dimanche 30 juin 2019

Qu'est-ce qui compte vraiment ?

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Qu'est-ce qui compte vraiment ? C'est ce qui est au cœur de ma vie, ce sans quoi ma vie perdrait toute saveur, toute valeur. Est-ce que c'est ma famille, mes amis, mes proches ? Est-ce que c'est ma situation professionnelle, mon statut social ? Est-ce que c'est ce que j'ai construit de mes mains, ce que j'ai acquis à la sueur de mon front ?

Qu'est-ce qui compte vraiment ? C'est ce à quoi je consacre le plus de temps. C'est là où je mets mon argent. C'est ce qui occupe mes réflexions, mes projets, mes prières. C'est ce qui me fait vibrer, m'enthousiasme, me rend fier.

Qu'est-ce qui compte vraiment ? L'apôtre Paul répond à cette question ainsi : « ce qui compte c'est d'être une nouvelle créature. » (Galates 6.15).

Pour bien comprendre ce qu'il veut dire par là, je vous propose de commencer la lecture quelques versets auparavant :

Galates 6.11-18
11 Regardez ces grosses lettres : je vous écris de ma main ! 12 Ceux qui vous obligent à être circoncis, ces gens-là veulent se faire bien voir pour des raisons humaines. Leur seul but est d'éviter de souffrir à cause de la croix du Christ. 13 Ces hommes qui se font circoncire n'obéissent pas à la loi ! Et pourtant, ils veulent que vous soyez circoncis pour se vanter de votre circoncision. 14 Moi, je veux me vanter d'une seule chose : c'est de la croix de notre Seigneur Jésus-Christ. Par la croix, le monde est mort pour moi, et moi aussi, je suis mort pour le monde. 15 Être circoncis ou ne pas être circoncis, cela n'a pas d'importance ! Ce qui compte, c'est que Dieu nous crée à nouveau.

Quand il écrit aux chrétiens de Galatie, l'apôtre Paul est assez frontal. Ainsi, dès le tout début de sa lettre, juste après les formules de politesse d'usage, il écrit (version TOB) : « J’admire avec quelle rapidité vous vous détournez de celui qui vous a appelés par la grâce du Christ, pour passer à un évangile différent. » (Galates 1.6) Et le reste de l'épître est du même acabit, jusqu'à cette conclusion que nous venons de lire.


Être fier du Christ

Il faut dire que Paul en veut vraiment à ceux qu'il nomme ici « ceux qui vous obligent à être circoncis ». Il s'agissait de croyants d'origine juive qui estimaient nécessaire pour les chrétiens d'origine païenne de se faire circoncire. La circoncision, c'est le rite que Dieu a donné à Abraham comme signe de l'alliance. C'est un marqueur identitaire Juif. Autrement dit, pour ces croyants, pour devenir chrétien, il fallait aussi devenir Juif. Pour Paul, c'est intolérable : c'est même une trahison de l'Evangile...  La Bonne Nouvelle, c'est que tout être humain, quel qu'il soit, reçoit le salut de Dieu par la foi seule. Exiger des croyants d'origine païenne de se faire circoncire, c'est nier cette donnée fondamentale et dire que la foi ne suffit pas.

Or Paul lui-même était Juif et il était profondément attaché à l'héritage reçu de ses pères. Pourtant il peut dire, sans ambiguïté : « Être circoncis ou ne pas être circoncis, cela n'a pas d'importance ! » Car désormais il n'est fier que d'une chose : la croix du Christ. La formule a de quoi surprendre : comment peut-on se vanter de quelque chose dont on n'est pour rien ? La croix du Christ ? Je n'y suis pour rien. Vous non plus... Et l'apôtre Paul non plus !

L'expression « la croix du Christ » désigne, par une formule condensée, tout ce qui a conduit Jésus-Christ jusqu'à la mort sur la croix et tout ce qui découle de cette mort sur la croix.

  • La croix est l'aboutissement de l'incarnation : le Fils de Dieu est devenu homme, il nous a rejoint dans notre humanité, jusqu'à la mort. 
  • La croix est la fin d'un monde et l'aube d'un nouveau monde. Après la croix vient le tombeau vide, le Christ est mort mais il est aussi ressuscité. D'ailleurs Paul y fait référence en évoquant une création nouvelle : « Ce qui compte, c'est que Dieu nous crée à nouveau. » 
  • La croix du Christ dans ma vie est l'expérience de ce changement de monde : « Par la croix, le monde est mort pour moi, et moi aussi, je suis mort pour le monde. » Plus rien n'est comme avant. 

Alors oui, il y a de quoi être fier du Christ dans notre vie !


Se centrer sur le Christ

Connaître Jésus-Christ, faire l'expérience du changement de monde qui s'est joué à la croix, voilà ce qui est vraiment important. Et ne laissons pas d'autres marqueurs identitaires l'occulter.

Aujourd'hui, ce n'est plus la question de la circoncision qui pose problème parmi les chrétiens. Mais ne met-on pas en avant d'autres critères, d'autres marqueurs identitaires qui risquent d'occulter ce qui compte vraiment ? Par exemple lorsqu'on sous-entend  qu'être « vraiment » chrétien, c'est être ceci ou cela, c'est faire et dire ceci ou cela... Être vraiment chrétien, ça serait appartenir à telle confession chrétienne plutôt qu'une autre, adopter telle culture évangélico-compatible, souscrire à telles valeurs, assumer telle posture éthique (surtout en matière sexuelle et familiale), etc ?

