dimanche 27 décembre 2015

Un épisode banal et prophétique à la fois

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Luc 2.40-52
40L'enfant grandit et se développe. Il est rempli de sagesse, et le Dieu d'amour est avec lui.
41Chaque année, les parents de Jésus vont à Jérusalem pour la fête de la Pâque. 42Quand Jésus a douze ans, il vient avec eux, comme c'est la coutume. 43Après la fête, ils repartent, mais l'enfant Jésus reste à Jérusalem, et ses parents ne s'en aperçoivent pas. 44Ils pensent que l'enfant est avec les autres voyageurs. Ils marchent pendant une journée, puis ils se mettent à le chercher parmi leurs parents et leurs amis. 45Mais ils ne le trouvent pas. Alors ils retournent à Jérusalem en le cherchant. 46Le troisième jour, ils trouvent l'enfant dans le temple. Il est assis au milieu des maîtres juifs, il les écoute et leur pose des questions. 47Tous ceux qui entendent l'enfant sont surpris par ses réponses pleines de sagesse. 48Quand ses parents le voient, ils sont vraiment très étonnés, et sa mère lui dit : « Mon enfant, pourquoi est-ce que tu nous as fait cela ? Regarde ! Ton père et moi, nous étions très inquiets en te cherchant. » 49Il leur répond : « Vous m'avez cherché, pourquoi ? Vous ne savez donc pas que je dois être dans la maison de mon Père ? » 50Mais ses parents ne comprennent pas cette parole.
51Ensuite, Jésus retourne avec eux à Nazareth. Il obéit à ses parents. Sa mère garde toutes ces choses dans son cœur. 52Jésus grandit, sa sagesse se développe et il se rend agréable à Dieu et aux hommes.  


Les évangiles canoniques sont peu bavards sur l'enfance de Jésus. Pourtant, on pourrait légitimement se poser des questions : Comment était Jésus enfant ? Quelle conscience avait-il de sa personne et sa mission ? Accomplissait-il des miracles ?

En réalité, si on excepte la visite des mages qu'on peut difficilement dater et les premiers jours de sa vie, cet épisode est le seul qui évoque un moment de la vie de Jésus entre sa naissance et le début de son ministère public. Il est le seul qui lève le voile sur 30 ans de présence incognito du Fils de Dieu sur la terre !


Un épisode banal

Si les évangiles canoniques sont presque muets sur l'enfance de Jésus, les évangiles apocryphes, par contre, contiennent de nombreux récits parfois extravagants. On voit Jésus accomplir des miracles en enfant capricieux : par exemple il pétrit des moineaux à partir de terre glaise un jour de sabbat et leur donne vie d'un claquement de mains, ou alors, irrité par un enfant qui le bouscule, il le terrasse d'une seule parole. Ailleurs il apparaît comme un surdoué qui remet en place son maître d'école.

Tout cela contraste avec l'extrême sobriété des évangiles bibliques. Car au premier abord, même s'il y a bien quelques aspects étonnants, le seul récit de l'enfance dans les évangiles canoniques est banal. Il apparaît même dans le texte comme une parenthèse : les versets 40 et 52, qui encadrent notre récit, disent à peu près la même chose. C'est donc l'histoire d'un enfant perdu dans une foule et finalement retrouvé par ses parents. On pourrait presque entendre : « Le petit Jésus a perdu ses parents et les attend à la réception ».

Les pèlerinages à Jérusalem pour les différentes fêtes suscitaient de grands mouvements de foules. On s'y rendait en famille, au sens large, et on se déplaçait en grands groupes. Ce qui explique que Marie et Joseph n'aient pas réalisé tout de suite que Jésus n'était plus avec eux. Ils pensaient sans doute qu'il était avec les autres enfants. Quand ils réalisent qu'il n'est plus dans le groupe, l'angoisse les saisit. Ils font demi-tour et vont le chercher à Jérusalem. Et ils finissent par le retrouver au temple.

Puis tout redevient comme avant : « Jésus grandit, sa sagesse se développe et il se rend agréable à Dieu et aux hommes. »

Nous voyons ici un incident banal au milieu d'une enfance tout ce qu'il y a de plus normale, comme pour n'importe quel enfant. Mais cette banalité est importante car elle témoigne de la réalité de l'incarnation. Pour que le Fils de Dieu devienne homme, il fallait qu'il nous rejoigne aussi dans notre banalité, notre quotidien. Ça n'aurait pas été le cas s'il s'était incarné en surhomme, comme nous le présente un peu les évangiles apocryphes. Jésus n'est pas un super-héros, il est notre frère en humanité.


Un récit prophétique

Ceci dit, derrière la banalité se cache autre chose, notamment dans la façon dont Luc raconte cet épisode. Une phrase en fin de récit nous met la puce à l'oreille : « Sa mère garde toutes ces choses dans son cœur. » Et si on mène l'enquête, on se rend compte qu'il y a quelques indices cachés indiquant que ce texte va au-delà de l'épisode banal.

Tout d'abord, les événements se passent alors que Jésus a 12 ans. Était-ce la première fois qu'il accompagnait ses parents à Jérusalem pour la Pâque ou le faisait-il chaque année, on ne sait pas. Mais il se trouve que ce nombre 12 a une portée symbolique dans la Bible, désignant le peuple de Dieu (les 12 tribus, les 12 apôtres...).

Autre élément intéressant lorsqu'on connaît la suite de l'histoire : Jésus est retrouvé par ses parents le troisième jour. Autrement dit, pendant 3 jours Jésus était perdu, comme mort pour ses parents. Et le troisième jours ils le découvrent vivant ! Et en plus ça se passe pendant la fête de la Pâque ! Est-ce vraiment une coïncidence ?

Ensuite, il y a le fait que Jésus discute avec les maîtres de la Loi. Il les écoute et pose des questions. Et il fait preuve d'une sagesse qui étonne ceux qui l'entendent. Plus tard, ce seront eux, les chefs religieux, qui poseront des questions à Jésus, la plupart du temps pour le piéger. Et les foules seront toujours étonnées par sa sagesse... C'est comme si l'affrontement futur de Jésus avec les chefs religieux se préparait déjà, ici, dans le temple, lorsque Jésus a 12 ans.

Enfin, il y a la réponse de Jésus à l'inquiétude de ses parents : « Vous m'avez cherché, pourquoi ? Vous ne savez donc pas que je dois être dans la maison de mon Père ? ». Et là, ces paroles sont vraiment étonnantes. Elles traduisent déjà un lien particulier de Jésus avec ses parents, préfigurant ce qu'il dira plus tard et qui sera mal perçu par sa famille :

20Alors on annonce à Jésus : « Ta mère et tes frères sont là, dehors, ils veulent te voir. » 21Mais Jésus dit à tout le monde : « Ma mère et mes frères, ce sont les gens qui écoutent la parole de Dieu et qui lui obéissent. » (Luc 8.20-21)

Il y a dans ce dialogue de Jésus enfant avec ses parents quelque chose du décalage et de l'incompréhension à laquelle Jésus devra faire face dans son ministère, de la part des siens.

Je ne crois pas que tous ces indices soient des coïncidences. La façon dont Luc raconte cet épisode banal de l'enfance de Jésus annonce ce que sera le ministère de Jésus un peu moins de vingt ans plus tard. Petit à petit, Dieu préparait Jésus à l'accomplissement de sa mission.

Dieu prend le temps de la préparation de son plan. Toute l'histoire biblique en témoigne, déployant sur plusieurs siècles l'action de Dieu jusqu'à l'accomplissement de la mort et la résurrection de Jésus-Christ. Dieu prend le temps...

Et c'est vrai aussi dans notre vie où nous aimerions souvent que les choses avancent plus vite, que tout soit réglé d'un claquement de doigt ou d'une simple prière. Il y a des accomplissements qui demandent une attente et une préparation. Et Dieu sait prendre ce temps... pour nous c'est souvent plus difficile !


Conclusion

Au seuil d'une nouvelle année, cet épisode au premier abord banal nous invite à voir la présence de Dieu dans notre quotidien. La plupart des jours de 2016 seront sans doute banals pour chacun d'entre nous. Ça ne signifie pas que le Seigneur n'y sera pas présent et qu'il ne sera pas en train d'accomplir, ou de préparer l'accomplissement de ses promesses !

Gardons cette assurance dans notre cœur. Nous en aurons sans doute bien besoin.

dimanche 13 décembre 2015

Jean-Baptiste : Père Fouettard de l'Avent ?

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Luc 3.1-18
1Maintenant, Tibère est empereur depuis 15 ans. Ponce Pilate est préfet de Judée. Hérode Antipas gouverne la Galilée. Philippe, le frère d'Hérode Antipas, gouverne l'Iturée et la Trachonite. Lysanias gouverne l'Abilène. 2Hanne et Caïphe sont grands-prêtres. À ce moment-là, dans le désert, Dieu adresse sa parole à Jean, le fils de Zakarie, 3et Jean va dans toute la région du Jourdain. Il lance cet appel : « Faites-vous baptiser, pour montrer que vous voulez changer votre vie, et Dieu pardonnera vos péchés. » 4En effet, dans le livre du prophète Ésaïe, on lit :
« Quelqu'un crie dans le désert :
Préparez la route du Seigneur !
Faites-lui des chemins bien droits !
5On remplira tous les ravins,
on aplatira toutes les montagnes et toutes les collines.
Les tournants de la route deviendront droits,
on remettra les mauvais chemins en bon état,
6et tous verront que Dieu veut les sauver ! »
7Des foules viennent pour que Jean les baptise. Jean leur dit : « Espèce de vipères ! La colère de Dieu va venir, et vous croyez que vous pouvez l'éviter ? Qui vous a dit cela ? 8Faites donc de bonnes actions pour montrer que vous avez changé votre vie ! Ne vous mettez pas à penser : “Notre ancêtre, c'est Abraham.” Oui, je vous le dis, vous voyez ces pierres, ici. Eh bien, Dieu peut les changer pour en faire des enfants d'Abraham ! 9Déjà la hache est prête à attaquer les racines des arbres. Tous les arbres qui ne produisent pas de bons fruits, on va les couper et les jeter dans le feu ! »
10Alors les foules demandent à Jean : « Qu'est-ce qu'il faut faire ? » 11Il leur répond : « Celui qui a deux vêtements doit en donner un à celui qui n'en a pas. Celui qui a de la nourriture doit en donner à celui qui n'en a pas. »
12Des employés des impôts viennent aussi pour que Jean les baptise. Ils demandent à Jean : « Maître, qu'est-ce qu'il faut faire ? » 13Jean leur répond : « Vous savez ce qu'on doit payer pour l'impôt. Ne demandez pas plus. »
14Des militaires demandent à Jean : « Et nous, qu'est-ce que nous devons faire ? » Il leur dit : « Ne prenez d'argent à personne, ni par la force, ni par le mensonge. Contentez-vous de votre salaire. »
15Le peuple attend ce qui va arriver, et tous se demandent en eux-mêmes : « Jean est peut-être le Messie ? » 16Alors Jean leur répond à tous : « Moi, je vous baptise avec de l'eau, mais il vient, celui qui est plus puissant que moi. Je ne suis pas digne de lui enlever ses sandales. Lui, il vous baptisera avec le feu de l'Esprit Saint. 17Dans la cour, il tient son van dans les mains pour séparer le grain de la paille. Il va ranger son grain dans le grenier, mais la paille, il va la brûler dans le feu qui ne s'éteint pas ! »
18Jean donne au peuple beaucoup d'autres conseils, et ainsi, il lui annonce la Bonne Nouvelle. 


Jean-Baptiste est un personnage incontournable de l'Avent. Et il est fascinant par sa personnalité et son ministère. Mais c'est aussi un personnage dérangeant, un empêcheur de tourner en rond. A l'approche de Noël, il ressemble moins au Père Noël qu'au Père Fouettard !

Comment un tel personnage serait-il accueilli aujourd'hui ? Surtout dans le contexte actuel... Il serait sans doute arrêté, soupçonné de radicalisation ! Un homme dangereux au discours inacceptable, très loin du politiquement correct.

La question se pose : y a-t-il de la place pour un discours dérangeant dans le temps de l'Avent ?

