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dimanche 3 mai 2026

Le bon sens spirituel


On pourrait peut-être avoir tendance à idéaliser les premiers temps de l’Eglise. Si près de Jésus lui-même, avec les apôtres eux-mêmes comme dirigeants, on pourrait se dire que ça devait être proche de la perfection ! C’est loin d’être le cas… 

On s’en rend bien compte en lisant le livre des Actes des apôtres qui, justement, évoque les premières années de l’Eglise. Un des textes proposés pour ce dimanche, au chapitre 6, se fait l’écho d’une crise dans la jeune Eglise de Jérusalem… Ce n’était pas la première mais elle aurait pu être à l’origine de la première scission dans l’Eglise. Heureusement, les apôtres ont réagi de la bonne façon. 

Actes 6.1-7
1En ce temps-là, alors que le nombre des disciples augmentait, les croyants de langue grecque se plaignirent de ceux qui parlaient araméen : ils disaient que les veuves de leur groupe étaient négligées au moment où, chaque jour, on distribuait la nourriture. 2Les douze apôtres réunirent alors l'ensemble des disciples et leur firent cette proposition : « Il ne serait pas juste que nous cessions d'annoncer la parole de Dieu pour servir aux tables. 3C'est pourquoi, frères et sœurs, choisissez parmi vous sept hommes de bonne réputation, remplis de l'Esprit saint et de sagesse, et nous les chargerons de ce travail. 4Nous continuerons ainsi à donner tout notre temps à la prière et au service de la parole de Dieu. » 5L'assemblée entière fut d'accord avec cette proposition. On choisit Étienne, un homme rempli de foi et de l'Esprit saint, ainsi que Philippe, Procore, Nicanor, Timon, Parménas et Nicolas, d'Antioche, qui s'était autrefois converti à la religion juive. 6Puis on les présenta aux apôtres qui prièrent et posèrent les mains sur eux. 7La parole de Dieu se répandait de plus en plus. Le nombre des disciples augmentait beaucoup à Jérusalem et de très nombreux prêtres obéissaient à la foi en Jésus.

Avant de tirer des leçons pour nous de cet épisode, répondons à deux questions simples : quel était le problème ? Et quelle réponse a-t-elle été apportée ? 


1. Quel était le problème ? 

Apparemment, au début de notre texte, tout va bien : le nombre des disciples augmente, l’Eglise est en pleine croissance. On pourrait se dire que c’est formidable. Oui mais… il y a des murmures, des tensions internes qui s’expriment. Certains se plaignent à propos des veuves de leur groupe. Elles seraient négligées. 

Tout d’abord, pourquoi la tension se porte-t-elle sur les veuves ? En ce temps-là, il n’y avait pas d’organisme de solidarité, les organismes sociaux d’aujourd’hui. Dans ce contexte, les femmes veuves constituaient une population fragile et même précaire, si elles n’avaient pas une famille pour prendre soin d’elles. L’Eglise se substituait donc à cette famille absente ou défaillante.

La question liée aux veuves dans l’Eglise, c’est la question de la solidarité envers les plus fragiles. Or, dans la jeune Eglise de Jérusalem, certains estimaient que la solidarité ne se faisait pas de façon équitable. Certaines veuves se sentaient défavorisées par rapport à d’autres. Les croyants de langue grecque se sentaient floués et dénonçaient un favoritisme. 

On remarque donc au passage qu’il y avait déjà des groupes dans l’Eglise ! Pourtant on est au tout début de son histoire… Les deux groupes désignés dans notre texte sont d’une part les croyants de langue grecque et d’autre part les croyants de langue araméennes. Au tout début de l’Eglise, tous les chrétiens étaient Juifs, plus quelques prosélytes (des païens convertis au Judaïsme). Les croyants de langue grecque sont donc des Juifs de la diaspora, le grec étant la langue commune dans le bassin méditerranéen à l’époque. Les croyants de langue araméenne sont des Juifs de Judée. L’araméen était la langue courante alors, celle que Jésus parlait avec ses disciples. 

En réalité, c’est sans doute moins une question de langue que de culture… Dès l’origine, dans l’Eglise, s’est posé la question de l’interculturel. Ici, entre deux judaïsmes. Et ça va encore s’accentuer de façon spectaculaire avec l’accueil de croyants non-Juifs dans l’Eglise. Ce sera même le grand défi de l’Eglise primitive, tel qu’il ressort de la deuxième partie du livre des Actes ou dans les lettres de l’apôtre Paul. Lui dont le ministère spécifique était l’intégration des païens dans l’Eglise. On l’appelle d’ailleurs l’apôtre des païens !


2. Quelle a été la solution ?

Il faut d’abord souligner la réaction des apôtres. Ils reconnaissent implicitement qu’ils sont débordés, et qu’ils ne font donc pas bien leur travail. Surtout que ça les détourne du cœur de leur mission : le service de la Parole de Dieu. 

Leur capacité à se remettre en question est remarquable. Le bon responsable n’est pas celui qui a toujours raison et auquel on doit une soumission aveugle. C’est celui qui sait aussi reconnaître ses limites voire ses erreurs. 

Notez bien, par ailleurs, que le texte ne précise pas si les plaintes étaient justifiées ou non. Les apôtres réagissent de façon pragmatique. La question n’est pas de savoir qui a raison ou pas. Il s’agit de mettre en place une structure qui permettra l’équité… et fera taire les récriminations. 

Les apôtres définissent donc le cadre de la réponse : choisir 7 hommes, avec les qualifications requises… mais c’est l’ensemble de la communauté qui va les désigner en son sein. Le texte ne précise pas comment la désignation a été faite mais il souligne bien la participation de toute la communauté à ce choix.

Il est intéressant aussi de noter que les noms des sept personnes choisies sont tous d’origine grecque. C’est donc probablement dans le groupe d’où s’élevait les murmures que les sept ont été choisis, avec des personnes qui recevaient aussi l’assentiment des croyants de langue araméenne. Il y a là une forme de sagesse collective remarquable qui s’exprime. 

Il faut encore noter les qualités discernées par les apôtres pour la tâche qui sera confiée aux sept. C’est une responsabilité très pratique : la gestion de la solidarité dans l’Eglise, la distribution de la nourriture aux personnes qui en ont besoin. Toutefois, les qualités requises sont très spirituelles : « de bonne réputation, remplis de l'Esprit saint et de sagesse ». La frontière entre matériel et spirituel est très poreuse dans l’Eglise. 

On pourrait même dire qu’il n’y a rien de plus spirituel que la gestion de biens matériels. C’est vrai pour une Eglise. C’est vrai aussi pour chacun d’entre nous. Notre porte-monnaie, ou notre compte en banque, disent en réalité beaucoup de notre vie chrétienne et de notre foi ! Comme Jésus le disait bien : « ton cœur sera toujours là où est ton trésor. » (Matthieu 6.21)


3. Quelle leçon pouvons en tirer pour nous aujourd’hui ? 

Dans l’Eglise, ou dans la vie chrétienne, on peut dire que toutes les questions ont une dimension spirituelle mais que les solutions relèvent souvent du bon sens. 


Toutes les questions ont une dimension spirituelle

Dire que toutes les questions ont une dimension spirituelle, ça ne veut pas dire qu’elles ne sont que spirituelles... On ne doit pas tout spiritualiser. Il ne s’agit pas d’avoir du combat spirituel une vision simpliste, où il s’agirait de voir dans toute épreuve ou difficulté une manifestation d’un esprit mauvais, qui nous ferait chercher des démons partout et tout régler par la prière.  