Je ne dis pas que ces choses ne sont pas à prendre en considération. Je dis simplement que ce n'est pas ça qui est vraiment important... Reprenons l'affirmation de l'apôtre Paul : « Être circoncis ou ne pas être circoncis, » - et vous pouvez mettre ici à la place tous les marqueurs identitaires que vous voulez – « cela n'a pas d'importance ! Ce qui compte, c'est que Dieu nous crée à nouveau. » 


Être disciple du Christ

Oui, pour nous comme pour l'apôtre Paul, ce qui compte vraiment, c'est la croix du Christ et la vie nouvelle qu'il nous donne. Et on le dit sans doute ! Mais on le dit peut-être avec hésitation : « Ce qui compte vraiment, pour moi, c'est le Christ. Enfin, surtout le dimanche, et même surtout le dimanche matin... Mais du lundi au samedi, c'est moins évident »

On peut facilement cloisonner ces deux dimensions et être deux personnes différentes le dimanche et les autres jours de la semaine. Ou alors, on peut avoir l'impression d'être en apnée spirituelle toute la semaine en attendant de reprendre notre souffle le dimanche, et avant de retourner en apnée. Et c'est épuisant...

La bonne posture à adopter est celle de se voir à la fois comme pleinement disciple du Christ le dimanche, dans l'Eglise rassemblée, avec mes frères et sœurs dans la foi, et comme pleinement disciple du Christ chaque jour de la semaine, à la maison, dans ma famille, avec mes amis, dans mon travail.

Ici, il faut tordre le cou à l'idée selon laquelle il y aurait dans l'Eglise des chrétiens à plein temps pour Dieu et les autres. Comme s'il n'y avait que les pasteurs ou les missionnaires qui étaient à plein temps pour Dieu ! En réalité, tous les croyants sont à plein temps pour le Seigneur ! Du lundi au dimanche.

Evidemment, si on ne voit dans le fait d'être disciple du Christ que le seul fait de témoigner explicitement de l'Evangile, alors personne n'est à plein temps pour lui. Pas même les pasteurs !

Ce qui compte vraiment, c'est le Christ dans notre vie. Et on pourrait le reformuler en disant que ce qui compte vraiment ; c'est d'être disciple du Christ. C'est de voir toute notre vie comme une occasion de vivre en disciple du Christ : dans notre travail professionnel au quotidien, dans notre engagement associatif, dans nos relations à la maison et avec nos amis...


Conclusion

Qu'est-ce qui compte vraiment ? Chacun répondra pour lui-même, en fonction de la réalité de son cœur. Mais prenons en compte l'exhortation de l'apôtre Paul. Envisageons la croix du Christ et la vie nouvelle qui en découle comme ce qui doit compter vraiment dans notre vie.

Et cela se concrétise, notamment, selon ces trois axes :

  • Être fier du Christ : c'est ce qui nous anime, ce qui nous motive et nous fait vibrer. C'est le Christ dans notre vie, qui nous ouvre sur un monde nouveau. 
  • Se centrer sur le Christ : il s'agit de ne pas se disperser. Donner trop d'importance à des choses secondaires c'est oublier l'essentiel !
  • Être disciple du Christ : c'est la façon concrète de vivre et de mettre en pratique ce qu'il y a dans notre cœur. Et c'est une job à plein temps ! Du lundi au dimanche !



dimanche 12 mai 2019

Sur une mauvaise voie...

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La Bible est un livre extraordinaire, d'une diversité et d'une richesse formidables. Mais ce n'est pas toujours un livre facile à lire. Il nous résiste parfois... et cela même si nous la lisons depuis des années, même si nous avons fait de longues études de théologie et que nous pouvons la lire dans son texte original, en hébreu et en grec !

Bien-sûr, le message central de la Bible est clair. On comprend bien la révélation du Dieu Créateur, son projet de salut pour l'humanité rebelle, sa révélation progressive à travers un homme, Abraham, puis à travers un peuple issu de sa descendance, le peuple d'Israël. On comprend bien le message de la Bonne Nouvelle du salut de Dieu en Jésus-Christ, annoncé par les prophètes, accompli par le Fils de Dieu devenu homme, mort et ressuscité.

Mais reconnaissons que certains textes nous restent encore parfois obscures, difficiles à comprendre. Et la compréhension n'est pas la seule difficulté que nous rencontrons. Il y a aussi la difficulté à vivre et à mettre en pratique ce que nous comprenons...

Cette semaine, nous avons reçu un mail d'un membre de notre Eglise qui nous demandait justement notre avis sur deux textes difficiles de la Bible. Je me suis efforcé de lui donner quelques pistes possibles de réponse... Et puis je me suis pris au jeu et, en réfléchissant à ma prédication, je me suis dit que l'un de ces deux textes pouvait être intéressant pour nous ce matin. Un texte qui n'en a pas l'air au premier abord mais qui est plutôt difficile

Jacques 5.19-20
19 Mes frères et mes sœurs, parmi vous, quelqu'un peut se perdre loin de la vérité, et un frère ou une sœur peut le ramener. 20 Eh bien, vous devez savoir ceci : si une personne ramène un pécheur de la mauvaise route où il se trouve, il le sauve de la mort. Et à cause de cette action, Dieu va pardonner beaucoup de péchés.

