Le texte biblique qui va nous intéresser ce matin fait immédiatement suite à celui qui a été l’objet de la prédication dimanche dernier. Nous nous étions arrêtés sur la formule choc de l’apôtre Paul, à propos de Dieu et de son œuvre : « Tout est de lui, par lui et pour lui ». Lui seul est la source, le moyen et le but de notre salut, et donc de notre vie.
C’est ce qui terminait la partie doctrinale de l’épître aux Romains. Avec notre texte, c’est la partie pratique qui commence, où l’apôtre développe les conséquences pour la vie chrétienne de l’enseignement présenté dans les 11 premiers chapitres.
Romains 12.1-2 (Nouvelle Bible Segond)1 Je vous encourage donc, mes frères, au nom de toute la magnanimité de Dieu, à offrir votre corps comme un sacrifice vivant, saint et agréable à Dieu ; voilà quel sera pour vous le culte conforme à la Parole. 2 Ne vous conformez pas à ce monde-ci, mais soyez transfigurés par le renouvellement de votre intelligence, pour discerner quelle est la volonté de Dieu : ce qui est bon, agréable et parfait.
Si Dieu seul est la source, le moyen et le but de notre salut, et donc de notre vie, si tout est de lui, par lui et pour lui, alors quoi de plus normal, de plus logique pour nous, qu’une consécration totale à Dieu ? Paul exhorte ses lecteurs à offrir leur corps (c’est-à-dire leur vie) comme un sacrifice vivant, saint et agréable à Dieu. Il utilise ici le langage qu’on utilisait pour les sacrifices dans l’Ancienne Alliance. Il le fait de manière métaphorique puisqu’il s’agit d’offrir un sacrifice vivant !
Mais tout cela demande une transformation en profondeur, une véritable transfiguration qui prend racine au plus profond de notre être, dans notre cœur, dans notre intelligence. Nous devons laisser Dieu nous transformer et nous donner une intelligence nouvelle. Cette intelligence nouvelle sera nécessaire pour comprendre concrètement ce que Dieu attend de nous, quelle est sa volonté. Une volonté qui est résumée par trois qualificatifs, à la fin du verset 2 : « Ce qui est bon, agréable et parfait. »
1. Pourfendre une idée reçue…
Avant d’aller plus loin, j’aimerais faire ici une parenthèse… afin de pourfendre une idée reçue sur la volonté de Dieu. Cette idée reçue, qui peut être tenace parmi les chrétiens, affirme que le Seigneur aurait un plan précis, détaillé et prédéfini pour chaque personne. Un peu comme une feuille de route que nous devrions suivre pour ne pas nous égarer loin de la volonté de Dieu. Il s’agirait de discerner ce plan, dans ses moindres détails, pour accomplir pleinement la volonté de Dieu pour sa vie. Et si on se trompe, si on fait un mauvais choix, on sortirait de la volonté de Dieu. On ne serait plus « dans la volonté de Dieu » !
Dans une telle perspective, on vit sans cesse dans l’incertitude : a-t-on fait les bons choix, est-ce qu’on ne s’est pas trompé ? Et si les choses tournent mal on se demande si on n’est pas sorti de la volonté de Dieu. On ne veut alors plus prendre la moindre décision sans être sûr que c’est bien ce que Dieu veut…
« J’ai envie de faire ceci ou cela… mais est-ce que c’est la volonté de Dieu ? » « J’ai ce projet qui me tient à cœur mais est-ce que c’est la volonté de Dieu ? » Et ça devient une source de stress, une pression qu’on se met sur les épaules, qui crée la peur de se tromper, de « sortir » de la volonté de Dieu.
Je mets au défi quiconque de justifier cette idée d’un point de vue biblique ! C’est une façon d’envisager la volonté de Dieu qui n’est pas dans la Bible.
Je vous assure que si Dieu a un projet spécifique pour vous, s’il a un appel particulier à vous adresser, il vous le fera comprendre. Et il prendra le temps qu'il faut pour ça. Sinon, dans tous les autres cas, utilisez votre intelligence ! C’est pour cela que Dieu veut la renouveler par son Esprit. Pour que nous l’utilisions ! Alors certes, il est légitime de demander à Dieu la sagesse, pour un bon exercice de notre discernement… mais Dieu nous appelle à fait fonctionner nos neurones !
En effet, dans l’exhortation de l’apôtre Paul, comment accède-t-on à la connaissance de la volonté de Dieu ? Par le renouvellement de notre intelligence : « soyez transfigurés par le renouvellement de votre intelligence, pour discerner quelle est la volonté de Dieu. » C’est pourtant clair !
D’ailleurs Paul aurait pu s’arrêter là. Par son Esprit Dieu vous donne une intelligence nouvelle, pour que vous puissiez discerner quelle est sa volonté. Alors allez-y, utilisez votre intelligence !