Il s’agit surtout de dire que la dimension spirituelle ne se limite pas à une partie seulement de la vie, qu’il s’agisse de la vie d’une Eglise ou de la vie chrétienne. Comme s’il y avait des domaines, des moments, des lieux qui seraient spirituels et d’autres pas. 

En réalité, il est aussi très spirituel de bien se poser des questions pratiques, concrètes. Nous pouvons même dire qu’il faut toujours prendre en compte la dimension spirituelle, dans quelque domaine que ce soit. 

On a déjà dit que la gestion de nos biens est une question très spirituelle, parce qu’elle relève de vrais enjeux spirituels. Mais c’est la même chose pour la gestion de notre temps, de nos relations, de nos loisirs et nos hobbies, et je ne parle même pas de nos projets personnels, professionnels ou familiaux… 

Et si nous prenions le temps de jeter un œil critique sur toute notre vie, pour y discerner les enjeux spirituels ? Ceux qui sont évidents et ceux qui le sont moins. 


Les solutions relèvent souvent du bon sens

Dire que les solutions relèvent souvent du bon sens, c’est affirmer que tout dans la vie de l’Eglise, ou dans la vie chrétienne, ne se résout pas avec un coup de baguette magique. La baguette magique du chrétien serait alors la prière ! Et la formule magique serait peut-être « au nom de Jésus » ! 

Il y a des questions qui semblent très spirituelles mais qui ne sont pas forcément pertinentes. « Qu’est-ce que je dois faire ? » « Quelle est la volonté de Dieu pour ma vie ? » Comme si on attendait une révélation, une réponse toute cuite descendue du ciel. 

A être trop spirituels, les chrétiens perdent parfois leur bon sens… Toute solution ne vient pas d’une révélation à attendre d’en-haut. Elle vient même le plus souvent de l’exercice du bon sens, d’une réflexion éclairée, d’une sagesse mise en œuvre. 

Ne vous inquiétez pas, si Dieu a un appel à vous adresser, s’il a un message à vous faire parvenir, il trouvera la manière de le faire ! 

En attendant, il est présent en nous par son Esprit. Et il agit en nous, il nous façonne et nous transforme intérieurement, il renouvelle notre façon de penser et de réfléchir. L’apôtre Paul l’exprime clairement : « Laissez Dieu vous transformer et vous donner une intelligence nouvelle. Vous discernerez alors ce que Dieu veut : ce qui est bien, ce qui lui est agréable et ce qui est parfait. » (Romains 12.2)

Le bon sens n’exclut pas la prière ! Bien au contraire… Comme le dit Jacques dans son épître : « Si l'un de vous manque de sagesse, qu'il la demande à Dieu, qui la lui donnera ; car Dieu donne à tous généreusement et avec bienveillance… » (Jacques 1.5)

La sagesse, d’ailleurs, faisait bien partie des qualités requises pour le choix des sept personnes dans notre texte. La sagesse biblique se rapproche bien de ce qu’on appelle le bon sens. Cette capacité à bien juger, avec recul et paisiblement, qui nous permet de prendre des décisions éclairées. Dans ce processus, la prière joue un rôle essentiel. Non pas pour obtenir des réponses toutes faites mais pour orienter le bon sens dans la bonne direction. 


Conclusion

Dans l’Eglise, ou dans la vie chrétienne, on peut dire que toutes les questions ont une dimension spirituelle mais que les solutions relèvent souvent du bon sens. 

Soyons, avec l’aide du Seigneur, des croyants pleins de sagesse et de bon sens. Restons bien sûr attentifs à sa voix, prêt à être surpris par son appel qui peut résonner de multiples manières. Mais au quotidien, dans notre vie d’Eglise comme dans notre vie de croyant, mettons en œuvre le bon sens que donne la Parole de Dieu, illuminée par son Esprit. 

Demandons au Seigneur de poursuivre son œuvre en nous, de continuer à renouveler notre intelligence, à affiner notre bon sens… et si nous manquons de sagesse, demandons-la à Dieu qui nous la donnera. 



dimanche 31 août 2025

La quête de la sagesse

Proverbes 4.1-9
1Écoutez, mes enfants, les instructions d'un père. Soyez attentifs et vous apprendrez à être intelligents. 2Je vous transmets des connaissances sûres, ne rejetez pas ce que je vous enseigne. 3Moi aussi, j'ai été un fils attentif pour mon père, j'ai été tendrement aimé par ma mère. 4Mon père m'enseignait ainsi : « Retiens bien mes paroles, observe les règles que je te donne et tu vivras. 5Acquiers la sagesse et l'intelligence, et ne les oublie plus. Ne néglige aucune parole de ma bouche. 6Ne rejette pas la sagesse et elle t'aidera, aime-la et elle veillera sur toi. 7Pour devenir un sage, commence par acquérir la sagesse ; donne tout ce que tu possèdes pour acquérir l'intelligence. 8Serre la sagesse contre toi, elle te rendra grand et noble si tu l'enlaces. 9Elle sera pour toi une parure gracieuse, une couronne magnifique. »

Dans notre texte, il y a deux termes qui sont traités comme des quasi-synonymes : la sagesse et l’intelligence. Peut-être y a-t-il une nuance, où la sagesse serait liée plus à la pratique et l’intelligence à la pensée. Mais c’est juste une question de nuance. 

On peut parler globalement de la sagesse, qui est le sujet principal du livre des Proverbes. Mais la sagesse des Proverbes est une sagesse pratique, concrète. Elle concerne moins les grands principes philosophiques que des principes de vie. La sagesse biblique c’est le bien vivre plus que le bien penser. 

On a ici un père qui s’adresse à ses enfants. Il les invite à recevoir sa sagesse comme lui-même l’a reçue de ses parents. Il y a l’idée d’un héritage et d’une transmission. C’est l’importance et le poids de l’éducation reçue, qui façonne notre façon de vivre aujourd’hui. Mais en même temps, les enfants du texte n’ont pas à être passifs mais actifs. Il s’agit d’être attentif, de retenir, d’observer… et même de chercher à acquérir la sagesse. 

La sagesse ne nous tombe donc pas comme ça du ciel. Il faut la chercher. C’est le principe qu’évoque le verset 7, dans une formule qui peut surprendre : « Pour devenir un sage, commence par acquérir la sagesse ; donne tout ce que tu possèdes pour acquérir l'intelligence. »

Littéralement, le début du verset dit : « Commencement de la sagesse : acquiers la sagesse… » (NBS) C’est comme si le père de notre texte disait : Tu veux la sagesse ? Vas-y, cherche-la ! Mets-y le prix, ça vaut la peine : « donne tout ce que tu possèdes pour acquérir l'intelligence. » 


La recherche de la sagesse est déjà de la sagesse

C’est une façon de comprendre l’énigmatique formule : « Commencement de la sagesse : acquiers la sagesse… » Chercher la sagesse, c’est déjà faire preuve de sagesse ! Car c’est reconnaître que la sagesse est une quête, et une quête qui ne se termine jamais. 

La deuxième partie du verset 7, « donne tout ce que tu possèdes pour acquérir l'intelligence. », peut d’ailleurs souligner qu’il s’agit de ne jamais se contenter de ses acquis mais de sans cesse relancer la recherche. C’est un peu ce que laisse entendre la traduction de la TOB : « Principe de la sagesse : acquiers la sagesse et, au prix de tout ce que tu as acquis, acquiers l'intelligence. » C’est une quête sans fin. 

