dimanche 19 avril 2026

Quand Jésus fait route avec nous

Les évangiles contiennent plusieurs récits d’apparition de Jésus ressuscité à ses disciples. Et ce que je trouve fascinant, c’est qu’il s’agit presque toujours de récits contrariés, où les apparitions de Jésus sont difficilement perçues, au moins dans un premier temps. On l’a vu dimanche dernier avec Thomas, qui refusait de croire le témoignage des autres disciples tant qu’il ne verrait pas Jésus de ses propres yeux et qu’il ne toucherait pas de sa main son corps ressuscité. 

Un autre récit d’apparition de Jésus nous et proposé pour ce dimanche, dans lequel deux disciples se retrouvent à marcher et discuter avec un voyageur… sans reconnaître qu’il s’agit en réalité de Jésus ressuscité. 

Luc 24.13-32
13Ce même jour, deux disciples se rendaient à un village appelé Emmaüs, qui se trouvait à environ deux heures de marche de Jérusalem. 14Ils parlaient de tout ce qui s'était passé. 15Pendant qu'ils parlaient et discutaient, Jésus lui-même s'approcha et fit route avec eux. 16Ils le voyaient, mais quelque chose les empêchait de le reconnaître. 17Jésus leur demanda : « De quoi discutez-vous en marchant ? » Ils s'arrêtèrent, tout attristés. 18L'un d'eux, appelé Cléopas, lui dit : « Es-tu le seul habitant de Jérusalem qui ne sache pas ce qui s'est passé ces derniers jours ? » – 19« Quoi donc ? » leur demanda-t-il. Ils lui répondirent : « Ce qui est arrivé à Jésus de Nazareth ! C'était un prophète puissant ; il l'a montré par ses actes et par ses paroles devant Dieu et devant tout le peuple. 20Les chefs de nos prêtres et nos dirigeants l'ont livré pour le faire condamner à mort et l'ont crucifié. 21Nous avions l'espoir qu'il était celui qui devait délivrer Israël. Mais en plus de tout cela, c'est aujourd'hui le troisième jour depuis que ces faits sont arrivés. 22Quelques femmes de notre groupe nous ont frappés de stupeur, il est vrai : elles se sont rendues tôt ce matin au tombeau 23mais n'ont pas trouvé son corps. Elles sont revenues nous raconter qu'elles avaient eu une vision : des anges qui leur ont déclaré qu'il est vivant. 24Quelques-uns d'entre nous sont allés au tombeau et ils ont trouvé tout comme les femmes l'avaient dit, mais lui, ils ne l'ont pas vu. » 25Alors Jésus leur dit : « Gens sans intelligence, que vous êtes lents à croire tout ce qu'ont annoncé les prophètes ! 26Ne fallait-il pas que le Christ souffre ainsi avant d'entrer dans sa gloire ? » 27Puis il leur expliqua ce qui était dit à son sujet dans l'ensemble des Écritures, en commençant par les livres de Moïse et en continuant par tous les livres des Prophètes.
28Quand ils approchèrent du village où ils se rendaient, Jésus fit comme s'il voulait poursuivre sa route. 29Mais ils le retinrent avec insistance en disant : « Reste avec nous, car le jour baisse déjà et la nuit approche. » Il entra donc pour rester avec eux. 30Il se mit à table avec eux, prit le pain et dit une prière de bénédiction ; puis il partagea le pain et le leur donna. 31Alors, leurs yeux s'ouvrirent et ils le reconnurent ; mais il disparut de devant eux. 32Ils se dirent l'un à l'autre : « N'y avait-il pas comme un feu qui brûlait au-dedans de nous quand il nous parlait en chemin et nous expliquait les Écritures ? »
33Ils se levèrent aussitôt et retournèrent à Jérusalem. Ils y trouvèrent les onze disciples réunis avec les autres, 34qui disaient : « Le Seigneur est vraiment ressuscité ! Il est apparu à Simon ! » 35Et eux-mêmes leur racontèrent ce qui s'était passé en chemin et comment ils avaient reconnu Jésus au moment où il partageait le pain.