La légitimité de Jean : sa place dans l'histoire

Jean-Baptiste, personnage atypique et non consensuel, a pourtant bien sa légitimité et Luc l'exprime de façon minutieuse.

L'évangéliste, en bon historien, commence par ancrer le ministère de Jean dans l'histoire. Il donne de nombreux indices qui inscrivent le prophète dans son temps, à un moment précis de l'histoire des hommes : le nom de l'empereur et le moment de son règne, le nom des différents gouverneurs de la région, ceux des grands-prêtres...

Mais en bon théologien, Luc replace aussi Jean-Baptiste dans le déroulement de l'histoire du salut, en citant un texte du prophète Esaïe. Jean est celui qui accomplit la prophétie, celui qui prépare la venue du Messie. Plus tard, Jésus lui-même confirmera cette interprétation témoignant en faveur de Jean-Baptiste :

Qu'est-ce que vous êtes allés voir ? Un prophète ? Oui, je vous le dis, et même plus qu'un prophète ! En effet, Jean est celui que les Livres Saints annoncent quand Dieu  dit :
“Je vais envoyer mon messager devant toi.
Il préparera le chemin pour toi.”  
(Luc 7.26-27)

Jésus ajoute même :

Je vous le dis : il n'y a jamais eu un homme plus important que Jean. Pourtant, celui qui est le plus petit dans le Royaume de Dieu est plus important que lui. 
(Luc 7.28)

Dans l'histoire du salut, Jean était le dernier des prophètes de l'Ancienne Alliance, celui qui précédait immédiatement la venue du Messie. C'est en cela aussi qu'il est appelé le plus important par Jésus. Mais avec l'avènement du Royaume de Dieu, avec la venue de Jésus, le plus petit dans ce Royaume est plus important que lui.

Jean lui-même en était conscient. Il était pleinement au clair sur les limites de sa mission. Alors que les gens se demandaient si c'était lui le Messie, il répondait :

Moi, je vous baptise avec de l'eau, mais il vient, celui qui est plus puissant que moi. Je ne suis pas digne de lui enlever ses sandales. Lui, il vous baptisera avec le feu de l'Esprit Saint. (v.16)

Jean était la bonne personne à la bonne place. Conscient de sa mission et de ses limites. C'est ce qui lui donne une force de conviction sans pareil. Si la question se pose de façon aiguë pour des vocations particulières, elle a sa pertinence pour nous tous, « petits prophètes » du Christ que nous sommes, ses témoins.

La conviction de se savoir à sa place est essentielle. Est-ce votre cas ? Est-ce une question que vous vous posez, dans votre engagement dans l’Église, dans votre vie publique, professionnelle, familiale ?

La radicalité de Jean : son message sans équivoque

La force de conviction de Jean-Baptiste se traduit par un message sans équivoque, un appel à la repentance adressé à tous. Et les foules viennent à sa rencontre et veulent se faire baptiser.

C'est là que Jean les accueille de façon un peu particulière ! En guise de parole d'accueil : « espèce de vipères ! » Il les avertit ensuite que la colère de Dieu arrive et qu'ils n'y échapperont pas. A ceux qui croient pouvoir se targuer d'être descendants d'Abraham il leur répond que leur prétention est nulle et non avenue : « vous voyez ces pierres, ici. Eh bien, Dieu peut les changer pour en faire des enfants ! »

Voilà une drôle de préparation au baptême... Mais Jean-Baptiste compte bien réveiller les conscience, quitte à déranger et provoquer pour y arriver. En réalité, c'est le sens profond de la repentance qui est en jeu.

La paraphrase de la version Parole de Vie est pertinente : « Faites-vous baptiser, pour montrer que vous voulez changer votre vie, et Dieu pardonnera vos péchés. » Ce n'est pas le baptême qui importe, c'est la volonté de changer. Car c'est cela la repentance, le changement radical.

Certes, on peut être étonné par l'insistance de Jean-Baptiste sur le jugement, avec une vision assez terrifiante d'un Messie qui vient comme un juge impitoyable. Ce que Jean n'avait peut-être pas encore pleinement compris, c'est qu'il y aura bien un jugement... mais que le Messie, Jésus, allait le prendre sur lui-même, à notre place !

Quoi qu'il en soit, ce à quoi Jean appelle, c'est un vrai changement de vie. C'est ce qui ressort des conseils qu'il donne à différentes personnes qui s'adressent à lui.

Les foules lui demandent que faire. Jean leur répond : « Celui qui a deux vêtements doit en donner un à celui qui n'en a pas. Celui qui a de la nourriture doit en donner à celui qui n'en a pas. » Ce ne sont pas des recommandations religieuses mais pratiques. Ce qui témoigne de notre changement de vie, c'est notre vie, et rien d'autre ! Et ça commence dans les petites choses du quotidien. Ici, le partage et la solidarité.

Et quand des employés des impôts demandent conseil à Jean, il leur dit d'être honnête, tout simplement. Et dans le contexte de l'époque, c'était déjà pas mal. De même pour les militaires auxquels Jean dit de ne pas profiter de leur position de force pour s'enrichir.

En fait, je trouve très intéressant de constater qu'un message aussi radical, avec un appel aussi radical, est appelé à se concrétiser tout simplement, dans la vie quotidienne, dans l'amour du prochain, le respect de l'autre, l'intégrité. Preuve qu'on peut être radical sans être fanatique.

Conclusion

Y a-t-il une place pour un message dérangeant, qui nous bouscule, dans le temps de l'Avent ?

L'Avent, c'est l'attente de la venue du Christ. Le souvenir qu'il est venu il y a 2000 ans à Bethléem, qu'il vient aujourd'hui encore à notre rencontre, dans la foi, et qu'il reviendra pour établir son règne. C'est donc le temps de la préparation à un accueil renouvelé du Christ dans notre vie.

Et peut-être que ce temps d'attente ne doit pas forcément se passer paisiblement. Peut-être qu'il y a place aussi pour être dérangé, bousculé, interpellé. Sans doute doit-il y avoir une place laissée à Jean-Baptiste, qui n'interpellait pas seulement ses contemporains d'il y a 2000 ans mais qui nous interpelle aujourd'hui : « Changez votre vie ! »

Car rappelons cette évidence, qui reste toujours vrai aujourd'hui : ce qui témoigne de notre changement de vie, c'est notre vie, et rien d'autre !

dimanche 22 novembre 2015

Écolo, à l'image de Dieu ?

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Genèse 1.24-31
24Dieu dit : « Que la terre produise toutes sortes d'animaux : animaux domestiques, petites bêtes et animaux sauvages de chaque espèce ! » Et cela arrive. 25Ainsi, Dieu fait les différentes espèces d'animaux : les animaux sauvages, les animaux domestiques et les petites bêtes. Dieu voit que c'est une bonne chose.
26Dieu dit : « Faisons les êtres humains à notre image, et qu'ils nous ressemblent vraiment ! Qu'ils commandent aux poissons dans la mer, aux oiseaux dans le ciel, aux animaux domestiques et à toutes les petites bêtes qui se déplacent sur le sol ! »
27Alors Dieu crée les humains à son image,
et ils sont vraiment à l'image de Dieu.
Il les crée homme et femme.
28Puis il les bénit en disant : « Ayez des enfants, devenez nombreux. Remplissez la terre et dominez-la. Commandez aux poissons dans la mer, aux oiseaux dans le ciel et à tous les animaux qui se déplacent sur la terre. » 29Dieu dit : « Sur toute la terre, je vous donne toutes les plantes avec leurs graines. Je vous donne aussi tous les arbres qui portent des fruits avec des pépins ou un noyau : ce sera votre nourriture. 30Et je donne toute l'herbe verte comme nourriture à tous les animaux de la terre, à tous les oiseaux, à toutes les bêtes qui se déplacent sur le sol, en un mot, à tout ce qui est vivant. » Et cela arrive. 31Dieu regarde tout ce qu'il a fait. Et il voit que c'est une très bonne chose. Il y a un soir, il y a un matin. Voilà le sixième jour. 

La création de l'homme et de la femme apparaît comme le couronnement de l'oeuvre de Dieu. Les humains y ont un statut unique parmi les êtres vivants : ils sont créés à l'image de Dieu, appelés à dominer la création.

Pourtant, l'homme est bien la créature la plus meurtrière de ses semblables et la plus destructrice pour son environnement. Mais où est donc passée l'image de Dieu ?

Certes, notre monde n'est plus un monde idéal et parfait comme il apparaît à la fin du sixième jour de création lorsque Dieu voit son œuvre et dit que c'est une très bonne chose !. Le jardin d'Eden, c'est fini ! C'est vrai... Mais même pollué par le péché, le monde reste la création de Dieu. Même déformée, défigurée par le mal, l'image de Dieu demeure en tout être humain.

Ce texte a bien encore quelque chose à nous dire. Et si, finalement, il nous invitait à être écolo, à l'image de Dieu ?


1. L'image de Dieu

Il y a une insistance forte sur la création spécifique des humains, homme et femme, à l'image de Dieu :

Dieu dit : « Faisons les êtres humains à notre image, et qu'ils nous ressemblent vraiment ! » (v.26)

« Alors Dieu crée les humains à son image,
et ils sont vraiment à l'image de Dieu.
Il les crée homme et femme. » (v.27)

Même si l'expression garde sans doute une part de mystère, ses implications sont multiples, au niveau philosophique, théologique, anthropologique... Ce qui est certain, c'est qu'elle fait des humains des êtres à part parmi toutes les créatures. Aucune autre créature, pas même les anges, n'est décrite comme étant à l'image de Dieu !

Et ce statut unique demeure après l'apparition du péché. Après le déluge, lorsque Dieu fixe l'interdit absolu de tuer un humain, il le justifie par le fait qu'ils sont créés à l'image de Dieu :

« Celui qui fait couler le sang d'un être humain,
un autre humain fera couler son sang.
En effet, Dieu a créé les humains à son image. » (Genèse 9.6)

Tout être humain, quel qu'il soit, quoi qu'il ait fait... demeure à l'image de Dieu. Puissant ou faible, en bonne santé ou infirme, bon ou mauvais, tout être humain est à l'image de Dieu. Même si, dans certains cas, cette image est durement altérée, voire même défigurée au point d'en devenir monstrueuse...

Dans notre texte, l'image de Dieu s'exprime en particulier dans la mission spécifique que Dieu assigne à l'humanité et qui se résume en deux expressions : remplir la terre et dominer sur la création.


2. Remplir la terre

Cette mission, nous la partageons avec les autres animaux, qui habitent avec nous cette terre. Il est important de souligner que les humains sont d'abord liés aux autres créatures. Il n'y a pas de jour spécifique pour leur création. Dieu les fait le 6e jour, qui est aussi le jour de la création des animaux terrestres.

La formule de bénédiction que les humains reçoivent et l'ordre de se multiplier et de remplir la terre, les oiseaux et les poissons la reçoivent aussi, au 5e jour, pour remplir les mers et la terre.

La terre est notre maison commune avec toutes les autres créatures. Nous sommes solidaires de toute la création. Prendre soin de la terre et de toutes les créatures qui l'habitent, c'est aussi prendre soin de nous-mêmes. Nous faisons partie du même écosystème.

Il s'agit donc de remplir la terre pour l'habiter. Dans ce monde originel, il n'y a pas de frontières, pas de nations ou de peuples. Ils apparaissent plus tard dans l'histoire biblique, avec, souvent, les guerres qui vont avec... Et la perspective ultime, dans l'Apocalypse, est un peuple innombrable, issu de tous les peuples rassemblés en un seul.

Il s'agit de remplir la terre pour la partager.. Car Dieu donne avec abondance : les arbres avec leurs fruits, les plantes avec leurs graines, l'herbe avec sa semence... Il y a abondance de ressources. Elles sont suffisantes pour tous... si on les partage. Et c'est vrai aujourd'hui encore !



3. Dominer sur la création

Contrairement à la précédente, cette mission est spécifique à l'humanité. Le verbe dominer n'est associé qu'aux humains dans le récit de la création. D'autres créatures sont bénies, d'autres reçoivent l'ordre de peupler la terre... mais seuls les humains doivent la dominer.

