dimanche 14 juin 2026

Fatigués et chargés

Pour ce culte spécial « pour fatigués et chargés », quoi de plus naturel que de lire le passage de l’évangile où cette expression est utilisée par Jésus ? 

Matthieu 11.28-30
28Venez à moi vous tous qui êtes fatigués de porter un lourd fardeau et je vous donnerai le repos. 29Prenez sur vous mon joug et laissez-moi vous instruire, car je suis doux et humble de cœur, et vous trouverez le repos pour tout votre être. 30Le joug que je vous invite à prendre est bienfaisant et le fardeau que je vous propose est léger. »


Fatigués et chargés

« Vous tous qui êtes fatigués et chargés » devient, dans la version de la Nouvelle Français Courant, « vous tous qui êtes fatigués de porter un lourd fardeau ». En réalité, il s’agit en grec de deux formes verbales, deux participes, qu’on traduit traditionnellement par « fatigués et chargés ». 

La première formule est le participe d’un verbe qui désigne le fait d’être las, fatigué, épuisé, comme résultat d’un dur travail, ou d’un lourd fardeau, quel qu’il soit. Ce n’est donc pas une fatigue normale, celle du soir au moment de se coucher. C’est une fatigue, une lassitude qui résulte de circonstances difficiles, voire épuisantes. 

La deuxième formule verbale est un participe passif d’un verbe qui désigne le fait de placer une charge, un fardeau sur quelqu’un. Comme le verbe à la forme passive, il désigne ici non pas une charge qu’on aurait prise nous-mêmes mais un fardeau qui nous a été imposé, que l’on n’a pas choisi. Il peut s’agir d’une difficulté, d’une épreuve, d’une souffrance, d’une maladie… 

Il est donc tout à fait légitime de traduire les deux formules verbales mises ensemble comme le propose la Nouvelle Français Courant : « vous tous qui êtes fatigués de porter un lourd fardeau. » La fatigue dont Jésus parle ici est bien celle qui découle de la charge d’un fardeau qui nous a été imposé, par des circonstances de la vie, par une épreuve. Cette lassitude est un sentiment que tout le monde connaît, et que vous connaissez peut-être aujourd’hui ! 

C’est parfois une fatigue physique, mais elle peut être aussi psychologique, voir existentielle. Surtout lorsqu’on porte ces fardeaux depuis longtemps… Une longue maladie qui ne guérit pas, un handicap dont on ne peut se sortir, une épreuve qui nous semble interminable, une douleur qu’on n’arrive pas à soulager. 

C’est de tout cela dont Jésus parle ici. Quelle que soit la charge ou le fardeau, et quelle que soit la fatigue ou le découragement qu’elle produit. 


Venez à moi !

A tous ceux qui sont ainsi fatigués, découragés, Jésus leur dit : « Venez à moi ! » C’est l’impératif qui ouvre notre texte. Jésus a bel et bien quelque chose à proposer à ceux qui sont épuisés, qui ploient sous des charges trop lourdes à porter. 

Le verset 29 contient deux autres impératifs qui précisent de quoi il s’agit. Littéralement : « Prenez sur vous mon joug et apprenez de moi. » Prenez et apprenez ! 

S’il s’agit de prendre un joug, alors le fardeau n’est plus subi mais choisi : prenez sur vous mon joug. On pourrait se dire à quoi bon être libéré d’un fardeau pour en prendre un autre ? Justement parce que c’est un autre fardeau, d’une nature différente. 

Jésus le définit d’ailleurs, au verset 30 : « Car mon joug est bienfaisant et mon fardeau léger. » De quel joug ou quel fardeau s’agit-il ? Un fardeau léger, on peut comprendre. Mais en quoi un joug peut-il être bienfaisant ? Ce n’est pas le joug en lui-même qui est bienfaisant, ou bon, c’est ce qu’il apporte. 

Face à un fardeau subi qui nous épuise, quel est le fardeau volontaire que Jésus nous invite à porter ? Peut-être celui de la foi ? de l’espérance ? de la confiance placée en Dieu ? 

Prenez… et apprenez de moi ! Il y a toujours quelque chose à apprendre d’une épreuve… mais c’est à chacun de le découvrir. Gardons-nous de vouloir dire aux autres ce qu’ils sont censés apprendre. Ce n’est pas notre affaire !