La recherche de la sagesse est déjà de la sagesse, parce que la sagesse demeure toujours une quête. Bien souvent, le sage est celui qui cherche, pas celui qui prétend avoir trouvé… Méfions-nous en tout cas de celui qui a réponse à tout, qui prétend avoir tout compris, tout vécu, tout trouvé. Car si le sage est celui qui cherche, le fou est sans doute celui qui refuse de chercher, ou qui ne cherche plus parce qu’il pense ne plus en avoir besoin. 

« Celui qui cherche la sagesse est un sage, celui qui croit l'avoir trouvée est un fou. » disait Sénèque… 

Le commencement de la sagesse c’est la recherche de la sagesse. Mais ce n’est que le commencement. Car en cherchant, on trouve… même si on se rend compte aussi qu’il nous reste toujours à chercher, encore et encore. 

Rechercher la sagesse, c’est se poser les bonnes questions. C’est refuser les réponses toutes faites et ne pas se contenter des évidences. Alors n’ayez pas peur de poser des questions. Ne craignez pas de vous interroger, et d’interroger les autres. Ne vous lassez pas de chercher. La parole de Jésus, « Cherchez et vous trouverez »… c’est aussi valable pour la sagesse ! 


Aimer la sagesse

Le verset 8 poursuit l’exhortation de façon imagée : « Serre la sagesse contre toi, elle te rendra grand et noble si tu l'enlaces. »

Les verbes utilisés ici peuvent étonner : serrer, enlacer. Qui est-ce qu’on enlace et qu’on serre contre soi, sinon ceux qu’on aime ? Il s’agit bien d’aimer la sagesse. La TOB traduit même : « Etreins-la et elle t'élèvera, elle t'ennoblira si tu l'embrasses. »

La formule est belle et intéressante parce qu’elle nous situe dans le registre de l’amour et du plaisir, pas celui de l’obligation ou de la contrainte. Si tu veux être sage, aime la sagesse ! Prends plaisir à rechercher ce qui est juste et bon. Trouve ton bonheur dans la découverte de cette sagesse du quotidien. 

Et cela change ma façon d’envisager ma vie de foi. Je ne vais pas lire la Bible ou prier simplement parce qu’il faut le faire mais pour y chercher des réponses, pour y découvrir une sagesse, pour comprendre comment agir, vivre, me comporter chaque jour. Je ne vais pas chercher à accumuler des connaissances mais plutôt à discerner une sagesse pour mon quotidien. 

Bien lire la Bible et bien prier, c’est le faire avec sagesse, c’est-à-dire avec cette soif de comprendre, cette envie de découverte, ce besoin d’apprendre pour le vivre et le mettre en pratique. Et comme Jacques le dit dans son épître : « si l'un de vous manque de sagesse, qu'il la demande à Dieu, qui la lui donnera ; car Dieu donne à tous généreusement et avec bienveillance. » (Jacques 1.5)


Un trésor de grand prix

C’est cet amour de la sagesse qui fera d’elle un vrai trésor précieux dans notre vie. A la fin de notre texte, la sagesse est en effet comparée à un bijou, une couronne ou un diadème dont on se pare. Elle est un trésor de grand prix pour qui sait la chercher et la chérir. Ce qui justifie le fait d’y mettre le prix. Or, cette logique d’acquérir un trésor précieux au prix de tout ce qu’on possède rappelle certaines paraboles de Jésus, notamment deux courtes paraboles du Royaume :

Matthieu 13.44-46
44Le royaume des cieux ressemble à un trésor caché dans un champ. Quelqu'un le trouve et le cache de nouveau. Il est si heureux qu'il va vendre tout ce qu'il possède et achète ce champ.
45Le royaume des cieux ressemble encore à un marchand qui cherche de belles perles. 46Quand il a trouvé une perle de grande valeur, il va vendre tout ce qu'il possède et achète cette perle.

Dans ces deux paraboles de Jésus, le Royaume de Dieu est comparé à un trésor qu’il faut chercher. Et la conclusion de chacune des deux fait écho aux paroles de Proverbes 4 : « acquiers la sagesse et, au prix de tout ce que tu as acquis, acquiers l'intelligence. » 

Dans la première parabole, le Royaume de Dieu, c’est le trésor lui-même : « Le royaume des cieux ressemble à un trésor caché dans un champ. » Mais le Royaume de Dieu est aussi dans la recherche du trésor comme l’affirme la deuxième parabole : « Le royaume des cieux ressemble encore à un marchand qui cherche de belles perles. »

C’est pourquoi ces deux courtes paraboles entrent parfaitement en écho avec le texte de Proverbes 4, où la sagesse est un trésor de grande valeur qu’il s’agit de rechercher, mais où la sagesse commence déjà dans le fait même de la rechercher. On nous dit la même chose du Royaume de Dieu dans ces deux paraboles. 

Ne pourrait-on pas alors affirmer que le Royaume de Dieu est, d’une certaine façon, une sagesse, au sens biblique du terme ? C’est aussi une façon d’envisager la vie, une façon d’être, de vivre avec notre prochain. 

Le Royaume de Dieu est une réalité spirituelle, c’est la manifestation du règne de Dieu. Evidemment qu’on attend encore sa pleine révélation au jour de l’accomplissement ultime du projet de Dieu. Mais ce Royaume est déjà présent. Avec Jésus-Christ, il s’est approché de nous. Il est le Roi qui révèle le Règne de Dieu. Un Roi humble, qui s’est fait serviteur pour notre salut. Jésus, par son exemple, a ouvert un chemin de sagesse. 

Découvrir le Royaume de Dieu aujourd’hui, c’est découvrir un chemin de sagesse pour notre vie, qui impacte toutes les sphères de notre existence. « Cherchez d'abord le règne de Dieu, cherchez à faire sa volonté, et Dieu vous accordera aussi tout le reste. » (Matthieu 6.33)


Conclusion

La recherche de la sagesse devrait être une de nos préoccupations en tant que chrétien, le chemin normal d’une vie chrétienne. 

L’auteur de l’épître aux Hébreux n’est pas tendre avec ses lecteurs qu’il estime paresseux et manquant cruellement de maturité spirituelle, de sagesse : 

Hébreux 5.12b-14
Vous avez encore besoin de lait, au lieu de nourriture solide. 13Celui qui se contente de lait n'est qu'un enfant, il n'a aucune expérience au sujet de ce qui est juste. 14Par contre, la nourriture solide est destinée aux adultes qui, par la pratique, ont les sens habitués à distinguer le bien du mal.

Si nous devons devenir simples et humbles comme les petits enfants pour entrer dans le Royaume de Dieu, nous ne sommes pas pour autant appelés ensuite à rester des bébés spirituels. Nous sommes appelés à grandir, à acquérir sagesse et maturité. 

Alors entendons l’exhortation du père de Proverbes 4, que j’ai reformulée ainsi : Si tu veux être sage, aime la sagesse ! Prends plaisir à rechercher ce qui est juste et bon.

Et souvenons-nous de la promesse de Jacques, dans son épître : « si l'un de vous manque de sagesse, qu'il la demande à Dieu, qui la lui donnera ; car Dieu donne à tous généreusement et avec bienveillance. » (Jacques 1.5) 

dimanche 30 juillet 2023

Les Proverbes – Chemins de sagesse (4)

 

Suite et fin de notre mini-série sur les Proverbes, chemins de sagesse. Comme nous l’avons déjà vu dans les épisodes précédents, la particularité du livre des Proverbes est de rassembler des maximes très courtes, avec des formules souvent condensées, quitte à ne pas tout dire explicitement. Chaque mot utilisé à son importance, et il arrive que certains mots ou certaines parties de phrase soit sous-entendues. 