Il faut bien comprendre le sens de ce verbe ici. Il est utilisé dans la Bible pour désigner une relation de subordination, entre un roi et ses sujets ou un administrateur et ses employés par exemple. Il n'a pas de connotation négative et il peut être perçu positivement ou négativement selon les contextes.

Dans notre texte, la tâche de dominer sur la création est directement liée à l'idée d'image de Dieu. Dieu, le Créateur, a confié aux humains la tâche de le représenter sur terre, de gérer la Terre de manière responsable.

Le modèle de domination, c'est Dieu. Ce Dieu souverain et bon, patient, bienveillant, respectueux de la liberté de ses créatures.

On trouve une formule équivalente à cette mission dans le deuxième récit de création, où la terre est un jardin :

« Le SEIGNEUR Dieu prend l'homme et il le place dans le jardin d'Éden pour le cultiver et pour le garder. » (Genèse 2.15)

Cultiver ET garder. Les deux verbes sont nécessaires pour l'équilibre. Cultiver sans garder, c'est s'exposer au risque de surexploiter, de maltraiter et, à terme, de détruire le jardin. Garder sans cultiver, c'est sacraliser la terre, confondre le retour à la nature avec le retour à Dieu.

La création n'est pas sacrée. Comme si on ne pouvait pas y toucher. On est appelé à la cultiver. Mais parce qu'elle est l'oeuvre de Dieu, et parce que nous en faisons aussi nous-mêmes partie, nous devons aussi la garder, la préserver, en prendre soin.

Et c'est ici, dans cette mission spécifique, que les humains ont failli à leur responsabilité, notamment dans les dernières décennies. Avec la surexploitation des ressources naturelles, le gaspillage, le pillage des pays du Sud, la pollution, la maltraitance des animaux... Autant de façons de dominer la création sans respect, de façon égoïste et injuste.


Conclusion

Alors, devons-nous être écolo ? En tout cas, les préoccupations écologiques modernes peuvent entrer en écho avec la pensée biblique de la création. Le combat pour la préservation de la planète doit être un combat que nous soutenons en tant que chrétiens.

Il y a certes des enjeux internationaux sur lesquels nous n'avons pas d'emprise. Il convient alors de prier pour que les bonnes décisions soient prises par les autorités de nos pays. Mais on peut aussi s'interroger sur notre mode de vie, notamment en Occident : notre consommation, notre gaspillage, notre capacité ou non au partage...

Pour chacun de nous, c'est dans notre quotidien que nous sommes appelés à agir en tant que créatures à l'image de Dieu !

dimanche 25 octobre 2015

Une communauté chrétienne attirante

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Actes 2.42-47
42Régulièrement et fidèlement, les croyants écoutent l'enseignement des apôtres. Ils vivent comme des frères et des sœurs, ils partagent le pain et ils prient ensemble. 43Les apôtres font beaucoup de choses extraordinaires et étonnantes, et les gens sont frappés de cela. 44Tous les croyants sont unis et ils mettent en commun tout ce qu'ils ont. 45Ils vendent leurs propriétés et leurs objets de valeur, ils partagent l'argent entre tous, et chacun reçoit ce qui lui est nécessaire. 46Chaque jour, d'un seul cœur, ils se réunissent fidèlement dans le temple. Ils partagent le pain dans leurs maisons, ils mangent leur nourriture avec joie et avec un cœur simple. 47Ils chantent la louange de Dieu, et tout le peuple les aime. Et chaque jour, le Seigneur ajoute à leur communauté ceux qui sont sauvés. 


Nous sommes au lendemain de la Pentecôte. La première communauté chrétienne est tout feu tout flamme ! Il faut dire que le feu vient juste d'être allumé... C'est donc une Église au top de la vitalité ! Elle peut sans aucun doute nous inspirer aujourd'hui encore.

Or, qu'apprend-on de cette première communauté chrétienne ? Que faisait-elle ? Quatre éléments sont évoqués : l'enseignement des apôtres, la communion fraternelle, la fraction du pain, les prières.

Dit comme ça, c'est un peu formel. On pourrait le comprendre ainsi : on écoute la prédication, on se rassemble pour le culte, on célèbre la Sainte-Cène et on va à la réunion de prière. Et ça vous donne envie, ça ?

La traduction Parole de Vie, en Français fondamental, est intéressante ici pour rafraîchir la perception de ce qui est dit : « Régulièrement et fidèlement, les croyants écoutent l'enseignement des apôtres. Ils vivent comme des frères et des sœurs, ils partagent le pain et ils prient ensemble. » (v.42)

C'est beaucoup plus vivant. On évoque une communauté qui vit ensemble, un peu comme une famille : ils vivent comme des frères et des sœurs. Et dans la famille, qu'est-ce qu'on fait ? On se rassemble autour des anciens, pour entendre leurs histoires. On passe du temps ensemble, on mange ensemble... et comme c'est une famille spirituelle, on prie ensemble. C'est vivant !

Ce qui me frappe dans ce descriptif, c'est le naturel et la simplicité. L'Église n'était pas encore structurée. Même le fait de vendre ses biens pour en partager le fruit entre tous semble spontané. Tout se passe naturellement, dans le quotidien : « Chaque jour, d'un seul cœur, ils se réunissent fidèlement dans le temple. Ils partagent le pain dans leurs maisons, ils mangent leur nourriture avec joie et avec un cœur simple. » (v.46).

L'essence de l’Église n'est pas dans ses structures mais dans ses relations. Une relation authentique avec le Christ. Des relations vraies les uns avec les autres. Et qu'est-ce que ça produit ? Une Église rayonnante. Le peuple les aime. Et chaque jour de nouvelles personnes s'ajoutent à la communauté.

Voici la leçon de ce texte : pour être une communauté chrétienne attirante, l’Église doit être une famille où règne l'amour fraternel.

Aimez-vous les uns les autres !

Parmi les dernières instructions de Jésus à ses disciples, avant d'être arrêté, il leur a donné ce commandement : « Ayez de l'amour les uns pour les autres. Alors tout le monde saura que vous êtes mes disciples. » (Jean 13.35).

Ce qui nous est décrit dans notre texte est en écho direct à ces paroles de Jésus. Il règne un véritable amour les uns pour les autres, et ça se voit de l'extérieur. Les gens voient qu'il se passe quelque chose dans cette communauté.

Dans le commandement de Jésus, il y a à la fois l'appel à l'amour les uns pour les autres et la promesse que cet amour sera, en lui-même, un témoignage pour le monde : « Alors tout le monde saura que vous êtes mes disciples. »

Mais pour cela, il faut que l’Église ne soit pas un bunker ou un camp retranché mais un lieu ouvert, une communauté visible. Pour que les gens voient quel amour nous anime. Il ne faut pas que cet amour s'exerce en vase clos mais qu'il s'exprime aussi envers l'extérieur. Et il faut surtout qu'il y ait un véritable amour entre nous !

Ce ne sont ni les bâtiments, ni les structures, ni l'histoire, la tradition ou la liturgie d'une Église qui sont déterminants. Mais l'authenticité de la foi, qui se traduit dans un amour vrai. L'expression concrète, dans nos relations, de l'amour de Dieu à l'oeuvre en nous. Ce sont les gens qui la composent qui rendront la communauté attirante... ou repoussante.


On ne choisit pas sa famille

Un autre aspect souligné dans notre texte c'est le caractère familial de l'amour évoqué. Ils vivaient ensemble comme des frères et des sœurs.

Qu'est-ce qui est à la base de l'amour fraternel ? C'est l'appartenance à une même famille. C'est d'ailleurs vrai pour toutes les familles, y compris les familles recomposées. On ne choisit pas ses frères et ses sœurs. On choisit ses amis, mais pas sa famille.

Mais on aimerait parfois que l’Église soit faite plutôt d'amis que de frères et sœurs... On choisit son Église, on choisit ceux qu'on va aimer dans l’Église, ceux qu'on va considérer comme nos frères et nos sœurs, et on oublie les autres.

Comment considère-t-on notre Église ? Comme un cercle d'amis chrétiens ? Comme un club d'adorateurs de Jésus-Christ ? Il y a des clubs de rugby, de jeux de société ou de tricot. Pourquoi pas l’Église comme club d'adorateurs de Jésus-Christ, juste rassemblés par un centre d'intérêt commun ?

Le Nouveau Testament nous invite à considérer l’Église, notre Église, comme une expression locale de la famille de Dieu. Unis par un même Père, notre Dieu. Frères et sœurs, tous adoptés, unis avec le seul Fils « naturel », Jésus-Christ. Ca n'exclut pas les affinités particulières, les amitiés avec certains et pas d'autres. Mais ça nous rappelle que notre unité ne naît pas de nos affinités mais de notre appartenance à Jésus-Christ !

C'est cette famille-là que formaient les premiers croyants à Jérusalem.

Plus qu'une Église du dimanche

Un dernier point à souligner se trouve dans le verset 46 « Chaque jour, d'un seul cœur, ils se réunissent fidèlement dans le temple. Ils partagent le pain dans leurs maisons, ils mangent leur nourriture avec joie et avec un cœur simple. »

Chaque jour... Vous me direz qu'il y avait sans doute l'enthousiasme du début et qu'il est difficile, et même impossible, aujourd'hui de faire la même chose, avec nos rythmes de vie, notre travail, notre vie de famille. Et vous avez raison !

Il n'empêche. Ce « chaque jour » nous interpelle. Sans aller jusque-là, avouons qu'on peut difficilement justifier bibliquement la pratique de « l’Église du dimanche » ! Comment être véritablement une famille spirituelle en ne se voyant, au mieux, qu'une fois par semaine pendant 1 heure 30 ou 2 heures ? C'est impossible.

Il faut, bien-sûr, trouver notre propre rythme, adapté à nos diverses obligations et notre réalité moderne. Mais on ne peut pas se contenter du minimum syndical : le culte du dimanche matin...

Trouvons des solutions pour que notre communion fraternelle s'étende au-delà du dimanche. Soyons créatifs, prenons des initiatives, profitons de ce qui existe, inventons d'autres choses.


Conclusion

J'aimerais revenir à l'impression globale produite par ce texte : sa spontanéité et son naturel. On n'est pas du tout dans la contrainte : il faut qu'on s'aime les uns les autres, et on se culpabilise parce qu'on ne le fait pas assez !

On n'y arrivera pas comme ça ! En réalité, c'est par le Saint-Esprit que les premiers chrétiens ont été amenés, naturellement, à vivre une réelle communion fraternelle. Et ainsi être un communauté attirante.

Si nous cultivons, chacun et ensemble, notre communion avec Dieu par le Saint-Esprit, alors notre communion fraternelle sera naturellement vivante. Et nous vivrons vraiment l’Église comme une une famille, une communauté bienfaisante. Ça doit être notre prière !

dimanche 20 septembre 2015

Une détermination à évangéliser

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Lecture biblique : Matthieu 28.16-20
16 Les onze disciples partent pour la Galilée. Ils arrivent sur la montagne où Jésus leur a dit d'aller. 17 En voyant Jésus, ils l'adorent mais certains hésitent à croire. 18 Jésus s'approche et leur dit : « J'ai reçu tout pouvoir au ciel et sur la terre. 19 Allez chez tous les peuples pour que les gens deviennent mes disciples. Baptisez-les au nom du Père, du Fils et de l'Esprit Saint. 20 Apprenez-leur à obéir à tous les commandements que je vous ai donnés. Et moi, je suis avec vous tous les jours, jusqu'à la fin du monde.  »

Ce sont les dernières paroles de Jésus à ses disciples dans l’Évangile selon Matthieu. Non pas ses dernières paroles avant sa mort, puisqu'il est ressuscité ! Mais ses dernières paroles avant son ascension, avant de retourner auprès de son Père. Elles sont donc d'une importance particulière.

Tout est fait pour le souligner. Jésus a fixé un rendez-vous à ses disciples, sur une montagne, pour les leur transmettre. Et il commence avec une affirmation solennelle qui donne le ton : « J'ai reçu tout pouvoir au ciel et sur la terre. »

Et puis viennent les exhortations : allez chez tous les peuples, baptisez-les, apprenez-leur à obéir à mes commandements... La tâche est si grande, elle ne peut pas concerner les seuls apôtres réunis alors sur cette montagne ! Elle concerne toute l’Église, l'ensemble des disciples de Jésus-Christ d'hier, aujourd'hui et demain.