Le dernier chapitre de l'épître de Jacques est constitué de différentes exhortations, assez disparates. Elles parlent du rapport aux richesses, de la patience, de la prière, en particulier pour les malades... Et puis il y a notre texte, qui est la conclusion, un peu abrupte, de la lettre. On ne trouve pas, comme à la fin de la plupart des épîtres du Nouveau Testament, une salutation ou une formule de bénédiction. S'est-elle perdue ? Ou est-ce intentionnel de la part de Jacques, pour nous laisser sur une exhortation ultime ? En tout cas, notre texte constitue le point final de l'épître de Jacques telle qu'elle nous est parvenue. Un point final quelque peu énigmatique.

Qu'est-ce qui est difficile dans ce texte ? J'identifie au moins deux difficultés, l'une est théologique, l'autre est pratique.

D'abord, la difficulté théologique. Nous voyons que Jacques parle à des frères et des sœurs. Il s'agit donc bien de chrétiens. Or il parle de personnes qui « se perdent loin de la vérité ». Plus encore, Jacques nous dit que si ces frères ou ces sœurs sont ramenés, ils sont « sauvés de la mort ». Ces expressions ne semblent pas convenir à des chrétiens... Comment un croyant, qui appartient au Seigneur, peut-il s'égarer loin de la vérité ? Et comment peut-il être « sauvé de la mort » ? N'est-il pas déjà sauvé en Jésus-Christ ?

L'autre difficulté, plus pratique cette fois, est dans la façon de vivre ce texte dans l'église. Comment peut-on « ramener un pécheur de la mauvaise route où il se trouve », spécialement si ce pécheur est mon frère ou ma sœur en Christ ? Et surtout comment le faire sans se positionner en juge, sans user d'un discours accusateur ou culpabilisateur ?


Un chrétien peut s'égarer de la vérité

Il faut d'abord comprendre ce que signifie exactement ici l'expression « sauver de la mort », littéralement « sauver son âme de la mort ».

On l'a dit, Jacques s'adresse à des chrétiens. Je ne pense donc pas que l'expression « sauver une âme de la mort » signifie ici simplement « être sauvé ». Quand on prend en compte l'ensemble de la révélation biblique, on comprend que Dieu ne reprend pas ce qu'il donne. J'aime bien dire qu'on ne peut pas « perdre » son salut parce qu'on ne peut pas non plus le « gagner » ! Il ne dépend d'aucun effort de notre part, d'aucun mérite. On le reçoit de Dieu, par grâce. Et Dieu ne reprend pas ce qu'il a donné !

Mais, même sauvé, le chrétien doit encore lutter contre la « mort » qui agit en lui, contre le péché encore présent dans son coeur, contre le « vieil homme » comme dirait l'apôtre Paul. Il ne faut pas croire qu'il suffit de devenir chrétien pour ne plus avoir de combat spirituel à mener dans sa vie. C'est même probablement le contraire ! Des luttes spécifiques commencent avec la conversion. C'est un combat qui accompagne le chrétien, parfois douloureusement, tout au long de sa vie.

Jacques lui-même l'a déjà évoqué, au début de sa lettre :

« Chacun est poussé au mal par son désir mauvais qui l'attire et l'entraîne. Et quand on laisse faire ce désir, il donne naissance au péché. Puis, quand le péché a grandi, il donne naissance à la mort. » (Jacques 1.14-15)

Il est donc tout à fait possible qu'un chrétien s'égare de la vérité, autrement dit qu'il s'éloigne de Dieu. Car il n'y a pas de vérité en dehors de Dieu. D'ailleurs la formulation utilisée par Jacques évoque de manière étonnante la célèbre parole de Jésus affirmant être « le chemin, la vérité et la vie » (Jean 14.6). Jacques aussi parle de vérité, de chemin (ou de route) et de vie (en étant sauvé de la mort).

Mais attention : s'égarer, ce n'est pas seulement commettre tel ou tel péché. Il ne s'agit pas de faire une liste de péchés à ne pas commettre et si on n'a coché aucune case, on est bon ! Commettre le péché, c'est aussi ne pas faire le bien, c'est aussi l'absence, voire le manque, d'amour. Jacques l'a déjà dit : « Celui qui sait faire le bien et ne le fait pas, se rend coupable d'un péché. » (Jacques 4.17)

Pour toutes ces raisons, nous pouvons dire qu'un chrétien peut s'égarer de la vérité. Ca ne veut pas dire qu'il est perdu, mort spirituellement. Mais par son égarement, quel qu'il soit, il laisse le péché agir en lui. Cela a forcément des conséquences spirituelles, ça l'éloigne de Dieu, la source de vie... c'est aussi cela, la mort.


Ramener de l'égarement...

Pour le chrétien, revenir de son égarement, c'est retrouver le chemin de la vie, de la communion avec Dieu. Mais dans notre texte, Jacques ne parle pas seulement des chrétiens qui se seraient égarés et qui reviennent d'eux-mêmes à Dieu. Il parle de chrétiens qui ramènent un de leurs frères ou de leurs sœurs de la mauvaise route où il se trouve. Ne pas le faire semble même s'apparenter à de la non assistance à un frère ou une soeur en danger !

Mais a-t-on le droit de dire à un frère ou une sœur qu'il s'égare ? Et comment être sûr que ce n'est pas nous qui nous égarons en le disant ? Et comment le faire sans que notre démarche soit perçue comme un jugement sur la personne ?