La trajectoire de ce récit part du désarroi, voire du désespoir des deux disciples après la mort de Jésus, en passant par leur incapacité à reconnaître dans l’homme qui marche avec eux Jésus ressuscité dont ils pleurent la mort. Il y a ensuite le discours de Jésus montrant aux deux disciples comment la Bible annonçait les événements qui ont eu lieu, y compris sa mort et sa résurrection, et enfin la révélation, alors que les deux disciples retiennent le voyageur pour la nuit et reconnaissent en lui Jésus, au moment où ce dernier rompt le pain. Si Jésus disparaît alors, la joie des disciples est immense : Jésus est ressuscité ! 

Deux précisions, deux détails, peuvent toutefois attirer notre attention au début du récit, et lui donner encore un peu plus de relief. 

La première précision concerne la destination des disciples : « deux disciples se rendaient à un village appelé Emmaüs, qui se trouvait à environ deux heures de marche de Jérusalem. » Littéralement, le texte parle de 60 stades, ce qui correspond à 11 kilomètres environ. 

On pourrait se demander pourquoi le préciser dans le récit. En quoi est-ce important de savoir qu’ils se rendaient à Emmaüs ? 

L’identification du village Emmaüs est très incertaine… Il y a plusieurs hypothèses mais aucune n’est sûre. Etymologiquement, Emmaüs pourrait signifier « source chaude ». Ce qui est amusant dans la mesure où c’est à Emmaüs que les deux disciples ont dit qu’un feu brûlait au-dedans d’eux lorsque Jésus leur expliquait les Ecritures ! 

Peut-être les deux disciples habitaient-ils à Emmaüs ? Cela signifierait qu’ils rentraient chez eux. Tout est fini. Jésus est mort. On rentre à la maison ! En tout cas, pourquoi rester à Jérusalem ? 

Il me semble que c’est d’abord cela qui est important : les deux disciples quittent Jérusalem. Ils tournent la page parce que pour eux, la belle histoire est terminée, quoi qu’en disent quelques femmes prétendant avoir vu Jésus ressuscité. 

D’une certaine façon, Jésus va rattraper ces deux disciples découragés, qui tournent le dos à leur espérance en quittant Jérusalem.  

La deuxième précision concerne l’identité des deux disciples. Qui sont-ils ? L’un des deux est nommé : il s’appelle Cléopas. S’il est mentionné, c’est qu’il devait être connu des lecteurs… 

Est-ce le même qui est mentionné comme époux d’une des trois Marie présentes lors de la crucifixion ? On évoque en effet une Marie (femme) de Clopas : « Près de la croix de Jésus se tenaient sa mère, la sœur de sa mère, Marie la femme de Clopas et Marie de Magdala. » (Jean 19.25) Par ailleurs, cette Marie est sans doute celle qui était parmi les premières témoin de la résurrection, appelée Marie mère de Jacques dans l’évangile de Luc. 

Si c’est le cas, c’est peut-être encore plus troublant. Car Cléopas serait alors le mari d’une des femmes qui ont été témoin de la résurrection de Jésus, l’une de ces femmes dont le témoignage est entendu avec surprise et incrédulité de la part des disciples. Cléopas ne croirait pas le témoignage de sa propre femme ! 

Mais alors qui est l’autre disciples, qui reste anonyme dans le texte ? Peut-être est-ce une façon de nous inclure dans le récit… ce disciple anonyme, ça pourrait être nous ! Luc nous invite à rejoindre Cléopas et comprendre son désarroi, son déboussolement. Il nous invite à laisser Jésus nous rejoindre sur la route. 

Nous pourrons alors mieux percevoir le contraste saisissant entre la situation initiale et la situation finale. La fin du récit dit que dès qu’ils comprennent qu’il s’agissait de Jésus, il se lèvent et repartent à Jérusalem. Rappelons-nous que le soir était en train de tomber. Pour autant, dans leur enthousiasme, ils ne remettent pas au lendemain le voyage du retour. Même à la nuit tombée, ils reprennent le chemin. Et ils retrouveront à Jérusalem des disciples qui, eux aussi, sont dans la joie parce que désormais convaincus de la résurrection de Jésus. Ce dernier est en effet apparu aussi à Simon, c’est-à-dire Pierre. 

Passons sur les relents patriarcaux de cette précision : le témoignage d’un homme, Pierre, semble plus sérieux que celui des femmes… pour partager la joie de toutes et tous face à la résurrection de Jésus !