Ces paroles résument en quelques mots la mission de l’Église. Le mandat que Jésus-Christ lui a confié. Un mandat qui, par sa formulation, fait écho à un autre mandat, celui que le Créateur avait donné à toute l'humanité en Genèse 1.28 :

« Ayez des enfants, devenez nombreux. Remplissez la terre et dominez-la. Commandez aux poissons dans la mer, aux oiseaux dans le ciel et à tous les animaux qui se déplacent sur la terre. »

L'humanité devait se multiplier et remplir la terre pour la dominer, c'est-à-dire y jouer son rôle de gestionnaire confié par Dieu. Ce mandat demeure, bien-sûr. Mais pour les disciples du Christ, un nouveau mandat vient s'ajouter, celui de remplir la terre... pour y faire des disciples du Christ.


Un mandat impératif

Premier élément à relever : c'est un commandement, pas une option. Jésus dit : « Allez ! » Il ne dit pas : « Ceux qui ont envie de le faire, allez-y ! », ou « ceux d'entre vous qui se sentent appelés à le faire, allez ! ». L'impératif est pour tous ! C'est le mandat de l’Église, et l’Église, c'est vous et moi.

Il est intéressant de remarquer que jusqu'ici, lorsque Jésus annonçait la bonne nouvelle du Royaume de Dieu, il disait en général à ceux qui l'écoutaient : « Viens et suis-moi ! ». Mais maintenant, à ceux qui l'ont suivi il dit : « Allez ! ». Suivre le Christ, ce n'est pas rester entre nous, c'est aller chez tous les peuples.

Aller chez tous les peuples, c'est rejoindre l'autre là où il se trouve. Le connaître, l'aimer, chercher à le comprendre.

On est bien au-delà d'une présentation froide et objective de l’Évangile. Il ne suffit pas de glisser un traité dans la boîte aux lettres ou de donner un calendrier biblique pour répondre à l'appel de Jésus. L'objectif, c'est qu'ils deviennent des disciples. Il faut les enseigner à garder les commandements de Jésus. Bref, tout cela demande du temps, un investissement personnel, dans une vraie relation.

Alors certes, tout le monde n'est pas évangéliste au sens d'un ministère spécialisé. Mais tous nous sommes appelés à être témoins de l’Évangile, en paroles et en actes. Le mandat que Jésus confie à ses disciples, c'est à chacun de nous qu'il le confie aussi ! Quelle place réservons-nous à cet impératif dans notre vie de tous les jours ?


Un mandat universel

Jésus dit : « Allez chez tous les peuples... » La dimension universelle de ce mandat souligne le fait que tout le monde a besoin de recevoir l’Évangile. Notre voisin comme celui qui vit dans un peuple jamais atteint par l’Évangile.

Une telle affirmation peut paraître agressive, intolérante. La perspective d'aller chez tous les peuples pour faire des disciples peut s'apparenter à une stratégie de conquête qui peut faire peur.

Mais, il faut le souligner, il n'y a aucune contrainte. Un disciple, c'est celui qui décide de suivre son maître. On ne peut pas faire des disciples de Jésus-Christ sous la contrainte. Des adeptes d'une religion peut-être, mais pas des disciples de Jésus-Christ.

Or l’Évangile, ce n'est pas une religion. C'est une bonne nouvelle pour tous les hommes, celle de l'amour de Dieu manifesté pour tous les hommes, celle du pardon de Dieu offert grâce à la mort et la résurrection de Jésus-Christ.

Tous ceux qui ne connaissent pas cette bonne nouvelle se perdent. En avons-nous la conviction ? Sommes-nous bien sûrs que chacun, quel qu'il soit, a besoin de l’Évangile ? Je crois que souvent on vit comme si ce n'était pas le cas. On est content d'être chrétien, l’Évangile est important dans notre vie, on est peut-être déçu voire triste que nos proches n'aient pas la foi... Mais avons-nous vraiment le même regard que Jésus, ému de compassion en regardant la foule :

Jésus voit les foules et son cœur est plein de pitié. En effet, les gens sont fatigués et découragés, comme des moutons qui n'ont pas de berger. Alors Jésus dit à ses disciples : « Il y a une grande récolte à faire, mais les ouvriers ne sont pas assez nombreux. »  (Mt 9.36-37)


Un mandat assorti d'une promesse

On pourrait se dire que la tâche est immense et la responsabilité écrasante. Mais il ne faut pas oublier que ces paroles de Jésus se terminent par une promesse : « Et moi, je suis avec vous tous les jours, jusqu'à la fin du monde. ».

Alors oui, la tâche est immense et la responsabilité écrasante. Mais Jésus-Christ est là, avec nous. Après avoir dit au cours de son ministère : « Viens et suis moi. », Jésus nous dit maintenant : « Allez... et je vous suivrai ! »

« Allez... pour que les gens deviennent mes disciples. » Voilà l'objectif : faire des disciples du Christ. Pas des disciples de nous-mêmes, ou de notre Église, ou de notre religion. Il s'agit de présenter le Christ pour permettre à ceux qui ne le connaissent pas de le rencontrer.

Et c'est là que la présence du Christ est essentielle. C'est lui qui agit, c'est lui qui appelle, c'est lui qui convainc. C'est lui le maître.

Dans notre témoignage, il s'agit de présenter le Christ qui est vivant en nous par son Esprit. C'est pour cela que notre témoignage ne passe pas seulement par des mots mais aussi par notre façon de vivre. Laisser le Christ transparaître dans notre vie, c'est le début du témoignage.

Souvenons-nous en : annoncer l’Évangile, c'est présenter Jésus-Christ. Ce n'est pas enseigner une doctrine, une morale ou une religion.


Conclusion

Le troisième indice de vitalité qui nous est proposé est la détermination à évangéliser. Et ici, le mot détermination est important. Il est de notre ressort, en tant que disciple du Christ et en tant qu'Eglise, de placer l'évangélisation, l'annonce de la bonne nouvelle du salut en Jésus-Christ, comme une priorité de notre vie.

C'est bien le mandat que Jésus a donné à ses disciples. Et ça ne nous est pas forcément naturel... Il faut aller, se lancer, prendre le risque du rejet ou du mépris. Mais c'est bien notre tâche. Car comme le dit bien l'apôtre Paul :

Comment invoquer le Seigneur si on ne croit pas en lui ? Et comment croire au Seigneur si on n'a pas entendu parler de lui ? Et comment entendre parler de lui si personne ne l'annonce ? (Romains 10.14)

dimanche 6 septembre 2015

Dix indices de vitalité - 1. La Parole de Dieu au centre


Cette prédication est la première d'une série sur les 10 indices de vitalité, empruntés au processus « Vitalité » proposé par l'UEEL pour une revitalisation des Églises. Ces indices bibliques veulent aider les Églises à porter un regard juste sur elles-mêmes, en vue de devenir des Églises saines et missionnaires. 

Et comme une Église, c'est avant les membres qui la composent, ces indices de vitalité peuvent aussi nous aider à faire le point sur notre propre vie spirituelle. 

Lecture biblique : 2 Timothée 3.10-17

10Toi, tu m'as suivi en tout : tu as écouté mon enseignement, tu as imité ma conduite, tu as connu mes projets, ma foi, ma patience, mon amour, ma fidélité. 11Tu sais les dures attaques et les souffrances que j'ai connues à Antioche de Pisidie, à Iconium, à Lystre. Oui, j'ai beaucoup souffert. Pourtant, le Seigneur m'a délivré de tout cela. 12D'ailleurs, tous ceux qui veulent vivre fidèlement en étant unis au Christ Jésus, on les fera souffrir. 13Mais les gens mauvais et les charlatans iront toujours plus loin dans le mal. Ils tromperont les autres, et on les trompera à leur tour. 14Toi, garde solidement ce que tu as appris et ce que tu as accepté comme quelque chose de sûr. Tu sais quels maîtres t'ont appris cela. 15Oui, tu connais les Livres Saints depuis ton enfance, ils sont capables de te donner la sagesse. Cette sagesse conduit au salut quand on croit en Jésus-Christ. 16Tous les Livres Saints sont inspirés de Dieu. Ils sont utiles pour enseigner la vérité, pour persuader, pour corriger les erreurs, pour former à une vie juste. 17Grâce aux Livres Saints, l'homme de Dieu sera parfaitement préparé et formé pour faire tout ce qui est bien.

2 Timothée 3.16 est sans doute un des versets bibliques préférés dans nos Églises évangéliques, un de ceux qui sont les plus cités... Après Jean 3.16 évidemment ! Nous aimons ce texte qui souligne l'inspiration des Écritures, et grâce auquel nous pouvons dire que la Bible est la Parole de Dieu. 

Mais pour bien le comprendre, il est utile de le replacer dans son contexte. La deuxième épître à Timothée est une épître tardive du Nouveau Testament. Elle contient les dernières instruction de l'apôtre Paul à son protégé Timothée. Nous sommes dans un contexte de lutte, la persécution contre les chrétiens s'intensifie et Paul dit à Timothée que ça va être dur, qu'il va continuer à rencontrer de l'opposition, qu'il devra se battre et risquer la persécution. 

Pour faire face à tout cela, il y a un fondement solide sur lequel s'appuyer : la Bible, Parole de Dieu. Paul invite Timothée à la mettre au cœur de son ministère. La Parole de Dieu au centre. Voilà bien un premier signe de vitalité, pour un chrétien comme pour une Église. Mais qu'entend-on par là ? 



La Parole de Dieu est au centre si son autorité est respectée

L'autorité de la Parole de Dieu découle de son inspiration. Si la Bible est la Parole de Dieu, alors elle doit être prise au sérieux et être LA référence pour notre foi et notre vie chrétienne. A cause de Celui qui l'a inspirée.

Comment sait-on si l'autorité de la Parole de Dieu est respectée ? Si elle sert toujours d'étalon à notre foi et notre pratique. Si tout ce que nous faisons cherche à être en accord avec l'enseignement biblique. 

Et on a beau dire que la Bible est notre autorité en matière de foi, avouons qu'en pratique, d'autres choses lui contestent cette autorité. Le poids des traditions et des habitudes, la recherche d'expériences ou de sensations fortes, la comparaison (pour ne pas dire la compétition) avec les autres...

Qu'est-ce qui gouverne notre vie ? Qu'est-ce qui est le fondement de nos différents comportements ? Qu'est-ce qui oriente notre vie d'Eglise ? Pourquoi fait-on telle ou telle activité ? Dire : « On a toujours fait comme ça... » n'est jamais une réponse valide ! 

Il s'agit de remettre les habitudes et les traditions à leur place. Il n'y a pas de tradition qui ne puisse être mise en doute, pas d'habitude qui ne puisse être questionnée. Ça ne veut pas dire qu'on va forcément rejeter toute tradition. Mais il faut que nous soyons prêts à les réévaluer sans cesse à la lumière de la Parole de Dieu.


La Parole de Dieu est au centre si elle étudiée avec sérieux

Pour certains, on pourrait croire qu'il suffit de citer un verset biblique pour justifier telle doctrine ou tel comportement pour avoir respecté l'autorité de l'Ecriture. C'est une erreur ! Je sais qu'il y a cette habitude bien évangélique de vouloir toujours trouver un verset biblique qui réponde de manière définitive à chaque question. Mais la Bible n'est pas un livre de recettes... 

L'apôtre Paul rappelle à Timothée que la Parole de Dieu est utile « pour enseigner la vérité, pour persuader, pour corriger les erreurs, pour former à une vie juste. » Cela implique bien plus que de simples citations de versets bibliques mais une étude sérieuse, une lecture intelligente.

Une lecture intelligente de la Bible, c'est d'abord une lecture qui la prend pour ce qu'elle est : une véritable bibliothèque, riche de toute sa diversité. Avec une intention première : révéler le projet de salut de Dieu. Mettre la Parole de Dieu au centre, c'est développer sa culture biblique. Lire et relire la Bible, toute la Bible. Il faut privilégier l'ensemble par rapport au détail. Préférer une lecture continue à une lecture fragmentée. 