On ne veut pas tomber sous la condamnation de la mise en garde de Jésus, dans le Sermon sur la Montagne : « Ne jugez pas afin de ne pas être jugés ! » (Matthieu 7.1) Une parole à laquelle Jacques fait d'ailleurs référence dans sa lettre :

« Frères et sœurs chrétiens, ne dites pas de mal les uns des autres ! Celui qui dit du mal d'un frère ou d'une sœur, ou qui les juge, dit du mal de la loi et il juge la loi. Et si tu juges la loi, tu n'obéis plus à la loi, tu es son juge. C'est Dieu seul qui donne la loi et qui est juge, lui seul peut sauver et faire mourir. Mais toi qui juges ton prochain, pour qui te prends-tu ? » (Jacques 4.11-12)

Notons que Jacques ne dit rien de la manière de ramener son frère ou sa sœur de son égarement... Or, juste avant, il parlait de la prière. On peut sans doute se dire que la première façon d'accomplir l'exhortation de Jacques, c'est en priant pour notre frère ou notre soeur ! Prier les uns pour les autres, c'est se soucier les uns des autres !

Pour autant, la démarche suggérée par Jacques n'implique-t-elle pas autre chose que la prière seulement ? N'y a-t-il pas aussi quelque chose à dire explicitement parfois ? Nous pouvons penser aux prédicateurs et plus largement, à tous ceux qui se retrouvrent dans une situation où ils sont appelés à transmettre d'une manière ou d'une autre une parole du Seigneur... Quel est le message que nous prêchons ? Pour pouvoir ramener de l'égarement possible, il faut refuser un discours lénifiant, qui arrondit trop les angles, qui fait silence sur les exigences de Dieu et sa sainteté, qui refuse de parler du péché et du besoin, y compris pour le chrétien, de se repentir.

Mais Jacques nous invite sans doute aussi, parfois, à aller plus loin. A dire à notre frère, notre sœur, ce qui ne va pas, à les mettre en garde contre certaines pratiques qui les éloignent de Dieu. Mais attention : gardons toujours à l'esprit le risque de prendre la position du juge de son frère ou sa sœur. C'est à proscrire absolument ! L'Eglise est une communauté de pécheurs pardonnés. Personne ne peut se placer en juge d'autrui. Et si une démarche est entreprise envers un frère ou une sœur, il faut l'accompagner de prière, et faire de preuve de prudence, d'amour, de respect et d'humilité. Il suffit de relire la développement de la lettre de Jacques sur la langue et les dégâts que peuvent provoquer certaines paroles pour s'en convaincre...


Conclusion

Si cette parole de la lettre de Jacques est difficile, autant théologiquement que pratiquement, c'est peut-être parce qu'elle touche à nos luttes intimes, nos combats personnels contre le péché, nos risques de nous égarer loin de Dieu. Aucun chrétien n'y échappe !

Mais la bonne nouvelle, c'est que Dieu est toujours prêt à pardonner. Il nous accueille sans cesse, il ne rejette jamais celui qui revient à lui. C'est aussi ce qui doit nous motiver dans nos prières les uns pour les autres, et dans nos relations.

Finalement, nous avons toujours besoin d'être sauvés de la mort, par Celui qui a vaincu la mort, le Christ ressuscité !

dimanche 5 mai 2019

Aimer, se mettre en marche et recommencer

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Voici deux de mes posts récents sur Facebook... Quel est le point commun entre les deux ? Les risques de spoiler !

Pour les fans d'Avengers et ceux de Game of Thrones, c'était la semaine de tous les dangers ! Il fallait à tout prix éviter les spoilers, pour profiter pleinement de la découverte et des surprises. Il n'y a rien de pire que d'apprendre, avant de voir un film ou une série, quel en sera le dénouement. En l'occurrence, qui meurt dans l'affrontement avec Thanos ou à la bataille de Winterfell !

D'ailleurs, pour éviter les fuites, les acteurs du dernier film Avengers ont tourné plusieurs fins différentes sans savoir laquelle était la bonne !

Mais parfois, on connaît la fin de l'histoire et le film reste passionnant. Par exemple, dans un épisode de Colombo, on sait presque toujours dès le début qui est le coupable mais tout l'intérêt réside dans la façon dont l'inspecteur va réussir à le coincer. Ou alors dans l'adaptation au cinéma d'un événement historique, on apprend des choses qu'on ne savait pas en pénétrant dans les coulisses de l'Histoire. Ou alors on se focalise sur un personnage, dont on ne connaît pas le destin personnel au cœur de cette grande Histoire.

Pourquoi je vous parle de tout cela ? Parce qu'on pourrait avoir l'impression que la Bible nous spoile la fin de l'histoire ! On sait déjà qui va gagner ! Jésus revient, Satan est vaincu, la mort elle-même est vaincue et tous ressuscitent pour être jugés, la création entière est renouvelée.

Mais même si on connaît les grandes lignes du dénouement, beaucoup de choses nous restent encore inconnues. Et puis on ne connaît pas le timing... et surtout on ne sait pas à l'avance quel rôle, même petit, nous sommes appelés à jouer personnellement. Nous ne savons pas comment notre histoire s'insérera dans l'Histoire.

L'espérance chrétienne n'est pas un spoiler qui gâche notre histoire. Mais notre histoire avec le Christ, aujourd'hui, est appelée à s'insérer dans la grande histoire du salut de Dieu. Et ça, c'est passionnant !

Dans les évangiles, nous trouvons quelques récits d'apparition de Jésus ressuscité à ses disciples. L'un d'eux nous est proposé pour ce matin. Et vous verrez que Jésus va spoiler la fin de l'histoire personnelle de l'apôtre Pierre... Mais c'est pour qu'il se concentre sur ce qu'il aura désormais à faire.

