dimanche 3 mai 2026

Le bon sens spirituel


On pourrait peut-être avoir tendance à idéaliser les premiers temps de l’Eglise. Si près de Jésus lui-même, avec les apôtres eux-mêmes comme dirigeants, on pourrait se dire que ça devait être proche de la perfection ! C’est loin d’être le cas… 

On s’en rend bien compte en lisant le livre des Actes des apôtres qui, justement, évoque les premières années de l’Eglise. Un des textes proposés pour ce dimanche, au chapitre 6, se fait l’écho d’une crise dans la jeune Eglise de Jérusalem… Ce n’était pas la première mais elle aurait pu être à l’origine de la première scission dans l’Eglise. Heureusement, les apôtres ont réagi de la bonne façon. 

Actes 6.1-7
1En ce temps-là, alors que le nombre des disciples augmentait, les croyants de langue grecque se plaignirent de ceux qui parlaient araméen : ils disaient que les veuves de leur groupe étaient négligées au moment où, chaque jour, on distribuait la nourriture. 2Les douze apôtres réunirent alors l'ensemble des disciples et leur firent cette proposition : « Il ne serait pas juste que nous cessions d'annoncer la parole de Dieu pour servir aux tables. 3C'est pourquoi, frères et sœurs, choisissez parmi vous sept hommes de bonne réputation, remplis de l'Esprit saint et de sagesse, et nous les chargerons de ce travail. 4Nous continuerons ainsi à donner tout notre temps à la prière et au service de la parole de Dieu. » 5L'assemblée entière fut d'accord avec cette proposition. On choisit Étienne, un homme rempli de foi et de l'Esprit saint, ainsi que Philippe, Procore, Nicanor, Timon, Parménas et Nicolas, d'Antioche, qui s'était autrefois converti à la religion juive. 6Puis on les présenta aux apôtres qui prièrent et posèrent les mains sur eux. 7La parole de Dieu se répandait de plus en plus. Le nombre des disciples augmentait beaucoup à Jérusalem et de très nombreux prêtres obéissaient à la foi en Jésus.

Avant de tirer des leçons pour nous de cet épisode, répondons à deux questions simples : quel était le problème ? Et quelle réponse a-t-elle été apportée ? 


1. Quel était le problème ? 

Apparemment, au début de notre texte, tout va bien : le nombre des disciples augmente, l’Eglise est en pleine croissance. On pourrait se dire que c’est formidable. Oui mais… il y a des murmures, des tensions internes qui s’expriment. Certains se plaignent à propos des veuves de leur groupe. Elles seraient négligées. 

Tout d’abord, pourquoi la tension se porte-t-elle sur les veuves ? En ce temps-là, il n’y avait pas d’organisme de solidarité, les organismes sociaux d’aujourd’hui. Dans ce contexte, les femmes veuves constituaient une population fragile et même précaire, si elles n’avaient pas une famille pour prendre soin d’elles. L’Eglise se substituait donc à cette famille absente ou défaillante.

La question liée aux veuves dans l’Eglise, c’est la question de la solidarité envers les plus fragiles. Or, dans la jeune Eglise de Jérusalem, certains estimaient que la solidarité ne se faisait pas de façon équitable. Certaines veuves se sentaient défavorisées par rapport à d’autres. Les croyants de langue grecque se sentaient floués et dénonçaient un favoritisme. 

On remarque donc au passage qu’il y avait déjà des groupes dans l’Eglise ! Pourtant on est au tout début de son histoire… Les deux groupes désignés dans notre texte sont d’une part les croyants de langue grecque et d’autre part les croyants de langue araméennes. Au tout début de l’Eglise, tous les chrétiens étaient Juifs, plus quelques prosélytes (des païens convertis au Judaïsme). Les croyants de langue grecque sont donc des Juifs de la diaspora, le grec étant la langue commune dans le bassin méditerranéen à l’époque. Les croyants de langue araméenne sont des Juifs de Judée. L’araméen était la langue courante alors, celle que Jésus parlait avec ses disciples. 