Que retirer de cet épisode pour nous ? En faisant écho au récit du chemin d’Emmaüs, je le formulerais en une phrase : Jésus s’approche et fait route avec nous, mais nos yeux sont parfois empêchés de le voir ; ils finissent toutefois par s’ouvrir lorsque nous accueillons Jésus chez nous. 


Jésus s’approche et fait route avec nous

Cette belle formule peut avoir des échos bien au-delà de ce récit. Elle exprime bien la façon dont le Seigneur agit à notre égard. Jésus s’approche de nous, il vient à notre rencontre, et par ailleurs, il prend le temps de faire route avec nous. 

C’est dans la nature même de Jésus-Christ que de s’approcher de nous. Le Fils de Dieu s’est approché en devant l’un des nôtres, être humain parmi les êtres humains. Et il continue aujourd’hui de s’approcher de nous. Par son Esprit, par sa Parole, par les hommes et les femmes qu’il met sur notre route, par les circonstances de la vie… et on peut très bien ne pas le voir !

Mais il fait route avec nous. Même si nous, nous ne nous en rendons pas toujours compte. Même si nous ne le reconnaissons pas. Il fait route avec nous. Patiemment, il accepte le temps du cheminement.


Nos yeux sont parfois empêchés de le voir 

Suivre Jésus, c’est un peu une définition de la vie chrétienne, le chemin du disciples de Jésus-Christ. Il n’empêche que parfois, même sur le chemin, nos yeux sont empêchés de voir le Seigneur. Pour différentes raisons. 

Pour les disciples sur le chemin d’Emmaüs, il y avait sans doute leur tristesse, leur désespoir. Persuadés que Jésus est mort, ils sont incapables de voir le Ressuscité. 

Qu’est-ce qui nous empêche de voir que Jésus fait route avec nous ? Les causes peuvent être multiples, et elles sont propres à chaque personne. La fatigue, la lassitude, le découragement, la distraction, l’obstination dans une mauvaise voie, l’égocentrisme… 

Mais attention : ce n’est pas parce que nous ne voyons pas le Seigneur, ce n’est pas parce que nous ne sentons pas sa présence, qu’il n’est pas là… Il l’a promis : « Je suis avec vous tous les jours, jusqu’à la fin du monde ! »

D’ailleurs, comme pour les deux disciples de notre récit, c’est parfois après coup, avec le recul, qu’on comprend que Jésus était là, qu’il cheminait avec nous sur notre chemin alors que nous ne le percevions pas. 


Nos yeux finissent par s’ouvrir lors qu’on accueille Jésus chez nous

Dans le récit des deux disciples d’Emmaüs, c’est certes à table, au moment où Jésus rompt le pain, que leurs yeux s’ouvrent et qu’ils comprennent qui ils ont devant eux. Mais cela a lieu parce que, auparavant, ils ont demandé à Jésus de rester et d’entrer avec eux. 

Je ne peux m’empêcher ici de penser à cette parole de la lettre à l’Eglise de Laodicée, au début de l’Apocalypse : « Écoute, je me tiens à la porte et je frappe ; si quelqu'un entend ma voix et ouvre la porte, j'entrerai chez lui, je prendrai un repas avec lui et lui avec moi. » (Apocalypse 3.20)

Pour voir Jésus faire route avec nous, il s’agit de l’inviter à entrer chez nous… Pour que nos yeux s’ouvrent, il faut savoir parfois s’arrêter et accueillir Jésus chez nous. Le pain rompu est le symbole du repas… mais probablement plus encore celui du repas de la Cène, qui rappelle la mort et la résurrection de Jésus. 

La maison dans laquelle demander à Jésus d’entrer, c’est sans doute celle de notre vie. Parfois la porte se referme, et il s’agit de la rouvrir ! Mais la table où nous partageons le pain du Seigneur, c’est probablement l’Eglise. C’est aussi dans la communion fraternelle que la présence du Christ se discerne.


Conclusion

En conclusion, je relirai simplement cette phrase, que nous sommes tous appelés à nous approprier : 

Jésus s’approche et fait route avec nous, mais nos yeux sont parfois empêchés de le voir ; ils finissent toutefois par s’ouvrir lorsque nous accueillons Jésus chez nous. 

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