Jean 21.15-19
15 Après le repas, Jésus demande à Simon-Pierre : « Simon, fils de Jean, est-ce que tu as plus d'amour pour moi que ceux-ci ? » Pierre lui répond : « Oui, Seigneur, tu sais que je t'aime. » Jésus lui dit : « Prends soin de mes agneaux. » 16 Une deuxième fois, Jésus lui demande : « Simon, fils de Jean, est-ce que tu m'aimes ? » Pierre lui répond : « Oui, Seigneur, tu sais que je t'aime. » Jésus lui dit : « Sois le berger de mes moutons. » 17 Une troisième fois, Jésus lui demande : « Simon, fils de Jean, est-ce que tu m'aimes ? » Pierre est triste parce que Jésus lui demande une troisième fois : « Est-ce que tu m'aimes ? » Et il dit à Jésus : « Seigneur, tu sais tout, tu sais bien que je t'aime. » Jésus lui dit : « Prends soin de mes moutons. 18 Oui, je te le dis, c'est la vérité : quand tu étais jeune, tu mettais toi-même ta ceinture et tu allais où tu voulais. Quand tu seras vieux, tu étendras les mains. Un autre te mettra ta ceinture et il te conduira là où tu ne veux pas. » 19 Par ces paroles, Jésus annonce de quelle façon Pierre va mourir et donner de la gloire à Dieu. Ensuite Jésus dit à Pierre : « Suis-moi ! »

Je vous avais averti : Jésus spoile la fin de son histoire à Pierre ! Et il ne lui annonce pas un happy end.... puisqu'il va mourir en martyr.

Pourquoi Jésus agit-il ainsi ? Et que signifie ce dialogue singulier entre Jésus et Pierre ?

D'abord, on remarque que par trois fois, Jésus pose la même question à Pierre, et ce dernier finit par s'en attrister... Avec quelques variantes, Jésus lui demande : « Pierre, m'aimes-tu ? »  En fait, ces trois questions, et ce que Jésus dit à Pierre ensuite, font écho à l'expérience de Pierre en tant que disciple.

Si Jésus demande à Pierre, trois fois, s'il l'aime, c'est probablement en référence aux trois fois où, pendant la Passion de Jésus, Pierre l'a renié. Il lui donne ici l'occasion d'effacer ces trois blessures profondes... L'annonce que Jésus fait ensuite de sa mort en martyr répond à ses paroles, avant que Jésus lui annonce son triple reniement : « Même si je dois mourir avec toi, je ne dirai jamais que je ne te connais pas ! » (Marc 14.31). « Même si je dois mourir avec toi... » C'est bien, finalement, ce qui va lui arriver ! Quant à la dernière parole de Jésus : « Suis-moi », elle fait écho au premier appel qu'il lui avait adressé, au début de son ministère, alors que Pierre était encore un simple pêcheur en Galilée.

Avec ce dialogue, c'est comme si Jésus lui disait : « Allez, on efface tout et on recommence ! »

D'ailleurs, Jésus en profite pour lui confier une mission : prendre soin de son troupeau. Jésus rétablit pleinement Pierre et lui renouvelle sa confiance. Quand le Seigneur pardonne, ce n'est pas sous condition. Il ne dit jamais, contrairement à nous parfois : « je te pardonne mais... »

Alors, certes, Jésus révèle à Pierre la façon dont il va mourir... Mais ça correspond à ce qu'il était prêt à vivre. Il l'avait dit à Jésus. En effaçant son ardoise, et en lui révélant la fin de son histoire, Jésus lui permet de se concentrer sur l'essentiel pour lui désormais : accomplir la mission qui lui est confiée.


Bien sûr, prendre soin du troupeau du Seigneur, c'est l'appel de Pierre. Mourir en martyr, c'est son destin. On ne peut pas sans autre se l'appliquer à soi-même : nous n'avons ni le ministère ni le destin de Pierre...

Mais ne pouvons-nous pas entendre derrière ces paroles de Jésus des principes qui nous concernent tous ? Il me semble qu'il y a bien trois éléments qui concernaient Pierre et qui nous concernent tout autant. Trois éléments clés pour nous aussi, disciples du Christ aujourd'hui, dans l'attente de l'accomplissement de notre espérance, quel que soit notre appel et quel que soit notre destin.


D'abord, aimer le Seigneur 

C'est la clé fondamentale de toute vie de disciple de Jésus-Christ. Si je ne l'aime pas, je serai peut-être un adepte de la religion chrétienne, un sympathisant de la cause chrétienne, un partisan des valeurs chrétiennes... mais pas un disciple de Jésus-Christ.

Quel que soit notre cheminement, quoi que nous ayons fait, Jésus nous le demande sans cesse : « m'aimes-tu ? »

Et le véritable disciple du Christ répondra comme Pierre : « Tu sais que je t'aime ». Sans doute pas d'un amour parfait... comme Pierre, nous avons forcément des choses à nous reprocher. « Même si mon amour n'est pas parfait, même si ma vie de disciple n'est pas toujours exemplaire, même si j'ai fait des erreurs et que je ne me suis pas toujours montré fidèle... oui, tu sais que je t'aime. »

Si on se demande à quoi nous sommes appelés, quelle est notre tâche, notre responsabilité, rappelons-nous que tout commence et tout se termine pour nous dans l'amour pour le Seigneur.