Mais, en bon pédagogue, il va aller un peu plus loin et il définit par trois qualificatifs cette volonté de Dieu : elle est « ce qui est bon, agréable et parfait. » Et cette formule concise pourrait bien nous être très utile dans l’exercice du discernement de la volonté de Dieu…
2. Bon, agréable et parfait
Ces trois qualificatifs sont à comprendre ensemble. Ils ne désignent pas trois qualificatifs possibles de la volonté de Dieu, qui serait tantôt bonne, tantôt agréable et tantôt parfaite. Ce sont trois qualificatifs complémentaires de la volonté de Dieu, trois aspects indissociables. La volonté de Dieu, c’est toujours ce qui est bon, agréable ET parfait. Les trois à la fois. Mais de quoi parle-t-on ici ?
« Ce qui est bon » (ton agathon) désigne ce qui est vertueux, qui a de la valeur d’un point de vue moral. On pourrait aussi traduire tout simplement ce qui est bien. C’est donc la qualité morale qui est soulignée ici. Dieu est parfaitement bon et il ne peut jamais être complice avec le mal… c’est toujours le cas de sa volonté.
« Ce qui est agréable » (ton euareston) désigne ce qui procure de la satisfaction ou plaît à quelqu’un. Ce quelqu’un ici, c’est sans doute Dieu d’abord. La volonté de Dieu, c’est ce qui plaît à Dieu, ce qui lui est agréable. Mais on peut aussi le percevoir de façon plus large. Est-ce que ça ne peut pas être aussi ce qui est agréable aux autres, ce qui leur fait du bien ? Dieu ne veut-il pas que nous aimions notre prochain comme nous-mêmes ?
« Ce qui est parfait » (ton teleion) désigne ce qui est achevé, ce qui a atteint son but, ce qui a réalisé sa mission. Il ne faut pas comprendre la perfection ici comme un état atteint et immuable, mais plutôt comme une dynamique vers le but ultime. Ce qui est parfait c’est ce qui permet de faire avancer les choses dans la bonne direction.
En réalité, on pourrait dire que ces trois qualificatifs de la volonté de Dieu ne sont pas des absolus mais des dynamiques qui s’inscrivent dans la relation à Dieu et au prochain. Chaque décision importante, chaque projet doit être évalué à la lumière de l’impact qu’ils ont sur notre relation à Dieu et notre relation avec notre prochain.
3. Le triple test
Concrètement, pour discerner la volonté de Dieu, cette formule de l’apôtre Paul nous permet d’envisager un test en trois questions. C’est le triple test de la volonté de Dieu, à utiliser pour évaluer nos projets et nos décisions importantes, devant Dieu.
1° Le test moral : est-ce que c’est bon ? Est-ce que mon projet, ma décision sont animés de valeurs positives ? Le test, ici, touche aux motivations, aux aspirations, aux valeurs qui sous-tendent le projet ou la décision.
2° Le test de l’accueil : est-ce que c’est agréable ? Il s’agit de s’interroger sur la réaction que cela va susciter chez les autres, y compris le Seigneur. Comment est-ce que ça va être accueilli ? Est-ce que ça va plaire à Dieu, sur la base de ce que je connais de lui ? Est-ce que ça va être bien reçu par mon prochain ?
3° Le test de la finalité : est-ce que c’est « parfait » ? Il faut bien sûr comprendre ici « parfait » dans le sens du but à atteindre. Quel effet cela va avoir sur ma vie, sur celle de mon prochain, sur le groupe auquel j’appartiens ? En quoi ça va être utile, édifiant, constructif ? L’idée est d’inscrire la réflexion dans la perspective du Royaume de Dieu qui est en marche, et de réfléchir aux fruits qui devraient découler du projet ou de la décision.
Evidemment, on ne va pas mettre en œuvre ce triple test pour toutes les petites décisions du quotidien. On peut les avoir à l’esprit de façon générale, pour mesurer la pertinence, l’impact et les effets de nos décisions de tous les jours. En revanche, le test peut être utile lorsque nous avons une décision importante à prendre, ou un projet conséquent à envisager.
Conclusion
Le discernement de la volonté de Dieu peut être une source d’angoisse pour le chrétien. Or il ne s’agit pas de vivre dans la peur de se tromper ou de manquer un plan caché de Dieu. Il s’agit d’apprendre à réfléchir et agir avec une intelligence renouvelée par l’Esprit.
Devant des projets ou des décisions importantes, le triple test de l’apôtre Paul peut sans doute nous aider : est-ce bon ? est-ce agréable à Dieu et bénéfique pour notre prochain ? est-ce parfaitement orienté vers le but, dans la perspective du Royaume de Dieu ?
Nous pouvons donc avancer avec confiance, non pas dans la peur de nous tromper mais dans la liberté des enfants de Dieu, sur lesquels Dieu le Père porte un regard plein d’amour. S’il faut rectifier la trajectoire de notre vie, il nous le montrera avec bienveillance… et quoi qu’il en soit il poursuivra son œuvre en nous.
C’est alors que notre vie pourra être un sacrifice vivant, saint et agréable à Dieu.
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