Ici, c’est la personne de Jésus qui sera notre inspiration : « car je suis doux et humble de cœur », dit-il. L’expression évoque la gentillesse et la tendresse de Jésus dans l’accueil qu’il nous réserve. Nous n’avons pas à craindre d’aller vers lui, nous pouvons être sûr de son accueil, et que sa réponse sera toujours bienveillante. 

La solution, pour le croyant, est dans le fait de venir à Jésus. La prière demeure la meilleure façon de l’exprimer concrètement. Prier, c’est venir à lui avec nos fardeaux, nos charges, notre fatigue, notre découragement. Doux et humble de cœur, il nous accueillera toujours, tels que nous sommes. C’est venir à lui pour dire notre foi, notre confiance, notre espérance en lui. Il s’agit de porter cette prière comme un fardeau, mais un fardeau léger.


Vous trouverez le repos…

Enfin, il y a encore un dernier verbe dans ce passage, et celui-là est au futur : « vous trouverez le repos. » Littéralement, « vous trouverez le repos dans vos âmes » Mais le terme grec désigne ici toute la personne. Ce verbe au futur désigne la promesse de Jésus associée au joug léger qu’il nous invite à prendre, en lien avec sa nature douce et humble. Et cette promesse, c’est celle du repos. Le repos après la fatigue. Le repos qui répond à la lassitude voire à l’épuisement. 

Quand on vient à Jésus, dans la prière, le cœur chargé d’un fardeau, nous avons la promesse de trouver le repos. 

Il est d’ailleurs intéressant de noter que c’est le verbe trouver qui est choisi par Jésus. Il aurait pu dire « et vous recevrez le repos. » Mais le repos de Dieu se trouve, il se découvre. Le verbe grec ici est celui qui a donné le fameux eurêka (J’ai trouvé) attribué à Archimède dans sa baignoire ! 

Le repos de Dieu est une découverte qui découle de l’expérience de la présence de Jésus-Christ. Venez à moi, dit Jésus, et vous découvrirez le repos. En venant à Jésus, on peut recevoir la promesse du repos… mais la nature de ce repos sera une découverte. Il ne sera pas forcément exactement celui auquel on s’attendait. 

Car de quel repos parle-t-on ? Ce repos peut être celui de la guérison et de la délivrance. Jésus guérit et délivre, aujourd’hui encore ! Mais ce n’est pas automatique. La guérison, la délivrance, n’est jamais un dû. C’est toujours une grâce. C’est pourquoi la promesse du repos peut se concrétiser aussi par la paix dans l’adversité, par la force pour surmonter l’épreuve, par une espérance renouvelée malgré l’adversité… Et ce sont aussi des grâces de Dieu, des cadeaux que le Seigneur nous fait lorsque nous sommes fatigués et chargés. 


Le chemin vers le repos

Pour terminer, je vous propose de discerner, à partir de cet enseignement de Jésus, la façon dont il nous appelle à entrer dans son repos. On pourrait parler d’un chemin vers le repos, une route en trois étapes : 

1° Venir à Jésus. 

C’est le réflexe de la prière. Toujours en premier lieu. L’appel de Jésus à venir à lui est une expression de sa compassion. Il connaît nos épreuves, il comprend notre lassitude, il souffre avec nous. Il est prêt à nous aider. Il n’attend même que cela… 

2° Prendre son joug et apprendre de lui. 

Il s’agit ici d’accepter ce que Jésus nous donne de porter. Trouver aussi dans l’épreuve l’occasion d’apprendre, en recevant du maître Jésus. Ce n’est pas évident. C’est pour cela que c’est aussi un fardeau… Mais Jésus fait de nous des acteurs du processus, pas de simples spectateurs. Notre foi fait partie intégrante du chemin qui conduit au repos. 

3° Trouver, ou découvrir le repos. 

Être conscient, peut-être, que la découverte du repos prend un peu de temps, qu’elle n’est pas instantanée. Il y a une quête du repos, qui demande aussi pour nous d’être prêt à trouver un repos qui n’est pas forcément celui auquel on s’attendait. Mais qui sera celui qui est bon pour nous, parce que c’est le Seigneur qui l’aura choisi et qui sait ce dont nous avons besoin.  

A chacun de voir à quelle étape de ce chemin il se trouve aujourd’hui… Que le Seigneur nous donne à tous d’entrer dans son repos. Recevons encore ce matin ces paroles de Jésus comme une promesse à saisir :

Venez à moi vous tous qui êtes fatigués de porter un lourd fardeau et je vous donnerai le repos.


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