Ensuite, se mettre en marche

Il est remarquable de noter que la dernière parole que Jésus adresse personnellement à Pierre est aussi celle qu'il lui a adressé en premier : « Suis-moi ».

Cet appel résume à lui seul le statut du disciple : le disciples de Jésus-Christ est celui qui avance à la suite de son maître. En réalité, c'est une concrétisation de l'amour qu'on lui porte !

Il s'agit donc de se mettre en marche. Si l'amour est le moteur et la repentance ou la conversion le volant qui permet de changer de direction, il faut la foi de lâcher le frein à main pour se mettre à avancer !

Parfois, c'est facile de suivre le Christ. Un peu comme si nous étions sur une pente descendante : il suffit de desserrer le frein et ça avance tout seul. Mais parfois, c'est plus difficile et ça s'apparente plutôt à un démarrage en côte... et ça nous arrive de caler !

Dans notre marche avec le Christ aussi, quand on fait une erreur, on recommence. C'est comme ça qu'on apprend !


Enfin, être prêt à recommencer

La voilà la dernière clé : être prêt à recommencer. On l'a dit, un des buts principaux des paroles de Jésus à Pierre est d'effacer son ardoise, de lui permettre de repartir à zéro.

C'est la démarche de la repentance ou de la conversion. On utilise parfois de façon réductrice ces deux termes. On a tendance à limiter la conversion à l'expérience initiale du chrétien, au moment où consciemment on choisit de devenir croyant. Et on a aussi tendance à comprendre la repentance seulement comme une démarche de contrition et de demande de pardon à Dieu pour tel ou tel péché commis.

En réalité, toute la vie chrétienne est repentance et conversion, du premier au dernier jour. Non pas pour vivre dans une contrition morbide mais pour vivre entièrement de la grâce de Dieu. Nous savons que nous avons toujours à nous laisser transformer par Dieu, que nous avons toujours des ajustements, petits ou grands, à faire dans notre vie pour nous conformer à ce que Dieu attend de nous.

Mais il n'y a rien de morbide là dedans. Bien au contraire. C'est la vie de Dieu qui inonde notre vie, sa grâce qui nous change en profondeur, son projet qui prend forme petit à petit en nous.

Être prêt à recommencer quand il le faut, quitte à repartir à zéro, à laisser notre ardoise être effacée, à corriger la trajectoire de notre vie, voilà une autre clé essentielle de la vie du disciple de Jésus-Christ !


Conclusion

Aimer, se mettre en marche et recommencer. Voilà la vie de disciple de Jésus-Christ. Voilà à quoi nous sommes appelés, quelle que soit notre vocation particulière ou le destin qui nous est promis.


  • D'abord, aimer le Seigneur. Tout commence et tout se termine pour nous dans l'amour pour le Seigneur. 
  • Ensuite, se mettre en marche. Faire le pari de la foi, de la confiance, prendre le risque de l'espérance. 
  • Enfin, être prêt à recommencer. Sans cesse, vivre de la grâce de Dieu et être prêt à changer de direction s'il le faut.


Comme Pierre avant nous, comme tous les croyants qui nous ont précédé, voilà ce que nous sommes appelés à faire, dans l'attente de l'accomplissement de notre espérance.

dimanche 21 avril 2019

Pâques : une Bonne Nouvelle pour aujourd'hui !

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En général, les mauvaises nouvelles se propagent plus rapidement que les bonnes... surtout aujourd'hui avec les réseaux sociaux et les chaînes d'information en continu. On en a encore eu un exemple étonnant cette semaine avec l'incendie de Notre Dame de Paris. C'était impressionnant de voir la vitesse avec laquelle l'information a circulé, et puis les réactions ont rapidement afflué du monde entier... et presque aussitôt sont arrivées les fake news et autres théories complotistes !

Si vous voulez propager une nouvelle, il vaut mieux qu'elle soit mauvaise, si possible anxiogène, et si elle peut avoir un petit parfum de complot, c'est encore mieux. Ça marchera à coup sûr !

Les bonnes nouvelles, par contre, ce n'est pas très vendeur ! Elles ne font presque jamais la une des journaux. Sauf quand la France est championne du monde de foot... mais ça arrive une fois tous les vingt ans ! Les bonnes nouvelles ne tournent pas en boucle sur les chaînes d'info continue, elles sont très peu partagées sur les réseaux sociaux...

Pourtant, aujourd'hui, c'est Pâques. Et nous avons une bonne nouvelle à annoncer : Jésus-Christ est ressuscité ! Et ce n'est pas une fake news !!!

Cette bonne nouvelle, elle est répétée par les chrétiens depuis près de 2000 ans. Jésus-Christ était mort et il est ressuscité. Quelle bonne nouvelle !

Ne l'oublions jamais, lorsque nous parlons de l'Evangile, nous parlons d'une bonne nouvelle. Le mot « évangile » n'est que la transcription en français d'un terme grec qui signifie « bonne nouvelle ». Plusieurs versions récentes de la Bible n'utilisent plus le mot « évangile » et préfèrent parler simplement de « bonne nouvelle ». Et je trouve qu'elles ont raison !

Je vous invite donc ce matin à nous demander : Pourquoi le message de Pâques est-il une bonne nouvelle ? Et pourquoi est-ce que ça l'est aujourd'hui encore ?

Un des textes du jour, dans la liste de lectures bibliques pour ce dimanche, se trouve dans le livre des Actes des apôtres. On y trouve l'annonce de cette bonne nouvelle. Et en plus, c'est un extrait de « notre » texte, celui que nous avons choisi pour notre Eglise dans le cadre du parcours Vitalité. Je ne pouvais donc pas passer à côté...