Ca implique sans doute aussi d'éviter une lecture solitaire. La lecture personnelle est importante, bien-sûr. Mais lire intelligemment la Bible, c'est aussi la lire ensemble, dans l'écoute mutuelle, en acceptant les débats. Pas de pensée unique dans la lecture intelligente de la Bible ! Il s'agit d'être prêt à se laisser surprendre, à être remis en question. 



La Parole de Dieu est au centre si elle est mise en pratique

Il faut aller plus loin. Une lecture intelligente ne s'arrête pas à l'intellect. L'apôtre Paul termine son paragraphe en soulignant le but ultime visé, qui n'est pas d'augmenter sa connaissance mais d'être « parfaitement préparé et formé pour faire tout ce qui est bien. » (v.17)

L'objectif pointé par l'apôtre Paul, ce n'est pas une connaissance encyclopédique de la Bible mais une vie transformée et façonnée par elle. La Bible pour elle-même ne sert à rien. Son étude, sa méditation, n'a de sens que si elle nous permet d'avancer spirituellement, de progresser dans la foi. 

La Bible sera au centre de notre vie, au centre de notre Église, si elle est mise en pratique. La centralité de la Parole de Dieu se mesure aux fruits qu'elle nous fait porter dans notre vie. Comment la lecture de la Bible continue-t-elle à vous transformer aujourd'hui ?

Il est triste, et parfois même scandaleux, de voir des chrétiens qui connaissent la Bible sur le bout des doigts avoir un comportement en complet désaccord avec l’Évangile : dans le jugement, refusant de pardonner, étant fauteur de trouble, dans le mensonge ou les magouilles... Ce n'est peut-être pas le dimanche au culte, mais pendant la semaine sur leur lieu de travail ou dans leur famille. Ces chrétiens ont beau connaître la Bible par cœur, la Parole de Dieu n'est certainement pas au centre de leur vie !


Conclusion

Affirmer la centralité de la Parole de Dieu, pour une Église ou pour un chrétien, est une évidence. Mais il ne suffit pas de connaître la Bible par cœur pour que ce soit vraiment le cas. 

La Parole de Dieu est au centre si son autorité est respectée, si on l'étudie avec sérieux et si elle est mise en pratique. Sinon, elle n'est qu'un élément parmi d'autres dans notre Église et dans notre vie. Et nous ne devrons pas nous étonner alors de manquer de vitalité spirituelle...

Par contre, si elle est vraiment au centre de notre vie, alors l'oeuvre de Dieu en nous sera réelle et elle portera du fruit !

dimanche 23 août 2015

Ruth, la moabite (4)

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Résumé des épisodes précédents

Lorsque son mari Elimélek et ses deux fils meurent alors qu'elle est exilée en Moab, Noémi décide de retourner en Juda. Ruth, une de ses belles-filles, refuse de la quitter et choisit de l'accompagner.

Sans le savoir, Ruth se retrouve alors à glaner des épis dans le champ de Booz, un proche parent d'Elimélek. Pour Noémi, ça ne peut pas être un hasard : le Seigneur l'a conduite jusqu'à ce champ. Elle va alors mettre au point une stratégie, en faisant référence à une loi de Moïse interprétée selon les coutumes de l'époque, pour que Booz épouse Ruth.

L'un et l'autre semblent tout à fait consentants, mais il reste un obstacle. Un autre homme est un plus proche parent que Booz. C'est lui qui a la priorité. Booz va donc tenter de régler cette affaire au plus vite...

Lecture biblique : Ruth 4


Explication

Voilà donc le dénouement de l'histoire ! Un véritable happy end, au-delà même de ce qu'on pouvait espérer.

Comme Noémi l'avait prédit, et comme il s'y était engagé devant Ruth, Booz s'empresse de s'occuper de l'affaire, et en plus dans les règles. Sur la place publique, il rassemble des témoins et traite avec l'autre proche parent d'Elimélek. Il le fait selon les coutumes de l'époque : le symbole de la sandale doit d'ailleurs être expliqué aux premiers lecteurs du livre de Ruth.

Il faut d'ailleurs noter que cet autre proche parent, dont on ne dit jamais le nom, était au courant du retour de Noémi au pays (v.3), et sans aucun doute aussi de la présence de Ruth à ses côtés. Mais il n'a rien entrepris pour exercer son droit... Il n'en avait, semble-t-il, tout simplement pas les moyens. Il le dit : il ne peut pas à la fois racheter le champ et prendre Ruth pour femme, prendre soin d'elle. Et il a bien dû se rendre compte aussi que Booz, lui, était motivé ! Il lui laisse le champ libre : « prends pour toi le droit de racheter » !

Booz et Ruth se marient alors, pour la joie de tous. Y compris celle de Noémi, accentuée encore après la naissance de leur fils, dont Noémi va s'occuper comme s'il s'agissait du sien.

On pourrait presque dire à la fin : ils vécurent heureux et eurent beaucoup d'enfants. C'est le happy end traditionnel... Sauf que l'épilogue va encore plus loin et donne une dimension particulière à l'histoire de Ruth. Obed, le fils de Booz et Ruth, deviendra le grand-père du roi David. Il entre dans la lignée royale, la lignée messianique. Ruth est d'ailleurs une des rares femmes mentionnées dans la généalogie de l'évangile selon Matthieu (1.5) qui fait du reste de Rahab, une autre femme non-juive, une habitante de Jéricho ayant caché les espions Israélites, la mère (ou l'ancêtre) de Booz. Voilà encore des signes que la providence de Dieu est bien à l'oeuvre...

Application

Au-delà des beaux exemples de fidélité dont témoigne cette histoire familiale, l'épilogue du livre lui donne une nouvelle dimension, qui transcende le personnage de Ruth.

La fidélité du Dieu de l'Histoire

On y voit l'expression de la fidélité de Dieu, par la mise en œuvre de sa providence, bien au-delà de l'histoire de Ruth. C'est la fidélité de Dieu dans l'Histoire qui est soulignée. Jusqu'à l'accomplissement de son plan, avec la mort et la résurrection de Jésus-Christ. Une fidélité qui s'étend à travers les siècles et qui se manifeste dès le jour où l'humanité s'est détournée de son Créateur. Dans la Genèse, Dieu donne une promesse de victoire, assurant à la descendance de la femme d'écraser la tête du serpent (Gn 3.15). Cette fidélité de Dieu, tout au long de l'histoire, passe par Noé, Abraham, Moïse, David, les prophètes... mais elle passe aussi par Ruth et Booz !

Nos histoires s'imbriquent dans l'Histoire, par la providence de Dieu. Le même Dieu, fidèle à son projet pour l'humanité, se montre fidèle dans notre vie. Nos histoires personnelles ont de l'importance aux yeux de Dieu. Jamais Ruth, ni Booz, n'auraient pu imaginer être intégrés dans la lignée qui allait conduire au Messie. Jamais ils n'auraient imaginé que leur petit-fils allait devenir le grand roi David. D'autant que Ruth était moabite, une étrangère... comme Rahab était habitante de Jéricho. Mais la bénédiction de Dieu s'étend à toutes les familles de la terre, comme il l'avait promis à Abraham.


L'évangile selon Ruth

La dimension messianique de l'épilogue nous invite à une lecture typologique de l'histoire de Ruth. Il s'agit de discerner, derrière les événements décrits, des préfigurations du Christ. Il faut être prudent avec une telle lecture mais le Nouveau Testament nous invite bien à considérer que tout l'Ancien Testament conduit au Christ.

Ainsi, l'épilogue du livre de Ruth est caractéristique. En effet, l'espoir renaît avec la naissance d'un fils à Ruth dont tout le monde dit : « Qu'elle ressemble à Rachel et à Léa, les deux femmes de Jacob qui ont donné naissance au peuple d'Israël ! ». De plus, cet enfant naît à Bethléem, il est ancêtre de David par la lignée duquel naîtra le Christ. Il s'appelle Obed. Or, son nom signifie « serviteur » : la figure du serviteur est bien une figure messianique !

Si on regarde l'ensemble de l'histoire de Ruth, on peut aussi la voir comme une typologie du salut. La foi – fidélité de Ruth a changé le cours de sa vie, grâce à Booz, son rédempteur. Booz y apparaît comme une figure du Christ. C'est lui qui rachète Ruth et Noémi, qui les sauve. Noémi pourrait même être perçue comme une figure du peuple d'Israël, et Ruth une figure des païens, toutes deux sauvées, rachetées par Booz. Comme le Christ a racheté, sauvé, Juifs et non-Juifs par amour, les unissant dans un même peuple. De plus, le Christ aussi est notre « proche parent » : il est notre frère par l'incarnation, le Fils de Dieu devenu homme.

Nous le voyons, derrière cette belle histoire familiale se cache un message d'une profondeur insoupçonnée. Un véritable évangile selon Ruth.


Conclusion

Gardons les deux niveaux de lecture de ce récit. Prenons exemple sur la fidélité de Ruth et la générosité de Booz. Inspirons-nous d'eux pour être à notre tour fidèle et généreux. Mais contemplons aussi avec reconnaissance l'action de Dieu dans l'Histoire. Soyons émerveillés par son plan de salut, accompli en Jésus-Christ, et dont il nous donne de nombreuses illustrations tout au long de l'Ecriture. Louons-le pour son action dans nos vies, le salut mis en œuvre pour nous en Jésus-Christ. Il est notre Rédempteur, celui qui nous sauve et nous donne une espérance nouvelle.

dimanche 16 août 2015

Ruth, la moabite (3)

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Résumé des épisodes précédents

Exilée dans le pays de Moab, Noémi voit mourir son mari, Elimélek, et ses deux fils. En situation de précarité, elle choisit alors de rentrer dans son pays, en Juda, en permettant à ses belles-filles moabites de refaire leur vie dans leur pays.

Mais l'une d'elles, Ruth, témoigne de sa fidélité et refuse de la quitter. Elle choisit de l'accompagner, restant attachée à elle et à Dieu.

En Juda, Ruth décide d'aller glaner des épis dans un champ afin de se nourrir, elle et sa belle-mère. Or, il se trouve que le champ dans lequel elle va appartient à Booz, un proche parent. Mais Ruth ne le sait pas.

Pour Noémi, ce n'est pas un hasard. C'est le Seigneur qui l'a conduite jusqu'à ce champ. Dans sa providence, Dieu s'est ainsi montré fidèle !

Lecture biblique : Ruth 3


Explication

Ruth n'est pas Israélite. Elle ne connaît pas toutes les lois et coutumes en Israël. Noémi va donc prendre les choses en main pour mettre à profit la situation. Ruth, quant à elle, fait confiance à sa belle-mère.

En permettant à Ruth d'aller glaner des épis dans le champs de Booz, Dieu a lui-même préparé les circonstances qui permettront à Ruth de refaire sa vie. Noémi saisit donc l'occasion qui se présente pour se montrer à son tour fidèle à Ruth et lui assurer un avenir heureux.