Pour ne pas passer à côté de trésors cachés, il faut donc prendre le temps d’une enquête minutieuse de chaque formule pour en comprendre le sens. C’est ce que nous ferons à nouveau dans un premier temps, avant de prendre un peu de recul pour dégager quelques leçons de vie pour nous aujourd’hui.

Proverbes 10.23-32
23La pratique de l'infamie est comme un jeu pour l'homme stupide ; de même la sagesse pour l'homme intelligent.
24Ce que redoute le méchant, c'est ce qui lui arrive ; ce que désirent les justes, il le donne.
25Quand passe l'ouragan, il n'y a plus de méchant ; les fondations du juste sont là pour toujours.
26Comme le vinaigre pour les dents et la fumée pour les yeux, tel est le paresseux pour ceux qui l'envoient.
27La crainte du SEIGNEUR prolonge les jours ; les années des méchants sont abrégées.
28L'attente des justes, c'est la joie ; l'espoir des méchants disparaît.
29La voie du SEIGNEUR est une forteresse pour l'intégrité ; c'est la ruine pour les malfaisants.
30Le juste ne vacille jamais ; les méchants ne demeurent pas sur la terre.
31La bouche du juste produit la sagesse ; la langue perverse sera retranchée.
32Les lèvres du juste connaissent la faveur ; la bouche des méchants, la perversité.


La pratique de l'infamie est comme un jeu pour l'homme stupide ;
de même la sagesse pour l'homme intelligent.
(Proverbes 10.23)

Il y a ici une comparaison entre le stupide et l’intelligent (littéralement :« l’homme de discernement »). Le proverbe oppose la pratique de l’infamie de l’un à la sagesse de l’autre. En passant, on voit bien ici que la sagesse dont parle les Proverbes n’est pas une sagesse théorique, conceptuelle, mais bien pratique, concrète, puisqu’elle s’oppose à la pratique de l’infamie. 

Pour la personne stupide, pratiquer l’infamie est un jeu. Mais pour la personne qui a du discernement, c’est la pratique de la justice qui est un jeu. Cette notion de jeu est intéressante : elle évoque quelque chose qui procure du plaisir, de la joie. Evidemment, c’est une joie perfide pour ceux qui pratiquent l’infamie… Mais en ce qui concerne la sagesse, considérer sa recherche et sa pratique comme un jeu éclaire de façon intéressante la façon dont nous devons l’envisager : non comme une corvée ou un poids mais comme un jeu et une joie. 


Ce que redoute le méchant, c'est ce qui lui arrive ;
ce que désirent les justes, il le donne.
(Proverbes 10.24)

Est-ce une règle générale qui est énoncée ici ? Est-ce qu’il arrive toujours au méchant ce qu’il redoute et les justes ont-ils toujours ce qu’ils désirent ? Ça paraît peu probable… et surtout complètement déconnecté de la réalité ! 

Que pourrait bien redouter le méchant ? De se faire prendre ? D’être démasqué ? Eh bien ça va lui arriver. C’est bien un risque, toujours présent pour lui. Une source de stress et d’inquiétude : il risque de se faire prendre. Mais c’est aussi une affirmation : un jour il sera démasqué. Il faut ici porter nos regards vers l’horizon du jugement divin à venir… 

Et que désirent les justes ? Le juste, ce n’est pas celui qui est parfait et sans reproche. C’est celui qui s’efforce de vivre dans l’intégrité, de suivre la voie juste, celle que le Seigneur désigne. C’est pourquoi, dans les Proverbes, le commencement de la sagesse, c’est la crainte du Seigneur. Que désirent donc les justes par-dessus tout ? Pratiquer la justice, marcher sur la voie du Seigneur. C’est une promesse : ce que désirent les justes, c’est-à-dire la justice, elle leur est donnée. 


Quand passe l'ouragan, il n'y a plus de méchant ;
les fondations du juste sont là pour toujours.
(Proverbes 10.25)

Si on connaît un peu les évangiles, on pense sans doute ici à une parabole de Jésus, celle du fou qui a construit sa maison sur le sable (sans fondation) et du sage qui l’a construite sur le roc (avec de solides fondations). C’est la même image qui est sous-entendue dans notre proverbe, qu’on pourrait compléter ainsi par exemple :

Quand passe l'ouragan, il n'y a plus de méchant (faute de fondations à sa maison) ; (quand passe l’ouragan le juste tient bon), les fondations du juste sont là pour toujours.

Dans la parabole de Jésus, ce qui fait la différence entre le fou et le sage, c’est la mise en pratique de son enseignement. La mise en pratique de la sagesse constitue des fondations solides pour affronter les épreuves de la vie. Se passer de ces fondations, c’est s’exposer au risque de tout perdre, et c’est la certitude de ne pas résister à l’ouragan ultime du jugement de Dieu. Seuls les justes sont là pour toujours. 


Comme le vinaigre pour les dents et la fumée pour les yeux,
tel est le paresseux pour ceux qui l'envoient.
(Proverbes 10.26)

Ici, pas d’opposition entre le juste et le méchant, ou la sage et l’insensé. Tout le proverbe est consacré au paresseux. Le paresseux est une des figures du méchant ou de l’insensé dans les Proverbes. Ce n’est pas quelqu’un de malveillant ou mauvais, il ne cherche pas à nuire aux autres ou à s’élever au-dessus des autres en les méprisant. Simplement, il procrastine, il ne va pas au bout de ce qu’il commence, il se trouve toujours des excuses pour ne pas faire ce qu’il doit faire… Et on ne peut pas lui faire confiance.

C’est ce que dit ce proverbe. Le vinaigre agace les dents et la fumée fait pleurer les yeux. Autrement dit, ceux qui embauchent des paresseux s’en mordent les doigts. 


La crainte du SEIGNEUR prolonge les jours ;
les années des méchants sont abrégées.
(Proverbes 10.27)

Quelques éléments sont sous-entendus dans la formule : le fait que c’est du juste dont parle la première partie, c’est lui qui respecte le Seigneur et prolonge ses jours, et le fait que le méchant, lui, n’a pas la crainte du Seigneur. 

Ce qui pose question, c’est la formulation absolue de ce proverbe, qui semble quand même difficilement correspondre à la réalité. Peut-on vraiment dire que ceux qui craignent le Seigneur vivent plus longtemps que les méchants ? Vous avouerez que ce n’est pas évident du tout !

Evidemment, on peut s’en sortir en percevant derrière cette formule une perspective ultime, liée à l’éternité. Mais est-ce pleinement satisfaisant ? Les proverbes suivants nous aideront peut-être à mieux le comprendre… 


L'attente des justes, c'est la joie ;
l'espoir des méchants disparaît.
(Proverbes 10.28)

On retrouve ici une opposition entre les justes et les méchants et on parle de leurs attentes et de leurs espoirs. Le proverbe dit ce qu’est l’attente des justes : la joie. En revanche, il ne nous dit pas explicitement quel est l’espoir des méchants. Il dit simplement que cet espoir ne dure pas. 

Fondamentalement, l’attente du juste, c’est de marcher avec Dieu. Et son attente ne sera pas déçue : celui qui veut marcher avec Dieu, Dieu marchera avec lui. C’est une source de joie pour le juste. 