En réalité, c’est sans doute moins une question de langue que de culture… Dès l’origine, dans l’Eglise, s’est posé la question de l’interculturel. Ici, entre deux judaïsmes. Et ça va encore s’accentuer de façon spectaculaire avec l’accueil de croyants non-Juifs dans l’Eglise. Ce sera même le grand défi de l’Eglise primitive, tel qu’il ressort de la deuxième partie du livre des Actes ou dans les lettres de l’apôtre Paul. Lui dont le ministère spécifique était l’intégration des païens dans l’Eglise. On l’appelle d’ailleurs l’apôtre des païens !


2. Quelle a été la solution ?

Il faut d’abord souligner la réaction des apôtres. Ils reconnaissent implicitement qu’ils sont débordés, et qu’ils ne font donc pas bien leur travail. Surtout que ça les détourne du cœur de leur mission : le service de la Parole de Dieu. 

Leur capacité à se remettre en question est remarquable. Le bon responsable n’est pas celui qui a toujours raison et auquel on doit une soumission aveugle. C’est celui qui sait aussi reconnaître ses limites voire ses erreurs. 

Notez bien, par ailleurs, que le texte ne précise pas si les plaintes étaient justifiées ou non. Les apôtres réagissent de façon pragmatique. La question n’est pas de savoir qui a raison ou pas. Il s’agit de mettre en place une structure qui permettra l’équité… et fera taire les récriminations. 

Les apôtres définissent donc le cadre de la réponse : choisir 7 hommes, avec les qualifications requises… mais c’est l’ensemble de la communauté qui va les désigner en son sein. Le texte ne précise pas comment la désignation a été faite mais il souligne bien la participation de toute la communauté à ce choix.

Il est intéressant aussi de noter que les noms des sept personnes choisies sont tous d’origine grecque. C’est donc probablement dans le groupe d’où s’élevait les murmures que les sept ont été choisis, avec des personnes qui recevaient aussi l’assentiment des croyants de langue araméenne. Il y a là une forme de sagesse collective remarquable qui s’exprime. 

Il faut encore noter les qualités discernées par les apôtres pour la tâche qui sera confiée aux sept. C’est une responsabilité très pratique : la gestion de la solidarité dans l’Eglise, la distribution de la nourriture aux personnes qui en ont besoin. Toutefois, les qualités requises sont très spirituelles : « de bonne réputation, remplis de l'Esprit saint et de sagesse ». La frontière entre matériel et spirituel est très poreuse dans l’Eglise. 

On pourrait même dire qu’il n’y a rien de plus spirituel que la gestion de biens matériels. C’est vrai pour une Eglise. C’est vrai aussi pour chacun d’entre nous. Notre porte-monnaie, ou notre compte en banque, disent en réalité beaucoup de notre vie chrétienne et de notre foi ! Comme Jésus le disait bien : « ton cœur sera toujours là où est ton trésor. » (Matthieu 6.21)


3. Quelle leçon pouvons en tirer pour nous aujourd’hui ? 

Dans l’Eglise, ou dans la vie chrétienne, on peut dire que toutes les questions ont une dimension spirituelle mais que les solutions relèvent souvent du bon sens. 


Toutes les questions ont une dimension spirituelle

Dire que toutes les questions ont une dimension spirituelle, ça ne veut pas dire qu’elles ne sont que spirituelles... On ne doit pas tout spiritualiser. Il ne s’agit pas d’avoir du combat spirituel une vision simpliste, où il s’agirait de voir dans toute épreuve ou difficulté une manifestation d’un esprit mauvais, qui nous ferait chercher des démons partout et tout régler par la prière.  

