dimanche 4 janvier 2026

Suivre l'étoile

 

Si c’est officiellement le 6 janvier qu’est fixée l’épiphanie, c’est traditionnellement le premier dimanche de janvier qu’elle est célébrée dans les Eglises.

Commençons par une petite question… Que signifie le mot « épiphanie » ? 

A. Naissance B. Manifestation

C. Révélation D. Galette

Longtemps, l’épiphanie était la seule fête célébrant la manifestation (c’est le sens du mot épiphanie) du Fils de Dieu sur terre, non seulement sa naissance mais aussi la visite des mages, son baptême et même son premier miracle, aux noces de Cana. 

Aujourd’hui, dans les Eglises d’Occident, c’est le récit de la visite des mages qui prend toute la place lors de l’épiphanie (ce n’est pas le cas dans les Eglises orthodoxes et d’Orient). Et c’est bien ce texte que nous allons lire ce matin. 

Matthieu 2.1-12
1Après la naissance de Jésus à Bethléem, en Judée, à l'époque où Hérode était roi, des savants vinrent d'Orient. Ils arrivèrent à Jérusalem 2et demandèrent : « Où est l'enfant qui vient de naître, le roi des Juifs ? Car nous avons vu son étoile apparaître en orient et nous sommes venus nous prosterner devant lui. » 3Quand le roi Hérode apprit cette nouvelle, il fut troublé, ainsi que toute la ville de Jérusalem. 4Il réunit tous les grands-prêtres et les spécialistes des Écritures, et leur demanda où le Christ devait naître. 5Ils lui répondirent : « À Bethléem, en Judée. Car voici ce que le prophète a écrit :
6“Et toi, Bethléem, terre de Juda,
tu n'es certainement pas la moins importante des localités de Juda ;
car c'est de toi que viendra un chef
qui conduira mon peuple, Israël.” »
7Alors Hérode convoqua secrètement les savants et s'informa auprès d'eux du moment précis où l'étoile était apparue. 8Puis il les envoya à Bethléem, en leur disant : « Allez chercher des renseignements précis sur l'enfant ; et quand vous l'aurez trouvé, faites-le-moi savoir, afin que j'aille, moi aussi, me prosterner devant lui. »
9Après avoir écouté le roi, ils partirent. Et l'étoile qu'ils avaient vue en Orient les précédait ; quand elle arriva au-dessus de l'endroit où se trouvait l'enfant, elle s'arrêta. 10En la voyant là, ils furent remplis d'une très grande joie. 11Ils entrèrent dans la maison et virent l'enfant avec sa mère, Marie. Ils tombèrent à genoux pour se prosterner devant l'enfant ; puis ils ouvrirent leurs trésors et lui offrirent des cadeaux : de l'or, de l'encens et de la myrrhe. 12Comme ils furent avertis dans un rêve de ne pas retourner auprès d'Hérode, ils prirent un autre chemin pour rentrer dans leur pays.

Avant de parler des mages, ou des savants comme ils sont appelés dans cette version, j’aimerais m’arrêter sur les autres personnages du récit. 


Hérode, franchement parano

Il y a d’abord Hérode. Ce qu’on sait de lui par les historiens correspond à ce que le texte nous en dit. On sait en effet que Hérode avait l’habitude de faire exécuter ceux qu’il considérait comme une menace, y compris quand il s’agissait de ses propres fils. Il en a quand même fait tuer trois… 

Dans notre récit, Hérode voit donc dans cet enfant qui vient de naître un rival potentiel, une menace pour son pouvoir. Sur la base des informations recueillies auprès des savants, il fera tout pour l’éliminer en ordonnant de tuer, à Bethléem et dans les environs, tous les garçons de deux ans et moins (cf. Matthieu 2.16) 

Mais comment un petit enfant peut-il être une menace pour Hérode ? A la fin de sa vie, devant Pilate cette fois, Jésus dira que son Royaume n'est pas de ce monde. Il n’est donc en concurrence avec aucun royaume de cette terre… 

Et pourtant, ce Royaume de Dieu, dont l'entrée est réservée à ceux qui sont comme des petits enfants, dans lequel l'amour pour Dieu et l’amour pour le prochain sont les valeurs suprêmes, ce Royaume est perçu comme une menace par ceux qui sont avides de pouvoir.