Actes 10.34-43
34 Pierre prend la parole et dit : « Maintenant, je comprends vraiment que Dieu accueille tout le monde. 35 Si quelqu'un le respecte avec confiance et fait ce qui est juste, cette personne plaît à Dieu. C'est vrai dans tous les pays. 
36 Dieu a envoyé sa parole au peuple d'Israël : il lui a annoncé la Bonne Nouvelle de la paix par Jésus-Christ, qui est le Seigneur de tous. 37 Tout a commencé après que Jean a lancé cet appel : “Faites-vous baptiser ! ” Vous savez ce qui est arrivé, d'abord en Galilée, puis dans toute la Judée. 38 Vous savez comment Dieu a répandu la puissance de l'Esprit Saint sur Jésus de Nazareth. Jésus est passé partout en faisant le bien. Il guérissait tous ceux qui étaient prisonniers de l'esprit du mal, parce que Dieu était avec lui. 39 Et nous, nous sommes témoins de tout ce qu'il a fait dans le pays des Juifs et à Jérusalem. On l'a supprimé en le clouant sur une croix. 40 Mais, le troisième jour, Dieu l'a réveillé de la mort et il lui a donné de se montrer 41 non pas à tout le peuple, mais à nous. En effet, Dieu nous a choisis d'avance comme témoins. Quand Jésus s'est relevé de la mort, nous avons mangé et bu avec lui. 
42 Il nous a commandé d'annoncer la Bonne Nouvelle au peuple et de rendre ce témoignage : Jésus est celui que Dieu a choisi pour juger les vivants et les morts. 43 Tous les prophètes ont parlé de lui en disant : “Toute personne qui croit en Jésus reçoit par son nom le pardon des péchés.”  »

On oublierait presque que le terme « évangile » signifie simplement « bonne nouvelle », et il en est de même du verbe « évangéliser » qui signifie simplement « annoncer ou apporter une bonne nouvelle ». C'est ce verbe qui est utilisé ici par Pierre, au verset 36 : « il a annoncé la Bonne Nouvelle de la paix par Jésus-Christ ».


La Bonne Nouvelle, c'est qu'elle est pour tout le monde

Le message de la mort et de la résurrection de Jésus est d'abord une bonne nouvelle parce qu'elle est pour tout le monde. Pierre le comprend enfin dans notre texte. Et il s'en émerveile !

« Maintenant, je comprends vraiment que Dieu accueille tout le monde. Si quelqu'un le respecte avec confiance et fait ce qui est juste, cette personne plaît à Dieu. C'est vrai dans tous les pays. »

Cette Bonne Nouvelle n'est pas liée à une culture ou à un peuple, elle n'est pas réservée à une catégorie de la population. Elle est pour tout le monde. Pour tous ceux qui veulent bien la recevoir.

C'est pour cela qu'elle doit être proclamée, partagée. Un bonne nouvelle qui serait réservée à quelques-uns serait-elle encore une bonne nouvelle ? Ce serait un bonne nouvelle pour les uns et une mauvaise pour les autres !

Or, cela n'a pas été évident aux premiers temps de l'Eglise. Les chrétiens, qui étaient tous Juifs, pensaient que les païens n'étaient pas concernés par cette Bonne Nouvelle. Ça ne leur était même pas venu à l'esprit d'aller leur annoncer le salut en Jésus-Christ. Ce n'est que dans notre épisode du livre des Actes des apôtres que Pierre le découvre : « Maintenant, je comprends vraiment que Dieu accueille tout le monde. »

Et nous, y a-t-il des gens que nous excluons de la Bonne Nouvelle ? La question peut nous déranger voire nous choquer... mais il est légitime de nous la poser. Est-ce que vraiment nous considérons que la Bonne Nouvelle est pour tout le monde ? En théorie, j'imagine que tout le monde dira oui... mais est-ce vrai aussi en pratique, dans notre attitude, dans nos relations ?

Est-ce que tout le monde est vraiment le bienvenu parmi nous ?

Une église doit être le lieu de la Bonne Nouvelle. Pas du jugement sur les apparences, la façon de parler ou de prier, sur les choix de vie... Même par souci de pureté ou de fidélité à Dieu. C'est avec ce souci-là que les premiers chrétiens ont reproché à Pierre d'être allé manger chez Corneille... et que les Pharisiens reprochaient à Jésus de fréquenter des « gens de mauvaise vie ».


La Bonne Nouvelle, c'est l'histoire de Jésus

Mais quelle est donc cette Bonne Nouvelle ? Dans notre texte, lorsque Pierre l'évoque, il raconte l'histoire de Jésus, de son baptême à sa résurrection. D'ailleurs, les quatre Evangiles ne font pas autre chose : ils racontent l'histoire de Jésus !

Prêcher l'Evangile, c'est d'abord raconter l'histoire de Jésus. Surtout pas défendre une religion. Même pas présenter un énoncé doctrinal. Pour annoncer la Bonne Nouvelle, il ne s'agit pas tellement de présenter « les 4 points de l'Evangile » ou « les 4 lois spirituelles »... Je ne dis pas que ce n'est pas bien, je dis juste que ce n'est pas cela la Bonne Nouvelle. Annoncer la Bonne Nouvelle, prêcher l'Evangile, c'est d'abord raconter l'histoire de Jésus.