Il s’agit surtout de dire que la dimension spirituelle ne se limite pas à une partie seulement de la vie, qu’il s’agisse de la vie d’une Eglise ou de la vie chrétienne. Comme s’il y avait des domaines, des moments, des lieux qui seraient spirituels et d’autres pas. 

En réalité, il est aussi très spirituel de bien se poser des questions pratiques, concrètes. Nous pouvons même dire qu’il faut toujours prendre en compte la dimension spirituelle, dans quelque domaine que ce soit. 

On a déjà dit que la gestion de nos biens est une question très spirituelle, parce qu’elle relève de vrais enjeux spirituels. Mais c’est la même chose pour la gestion de notre temps, de nos relations, de nos loisirs et nos hobbies, et je ne parle même pas de nos projets personnels, professionnels ou familiaux… 

Et si nous prenions le temps de jeter un œil critique sur toute notre vie, pour y discerner les enjeux spirituels ? Ceux qui sont évidents et ceux qui le sont moins. 


Les solutions relèvent souvent du bon sens

Dire que les solutions relèvent souvent du bon sens, c’est affirmer que tout dans la vie de l’Eglise, ou dans la vie chrétienne, ne se résout pas avec un coup de baguette magique. La baguette magique du chrétien serait alors la prière ! Et la formule magique serait peut-être « au nom de Jésus » ! 

Il y a des questions qui semblent très spirituelles mais qui ne sont pas forcément pertinentes. « Qu’est-ce que je dois faire ? » « Quelle est la volonté de Dieu pour ma vie ? » Comme si on attendait une révélation, une réponse toute cuite descendue du ciel. 

A être trop spirituels, les chrétiens perdent parfois leur bon sens… Toute solution ne vient pas d’une révélation à attendre d’en-haut. Elle vient même le plus souvent de l’exercice du bon sens, d’une réflexion éclairée, d’une sagesse mise en œuvre. 

Ne vous inquiétez pas, si Dieu a un appel à vous adresser, s’il a un message à vous faire parvenir, il trouvera la manière de le faire ! 

En attendant, il est présent en nous par son Esprit. Et il agit en nous, il nous façonne et nous transforme intérieurement, il renouvelle notre façon de penser et de réfléchir. L’apôtre Paul l’exprime clairement : « Laissez Dieu vous transformer et vous donner une intelligence nouvelle. Vous discernerez alors ce que Dieu veut : ce qui est bien, ce qui lui est agréable et ce qui est parfait. » (Romains 12.2)

Le bon sens n’exclut pas la prière ! Bien au contraire… Comme le dit Jacques dans son épître : « Si l'un de vous manque de sagesse, qu'il la demande à Dieu, qui la lui donnera ; car Dieu donne à tous généreusement et avec bienveillance… » (Jacques 1.5)

La sagesse, d’ailleurs, faisait bien partie des qualités requises pour le choix des sept personnes dans notre texte. La sagesse biblique se rapproche bien de ce qu’on appelle le bon sens. Cette capacité à bien juger, avec recul et paisiblement, qui nous permet de prendre des décisions éclairées. Dans ce processus, la prière joue un rôle essentiel. Non pas pour obtenir des réponses toutes faites mais pour orienter le bon sens dans la bonne direction. 


Conclusion

Dans l’Eglise, ou dans la vie chrétienne, on peut dire que toutes les questions ont une dimension spirituelle mais que les solutions relèvent souvent du bon sens. 

Soyons, avec l’aide du Seigneur, des croyants pleins de sagesse et de bon sens. Restons bien sûr attentifs à sa voix, prêt à être surpris par son appel qui peut résonner de multiples manières. Mais au quotidien, dans notre vie d’Eglise comme dans notre vie de croyant, mettons en œuvre le bon sens que donne la Parole de Dieu, illuminée par son Esprit. 

Demandons au Seigneur de poursuivre son œuvre en nous, de continuer à renouveler notre intelligence, à affiner notre bon sens… et si nous manquons de sagesse, demandons-la à Dieu qui nous la donnera. 



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