Elle donne donc ses instructions à sa belle-fille pour que celle-ci fasse comprendre à Booz qu'elle était prête à envisager de se marier. Mais les choses doivent se faire dans la discrétion et avec prudence. Le geste d'écarter la couverture et de se coucher au pied du proche parent, était suffisamment explicite. Surtout avec les paroles que Ruth dit à Booz lorsqu'il la surprend au milieu de la nuit : « C'est moi, Ruth. Protège-moi. En effet, tu es un proche parent et tu as la responsabilité de prendre soin de moi. »

Et, visiblement, il n'en espérait pas tant ! Il n'hésite pas une seconde... mais il veut faire les choses dans les règles. Il y a un autre parent, plus proche que lui d'Elimélek. C'est lui qui a la priorité. Il doit d'abord voir avec lui. Lorsque Ruth raconte à Noémi ce qui s'est passé, sa réponse est pleine de confiance. Elle n'a aucun doute sur le fait que Booz fera tout pour faire aboutir sa démarche : « Cet homme-là ne sera pas satisfait s'il ne règle pas cette affaire aujourd'hui. »



Application

Au cœur de ce chapitre, il y a l'application d'un commandement biblique sur la solidarité familiale en cas de veuvage. On pense en particulier au texte de Deutéronome 25.5-10, qu'il est intéressant de citer :

Moïse dit : Supposons ceci : Deux frères habitent ensemble, et l'un d'eux meurt sans avoir de fils. Sa veuve ne doit pas se remarier avec quelqu'un d'extérieur à la famille. Son beau-frère doit accomplir son devoir de beau-frère : il la prendra pour femme et il s'unira à elle. Alors on considérera le premier garçon qu'elle mettra au monde comme le fils de l'homme qui est mort. Ainsi, son nom continuera d'être porté en Israël. Si un homme ne veut pas prendre sa belle-sœur pour femme, cette femme se rendra au tribunal, devant les anciens. Elle dira : « Mon beau-frère ne veut pas accomplir envers moi son devoir de beau-frère. Il refuse de donner à son frère un fils qui continue de porter son nom en Israël. » Les anciens de la ville feront venir cet homme et ils parleront avec lui. S'il continue à refuser de prendre pour femme la veuve de son frère, celle-ci s'avancera vers lui devant les anciens. Elle lui enlèvera la sandale de son pied, elle lui crachera au visage et dira : « Voilà ce qu'on fait à un homme qui refuse de donner un fils à son frère ! » Ensuite, en Israël, on appellera la famille de cet homme « la famille de l'homme au pied nu ».

On peut relever deux éléments de surprise dans notre épisode :

  • Ce n'est pas Booz mais Noémi qui prend les choses en main pour accomplir ce commandement. 
  • L'application du commandement est plus large et moins contraignant que dans le Deutéronome.


Noémi prend les choses en main

Le livre de Ruth a un petit côté féministe ! Ce sont les femmes qui montrent l'exemple et qui prennent les choses en main. Ruth l'a fait en faveur de sa belle-mère, Noémi lui rend ici la pareil.

Noémi n'a pas l'intention d'attendre que Booz se décide tout seul à exercer son devoir de solidarité familiale. Elle va forcer le destin et donner un petit coup de pouce à Booz, en mettant au point une stratégie. C'est la pichenette qui était nécessaire pour que Booz se lance.

D'ailleurs, il ne faudrait pas jeter la pierre trop vite à Booz. Une fois lancé, il s'empressera de régler l'affaire. Et on peut discerner au moins deux raisons pour lesquelles il n'a pas pris l'initiative dans cette affaire :
1° Booz était plus âgé que Ruth et ne voulait pas s'imposer à elle : « Que le SEIGNEUR te bénisse ! Tu n'as pas cherché l'amour des jeunes gens, riches ou pauvres. » (v.10)
2° Il n'était pas prioritaire pour exercer le devoir de rachat. Il y avait un autre parent, plus proche que lui d'Elimélek (v.12)

Il est intéressant de noter ce respect de la loi et des coutumes mais aussi ce respect de la personne de Ruth. Nous sommes dans un contexte culturel très patriarcal où le respect des femmes n'était pas forcément la préoccupation première... Booz est un homme de bien.

Enfin, je ne crois pas du tout qu'on soit en présence d'un mariage sous la contrainte pour Booz et Ruth. La façon dont les choses se passent laisse entendre qu'ils étaient sans doute consentants. Certes, ce n'est pas explicite... Mais les paroles de Ruth lorsqu'elle évoque Booz à sa belle-mère, le traitement de faveur que Booz accorde dès le début à Ruth et l'empressement avec lequel il règle cette affaire, tout laisse entendre qu'il s'agit de bien plus qu'un « mariage arrangé » !

Une application plus large et moins contraignante

L'application de la loi du Deutéronome révèle aussi quelques surprises. L'idée principale de ce commandement est que lorsqu'un homme mourait sans enfant, son frère devait prendre sa veuve pour femme, et le premier garçon qui naîtrait serait considéré comme l'enfant du mari décédé, pour perpétuer son nom. Si le beau-frère refuse d'exercer ce devoir, il s'exposait à une humiliation publique.

Le ton du texte du Deutéronome est tout de même assez différent de l'impression qui se dégage de l'histoire de Ruth. Le texte de loi est froid et tranchant. Le récit de Ruth présente le devoir de rachat de façon moins contraignante et plus large. Moins contraignante parce que l'autre proche parent refusera de l'exercer (chapitre 4) sans contrainte ni humiliation. D'autre part, Deutéronome 25 ne parle que du devoir du beau-frère d'une femme veuve. Ni Booz ni l'autre parent proche ne semblent être frères d'Elimélek. Sans compter que, strictement, ce n'est pas vraiment Ruth qui était concernée mais Noémi !

Bref, on n'est pas dans une application stricte et froide de la loi mais on comprend l'esprit de la loi. Ici, c'est la nécessaire solidarité familiale, le secours des veuves qui se retrouvent dans une situation précaire. Et Booz, qui est un homme de bien, est prêt à exercer ce droit et aller ainsi encore plus loin que la générosité dont il a déjà fait preuve jusqu'ici.

Bel exemple de la juste attitude face aux textes de loi dans la Bible. Il ne suffit pas de les appliquer à la lettre pour leur être fidèle. Il s'agit d'en comprendre l'intention profonde. Les contextes changent, les coutumes évoluent... la façon d'appliquer les commandements doit aussi évoluer. Aujourd'hui, à plus forte raison, il ne suffit pas de se référer à un commandement de l'Ancien Testament pour se faire une opinion définitive sur tel ou telle pratique, de citer un verset biblique pour répondre à telle ou telle question d'éthique.

C'est bien l'intention globale de Dieu, qui ressort d'une compréhension de l'ensemble de la Bible, que nous devons rechercher. Pas des solutions toutes faites et des raccourcis simplistes.


Conclusion

L'histoire n'est pas finie. On attend encore son dénouement, dans l'ultime chapitre. Mais on semble bien s'acheminer vers un « happy end », ce qui est inespéré quand on considère le début de l'histoire. La fidélité de Dieu est grande... et elle passe aussi par la fidélité des hommes et des femmes. Celle de Ruth, de Noémi et de Booz. Tout trois fidèles et solidaires.

La fidélité engendre la fidélité. La solidarité entraîne la solidarité. Et c'est Dieu lui-même qui en donne l'exemple. Lui qui s'est montré fidèle à son plan de salut pour l'humanité qu'il a créée. Lui qui s'est monté solidaire en Jésus-Christ, partageant notre condition jusqu'à la mort sur la croix. C'est là le cœur du message biblique, que nous ne devons jamais réduire à une morale ou une liste de commandements à respecter.

Soyons donc fidèles et solidaires, à la suite de Ruth, Noémi et Booz, à l'image du Dieu fidèle et solidaire, manifesté pleinement en Jésus-Christ.

dimanche 9 août 2015

Ruth, la moabite (2)

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Résumé de l'épisode précédent 

A la mort d'Elimelek, son mari, et de ses deux fils, Noémi se retrouve seule avec ses belles-filles, Orpa et Ruth. Elle avait quitté Israël qui traversait une période de famine et s'était réfugiée en Moab où ses fils avaient trouvé des filles du pays pour se marier.

Veuve, sans enfant, en terre étrangère, Noémi se retrouve en situation de grande précarité. Quand elle entend que les récoltes ont repris en Israël, elle décide d'y retourner, proposant à ses belles-filles de rester et refaire leur vie. Mais Ruth s'y refuse et choisi de rester fidèle à sa belle-mère et à son Dieu : « Là où tu iras, j'irai. Là où tu habiteras, j'habiterai. Ton peuple sera mon peuple, et ton Dieu sera mon Dieu. »

Noémi retourne donc dans son pays mais le cœur n'y est pas : elle ne comprend pas pourquoi Dieu l'a ainsi frappé par cette épreuve : « Ne m'appelez pas Noémi, la femme heureuse. Appelez-moi Mara, la femme amère, car le Tout-Puissant a rendu ma vie très amère. »

Noémi et Ruth arrivent en Israël au moment de la récolte de l'orge...

Lecture biblique : Ruth 2


Commentaire

« Je le vois, le SEIGNEUR continue à nous montrer sa bonté. Il est bon pour nous les vivants, comme il est bon pour les morts. Qu'il bénisse cet homme ! Booz est un homme de notre famille proche. Il est l'un de ceux qui ont la responsabilité de prendre soin de nous. » (v.20)

La fin de ce chapitre contraste avec la fin du précédent. Noémi était alors au fond du trou, se lamentant de l'épreuve que le Seigneur lui avait envoyé. Ici, elle se réjouit au contraire de la bonté de Dieu envers elle. L'histoire est en train de basculer.

Ruth ne savait pas que le champ dans lequel elle allait glaner des épis était celui de Booz, un parent d'Elimélek. C'est Noémi qui le lui apprend. Que Ruth ait trouvé un propriétaire aussi généreux lui laissant glaner autant d'épis est une chance. Mais qu'en plus il s'agisse de Booz, un proche parent d'Elimélek qui pourrait exercer son droit de rachat pour leur venir en aide, ça ne pouvait être un hasard...

Il faut noter que cet épisode illustre une loi sociale intéressante ayant cours alors en Israël. Il s'agit de la loi sur le glanage. Les propriétaires devaient laisser des épis à glaner dans leurs champs et des grappes à cueillir dans leurs vignes, pour que ceux qui n'avaient pas de terre, les démunis, les immigrés, puissent trouver à manger (cf. Lévitique 19.9-10). Une sorte de « Restos du coeur » de l'époque !

A la fin du chapitre, Noémi évoque aussi une autre loi, liée à la responsabilité familiale en cas de veuvage. La façon dont Booz exercera ce droit sera développé aux chapitres 3 et 4. Nous le verrons donc dans les prochains épisodes...

Application

Avec le premier chapitre, nous avons parlé de la fidélité de Ruth. Ici, c'est de la fidélité de Dieu qu'il faut parler. Nous pouvons le faire à la suite de Noémi, dont le désespoir s'est changé en espoir et en reconnaissance :

« Je le vois, le SEIGNEUR continue à nous montrer sa bonté. Il est bon pour nous les vivants, comme il est bon pour les morts. Qu'il bénisse cet homme ! Booz est un homme de notre famille proche. Il est l'un de ceux qui ont la responsabilité de prendre soin de nous. » (v.20)

1° Au cœur de l'épreuve, il est difficile de discerner la fidélité de Dieu

La tête dans le sac, on est incapable de prendre du recul. Dieu semble absent de l'épreuve. Pour Noémi, c'est grâce à Ruth et sa détermination qu'elle finit par reconnaître la fidélité de Dieu. Elle a eu besoin de la fidélité de sa belle-fille pour discerner la fidélité de Dieu.

Si nous voulons aider ceux qui traversent des épreuves, il ne faut certainement pas leur « faire la leçon », les inviter coûte que coûte à croire en la bonté de Dieu à coup de versets bibliques. Sans doute est-ce mieux de se montrer solidaire, concrètement, d'être présent à leur côté, prenant parfois les choses en main pour les aider et les accompagner. Se montrer soi-même fidèle et confiant.

2° Dieu exerce sa fidélité par sa providence

Parler de providence, c'est parler d'une action discrète de Dieu, dans la banalité du quotidien. Ce ne sont pas des actions éclatantes et spectaculaires mais une présence au cœur de l'Histoire... et de nos histoires.

Cette présence discrète explique pourquoi il faut souvent du recul pour la discerner. Et de la foi aussi. Parce qu'on pourra toujours parler de coïncidence et de hasard. Si Ruth a glané des épis dans le champs de Booz, c'est soit un coup de bol, soit un indice de la providence divine. Et nous pourrions sans doute multiplier les exemples dans nos vies. A nous de choisir !

3° Être confiant dans la fidélité de Dieu, c'est aussi prendre des initiatives.

Noémi a pris l'initiative de rentrer en Israël. Ruth a pris les choses en main en accompagnant sa belle-mère et en allant glaner des épis. Elle n'a pas attendu que tout tombe du ciel...

