dimanche 31 mai 2026

Voir ce qui est beau et bon

 

Genèse 1.1-3
1 Au commencement Dieu créa les cieux et la terre.
2 La terre était sans forme et vide, et l’obscurité couvrait la surface de l’abîme. Le souffle de Dieu planait à la surface des eaux. 
3 Alors Dieu dit : « Que la lumière paraisse ! » et la lumière parut. 

Je n’ai pas pu m’empêcher de penser au cinéma en relisant ces premiers versets de la Genèse… Et donc, forcément, à mon expérience récente au Festival de Cannes. En effet, au cinéma, lorsque la lumière paraît dans les ténèbres, c’est pour la projection d’un film. C’est le spectacle qui commence. Et au cours du Festival de Cannes, avant chaque projection officielle, c’est toujours ce pré-générique qui est projeté (et qui est applaudi par la salle). 

Ça me semblait naturel de le montrer après ces premières paroles de la Bible. On pourrait presque en effet se croire au cinéma. « Au commencement Dieu créa les cieux et la terre. » C’est un peu le titre du film, dont on pourrait imaginer l’affiche... 

Mais le titre du film, ce n’est pas encore le film. La salle est encore dans le noir. Au début, il n’y a rien sinon l’obscurité : « l’obscurité couvrait la surface de l’abîme… » Toutefois, il y a une attente : « l’esprit de Dieu planait à la surface des eaux. » Il va se passer quelque chose. On attend dans l’obscurité. Presque fébrile. Comme on attendrait le pré-générique annonçant enfin le film. 

Et puis le projecteur s’allume. « Dieu dit : « Que la lumière paraisse ! » Et la lumière parut. » Le film commence. Et il est spectaculaire. Lisons la suite du texte… et imaginons peut-être les images. 

Genèse 1.4-2.4
4Dieu vit que la lumière était une bonne chose, et il sépara la lumière de l'obscurité. 5Dieu nomma la lumière jour et l'obscurité nuit. Le soir vint, puis le matin ; ce fut la première journée.
6Dieu dit encore : « Qu'il y ait une voûte, et qu'elle sépare les eaux en deux masses ! » 7Dieu fit alors la voûte qui sépare les eaux d'en bas de celles d'en haut. Et il en fut ainsi. 8Il nomma cette voûte ciel. Le soir vint, puis le matin ; ce fut la seconde journée.
9Dieu dit encore : « Que les eaux qui sont au-dessous des cieux se rassemblent en un seul lieu et que le continent apparaisse ! » Et il en fut ainsi. 10Dieu nomma le continent terre et la masse des eaux mer, et Dieu vit que c'était une bonne chose. 11Dieu dit alors : « Que la terre fasse pousser de la végétation : des plantes produisant leur semence, et des arbres fruitiers dont chaque espèce porte ses propres graines ! » Et il en fut ainsi. 12La terre fit pousser de la végétation : des plantes produisant leur semence espèce par espèce, et des arbres dont chaque variété porte des fruits avec pépins ou noyaux. Dieu vit que c'était une bonne chose. 13Le soir vint, puis le matin ; ce fut la troisième journée.
14Dieu dit encore : « Qu'il y ait des lumières dans les cieux pour séparer le jour de la nuit ; qu'elles servent à fixer les fêtes, ainsi que les jours et les années du calendrier ; 15et que du haut des cieux elles éclairent la terre ! » Et il en fut ainsi. 16Dieu fit les deux principales sources de lumière : la grande, pour présider au jour, et la petite, pour présider à la nuit ; et il ajouta les étoiles. 17Il les plaça dans les cieux pour éclairer la terre, 18pour présider au jour et à la nuit, et pour séparer la lumière de l'obscurité. Dieu vit que c'était une bonne chose. 19Le soir vint, puis le matin ; ce fut la quatrième journée.
20Dieu dit encore : « Que les eaux grouillent d'une foule d'êtres vivants, et que les oiseaux s'envolent dans les cieux au-dessus de la terre ! » 21Dieu créa les grands monstres marins et toutes les espèces d'animaux qui se faufilent et grouillent dans l'eau, de même que toutes les espèces d'oiseaux. Et Dieu vit que c'était une bonne chose. 22Dieu les bénit en disant : « Que tout ce qui vit dans l'eau soit fécond, devienne nombreux et peuple les mers ; et que les oiseaux deviennent nombreux sur la terre ! » 23Le soir vint, puis le matin ; ce fut la cinquième journée.
24Dieu dit encore : « Que la terre produise toutes les espèces de bêtes : animaux domestiques, petites bêtes et animaux sauvages de chaque espèce ! » Et il en fut ainsi. 25Dieu fit les diverses espèces d'animaux sauvages, d'animaux domestiques et de petites bêtes. Et Dieu vit que c'était une bonne chose. 26Dieu dit enfin : « Faisons l'être humain ; qu'il soit comme une image de nous, une image vraiment ressemblante ! Qu'il soit maître des poissons dans la mer, des oiseaux dans les cieux et sur la terre, des gros animaux et des petites bêtes qui vont et viennent au ras du sol ! »
27Dieu créa l'être humain
comme une image de lui-même ;
il le créa à l'image de Dieu, il les créa homme et femme.
28Puis il les bénit en leur disant : « Ayez des enfants, devenez nombreux, peuplez toute la terre et dominez-la ; soyez les maîtres des poissons dans la mer, des oiseaux dans les cieux et de tous les animaux qui vont et viennent sur la terre. » 29Et il ajouta : « Sur toute la surface de la terre, je vous donne les plantes produisant des graines et les arbres qui portent des fruits avec pépins ou noyaux. Leurs graines ou leurs fruits vous serviront de nourriture. 30De même, je donne l'herbe verte comme nourriture à tous les animaux terrestres, à tous les oiseaux, à toutes les bêtes qui vont et viennent au ras du sol, bref à tout ce qui vit. » Et il en fut ainsi. 31Dieu vit que tout ce qu'il avait fait était une très bonne chose. Le soir vint, puis le matin ; ce fut la sixième journée.
1Ainsi furent achevés les cieux, la terre et tout ce qu'ils contiennent. 2Dieu, après avoir achevé son œuvre, se reposa le septième jour de tout le travail accompli. 3Il fit de ce septième jour un jour béni, un jour mis à part, car il s'y reposa de tout son travail de créateur. 4Voilà l'histoire de la création des cieux et de la terre.