L’espoir du méchant est tourné vers lui-même, vers la satisfaction de ses envies et ses désirs, même au détriment des autres s’il le faut. Cet espoir-là sera forcément déçu, soit parce qu’on ne peut jamais posséder tout ce qu’on aimerait posséder (insatisfaction), soit parce que ce que le méchant recherche ne correspond pas à ce dont il a vraiment besoin. 


La voie du SEIGNEUR est une forteresse pour l'intégrité ;
c'est la ruine pour les malfaisants.
(Proverbes 10.29)

L’image est forte la voie du Seigneur constitue l’exact opposé pour le juste et pour le méchant (ceux qui pratiquent l’injustice) : soit une forteresse soit une ruine. 

Mais qu’est-ce que la voie ou le chemin du Seigneur ? Est-ce le chemin que le Seigneur trace pour que nous l’empruntions ou est-ce le chemin que le Seigneur emprunte lui-même ? Dans le premier cas, le proverbe sous-entendrait une autre voie qui n’est pas du Seigneur et qui, elle, conduit à la ruine. Mais il est plus probable que les deux parties du proverbe aient le même sujet, c’est-à-dire la voie du Seigneur. La formule désigne alors le chemin que le Seigneur emprunte, sa façon d’agir. 

Le Seigneur promet d’être une forteresse pour ceux qui pratiquent la justice, mais il promet d’être la ruine de ceux qui pratiquent l’injustice. Ce proverbe affirmerait alors l’assurance d’un jugement à venir de la part du Seigneur. 


Le juste ne vacille jamais ;
les méchants ne demeurent pas sur la terre.
(Proverbes 10.30)

A première vue, ce proverbe n’est pas vrai ! Bien-sûr que le juste vacille aussi et que les méchants prolongent leurs jours sur la terre… Ce proverbe signifie donc sans doute autre chose. 

La question à se poser, c’est de savoir ce que signifie demeurer ou ne pas demeurer sur la terre. On pourrait d’ailleurs traduire non pas « sur la terre » mais « dans le pays ». 

Si ce proverbe est bien lié à celui qui précède, on parle alors du jugement de Dieu. Il concernerait donc moins notre vie ici-bas sur la terre que dans le « pays du Seigneur », dans sa présence. Il pourrait alors dire que le juste est solidement établi dans le pays de Dieu alors que le méchant n’y demeurera pas, il en sera chassé. 

Voilà qui éclaire sans doute le verset 27 qui nous posait question : « La crainte du SEIGNEUR prolonge les jours ; les années des méchants sont abrégées. ». C’est dans le pays de Dieu, dans sa présence, que celui qui craint le Seigneur prolonge ses jours, alors que les années des méchants y sont abrégées parce qu’il en sera chassé. 


La bouche du juste produit la sagesse ;
la langue perverse sera retranchée.
(Proverbes 10.31)

On revient dans ce proverbe sur les paroles du juste et du méchant. Et on perçoit que tout n’est pas dit explicitement : on nous dit ce que produit la bouche du juste mais pas ce que produit la langue perverse, et on nous dit ce qui advient de la langue perverse mais pas ce qu’on fait de la bouche du juste. 

Derrière cette formule se cache la métaphore de l’arbre et de ses fruits. On pourrait en effet traduire ainsi la première partie : « La bouche du juste donne comme fruit la sagesse ». Et pourquoi la langue perverse est-elle retranchée, coupée ? Parce que le fruit qu’elle produit est mauvais. La bouche du juste est comme un bon arbre qui produit de bons fruits, il faut le préserver. La langue perverse est comme un mauvais arbre qui produit des fruits pourris. Il n’est bon qu’à être coupé. 

La bouche du juste (est comme un bon arbre qui produit la sagesse, elle sera préservée) ; la langue perverse (est comme un mauvais arbre qui produit de mauvais fruits, elle) sera retranchée.

Bref, nos paroles révèlent notre cœur… 


Les lèvres du juste connaissent la faveur ;
la bouche des méchants, la perversité.
(Proverbes 10.32)

Toujours sur le même thème des paroles du juste et celles du méchant, ce proverbe souligne leur impact ou leur réception. J’aime bien la traduction que propose la TOB pour ce proverbe : 

Les paroles du juste sauront plaire,
mais la langue des méchants n’est que propos pervers.

Dans le proverbe précédent, la bouche du juste produit comme fruit la sagesse. Ici on a les lèvres du juste… c’est la même chose. Le proverbe parle donc des paroles de sagesse, qui sont de bons fruits, appétissants et qui donnent envie. La sagesse est plaisante, elle suscite l’accord et l’intérêt de ceux qui l’entendent. 

La bouche des méchants, elle, produit les fruits pourris de la perversité. Ses paroles sont malveillantes, malhonnêtes, avec de mauvaises intentions. Elles n’ont rien à voir avec des paroles de sagesse. 

Voilà une belle façon de terminer ce chapitre des Proverbes, en soulignant la valeur et les bienfaits des paroles de sagesse qu’il contient !


Application

Récapitulons. Plusieurs de ces proverbes nous placent dans une perspective ultime, celle du jugement de Dieu. Cette perspective impacte notre façon de vivre aujourd’hui. Elle procure la paix et la sécurité chez le juste, elle crée de l’insécurité chez le méchant. Il y a aussi plusieurs éléments positifs associées à la vie juste : on parle d’un jeu et de la joie, on parle de sagesse, de forteresse et de sécurité. 

Deux mots me semblent résumer ce que procure la vie juste décrite dans ces proverbes : la joie et la paix. A la fin de la première prédication de notre mini-série, je posais la question suivante : « Et si réussir sa vie, c’était avoir une vie juste ? » Les proverbes lus ce matin nous invitent sans doute à répondre par l’affirmative.

En guise de leçon, je vous propose donc de recevoir deux invitations à la joie et la paix :

  • Considérons la recherche de la justice comme un jeu qui procure de la joie !
  • Trouvons notre paix dans la pratique d’une vie juste, pour aujourd’hui et demain ! 

Ne considérons pas la recherche de la justice (une conduite juste devant Dieu) comme une corvée ou une contrainte qui met un poids sur nos épaules mais comme un jeu qui procure de la joie. La joie de la découverte, la joie de se savoir approuvé ou accompagné par Dieu. 

Et recevons la paix qui découle d’une vie en accord avec notre Créateur, la paix de se savoir dans sa main et l’assurance que, quoi qu’il arrive, que ce soit dans notre vie ou dans notre monde, nous avons une place fermement établie auprès de Dieu, une forteresse pour l’éternité. 


dimanche 23 juillet 2023

Les Proverbes – Chemins de sagesse (3)

 

Nous poursuivons notre mini-série sur les Proverbes, et en particulier le début du premier recueil attribué à Salomon. 

Juste une précision importante pour commencer, un rappel pour ceux qui ont suivi les deux premiers épisodes. La spécificité des maximes qu’on trouve dans le livre des Proverbes, c’est qu’il s’agit de formules courtes et souvent condensées. Autrement dit, tout n’est pas toujours dit explicitement. Il arrive que des mots ou des parties de phrases soient sous-entendues. Si on ne prend pas le temps de creuser la maxime, d’y chercher les indices de parties manquantes, de ce qui est sous-entendu, on risque de passer à côté du sens. 

Nous commencerons donc toujours par une petite enquête pour tenter de découvrir les trésors cachés des proverbes que nous lirons. 

