Pour la dernière prédication de la campagne proposée par notre Union d’Eglises, nous laissons le personnage de Samuel, et nous quittons même l’Ancien Testament pour le Nouveau, et plus précisément le livre des Actes des apôtres.
Nous sommes dans les premières années de l’histoire de l’Église. La Bonne Nouvelle de Jésus-Christ a commencé à se répandre au-delà de Jérusalem et les premières communautés chrétiennes sont nées. Elles ont commencé à se structurer, d’ailleurs pas forcément de manière uniforme.
Le récit que nous allons lire nous transporte à Antioche, en Syrie romaine, tout au sud de la Turquie actuelle. Nous nous retrouvons au milieu de l’Eglise de cette ville, dans laquelle servait notamment un certain Saul de Tarse, qui deviendra l’apôtre Paul.
Actes 13.1-31Dans l'Église d'Antioche, il y avait des prophètes et des enseignants : Barnabas, Siméon surnommé le Noir, Lucius de Cyrène, Manaën, compagnon d'enfance d'Hérode qui régnait sur la Galilée, et Saul. 2Un jour, pendant qu'ils célébraient le culte du Seigneur et qu'ils jeûnaient, l'Esprit saint leur dit : « Mettez à part Barnabas et Saul pour l'œuvre à laquelle je les ai appelés. » 3Alors, après avoir jeûné et prié, ils posèrent les mains sur eux et les laissèrent partir.
Il faut bien mesurer l’importance de ce récit. C’est en réalité un moment-clé de l’histoire de l’Eglise qui marque le début du ministère de l’apôtre Paul. C’est le prélude à ses différents voyages missionnaires, qui nous sont relatés dans la suite du livre des Actes des apôtres, et qui ont permis l’expansion de la Bonne Nouvelle, en Asie Mineure, en Macédoine et dans tout l’Empire romain, l’élargissement de l’Eglise aux croyants non-Juifs. C’est aussi grâce à ces voyages missionnaire que l’apôtre Paul a écrit ses lettres, dont plusieurs aujourd’hui figurent dans le Nouveau Testament.
Et tout est parti d’un culte célébré par l’Eglise d’Antioche, au cours duquel les croyants rassemblés ont entendu la voix du Saint-Esprit !
L’importance de la communauté
Dans l’Eglise d’Antioche, nous dit-on, il y avait des prophètes et des enseignants. Il semble que ce soient eux qui étaient les responsables de l’Eglise. A Jérusalem, c’étaient les apôtres et les anciens. Ailleurs, on parle aussi des diacres (ou des ministres). Les termes changent mais ils semblent bien toujours désigner un groupe, un collège de responsables. La collégialité est à l’honneur dans les Eglises, dès leur origine.
Mais ce ne sont pas les responsables seuls qui ont la charge de l’écoute de Dieu et de discerner sa volonté. Toute l’Eglise est concernée. C’est bien au cours d’un culte que l’Esprit saint parle à l’Eglise à Antioche.
Il faut dire que, théologiquement, il y a une nouveauté, une différence majeure dans le Nouveau Testament par rapport à l’Ancien : le Saint-Esprit est répandu sur tous les croyants. Dans l’Ancien Testament, il était déjà à l’œuvre, évidemment. Il se saisissait particulièrement de certaines personnes, comme Samuel que nous avons suivi pendant plusieurs dimanches. L’histoire de l’Eglise, dans le livre des Actes, s’ouvre avec la Pentecôte et l’effusion de l’Esprit sur tous les disciples rassemblés. Et la promesse, rappelée par Pierre dans son discours ce jour-là, est pour toutes et tous, dans toutes les générations.
L’universalité du don du Saint-Esprit désigne l’Eglise, la communauté, comme le lieu privilégié de l’écoute de Dieu. Par Eglise, je n’entends évidemment pas les bâtiments mais la communauté rassemblée.