La foi et la confiance ne doivent pas être des oreillers de paresse ! Dieu honore nos initiatives en s'y inscrivant dans sa providence. Bien-sûr, toutes nos initiatives ne sont pas forcément bonnes. On fait parfois de mauvais choix... Mais Dieu est suffisamment puissant et fidèle pour les corriger au besoin, dans sa providence.

La foi ce n'est pas : « Seigneur, j'attends que tu agisses, que tu me parles, que tu me montres... et après j'irai ». C'est plutôt : « Seigneur, accompagne-moi dans mes choix, conduis-moi dans mes initiatives, guide-moi sur ton chemin. »

Le Seigneur ne répond pas à tous les caprices de ceux qui restent assis et attendent que tout leur tombe du ciel. Il accompagne ceux qui marchent.

Conclusion

Si comme Ruth et Noémi nous voulons voir la fidélité de Dieu dans notre vie :

  • Soutenons-nous les uns les autres. On discerne mieux la fidélité de Dieu ensemble que chacun pour soi.
  • Ouvrons les yeux de la foi, choisissons la confiance dans la providence divine.
  • Mettons-nous en marche, prenons le risque de faire des choix et croyons que Dieu s'y inscrira dans sa providence, au besoin en les corrigeant.


dimanche 2 août 2015

Ruth, la moabite (1)

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Pour ce mois d'août, je vous propose un petit feuilleton de l'été. Une saga familiale en quatre épisodes, une belle histoire d'amour et de fidélité dont l'héroïne se prénomme Ruth.

Nous sommes au XIIe ou XIe siècle avant Jésus-Christ, au temps des Juges en Israël. Une période troublée, marquée par les conflits, le désordre et la violence. Mais notre histoire ne commence pas en Israël mais à Moab, un peuple voisin souvent en conflit avec Israël, y compris au temps des Juges.

La belle histoire de Ruth, la moabite, offre un saisissant contraste avec ce contexte sombre.

Lecture biblique : Ruth 1

« Là où tu iras, j'irai. Là où tu habiteras, j'habiterai. Ton peuple sera mon peuple, et ton Dieu sera mon Dieu. » (v.16)


Commentaire

Noémi est âgée au moment où elle se retrouve seule, sans mari ni enfant, tous décédés. Il est trop tard pour elle d'avoir d'autres enfants et donc de trouver un nouveau mari. Exilée à Moab, elle décide de rentrer en Israël où elle trouvera peut-être du secours. Le veuvage est difficile à vivre dans le contexte culturel de cette époque, surtout dans un pays étranger, loin des siens.

Mais ses belles-filles, elles, sont encore jeunes. Il est encore temps pour elle de trouver un mari et de refaire leur vie. Noémi les y encourage et c'est bien la décision prise par Orpa. Il faut se garder de porter un jugement hâtif sur elle. Elle aimait aussi sa belle-mère. On voit que cela lui coûte de la quitter. Mais sa décision est légitime et parfaitement compréhensible.

En réalité, c'est la décision de Ruth qui est étonnante. Choisir de rester malgré tout avec sa belle-mère, envers qui elle n'avait aucune obligation, est une marque remarquable de fidélité. Elle avait sans doute compris la situation précaire dans laquelle se trouvait Noémi et qu'elle pouvait lui venir en aide en l'accompagnant. La suite lui donnera raison...

La fidélité de Ruth est d'ailleurs sans doute bien plus qu'un simple attachement à sa belle-mère : « Ton Dieu sera mon Dieu », dit-elle. Il y a aussi dans sa démarche une dimension de foi. Elle choisit Noémi mais elle choisit aussi le Dieu de Noémi. A son attachement à sa belle-mère s'ajoute une adhésion de cœur à son Dieu.

Dans la tradition juive, Ruth est considérée comme un modèle des femmes prosélytes, les non-juives qui épousent la foi juive. Dans l'histoire de Ruth, le choix de la foi n'entre pas en conflit avec le choix du cœur. La fidélité à Dieu va de paire avec la fidélité à ceux qu'on aime.


Application

Dès le premier épisode de cette histoire, Ruth nous offre un remarquable exemple de fidélité et de foi.

On l'a dit, la fidélité de Ruth n'allait pas de soi. Elle lui a coûté : elle a dû quitter son pays... Une décision qui rappelle celle d'Abraham en réponse à l'appel de Dieu, lui demandant de quitter son pays pour aller là où il le conduirait. Pour Ruth, pas d'appel, pas de voix intérieure, mais une volonté ferme de se montrer fidèle à sa belle-mère et de s'attacher à Dieu. Comme pour Abraham, c'est une démarche de foi !

Une démarche de foi qui coûte. On peut d'ailleurs se demander si toute fidélité n'implique pas un renoncement... C'est facile d'être fidèle quand tout va bien ! Quand tout roule comme sur des roulettes, on est tous fidèles ! Ça l'est beaucoup moins dans l'épreuve, quand nos projets tombent à l'eau ou quand les événements semblent se liguer contre nous. Là, c'est difficile d'être fidèle. Ça coûte. Être fidèle peut impliquer de renoncer à certains conforts, à certaines ambitions personnelles.

L'exemple suprême est ici encore Jésus-Christ. Renonçant à la gloire céleste, il est devenu l'un des nôtres en venant sur terre, humblement. Par fidélité à l'appel de son Père. Par fidélité à son amour pour l'humanité. Une fidélité qui l'a conduit jusqu'à la mort sur la croix !

Et si notre foi se mesurait à la qualité de notre fidélité ? Notre fidélité à Dieu, bien-sûr ! Mais pas seulement... Ne se mesure-t-elle pas aussi à notre fidélité dans nos relations, dans nos projets et nos engagements ? C'est finalement une variante du double commandement majeur d'aimer Dieu ET d'aimer son prochain. La fidélité, elle est à Dieu et à notre prochain envers lequel nous nous sommes engagés, ou elle n'est pas ! Comment pourrais-je prétendre être fidèle à Dieu si je ne suis pas fidèle à mon conjoint, à mes amis, à mes paroles ou mes engagements ?


Conclusion

Ruth, la moabite, nous montre la voie d'une foi concrète, qui s'exprime dans le quotidien par sa fidélité remarquable à sa belle-mère. Comment, concrètement, notre fidélité s'exprime-t-elle ? Comment notre foi, notre fidélité à Dieu, se manifeste-t-elle dans notre fidélité de tous les jours ? Sommes-nous fidèles envers nos frères, nos amis nos prochains ?

Il faut le rappeler : c'est bien à la fidélité, y compris dans les « peu de choses » du quotidien, que Dieu nous invite, comme le dit le maître de la parabole des talents à son serviteur : « C'est bien, bon et fidèle serviteur, tu as été fidèle en peu de choses, je t'établirai sur beaucoup ; entre dans la joie de ton maître.» (Mt 25.21)

dimanche 14 juin 2015

Le Royaume de Dieu : l'oeuvre de Dieu en nous

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Marc 4.26-34
26 Jésus dit encore : « Le Royaume de Dieu ressemble à ceci : Un homme sème des graines dans son champ. 27 Ensuite, il continue à dormir pendant la nuit et à se lever chaque jour. Et pendant ce temps, les graines poussent et grandissent, mais cet homme ne sait pas comment. 28 La terre fait elle-même pousser d’abord la plante, puis l’épi, enfin les grains dans l’épi. 29 Et, dès que les grains sont mûrs, on se met au travail avec la faucille, parce que c’est le moment de la récolte. »
30 Jésus dit encore : « À quoi peut-on comparer le Royaume de Dieu ? Avec quelle histoire est-ce qu’on peut en parler ? 31 Le Royaume de Dieu ressemble à une graine de moutarde. Quand on la sème dans la terre, c’est la plus petite de toutes les graines du monde. 32 Mais ensuite, elle pousse et elle devient la plus grande de toutes les plantes. Elle a des branches si grandes que les oiseaux peuvent faire leurs nids sous son ombre. »
33 Jésus annonce à tout le monde la parole de Dieu, en racontant beaucoup d’histoires de cette sorte. Il le fait dans la mesure où ils peuvent comprendre. 34 Jésus leur parle toujours avec des comparaisons. Mais, quand il est seul avec ses disciples, il leur explique tout.


Qu'est-ce que le Royaume de Dieu ? Cette expression, qui peut paraître mystérieuse, est très présente dans les Évangiles. C'est même un des sujets de prédilection de Jésus.

En général, Jésus en parle de façon imagée, à l'aide de paraboles et de métaphores. Mais ce n'est pas pour évoquer une sorte d'utopie, un rêve d'or à venir, un paradis qui émergerait à la fin des temps. Il en parle comme d'une réalité qui est déjà là, toute proche de nous.

En fait, ce n'est pas très compliqué : le Royaume de Dieu, c'est là où Dieu règne. Autrement dit, concrètement pour nous, parler du Royaume de Dieu, c'est parler de l’œuvre de Dieu dans notre vie.

Dans ces deux images tirées de la nature, il y a au moins deux aspects du Royaume de Dieu qui sont révélés : il grandit de façon mystérieuse et étonnante, et il commence toujours tout petit.


Il grandit de façon mystérieuse

C'est en particulier la première métaphore qui le dit. L'homme sème des graines dans son champ... et ensuite il dort. Et tout le processus de croissance se déroule sans son intervention. Il ne s'en soucie même pas. Les graines poussent, mais l'homme ne sait pas comment ! Et finalement arrive le moment de la récolte.

Le mystère, dans la deuxième métaphore, est principalement dans le contraste entre la toute petite graine et le véritable arbre à la fin du processus.

Qui peut comprendre, expliquer, l'oeuvre de Dieu dans une vie ? Personne... On ne peut que constater qu'une graine a été semée et qu'elle finit par pousser. Pas au même rythme pour tout le monde, pas forcément avec les mêmes fruits... Mais elle pousse. C'est l’œuvre de Dieu.

La question est : sommes-nous prêts à nous ouvrir à l’œuvre de Dieu en nous ? Il n'est pas question ici d'embrigadement dans une religion, de contraintes dans telle ou telle pratique, telle ou telle croyance.... Il est question de relation avec Dieu. Il est question d'un Dieu vivant qui se propose de faire éclore dans nos vies le fruit de son œuvre.

Et si le Royaume de Dieu grandit de façon mystérieuse et inattendue dans nos vies, c'est bien parce que Dieu ne veut pas nous formater tous sur le même modèle mais cheminer avec nous, tels que nous sommes, de façon personnelle.


Il commence tout petit

Cet autre aspect, bien que présent dans la première métaphore, est surtout souligné dans la seconde. Une graine de moutarde, c'est vraiment tout petit. Et la plante issue de cette graine est un véritable arbuste. A tel point que les oiseaux peuvent s'y abriter pour faire leur nid.

Si le Royaume de Dieu commence tout petit et peut finalement se révéler très grand, alors nous ne devons pas négliger les petits commencements. Ils peuvent être promesses de beaux et grands fruits. L'oeuvre de Dieu dans nos vies est faite de petits commencements.

Le Royaume de Dieu commence tout petit. Peut-être par une prière maladroite adressée à Dieu, peut-être par une lecture laborieuse de la Bible, peut-être par une entrée hésitante dans une église... Ne négligeons pas ces petits commencements. Ils sont comme ces toutes petites graines de moutarde qui, un jour, donneront peut-être une grande et belle plante.

Ces petites décisions que l'on peut prendre tout au long de notre cheminement spirituel ont de l'importance aux yeux de Dieu. Il les honore.

Le baptême aussi, c'est un petit commencement. Juste un commencement, pas un aboutissement. Mais un petit commencement qui est important dans un cheminement spirituel. Parce qu'il pose un signe de la présence, dans votre vie, du Royaume de Dieu.


A l'image de son Roi

En réalité, le Royaume de Dieu est à l'image de son Roi : Jésus-Christ.

Lui-même a commencé tout petit, humblement né dans une étable, au sein d'une famille modeste. Il a grandi et est apparu finalement comme un arbre extraordinaire à l'ombre duquel se reposer. Car de la petite graine de l'enfant de Bethléem, c'est le Fils de Dieu devenu homme qui s'est manifesté au monde. Plus grand encore que ce qu'on pouvait imaginer : il est mort et ressuscité !