Reprenons donc la lecture où nous nous sommes arrêtés : 

Proverbes 10.15-22
15La fortune du riche est une ville forte ; la ruine des petites gens, c'est leur pauvreté.
16Le gain du juste est pour la vie ; le revenu du méchant est pour le péché.
17Celui qui garde l'instruction prend le chemin de la vie ; celui qui oublie les avertissements s'égare.
18Celui qui couvre la haine a des lèvres menteuses ; celui qui répand de mauvais propos est stupide.
19Avec beaucoup de paroles, les offenses ne manquent pas ; celui qui retient ses lèvres est un homme de bon sens.
20La langue du juste est un argent de choix ; le cœur des méchants a peu de valeur.
21Les lèvres du juste conduisent la multitude ; les imbéciles meurent faute de raison.
22C'est la bénédiction du SEIGNEUR qui rend riche ; il n'y ajoute aucune peine.


La fortune du riche est une ville forte ; la ruine des petites gens, c'est leur pauvreté.
(Proverbes 10.15)

Il n’y a sans doute pas besoin de chercher de mots cachés ici, la formule est claire. Mais attention : il n’y a pas d’un côté le juste et de l’autre le méchant. L’opposition est entre le riche et le pauvre. Il n’y a pas de jugement moral ou de jugement de valeur sur l’un ou sur l’autre, sinon on parlerait de juste et de méchant, ou de sage et de stupide.  

Dans notre monde, la richesse garantit bien une certaine sécurité et la pauvreté conduit à une certaine précarité. C’est un fait… Il est quand même bien plus facile de se nourrir, de se loger, de s’habiller quand on a un certain revenu. Et la vie est quand même bien plus difficile quand on a du mal à joindre les deux bouts, quand on rame pour payer ses factures et faire les courses au supermarché.  

Ce proverbe ne dit pas autre chose ! Le riche trouve dans sa richesse une certaine sécurité, et le pauvre est dans une situation de précarité, plus ou moins prononcée. 

C’est aussi une façon de dire que la richesse, l’argent, les biens matériels ne sont pas mauvais par eux-mêmes. On peut être bon et juste, tout en étant riche… ou pauvre. Et on peut être mauvais et méchant, tout en étant pauvre… ou riche. 


Le gain du juste est pour la vie ; le revenu du méchant est pour le péché.
(Proverbes 10.16)

Cette fois l’opposition est moins évidente. Et il y a bien le juste d’un côté et le méchant de l’autre. On associe au juste le gain (ou le salaire, voire le travail), et au méchant le revenu. On est bien dans le même domaine, celui du travail et ce qu’il rapporte. 

Là où l’opposition est plus subtile, c’est dans la finalité : pour la vie ou pour le péché (et pas la vie et la mort, ou la justice et le péché par exemple). Les justes comme les méchants tirent un gain de leur travail. La différence se trouve au niveau de la finalité de ce gain. Que fait-on de nos biens, comment les utilisons-nous ? Pour la vie ? C’est-à-dire pour vivre (il faut bien travailler pour vivre…), mais aussi pour le bien de la vie des autres. Ou pour le péché ? C’est-à-dire pour des usages égoïstes voire mauvais et destructeurs, pour soi et pour les autres.

Ce proverbe précise d’une certaine façon le proverbe précédent. Le problème n’est pas le montant de notre salaire mais l’usage que nous en faisons. 


Celui qui garde l'instruction prend le chemin de la vie ; celui qui oublie les avertissements s'égare.
(Proverbes 10.17)

Ici, le proverbe est limpide. Tout est explicite et souligne l’importance et l’utilité des conseils et des avertissements que nous pouvons recevoir. En tenir compte, c’est prendre le chemin de la vie, ne rien en faire, c’est s’égarer. Nous avons tous besoin de bons conseils pour vivre notre vie correctement ici-bas. 

A noter que celui qui s’égare n’est pas celui qui n’a pas reçu de conseils ou d’avertissements mais celui qui les oublie (ou pourrait traduire aussi qui les abandonne ou les néglige), sans doute parce qu’il estime qu’ils ne sont pas importants ou qu’il n’en a pas besoin… 

Vouloir toujours se débrouiller seul, penser qu’on va pouvoir tracer son propre chemin, se faire tout seul sans jamais écouter les conseils, sans jamais avoir besoin des autres, de leur expérience ou de leur expertise, c’est être sûr de s’égarer. Nous avons besoin les uns des autres. 


Celui qui couvre la haine a des lèvres menteuses ; celui qui répand de mauvais propos est stupide.
(Proverbes 10.18)

Pour une fois, les deux parties de ce proverbe n’opposent pas le sage et le stupide, ou le juste et le méchant. On ne parle que du menteur et du stupide… en soulignant deux façons de mal utiliser ses paroles. Soit on est hypocrite (on cache la haine derrière des paroles trompeuses) soit on est malveillant (on répand des calomnies sur les autres). 

C’est d’ailleurs étonnant que la deuxième partie du proverbe parle d’être stupide et non d’être méchant. Le méchant, c’est celui qui est moralement condamnable. Le fou ou le stupide c’est celui qui se conduit de manière insensée… et qui s’en mordra les doigts. Répandre des mauvais propos, des mensonges ou des calomnies est stupide, c’est un mauvais calcul parce que ça finit toujours par se retourner contre celui qui les a proférés. Lorsque la vérité éclate et que ses intentions sont révélées, celui qui a répandu les mauvais propos perd tout crédit. 


Avec beaucoup de paroles, les offenses ne manquent pas ; celui qui retient ses lèvres est un homme de bon sens.
(Proverbes 10.19)

Dans ce proverbe, il n’y a pas une opposition entre parler et écouter mais entre parler avec abondance et parler avec retenue. Parler avec abondance, c’est parler sans filtre, sans se donner le temps de la réflexion et de la pondération. Plus les paroles sont abondantes, moins elles sont réfléchies et plus il y a de chance qu’il y ait des offenses (en hébreu, c’est un des mots qui désignent le péché). 

A l’inverse, la sagesse est pour ceux qui savent retenir leurs paroles. Retenir ses paroles, ce n’est pas forcément rester silencieux, mais c’est parler avec mesure, à bon escient. C’est savoir prendre le temps de réfléchir avant de parler, évaluer la pertinence de ce qu’on s’apprête à dire et être prêt à ne rien dire si ce n’est pas le cas. Bref, retenir ses lèvres, c’est avoir des paroles réfléchies et pertinentes. La parole des sages est rare, mais elle est précieuse. 

Avec beaucoup de paroles, les offenses ne manquent pas car les paroles ne sont pas réfléchies ; celui qui retient ses lèvres est un homme de bon sens car il réfléchit avant de parler.


La langue du juste est un argent de choix ; le cœur des méchants a peu de valeur.
(Proverbes 10.20)

Un a d’un côté la langue des justes, et de l’autre le cœur des méchants. L’une est précieuse, l’autre ne vaut presque rien. Ici, la langue est l’organe de la parole, le cœur celui des pensées et des intentions. 

Ce proverbe est vraiment dans le prolongement du précédent. Un argent de choix, c’est un argent rare, sélectionné avec soin. Ce qui a de la valeur est rare… alors que ce qui a peu de valeur est banal. Le cœur des méchants est banal, sans valeur. Et on s’en rend compte dans leurs paroles, surtout si elles sont abondantes. 

Mais attention : ce n’est pas le cœur du juste qui est une richesse de choix mais sa langue. Autrement dit, ici, c’est une richesse pour les autres, pour ceux qui profitent des paroles du sage. 