Le projecteur s’éteint. La séance est terminée.  Mais le film continue après sa projection… quand on se le remémore, quand on y réfléchit et qu’on l’analyse. Quand on en parle. Alors parlons-en !

On souligne souvent, à raison, la place essentielle de la parole de Dieu dans le récit de Genèse 1. C’est par elle que Dieu crée. « Dieu dit… » Ce que Dieu décide, il le fait. Rien ne lui est impossible. Son acte de création est le témoignage éclatant de sa toute-puissance. C’est pourquoi la gloire de Dieu se voit encore, quand on considère l’univers, ouvrage de ses mains : « Les cieux proclament la gloire de Dieu, la voûte étoilée révèle ce qu'il a fait. » (Psaume 19.2)

Mais il y a une autre formule qui rythme le récit de la Genèse : « Dieu vit… ». Elle n’apparaît pas moins de 7 fois dans le texte. Et cela jusqu’au sixième et dernier jour : « Dieu vit que tout ce qu'il avait fait était une très bonne chose. » Dans le récit de Genèse 1, Dieu ne se contente donc pas de créer par sa parole. Il voit, il regarde, il admire le résultat de son œuvre. 

D’ailleurs, le premier acte créateur de Dieu, c’est la lumière. Pourquoi ? Pour qu’on puisse voir ! On ne voit rien dans l’obscurité. Dieu crée la lumière pour qu’il soit possible de contempler son œuvre. Dans la lumière, Dieu va alors créer, séparer, ordonner, faire foisonner. Il va même mettre des lumières dans la nuit, avec la lune et les étoiles. Même la nuit, Dieu l’éclaire de sa lumière… 

Comme au cinéma, la Bible nous raconte une histoire, celle du Dieu Créateur et Sauveur. Dès le début elle nous présente un Dieu qui dit et qui voit, un Dieu qui parle et qui regarde. 

Le récit de la création en Genèse 1 n’est que le premier film d’une grande saga. Ce n’est que le tout début de l’histoire, qui va connaître de nombreux rebondissements. A commencer par une histoire de serpent et de fruit défendu dans un jardin, dès le chapitre suivant… Jusqu’à arriver, bien plus tard, au point de bascule décisif de toute l’histoire : la venue de Jésus, le Fils de Dieu devenu homme. 

Et justement, l’évangéliste Jean parlera de la venue de Jésus en écho au récit de la Genèse, dans son grandiose prologue. Jésus-Christ y est présenté comme le Logos, la Parole faite chaire. Cette même parole par qui tout a été créé. Mais il y est aussi présenté comme la lumière venue dans notre obscurité. « La Parole était la vraie lumière, celle qui éclaire tout humain ; elle venait dans le monde. » (Jn 1.9)

Pourquoi ? Pour qu’on puisse voir. Voir à nouveau enfin. Voir Dieu qu’on ne peut pas voir. « Personne n'a jamais vu Dieu. Mais le Fils unique, qui est Dieu et qui vit dans l'intimité du Père, lui seul l'a fait connaître. » (Jean 1.18)

En Jésus-Christ, la lumière est venue… pour qu’on puisse voir le monde, notre prochain, notre vie, comme on ne l’a jamais vu. Pour voir même dans notre obscurité et dans celle du monde. 


