnel au cœur de cette grande Histoire.

Pourquoi je vous parle de tout cela ? Parce qu'on pourrait avoir l'impression que la Bible nous spoile la fin de l'histoire ! On sait déjà qui va gagner ! Jésus revient, Satan est vaincu, la mort elle-même est vaincue et tous ressuscitent pour être jugés, la création entière est renouvelée.

Mais même si on connaît les grandes lignes du dénouement, beaucoup de choses nous restent encore inconnues. Et puis on ne connaît pas le timing... et surtout on ne sait pas à l'avance quel rôle, même petit, nous sommes appelés à jouer personnellement. Nous ne savons pas comment notre histoire s'insérera dans l'Histoire.

L'espérance chrétienne n'est pas un spoiler qui gâche notre histoire. Mais notre histoire avec le Christ, aujourd'hui, est appelée à s'insérer dans la grande histoire du salut de Dieu. Et ça, c'est passionnant !

Dans les évangiles, nous trouvons quelques récits d'apparition de Jésus ressuscité à ses disciples. L'un d'eux nous est proposé pour ce matin. Et vous verrez que Jésus va spoiler la fin de l'histoire personnelle de l'apôtre Pierre... Mais c'est pour qu'il se concentre sur ce qu'il aura désormais à faire.

Jean 21.15-19
15 Après le repas, Jésus demande à Simon-Pierre : « Simon, fils de Jean, est-ce que tu as plus d'amour pour moi que ceux-ci ? » Pierre lui répond : « Oui, Seigneur, tu sais que je t'aime. » Jésus lui dit : « Prends soin de mes agneaux. » 16 Une deuxième fois, Jésus lui demande : « Simon, fils de Jean, est-ce que tu m'aimes ? » Pierre lui répond : « Oui, Seigneur, tu sais que je t'aime. » Jésus lui dit : « Sois le berger de mes moutons. » 17 Une troisième fois, Jésus lui demande : « Simon, fils de Jean, est-ce que tu m'aimes ? » Pierre est triste parce que Jésus lui demande une troisième fois : « Est-ce que tu m'aimes ? » Et il dit à Jésus : « Seigneur, tu sais tout, tu sais bien que je t'aime. » Jésus lui dit : « Prends soin de mes moutons. 18 Oui, je te le dis, c'est la vérité : quand tu étais jeune, tu mettais toi-même ta ceinture et tu allais où tu voulais. Quand tu seras vieux, tu étendras les mains. Un autre te mettra ta ceinture et il te conduira là où tu ne veux pas. » 19 Par ces paroles, Jésus annonce de quelle façon Pierre va mourir et donner de la gloire à Dieu. Ensuite Jésus dit à Pierre : « Suis-moi ! »

Je vous avais averti : Jésus spoile la fin de son histoire à Pierre ! Et il ne lui annonce pas un happy end.... puisqu'il va mourir en martyr.

Pourquoi Jésus agit-il ainsi ? Et que signifie ce dialogue singulier entre Jésus et Pierre ?

D'abord, on remarque que par trois fois, Jésus pose la même question à Pierre, et ce dernier finit par s'en attrister... Avec quelques variantes, Jésus lui demande : « Pierre, m'aimes-tu ? »  En fait, ces trois questions, et ce que Jésus dit à Pierre ensuite, font écho à l'expérience de Pierre en tant que disciple.

Si Jésus demande à Pierre, trois fois, s'il l'aime, c'est probablement en référence aux trois fois où, pendant la Passion de Jésus, Pierre l'a renié. Il lui donne ici l'occasion d'effacer ces trois blessures profondes... L'annonce que Jésus fait ensuite de sa mort en martyr répond à ses paroles, avant que Jésus lui annonce son triple reniement : « Même si je dois mourir avec toi, je ne dirai jamais que je ne te connais pas ! » (Marc 14.31). « Même si je dois mourir avec toi... » C'est bien, finalement, ce qui va lui arriver ! Quant à la dernière parole de Jésus : « Suis-moi », elle fait écho au premier appel qu'il lui avait adressé, au début de son ministère, alors que Pierre était encore un simple pêcheur en Galilée.

Avec ce dialogue, c'est comme si Jésus lui disait : « Allez, on efface tout et on recommence ! »

D'ailleurs, Jésus en profite pour lui confier une mission : prendre soin de son troupeau. Jésus rétablit pleinement Pierre et lui renouvelle sa confiance. Quand le Seigneur pardonne, ce n'est pas sous condition. Il ne dit jamais, contrairement à nous parfois : « je te pardonne mais... »

Alors, certes, Jésus révèle à Pierre la façon dont il va mourir... Mais ça correspond à ce qu'il était prêt à vivre. Il l'avait dit à Jésus. En effaçant son ardoise, et en lui révélant la fin de son histoire, Jésus lui permet de se concentrer sur l'essentiel pour lui désormais : accomplir la mission qui lui est confiée.