Les lèvres du juste conduisent la multitude ; les imbéciles meurent faute de raison.
(Proverbes 10.21)

Avec les deux précédents, ce proverbe forme un triptyque sur la parole. Ici, c’est l’impact des paroles qui est souligné. Parce qu’elles sont rares et qu’elles ont de la valeur, les paroles des justes sont utiles et inspirantes, tout le monde peut en bénéficier. Elles conduisent la multitude. Encore faut-il qu’un cœur sage ait des lèvres justes, autrement dit que le sage partage sa sagesse avec les autres. 

Remarquez que dans la deuxième partie, on ne parle ni du cœur ni des lèvres, on parle simplement des imbéciles… Si le cœur des méchants a peu de valeur, les paroles qui en proviennent n’en ont guère plus. En réalité, elles ne sont même pas utiles à ceux qui les prononcent… 


C'est la bénédiction du SEIGNEUR qui rend riche ; il n'y ajoute aucune peine.
(Proverbes 10.22)

On pourrait traduire différemment la deuxième partie de ce proverbe en disant : « la peine n‘y ajoute rien. » La « peine » ici pourrait désigner le travail ou les efforts des humains, ou alors peut-être les soucis ou les inquiétudes. Quoi qu’il en soit, aucun effort ni aucune inquiétude ne viendront ajouter quoi que ce soit à la bénédiction du Seigneur. 

Finalement, ce proverbe invite à considérer la richesse ou la prospérité comme une bénédiction de Dieu, un bienfait qu’il nous accorde. C’est l’occasion de rappeler que tout ce que nous avons vient de Dieu. 


Application

Récapitulons. Ces proverbes abordent principalement deux thèmes déjà rencontrés auparavant : la richesse et les paroles. Mais ils le font d’une manière différente, apportant d’autres éclairages. Les deux thèmes d’ailleurs se croisent puisqu’on présente les paroles des sages elles-mêmes comme une richesse. 

En ce qui concerne la richesse, les proverbes que nous avons lus soulignent que l’argent, les biens matériels, la prospérité, tout cela n’est pas mauvais en soi. Il s’agit même de les considérer comme des bénédictions de Dieu. Mais ce qui est déterminant, c’est l’usage que nous en faisons. 

En ce qui concerne les paroles, pour qu’elles aient de la valeur, elles doivent être mesurées, réfléchies et franches. Dans ce cas, elles sont une richesse pour tous ceux qui sont prêts à les entendre et des ressources précieuse pour la vie. Ceux qui s’en privent sont stupides et ils s’égarent dans leur orgueil et leur égoïsme. 

Pour les leçons à retenir de ces proverbes, je vous propose de croiser ce qui est dit des paroles et des richesses. 

Ce qui a de la valeur est rare. 

  • Toute richesse est rare : elle n’est jamais un dû, toujours une bénédiction de Dieu
  • Les paroles de valeur sont peu nombreuses parce qu’elles sont réfléchies et mesurées

Les bénédictions sont faites pour être partagées. 

  • Savoir partager ses biens, c’est démontrer qu’on n’est pas esclave d’eux
  • Un sage ne l’est plus s’il ne fait pas bénéficier les autres de ce qu’il a appris


dimanche 9 juillet 2023

Les Proverbes – Chemins de sagesse (1)

 

Début juin j’ai participé au colloque théologique de la FLTE, qui s’intéressait à la littérature de sagesse dans la Bible. Une des interventions avait pour titre : « Prêcher sur le livre des Proverbes : un défi pour aujourd’hui ? »

Et je me suis rendu compte qu’en 27 ans de ministère pastoral, je pense n’avoir jamais prêché sur le livre des Proverbes ! En tout cas pas sur les recueils de maximes qu’on trouve à partir du chapitre 10. Alors je me suis dit : chiche ! Je vais relever le défi et je vous propose, pour les quatre dimanches jusqu’à fin juillet, une mini-série sur les Proverbes. 

Juste un petit mot d’introduction. Si les premiers chapitres du livre des Proverbes forment une sorte de longue introduction autour de la sagesse, l’essentiel du livre est constitué de plusieurs recueils de maximes, on pourrait parler aussi d’aphorismes : des proverbes très courts qui, en une phrase, veulent enseigner des leçons de vie. Ces proverbes sont en général en deux parties qui se répondent ou s’opposent. Et comme il s’agit de proposer des formules courtes, tout n’est pas toujours dit explicitement, il y a des mots ou des parties de phrases qui sont sous-entendus. Il y a donc souvent un travail de « reconstitution » à faire pour discerner les « mots cachés » et comprendre le sens de la maxime. 

On trouve ce procédé ailleurs dans la Bible. Lisons par exemple le dernier verset du Psaume 1 : « Car le SEIGNEUR connaît la voie des justes, mais la voie des méchants se perd. » (Psaumes 1.6)

En réalité, la moitié du verset est sous-entendue. Le verset ne dit pas explicitement que le Seigneur connaît aussi la voie des méchants ni où conduit la voie des justes mais c’est sous-entendu. Le verset complété pourrait être : 

« Car le SEIGNEUR connaît la voie des justes, elle conduit à la vie,
Mais il connaît aussi la voie des méchants et elle se perd. » 

On doit, assez souvent, avoir la même démarche quand on lit les Proverbes parce qu’ils utilisent le même procédé. Très souvent, tout n’est pas dit explicitement et l’implicite est aussi important que l’explicite. 

Ce que je vous propose pour les quatre dimanches qui viennent, c’est de lire le début du premier recueil de maximes attribuées à Salomon, au chapitre 10 des Proverbes (nous verrons bien jusqu’où ça nous mènera). Nous lirons quelques versets et nous prendrons le temps de décortiquer chacune des maximes, pour bien comprendre de quoi elles parlent, identifiant au besoin les parties implicites et sous-entendues. Et nous nous demanderons alors quelles leçons nous pouvons en tirer pour nous, aujourd’hui. 

C’est un peu comme une chasse au trésor. Il y a des énigmes à résoudre, ce qui donne à l’exercice a un petit côté enquête assez amusant, et ça peut nous conduire à des trésors de sagesse à côté desquels nous passons si nous lisons trop vite, sans y prêter l’attention nécessaire ! 

Proverbes 10.1-5
1 Maximes de Salomon. 
Un fils sage fait la joie d'un père ; un fils stupide, le chagrin de sa mère.
2 Les trésors des méchants ne profitent pas ; c'est la justice qui délivre de la mort. 
3 Le SEIGNEUR ne laisse pas le juste souffrir de la faim ; il repousse l'avidité des méchants.
4 Celui qui agit d'une main nonchalante s'appauvrit ; la main des hommes actifs les rend riches.
5 Celui qui amasse pendant l'été est un fils avisé ; celui qui dort pendant la moisson est un fils qui fait honte. 


Explication

Reprenons donc ces 5 maximes pour essayer de bien les comprendre, notamment en cherchant les éventuels « mots cachés ». 


Un fils sage fait la joie d'un père ; un fils stupide, le chagrin de sa mère.
(Proverbes 1.1)

On commence avec un proverbe qui n’a sans doute pas de mot caché. Ici, l’opposition entre les deux parties de la maxime est claire. On a d’un côté le sage et de l’autre le stupide, d’un côté la joie et de l’autre le chagrin. 

L’opposition entre le sage et le stupide est un des motifs les plus courants dans le livre des Proverbes. Ça ne veut pas dire que l’humanité se divise en deux catégories, d’un côté les sages et de l’autres les stupides. On est tous, un peu, sage et stupide à la fois. L’idée est de souligner ce qui est un comportement sage et ses conséquences, et ce qui est un comportement stupide et ses conséquences. 