Voilà qui est, encore, mystérieux. Mais qui est aussi une formidable promesse si nous nous ouvrons à l'oeuvre de Dieu aujourd’hui. C'est le Christ vivant qui sera à l'oeuvre en nous, par son Esprit.


Conclusion

Alors qu'est-ce que le Royaume de Dieu ? Chacun de vous peut donner une réponse personnelle à cette question. Car le Royaume de Dieu, c'est son œuvre dans votre vie.

Cette œuvre, peut-être n'en est-elle encore pour vous qu'au stade d'une graine semée. Peut-être quelques pousses ou quelques fruits se manifestent déjà. Ou peut-être êtes-vous un bel arbre portant de beaux fruits. Quoi qu'il en soit, c'est l'oeuvre de Dieu en vous.  C'est son Royaume qui se manifeste déjà. A nous de le vivre !

dimanche 7 juin 2015

Retroussons-nous les manches !

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1 Corinthiens 3.1-17
1 Pour moi, frères et sœurs chrétiens, je n'ai pas pu vous parler comme à des personnes qui ont l'Esprit Saint. Je vous ai parlé seulement comme à des personnes faibles, à des chrétiens qui sont encore des bébés dans la foi. 2 Je vous ai donné du lait à boire, et non une nourriture solide, parce que vous ne pouviez pas la supporter. Même maintenant, vous ne pouvez toujours pas la supporter, 3 parce que vous êtes encore faibles. En effet, parmi vous, il y a de la jalousie et des disputes. Alors, est-ce que vous n'êtes pas des gens faibles ? Est-ce que votre façon de vivre n'est pas encore bien humaine ? 4 Quand l'un de vous dit : « Moi, j'appartiens à Paul », quand un autre dit : « Moi, j'appartiens à Apollos », est-ce que ces paroles ne sont pas encore bien humaines ?
5 Apollos, qui est-ce ? Et Paul, qui est-ce ? Nous sommes seulement des serviteurs de Dieu. C'est par nous que vous êtes devenus croyants, et chacun de nous a travaillé selon les dons que Dieu lui a faits. 6 Moi, j'ai planté, Apollos a arrosé, mais c'est Dieu qui a fait pousser. 7 Celui qui plante n'est rien, celui qui arrose n'est rien. Mais celui qui fait pousser est tout, et c'est Dieu. 8 Entre celui qui plante et celui qui arrose, il n'y a pas de différence. Mais Dieu donne à chacun sa récompense, selon son travail. 9 Car nous travaillons ensemble au service de Dieu, et vous êtes le champ de Dieu. Vous êtes aussi la maison de Dieu.10 Selon le don que Dieu m'a fait, j'ai placé les fondations comme un bon constructeur. Un autre construit dessus. Mais chacun doit faire attention à la façon de construire dessus. 11 Les fondations sont déjà là : c'est Jésus-Christ. Personne ne peut en placer d'autres. 12 On peut construire sur ces fondations avec de l'or, de l'argent, des pierres précieuses, du bois, du foin ou de la paille. 13 Peu importe ! Le travail de chacun sera visible, et on le connaîtra le jour du jugement. Ce jour-là, il y aura un grand feu, et ce feu montrera la qualité du travail de chacun. 14 Si quelqu'un a construit une maison qui résiste au feu, celui-là recevra une récompense. 15 Au contraire, si son travail est brûlé, il perdra tout. Lui, il sera sauvé, mais comme quelqu'un qui traverse le feu pour s'échapper.
16 Vous êtes le temple de Dieu, et l'Esprit de Dieu habite en vous. Vous ne savez donc pas cela ? 17 Si quelqu'un détruit le temple de Dieu, celui-là, Dieu le détruira. Oui, le temple de Dieu est saint, et ce temple, c'est vous. 


Les premières paroles de ce texte sont dures pour les chrétiens de Corinthe, que Paul appelle des chrétiens faibles, des bébés dans la foi, à qui il n'a pas pu parler comme à des chrétiens matures. La preuve de cette immaturité se trouve dans les jalousies et les disputes qui caractérisent leur vie d’Église. J'ai peur qu'aujourd'hui encore, l'apôtre considérerait pas mal d’Églises comme immatures sur ce plan...

Ceci dit, ce qu'il dit ensuite de l’Église, bien que partant de son cas personnel et de la situation propre de l’Église de Corinthe, dit bien quelque chose d'universel à propos de l’Église, et même des Églises en général. Il le développe à partir de deux images qui se télescopent : l’Église est le champ et la maison de Dieu.



C'est Son champ et Sa maison !

L’Église, c'est le champ de Dieu. C'est lui le propriétaire du champ. Personne d'autre ne peut s'en prétendre propriétaire ! C'est Sa maison, celle où il se manifeste mais surtout celle qui lui appartient. On ne parle pas bien-sûr des quatre murs d'une Église mais de la communauté. En allant dans une Église, dans une communauté chrétienne, on vient chez Lui.

L’Église est le champ de Dieu, Sa maison. Et pourtant, si souvent elle est le lieu de jeux de pouvoir. Malheureusement... C'était flagrants à Corinthe mais c'est loin d'être un cas isolé ! Il y a toujours le danger de s'approprier « son » Église, en particulier pour le pasteur, le conseil ou les membres fondateurs... Mais dans une Église, on n'y travaille pas pour nous-mêmes, mais pour Dieu. C'est son Église, pas la nôtre... C'est ce qui fait de cette maison un temple de Dieu (cf. v.16).

Évidemment, dire de l’Église qu'elle est le temple de Dieu ne doit pas nous conduire à idéaliser les Églises. Loin de là. Si l’Église est le projet de Dieu, elle est aussi, par nature, humaine. Elle est donc imparfaite. Mais parce qu'elle est le projet de Dieu, il y a une lourde responsabilité pour celui qui détruit l’Église, qui y est source de division. Paul le rappelle ici : celui qui agit ainsi détruit le temple de Dieu.

Au contraire, les deux images utilisées par Paul permettent de souligner que nous avons une responsabilité dans la construction de l’Église. Car si elle est le champ de Dieu, il n'y poussera rien si on y sème rien. Et si elle est la maison de Dieu, elle en restera à ses fondations, certes solides, mais sans mur si nous n'y construisons rien dessus.


Planter, arroser... et laisser croître. 

De son expérience, Paul tire une leçon générale. Il a planté, Apollos a arrosé, et c'est Dieu qui fait croître. Planter, c'est ensemencer le champ avec l’Évangile. C'était le travail d'apôtre de Paul, fondateur d’Églises dans tout l'empire romain. Arroser, c'était le travail d'enseignant d'Apollos, pour édifier et affermir les chrétiens. Mais dans tous les cas, c'est Dieu qui fait croître. C'est lui qui rend efficace le témoignage de Paul et l'enseignement d'Apollos. C'est son œuvre dans les cœurs qui est décisive.

Retenons de cette double responsabilité de planter et arroser, la nécessité d'une complémentarité. Une Église n'est jamais l'oeuvre d'un seul homme, elle est le projet de Dieu vécu communautairement, dans la complémentarité des dons et des ministères. Retenons aussi que pour le développement d'une Église, il y a une question de timing, d'action adaptée au besoin du moment. Il ne sert à rien d'arroser si on n'a pas planté avant !

Il s'agit donc pour nous de planter, d'arroser... et de laisser croître. Laisser Dieu agir. Le problème arrive quand les chrétiens débordent leur responsabilité, en cherchant à faire croître eux-même l’Église ! En appliquant simplement des méthodes ou en utilisant des techniques. L’Église devient alors une entreprise à faire prospérer... mais elle n'est plus le champ de Dieu.

Laisser croître n'est pas si facile que ça. Parce que le champ de Dieu ne pousse pas toujours comme on s'y attend ! Laisser croître, c'est se laisser surprendre par Dieu et accueillir le fruit qu'il fait pousser, pas forcément celui qu'on voudrait voir apparaître. Parfois dans le champ de l’Église on peut couper ce qu'on pense être de mauvaises herbes et on se prive alors de fruits surprenants ! Ces « mauvaises herbes » sont peut-être des projets inattendus ou des personnalités atypiques, et on leur coupe l'herbe sous les pieds, parce qu'on n'a jamais fait ça !

Il y a des sécateurs très efficaces dans le champ de l’Église, qui coupent très facilement des projets ou des personnes qui auraient pourtant pu donner de bons fruits. Ces sécateurs qu'on appelle « traditions », « structures », « culture » ou même parfois avec des noms plus longs du genre « on-ne-peut-pas-faire-ça-dans-une-église » ou « un-bon-chrétien-ne peut-pas », voire même « Dieu-m'a-dit-que » ou « la-Bible-dit-que » !

Pour qu'une Église se développe, on a sans doute plus besoin d'arrosoirs que de sécateurs. Des arrosoirs qui édifient, qui encouragent, qui prient, qui soutiennent, qui font confiance. Et moins de sécateurs qui découragent, qui refusent, qui interdisent, qui se méfient...


Construire sur les fondations avec ses propres matériaux

L’Église, c'est aussi la maison de Dieu. Mais si on y regarde de plus près, on se rend compte que dans la métaphore développée par Paul, il s'agit plus d'une maison en construction que d'un édifice déjà bâti. Dieu est le propriétaire du chantier. Les fondations ont déjà été posées, il s'agit maintenant de construire sur elles.

Les fondations, c'est Jésus-Christ. Et Paul précise bien qu'on ne doit pas en chercher d'autre. Jésus-Christ est le seul fondement de l’Église. On pense ici bien-sûr en premier lieu à son œuvre accomplie pour nous. L’Église se fonde sur la mort et la résurrection de Jésus-Christ, sans lesquelles il n'y aurait pas d’Église.

Mais il faut aller plus loin. Avoir Jésus-Christ comme fondations sur lesquelles construire, c'est affirmer le lien vital et indispensable avec le Christ vivant, aujourd'hui. Une Église, pour se construire, doit entretenir le lien d'intimité avec le Christ. Et le faire de façon communautaire : vivre ensemble la relation avec le Christ vivant.

L’Église, toute Église, est donc en chantier. Elle se construit. On ne touche pas aux fondations ! Mais on peut ajouter de nouveaux étages, on peut aussi abattre des cloisons, on peut percer des portes et des fenêtres, on peut aménager l'intérieur... C'est cela une Église vivante. Une Église qui ne se fige pas dans un projet mais qui évolue, qui retravaille ses plans.

Et l’Église se construit. Chacun y participe, avec ses propres matériaux : « On peut construire sur ces fondations avec de l'or, de l'argent, des pierres précieuses, du bois, du foin ou de la paille » (v.12) Il y a bien ici le reflet de la diversité qui fait la particularité de l’Église : chacun peut apporter sa pierre à l'édifice. Certes, les matériaux évoqués par Paul sont plus ou moins nobles, et plus ou moins résistants au feu, solides ou fragiles. L’Église, toute Église, est faite aussi de ces failles, de ces fragilités. L'important, c'est de construire ensemble !

D'autant que l'épreuve du feu dont parle Paul, au moment du bilan, ne détruira pas forcément les œuvres qu'on imagine. La vraie valeur de l'apport des uns et des autres ne se mesure pas toujours tout de suite, il faut se méfier des apparences !


Conclusion

L’Église, c'est le projet de Dieu qu'il réalise avec les hommes et les femmes qui lui appartiennent. C'est Son champ et Sa maison. Il est à l'initiative du projet, il en est l'artisan incontournable, le fondement unique. Mais il ne mènera pas ce projet sans nous. C'est Lui qui fait croître... mais pas sans que nous semions et que nous arrosions. C'est Lui, en Jésus-Christ, qui en est les fondations, mais c'est nous qui sommes les matériaux de construction pour édifier le temple de Dieu.

En tant que champ, nous sommes appelés à être les témoins de l'oeuvre de Dieu en nous, qui nous fait croître par sa grâce. En tant que maison, nous sommes appelés à nous édifier à la gloire de Celui qui, en Jésus-Christ, est mort et ressuscité pour nous. Quelle belle vocation ! Quel privilège ! Quelle formidable invitation à laquelle nous sommes tous appelés à répondre !

Alors retroussons-nous les manches ! Il y a du travail dans le champ et sur le chantier de l’Église !