Bien sûr, prendre soin du troupeau du Seigneur, c'est l'appel de Pierre. Mourir en martyr, c'est son destin. On ne peut pas sans autre se l'appliquer à soi-même : nous n'avons ni le ministère ni le destin de Pierre...

Mais ne pouvons-nous pas entendre derrière ces paroles de Jésus des principes qui nous concernent tous ? Il me semble qu'il y a bien trois éléments qui concernaient Pierre et qui nous concernent tout autant. Trois éléments clés pour nous aussi, disciples du Christ aujourd'hui, dans l'attente de l'accomplissement de notre espérance, quel que soit notre appel et quel que soit notre destin.


D'abord, aimer le Seigneur 

C'est la clé fondamentale de toute vie de disciple de Jésus-Christ. Si je ne l'aime pas, je serai peut-être un adepte de la religion chrétienne, un sympathisant de la cause chrétienne, un partisan des valeurs chrétiennes... mais pas un disciple de Jésus-Christ.

Quel que soit notre cheminement, quoi que nous ayons fait, Jésus nous le demande sans cesse : « m'aimes-tu ? »

Et le véritable disciple du Christ répondra comme Pierre : « Tu sais que je t'aime ». Sans doute pas d'un amour parfait... comme Pierre, nous avons forcément des choses à nous reprocher. « Même si mon amour n'est pas parfait, même si ma vie de disciple n'est pas toujours exemplaire, même si j'ai fait des erreurs et que je ne me suis pas toujours montré fidèle... oui, tu sais que je t'aime. »

Si on se demande à quoi nous sommes appelés, quelle est notre tâche, notre responsabilité, rappelons-nous que tout commence et tout se termine pour nous dans l'amour pour le Seigneur.


Ensuite, se mettre en marche

Il est remarquable de noter que la dernière parole que Jésus adresse personnellement à Pierre est aussi celle qu'il lui a adressé en premier : « Suis-moi ».

Cet appel résume à lui seul le statut du disciple : le disciples de Jésus-Christ est celui qui avance à la suite de son maître. En réalité, c'est une concrétisation de l'amour qu'on lui porte !

Il s'agit donc de se mettre en marche. Si l'amour est le moteur et la repentance ou la conversion le volant qui permet de changer de direction, il faut la foi de lâcher le frein à main pour se mettre à avancer !

Parfois, c'est facile de suivre le Christ. Un peu comme si nous étions sur une pente descendante : il suffit de desserrer le frein et ça avance tout seul. Mais parfois, c'est plus difficile et ça s'apparente plutôt à un démarrage en côte... et ça nous arrive de caler !

Dans notre marche avec le Christ aussi, quand on fait une erreur, on recommence. C'est comme ça qu'on apprend !


Enfin, être prêt à recommencer

La voilà la dernière clé : être prêt à recommencer. On l'a dit, un des buts principaux des paroles de Jésus à Pierre est d'effacer son ardoise, de lui permettre de repartir à zéro.

C'est la démarche de la repentance ou de la conversion. On utilise parfois de façon réductrice ces deux termes. On a tendance à limiter la conversion à l'expérience initiale du chrétien, au moment où consciemment on choisit de devenir croyant. Et on a aussi tendance à comprendre la repentance seulement comme une démarche de contrition et de demande de pardon à Dieu pour tel ou tel péché commis.

En réalité, toute la vie chrétienne est repentance et conversion, du premier au dernier jour. Non pas pour vivre dans une contrition morbide mais pour vivre entièrement de la grâce de Dieu. Nous savons que nous avons toujours à nous laisser transformer par Dieu, que nous avons toujours des ajustements, petits ou grands, à faire dans notre vie pour nous conformer à ce que Dieu attend de nous.

Mais il n'y a rien de morbide là dedans. Bien au contraire. C'est la vie de Dieu qui inonde notre vie, sa grâce qui nous change en profondeur, son projet qui prend forme petit à petit en nous.

Être prêt à recommencer quand il le faut, quitte à repartir à zéro, à laisser notre ardoise être effacée, à corriger la trajectoire de notre vie, voilà une autre clé essentielle de la vie du disciple de Jésus-Christ !


Conclusion

Aimer, se mettre en marche et recommencer. Voilà la vie de disciple de Jésus-Christ. Voilà à quoi nous sommes appelés, quelle que soit notre vocation particulière ou le destin qui nous est promis.


  • D'abord, aimer le Seigneur. Tout commence et tout se termine pour nous dans l'amour pour le Seigneur. 
  • Ensuite, se mettre en marche. Faire le pari de la foi, de la confiance, prendre le risque de l'espérance. 
  • Enfin, être prêt à recommencer. Sans cesse, vivre de la grâce de Dieu et être prêt à changer de direction s'il le faut.


Comme Pierre avant nous, comme tous les croyants qui nous ont précédé, voilà ce que nous sommes appelés à faire, dans l'attente de l'accomplissement de notre espérance.