Ça n’exclut pas la possibilité que Dieu puisse utiliser telle ou telle personne d’une manière particulière, pour un ministère particulier. Mais la norme, désormais, c’est la communauté. C’est l’Eglise comme un corps constitué de plusieurs membres où chacun a sa place. C’est un édifice spirituel vivant, constitué de pierres vivantes.
Et ce n’est pas une question de taille. Comme Jésus l’a dit à ses disciples, là où deux ou trois sont assemblés en son nom, il est au milieu d’eux. Là où Jésus-Christ se trouve par son Esprit, on peut s’attendre à ce qu’il parle…
Comment le Saint-Esprit a parlé
C’est donc, dans notre récit, à la communauté d’Antioche rassemblée que le Saint-Esprit parle. Comment a-t-il parlé ? Comment l’Eglise a discerné sa voix ? Qu’est-ce qu’il s’est passé précisément ? Au risque de vous décevoir, je suis obligé de dire qu’on ne le sait pas… le récit ne nous en dit rien.
Ce qu’on peut constater, en revanche, c’est le l’importance de la communauté. On ne sait pas si Barnabas et Saul ont joué un rôle spécifique dans le discernement, s’ils ont ou non reçu un appel, une conviction qui aurait été confirmée ensuite par l’Eglise. Ce qui est clair, ce sur quoi le texte insiste, c’est le processus collectif de discernement par l’ensemble de la communauté : « Un jour, pendant qu'ils célébraient le culte du Seigneur et qu'ils jeûnaient, l'Esprit saint leur dit… » (v.2)
Cela rappelle une formule utilisée, deux chapitres plus loin, lors du concile de Jérusalem. Les apôtres et plusieurs responsables sont réunis pour évoquer la question délicate de la coexistence dans l’Eglise de chrétiens d’origine juive et de chrétiens d’origine païenne. Au terme de débats visiblement animés, ils parviennent à un consensus qu’ils expriment dans une lettre, et dans cette lettre, ils utilisent cette fameuse formule : « il a paru bon à l’Esprit saint et à nous-mêmes… » (Actes 15.28)
Quand on lit Actes 15, on voit bien que la conviction commune à laquelle les participants du concile de Jérusalem sont arrivés est le résultat d’échanges et de débats… Or ils sont convaincus que le Saint-Esprit était à l’œuvre dans leurs débats, si bien que leur décision finale est perçue aussi comme celle du Saint-Esprit, qui est comme un co-auteur de la décision.
Il y a un peu la même logique dans notre récit. Cette fois, l’écoute du Saint-Esprit n’est pas passée par des débats mais par un culte célébré ensemble. Était-ce dans la prière commune, dans la prédication ou d’une autre manière ? On ne le sait pas. Quoi qu’il en soit, il n’y a pas une voix qui compte plus qu’une autre, il y a la conviction partagée de la communauté d’avoir entendu la voix du Saint-Esprit.
Et il y a ensuite l’obéissance, qui fait partie de la véritable écoute, par une mise en pratique conséquente. Ils prient et imposent les mains à Barnabas et Saul, et ils les laissent partir. La formule est significative. Barnabas et Saul faisaient partie des prophètes et enseignants de l’Eglise, ils étaient importants et utiles à la communauté et ils auraient sans doute bien voulu les garder. Mais, parce que Dieu les appelle à une autre mission, ils les laissent partir….
Les leçons d’Antioche
Quelles leçons tirer de cet épisode concernant notre écoute de Dieu ?
Une des responsabilités collectives de l’Eglise, c’est l’écoute de Dieu
Peut-être qu’on l’oublie parfois. Quand on demande quelle est la mission, ou la responsabilité de l’Eglise, on parlera sans doute du témoignage, de l’adoration, peut-être de l’amour du prochain… Mais parlera-t-on de l’écoute de Dieu ?