Dans l'histoire, les puissants se sont inquiétés du pouvoir de Jésus : les chefs religieux dans les évangiles se sont farouchement opposés à lui ; l'empire romain a persécuté les chrétiens, disciples de Jésus, dans le premier siècle de l'histoire de l'Eglise ; les régimes totalitaires, d’hier et d’aujourd'hui, ont persécuté et persécutent encore les chrétiens.

Percevoir Jésus comme une menace, c’est la preuve qu’on n’a pas compris qui il était, ni de quelle nature était son Royaume ! Le Royaume de Dieu n’est pas un lieu de pouvoir, c’est un lieu de service. Ce n’est pas un lieu de domination mais de fraternité. Un lieu où celui qui cherche à être le premier se retrouve le dernier. C’est peut-être pour cela qu’il effraie ceux qui sont avides de pouvoir… 


Des chefs religieux inconséquents

Il y a ensuite les grands-prêtres et les spécialistes des Ecritures. Hérode les convoque pour y voir plus clair sur ce roi qui doit naître… Et leur réponse est absolument juste ; ils citent une prophétie de Michée qui annonce la naissance du Messie à Bethléem, ville originaire de David. 

Ils savent donc parfaitement où le Messie doit naître mais ils ne cherchent pas à le trouver. Ils connaissent sur le bout des doigts les Ecritures mais ils ne connaissent pas Celui que les Ecritures annoncent. Ils font preuve d’un étonnant aveuglement spirituel. Le contraste entre leur connaissance des prophéties bibliques et l'absence d'impact dans leur vie est frappant ! Et cela peut nous interpeller… Quel écart y a-t-il entre la foi que nous professons et la manière dont elle impacte notre vie ?

Si nous vivons, tant bien que mal, notre foi, nous ne sommes pas aveugles spirituellement. Avouons toutefois que notre « vue spirituelle » n'est pas toujours très perçante. Spirituellement parlant, nous souffrons tous de déficiences visuelles… 

Quelle est donc notre déficience visuelle sur le plan spirituel ? Nous pouvons être myope, presbyte, astigmate ou hypermétrope !

  • Le myope ne voit clair que de près. Le nez dans sa Bible, il est capable de réciter une quantité impressionnante de versets bibliques mais voir au-delà du bout de son nez, c'est compliqué... Le myope spirituel s'intéresse à sa propre vie spirituelle, sa foi, sa piété, son épanouissement personnel... mais très peu à son prochain. 
  • Le presbyte, à l'inverse, ne voit clair que de loin. C'est un peu l'histoire de la paille et de la poutre. Il est capable de voir la paille dans l'œil de son prochain, avec la distance, mais il est incapable de voir la poutre dans son propre œil... c'est trop près ! Le presbyte spirituel est prompt à juger les autres et donner des leçons... mais il a beaucoup de mal à se remettre en question !
  • L'astigmate a une vision déformée, quelle que soit la distance. Il voit toujours les choses différemment des autres... et ce sont forcément les autres qui ont tort ! Il a souvent un réflexe de victimisation : il se dit incompris, mal-aimé, rejeté... mais il a beaucoup de mal à accueillir la façon de voir des autres. 
  • L'hypermétrope voit flou... et souffre de maux de tête. Spirituellement, il ne sait jamais où il en est. Il change de théologie comme de chemise, il se laisse emporter par les prédicateurs à la mode sur YouTube, il va tantôt dans un sens tantôt dans l'autre... et ça finit par lui donner mal à la tête !

Bien-sûr, ces analogies ont leurs limites... Mais l'idée principale est bien que, spirituellement, nous avons tous besoin de lunettes pour y voir clair. Et ces lunettes sont celles du Saint-Esprit qui vient nous éclairer. 