Il me semble que « la joie du père » ou « le chagrin de sa mère » sont interchangeables. Ca pourrait tout autant être la joie de la mère et le chagrin de son père… 

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Les trésors des méchants ne profitent pas ; c'est la justice qui délivre de la mort.
(Proverbes 1.2)

Ici, il y a plus à dire. Dans la première partie de la maxime, on parle de trésors qui ne profitent pas, dans la deuxième partie on ne parle ni de trésor ni de profit, on parle d’être délivré de la mort. Dans la première partie, littéralement, il est question des « trésors de méchanceté », c’est-à-dire les trésors qu’on amasse en étant méchants. Les méchants dans les Proverbes sont ceux qui se conduisent mal. Dans la deuxième partie, la justice dont il est question, ce n’est pas celle du tribunal, c’est celle d’une conduite juste, qui s’oppose justement à celle des méchants. 

Que veut nous dire ce proverbe ? Que les méchants cherchent à amasser des trésors, sans être trop regardant sur les méthodes utilisées. Pour eux, tous les moyens sont bons pour acquérir des richesses. Mais pour les justes, amasser des trésors n’est pas une fin en soi. C’est la conduite juste qui importe avant tout. 

La mort dont il est question peut être la sanction de la justice, pénale cette fois, qui finit par atteindre les méchants et que les justes n’ont pas à craindre, puisqu’ils n’ont rien à se reprocher. On pourrait donc envisager cette maxime augmentée de la sorte :

Les trésors des méchants ne profitent pas, la mort finit par les atteindre ; c'est la justice qui délivre de la mort, les justes n’ont rien à se reprocher.

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Le SEIGNEUR ne laisse pas le juste souffrir de la faim ; il repousse l'avidité des méchants. 
(Proverbes 1.3)

Ici encore, l’opposition entre les deux parties du verset n’est pas évidente… On a bien le juste d’un côté et le méchant de l’autre. Mais le juste, on dit que le Seigneur ne le fait pas souffrir de la faim, et les méchants, que le Seigneur repousse leur avidité. 

De quelle faim parle-t-on ici ? La faim des méchants, c’est l’avidité, la faim d’en vouloir toujours plus et ne jamais être rassasié. Et si c’était de cette faim-là dont les justes ne souffrent pas ? 

Cette maxime serait alors une invitation au contentement en reconnaissant que le Seigneur nous accorde ce dont nous avons vraiment besoin et qu’il ne cède pas à nos caprices. Alors que celui qui n’est jamais satisfait et qui en veut toujours plus s’éloigne du Seigneur, obnubilé par son avidité. 

Le verset augmenté pourrait être :

Le SEIGNEUR ne laisse pas le juste souffrir de la faim de posséder, il subvient à ses vrais besoins ; il repousse l'avidité des méchants et les laisse dans leur insatisfaction.

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Celui qui agit d'une main nonchalante s'appauvrit ; la main des hommes actifs les rend riches.
(Proverbes 1.4)

On retrouve ici une maxime qui n’a sans doute pas de mots cachés. L’opposition est claire entre les deux parties de la phrase ; d’un côté la main nonchalante, de l’autre la main active. Evidemment, la main signifie l’action, le travail. D’un côté on a celui qui fait preuve de paresse, qui ne travaille pas ou très peu. Il ne doit pas s’étonner s’il n’en retire rien ! De l’autre, on a celui qui travaille, qui met les mains dans le cambouis, et qui finit par en retirer un profit. 

Cette maxime peut sembler enfoncer une porte ouverte mais il n’est pas inutile de rappeler que tout ne nous tombera pas du ciel. Il ne faut pas s’étonner de ne pas avoir ce qu’on recherche si on ne fait rien ! En toutes choses, nous avons notre part à accomplir. La prière ne remplace pas les révisions avant un examen, par exemple !

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Celui qui amasse pendant l'été est un fils avisé ; celui qui dort pendant la moisson est un fils qui fait honte.
(Proverbes 1.5)

Il y a bien un contraste ici est entre le fait d’amasser pendant l’été ou de dormir pendant la moisson (qui a bien lieu en été). Mais d’un côté on a un fils avisé, de l’autre un fils qui fait honte. Ce n’est pas une opposition stricte, sinon on aurait un fils stupide… 

Faire honte (ou susciter le mépris dans d’autres traductions) parle du regard qui est porté sur celui qui est concerné. Remarquez aussi qu’on ne parle pas simplement d’un homme mais d’un fils avisé ou qui fait honte. Ça peut rappeler le proverbe du verset 1 qui parlait de la joie du père et du chagrin de la mère pour leur fils avisé ou stupide…  

Complété, le proverbe pourrait être :

Celui qui amasse pendant l'été est un fils avisé qui fait la joie de son père (sa mère) ; celui qui dort pendant la moisson est un fils stupide qui fait honte à son père (sa mère).

Ce qui est aussi sous-entendu, c’est pourquoi l’un est avisé et l’autre stupide. C’est évidemment parce que celui qui amasse pendant l’été récolte le blé dans son grenier. Mais celui qui dort pendant la moisson laisse la récolte se détériorer et n’a pas de blé. 


Application

Récapitulons. Ces 5 maximes interrogent notre rapport aux richesses et aux biens matériels. Acquérir des richesses n’est pas une fin en soi, et la fin ne justifie pas les moyens. La méchanceté, la malhonnêteté et les magouilles peuvent, certes, rapporter à court terme mais à plus long terme, elles nous exposent à des dangers et on risque des retours de bâton. Sans compter que l’avidité nous entraîne dans un cercle vicieux, plus on en a, plus on en veut. Ça ne s’arrête jamais. C’est une faim qui n’est jamais rassasiée. 

Evidemment, ça ne doit pas être un oreiller de paresse ou un prétexte à l’oisiveté. Cela aussi est une conduite stupide. Il ne faut pas croire que tout va nous tomber du ciel. Chacun à sa part à prendre, sa part de travail à accomplir. 

La question que nous pose peut-être ces quelques proverbes, c’est : Qu’est-ce que réussir sa vie ? 

Pour la plupart des gens, aujourd’hui, réussir sa vie, c’est sans doute avoir une bonne situation, une belle carrière professionnelle qui garantit un certain revenu, une maison, une belle voiture et des économies… 

Ces quelques proverbes nous invitent à voir les choses autrement… Et si réussir sa vie, c’était avoir une vie juste ?  

Dans ces maximes, le regard approbateur ou désapprobateur des parents est important. Sont-ils fiers ou non de notre vie ? Nos proches, ceux que nous aimons, ceux qui comptent pour nous, sont-ils fiers de la vie que nous menons ? 

Et en élargissant un peu le propos, ne peut-on pas dire que le regard du père ou de la mère, c’est aussi le regard du Père, c’est-à-dire de Dieu sur notre vie et la façon dont nous nous comportons ? Dieu est-il fier de la façon dont nous menons notre vie ? 

C’est sans doute plus difficile de répondre à cette question que de regarder le solde de son compte en banque, son CV professionnel ou la voiture qui est dans son garage (ou pas)… Mais aux yeux de Dieu, je suis persuadé que c’est celui ou celle qui est juste qui réussit sa vie. Pas celui ou celle qui est adulé ou craint des autres, mais celui qui est approuvé par Dieu, qui regarde au cœur… 

Et des justes aux yeux de Dieu, il y en a des riches et des pauvres, des PDG et des ouvriers, des gens connus et des inconnus… Peu importe !

Chers amis, dans le prolongement des quelques proverbes de ce matin, j’aimerais nous encourager à ce que notre ambition première soit d’avoir une vie juste !