Dieu voit ce qui est bon

Dès la première page de la Bible, le Dieu Créateur nous est aussi présenté comme le Dieu qui voit. Il voit parce qu’il s’intéresse à son œuvre. Si Dieu voit la création qu’il a faite, il voit aussi ses créatures, qu’il a laissées libres. Il voit ce qu’elles font, ce qu’elles créent, ce qu’elles aiment…  Il voit aussi leurs erreurs et leurs fautes, leurs épreuves et leurs détresses. Il nous voit parce qu’il s’intéresse à nous.

Mais je trouve intéressant de remarquer que, dans le récit de la Genèse, Dieu voit ce qui est bon. Un des refrains de Genèse 1 est : « Dieu vit que c'était une bonne chose ». 

Vous me direz peut-être que c’est normal. On est au tout début de l’histoire, le mal n’est pas encore apparu, la création est parfaite. Certes. Mais ne peut-on pas voir aussi dans ce refrain une intention de Dieu, celle de voir ce qui est bon ? Celle de rechercher, valoriser ce qui est beau et bon. 

Ne pensez-vous pas que Dieu, aujourd’hui encore, cherche à voir ce qui est bon ? 

Quand il voit le monde, quand il voit notre cœur, évidemment qu’il ne voit pas que du beau et du bon. Loin de là ! Et il s’en attriste, il en est profondément affecté. Mais je suis persuadé qu’il continue de rechercher ce qui est bon. 

Dieu ne nous regarde pas pour nous juger, nous condamner. Il ne nous épie pas pour débusquer nos péchés et nous faire la morale. Je suis persuadé que, dans sa grâce, il nous regarde avec amour pour chercher, et valoriser, ce qui est beau et bon en nous. Ce qui, malgré nos failles et nos imperfections, continue de refléter l’image de Dieu qu’il a mise en nous. Parce que Dieu aime voir ce qui est bon. 

Qui plus est depuis la mort et la résurrection de Jésus-Christ, Dieu ne nous voit pas seulement tels que nous sommes, avec aussi nos zones d’ombre. Il nous voit tels que nous sommes en espérance, dans le Christ. Il nous voit à travers la perfection de l’œuvre de son Fils. Il ne voit pas seulement ce que nous sommes aujourd’hui, il voit déjà ce que nous serons demain, lorsque nous serons rendus pleinement à l’image du Christ. 


Voir ce qui est bon

Est-ce que nous sommes prêts, sur ce point, à agir en créatures à l’image de Dieu ? Et chercher à voir ce qui est bon… 

Dans nos discussions au sein du jury œcuménique à Cannes, nous parlions de tous les films vus en compétition, sans exception. Que nous les ayons aimés ou non. Et nous commencions toujours par dire ce que nous avions trouvé de positif, d’intéressant. Parfois c’était facile, lorsque le film nous avait plu. Mais lorsque ce n’était pas le cas, nous faisions toujours l’effort de commencer par le positif. Voir ce qu’il y a de beau et de bon dans le film. 

Et si nous agissions de la même façon envers notre prochain ? 

Comment regardons-nous les autres ? On peut voir sans vraiment voir, sans prêter attention à l’autre. On peut voir aussi avec une intention cachée. Pour épier, juger, chercher les failles et les points faibles. On peut aussi regarder avec bienveillance, avec l’intention de voir ce qui est beau et bon. 

Est-ce que nous sommes prêts à chercher à voir ce qui est beau et bon, dans le monde, chez les autres ? Y compris chez celles et ceux qui sont très différents de nous…

Il ne s’agit pas d’être naïf et de penser que « tout le monde il est beau, tout le monde il est gentil. » On sait très bien que ce n’est pas le cas… Mais c’est peut-être justement lorsque le monde va mal qu’il est important de s’efforcer d’y voir ce qui est beau et bon.

C’est facile de voir le bon chez celui ou celle qu’on aime et qui nous aime, chez celui ou celle qui nous ressemble, avec qui nous nous entendons bien. C’est bien plus difficile de voir le beau et le bon chez celui ou celle qui est différent de nous, parfois radicalement, qui ne partage pas nos valeurs, voire qui ne nous aime pas ! 

Mais Jésus a bien dit à ses disciples d’aimer même ses ennemis. Voir le beau et le bon chez l’autre, c’est bien une des expressions de l’amour du prochain. 


Conclusion

Je vous laisserai donc simplement avec cette question, à méditer : Est-ce que nous sommes prêts à chercher à voir ce qui est beau et bon, dans le monde, chez les autres ? Y compris chez celles et ceux qui sont très différents de nous…


Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire

Laissez un commentaire !