Des mages « pas très catholiques »

Venons-en enfin aux mages, ou plutôt aux savants. Qui sont-ils ? Contrairement à ce qu’en ont fait la tradition et le folklore, on ne nous dit ni qu’ils sont rois ni qu’ils sont trois. On sait qu’ils observent les étoiles et qu’ils viennent d’Orient, peut-être de la Perse. Ce sont donc des païens, des non-Juifs, et probablement des astrologues. En ce temps-là, la distinction entre astrologie et astronomie n'existait pas vraiment.

Si l'Evangile avait été écrit par un « bon chrétien », il aurait sans doute trouvé mieux, plus politiquement correct, pour venir adorer le Messie. Mais Dieu est allé chercher des païens venus d'Orient puisque les chefs religieux sont incapables de voir ce qui se passe devant leur nez...

Le Seigneur vient nous chercher sur notre terrain… C’est ce qu’il a fait avec les savants d’Orient. Il est allé à la rencontre d’hommes curieux, en recherche, prêts à entreprendre le voyage pour aller adorer le roi des Juifs ! Et il leur a parlé par les étoiles… 

Il y a d'autres cas dans la Bible où Dieu fait éclater les carcans et les a priori, en utilisant des hommes ou des femmes là où on ne s'y attend pas. Il y a par exemple Melchisédek qui vient de nulle part pour bénir Abraham, Job qui est exemplaire dans sa foi alors qu'il n'appartient pas au peuple d'Israël, plusieurs maximes du livre des Proverbes qui sont empruntées à une sagesse en dehors du peuple d'Israël, le roi perse Cyrus que Dieu appelle chez Esaïe son « oint » (c’est-à-dire son « messie », celui qu'il a choisi). Et dans les évangiles, on peut penser à la femme syro-phénicienne ou au centurion, dont Jésus dit que même en Israël il n'a pas trouvé d'aussi grande foi, ou cet homme qui chasse les démons au nom de Jésus mais qui ne fait pas partie du cercle des disciples... et Jésus dit à ses disciples de ne pas l'empêcher !

Quelle leçon tirer de tout cela ? Peut-être de ne pas enfermer Dieu dans un schéma qui limiterait la façon dont il parle ou dont il se révèle. Ce n’est pas à nous de décider comment il doit parler, ni de dire à qui il parle et à qui il ne parle pas. Nous n’avons pas à déterminer un cheminement exclusif, qui serait identique pour tous, et d’exiger que tous passent par là pour devenir vraiment chrétien. 

L’important c’est, comme pour les mages, que le cheminement conduise à Jésus-Christ, qu’il débouche sur une rencontre personnelle qui change la vie, comme les savants d’Orient qui sont repartis par un autre chemin… 

Laissons Dieu libre de parler comme il l’entend et de se révéler comme il le souhaite. Laissons-nous surprendre par lui. Et accueillons ceux que Dieu lui-même accueille...


Conclusion

Avec l’épisode des sages venus d’Orient, c’est l’universalisme de la venue de Jésus qui est soulignée. Il est venu pour toute l’humanité, pour les hommes et les femmes de toutes les cultures. 

Qui que nous soyons, quelle que soit notre origine, culturelle ou familiale, le Seigneur est venu pour nous, il nous invite à le rencontrer, à suivre l’étoile qu’il met sur notre chemin. Cette étoile, elle symbolise la façon dont Dieu vient à notre rencontre. Ce sera peut-être une personne qu’il mettra sur notre chemin, une rencontre, ou alors un texte, une parole, un événement ou une circonstance. 

Cette étoile, il la remettra parfois dans notre ciel, si nous nous éloignons de lui, si nous nous égarons ou si nous nous décourageons. Pour nous amener à nouveau à Jésus. Car c’est toujours en venant, ou en revenant, à Jésus que nous trouverons, ou que nous retrouverons, un sens à notre vie, une espérance pour demain !