Or, pour correctement accomplir l’ensemble de sa mission, l’Eglise ne peut pas faire l’impasse sur l’écoute de Dieu. Et c’est une responsabilité qui n’incombe pas à quelques-uns seulement, au pasteur, au conseil, ou je ne sais qui d’autre. Elle est la responsabilité collective de la communauté.
On peut se dire, bien-sûr, que certains dans l’Eglise ont une responsabilité particulière dans l’écoute de Dieu, notamment en lien avec l’exercice de leur ministère. Les prédicateurs, pour leur tâche d’enseignant, surtout si on croit au caractère prophétique de la prédication. Les membres du conseil, dans leur souci pastoral de direction. Mais l’écoute de Dieu, dans l’Eglise, ne peut pas être qu’une affaire de spécialistes. Il faut qu’elle ait une dimension communautaire.
Est-ce que nous percevons nous cultes, nos rassemblements, comme des moments d’écoute de Dieu ? Quelle place le silence y a-t-il ? Il faut bien faire silence, parfois, pour écouter… De façon plus personnelle, dans quel état d’esprit venez-vous au culte ou aux différents rassemblements de l’Eglise ? Est-ce que vous vous attendez à ce que Dieu vous parle ? Est-ce que le discernement de ce que Dieu veut pour notre Eglise vous concerne, vous préoccupe ?
Ecouter le Saint-Esprit, c’est aussi écouter celles et ceux chez qui le Saint-Esprit habite
Je vous rappelle, au passage, que selon le Nouveau Testament, c’est bien en chaque croyant que le Saint-Esprit fait sa demeure. C’est ce qu’on pourrait appeler l’écoute horizontale du Saint-Esprit, en complément de l’écoute verticale.
L’écoute verticale est plus individuelle et s’exprime dans ma relation personnelle, intime, à Dieu, par son Esprit saint. Qu’il s’agisse d’une révélation ou d’une illumination qui « descend » du ciel, ou une conviction profonde qui « monte » du cœur. Mais il ne faut pas réduire l’action du Saint-Esprit à sa verticalité.
Si l’écoute de l’Esprit saint passe par la communauté, c’est bien parce que la voix de l’Esprit saint peut s’exprimer aussi par la voix de mes frères et de mes sœurs. Se mettre à l’écoute du Saint-Esprit, c’est aussi se mettre à l’écoute de celles et ceux chez qui le Saint-Esprit habite !
Il s’agit donc bien de s’écouter les uns les autres, mais de le faire avec la conviction que c’est aussi une façon d’apprendre à écouter Dieu, une façon de discerner la voix du Saint-Esprit derrière celle de mon frère ou ma sœur.
Voilà qui est de nature à changer nos relations dans l’Eglise !
Conclusion
Arrivés au terme de cette série de prédications autour de l’écoute de Dieu, nous voilà donc appelés à vivre la communauté. L’écoute de Dieu n’est pas seulement une part de la vie personnelle du croyant, c’est une responsabilité collective, partagée avec l’ensemble de l’Eglise. Et cette écoute de Dieu passe aussi par l’écoute de mon frère et ma sœur, chez qui le Saint-Esprit habite.
Pour apprendre à écouter Dieu, apprenons donc aussi à nous écouter les uns les autres. C’est vrai dans l’Eglise locale bien-sûr, où le risque nous guette de ne pas vraiment rencontrer les autres, ou de restreindre nos relations aux quelques-uns que nous connaissons déjà.
C’est vrai aussi au-delà de la communauté locale. Mes frères et mes sœurs sont aussi dans les autres confessions chrétiennes, la voix du Saint-Esprit s’exprime aussi dans d’autres traditions que la mienne.
Cela demande de nous délaisser de nos a priori et de refuser l’esprit de jugement, d’oser la rencontre et de cultiver une curiosité de l’autre saine et stimulante.
A minima, nous y gagnerons une meilleure connaissance de la famille de Dieu… mais nous pourrions bien aussi, dans la voix de notre frère ou notre sœur, entendre quelque chose de la voix de l’Esprit saint !