Et raconter cette histoire, c'est aussi affirmer que la mort et la résurrection de Jésus s'inscrivent dans l'histoire de l'humanité. Elles ont bel et bien eu lieu. Ce ne sont pas des métaphores.

S'il y a un point sur lequel le Nouveau Testament insiste, c'est bien celui-là. Les quatre évangiles l'affirment : il y a non seulement le tombeau vide mais aussi les apparitions répétées du Christ ressuscité, avec force détails. Jésus parle avec ses disciples, il mange devant eux, il invite même Thomas à le toucher. Dans notre texte, Pierre le dit : « Quand Jésus s'est relevé de la mort, nous avons mangé et bu avec lui. »

Il est essentiel, quand on raconte la Bonne Nouvelle de Jésus-Christ, de dire que ce n'est pas juste une histoire mais que c'est l'histoire ! La venue de Jésus, sa vie, sa mort et sa résurrection, tout cela s'est réellement passé. Sans la résurrection du Christ, tout s'écroule.

En fait, si Jésus-Christ n'est pas vraiment ressuscité, il n'y a plus de Bonne Nouvelle !


La Bonne Nouvelle, c'est notre histoire avec Jésus

Mais si on en reste là, et qu'on se limite à souligner l'historicité de la résurrection de Jésus, on passe à côté de toute une partie de la Bonne Nouvelle. L'histoire de Jésus appartient à l'histoire de l'humanité, mais elle rejoint aussi notre histoire personelle. Si la Bonne Nouvelle est bien l'histoire de Jésus, elle est aussi notre histoire avec Jésus. C'est aussi l'histoire de Jésus dans notre vie.

Jésus est ressuscité. Mais comme le dit l'apôtre Paul, nous sommes ressuscités avec le Christ. Ou encore : « Si quelqu'un est uni au Christ, il est créé à nouveau. Ce qui est ancien est fini, ce qui est nouveau est là. » (2 Corinthiens 5.17)

C'est la même idée que souligne Pierre en disant : “Toute personne qui croit en Jésus reçoit par son nom le pardon des péchés.” Ici, le pardon des péchés, c'est le signe d'une vie nouvelle, d'un nouveau départ.  Être ressuscité avec le Christ, c'est recommencer sa vie, effacer notre ardoise, repartir à zéro... recevoir le pardon des péchés.

C'est la puissance de la résurrection du Christ qui agit en nous lorsqu'elle nous fait naître à une vie nouvelle. Mais pas seulement. Elle agit tout au long de notre vie chrétienne.

Quand avez-vous vu pour la dernière fois la puissance de résurrection du Christ agir dans votre vie ? Ne cherchez pas seulement des événements spectaculaires ou miraculeux. Elle n'agit pas seulement dans l'immédiat, elle agit aussi dans la durée, en profondeur.

La puissance de résurrection du Christ agit en nous toutes les fois où elle nous relève ou elle nous réveille.

  • Elle agit toutes les fois où nous remportons une victoire sur les puissances de mort ou de destruction qu'on peut trouver en nous. 
  • Elle agit lorsqu'elle nous libère d'une addiction ou d'une habitude néfaste.
  • Elle agit lorsqu'elle nous relève après une chute ou lorsqu'elle nous tient debout au milieu de l'épreuve.
  • Elle agit lorsqu'elle nous réveille d'une torpeur, qu'elle nous révèle une vérité oubliée ou cachée. 
  • Elle agit lorsqu'elle nous restaure, nous transforme, nous fait grandir spirituellement. 


Cherchez bien... et vous trouverez où la puissance de résurrection du Christ a agit dans votre vie. Et vous trouverez peut-être aussi où vous devez encore la laisser agir en vous. Ça aussi, c'est une Bonne Nouvelle !


Conclusion

Jésus-Christ est ressuscité ! C'est la Bonne Nouvelle que nous apporte Pâques !

C'est une bonne nouvelle parce qu'elle proclame la victoire du Christ sur la mort, et elle nous ouvre sur une espérance éternelle. C'est une bonne nouvelle parce qu'elle est pour tous, et qu'elle nous concerne chacun personnellement. Car annoncer la résurrection du Christ, c'est dire aussi qu'il est vivant aujourd'hui encore. La même puissance qui l'a ressuscité d'entre les morts est à l'oeuvre en nous. Elle nous fait naître à une vie nouvelle, elle nous façonne, elle nous transforme... même si ça prend du temps. C'est une bonne nouvelle parce qu'elle est le gage qu'un jour, à notre tour, nous serons ressuscités, comme Jésus-Christ l'a été.

C'est quand même un sacrée bonne nouvelle, non ?

dimanche 7 avril 2019

Enthousiastes !

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Récemment, nous avons vécu l'atelier « Rêvons ensemble » dans le cadre du parcours Vitalité et lors de cette journée, notamment dans les travaux en petits groupes, un mot est revenu à plusieurs reprises : enthousiasme. Il apparaissait comme un des éléments clés du rêve pour notre Eglise, un enthousiasme à renouveler, à entretenir.

Aujourd'hui le terme a parfois une connotation négative : l'enthousiasme serait une forme de radicalisme, une dévotion excessive. On se méfie des enthousiastes, surtout en matière religieuse... Mais le mot est particulièrement intéressant. Il vient du grec enthousiasmos et désignait à l'origine le fait d'être possédé par une divinité. Ca vient de en theos : en Dieu. Revisité par l'Evangile, ce mot pourrait être formidable pour le chrétien, qui trouve « en Dieu » son énergie, son espérance, sa force, sa ferveur.

Le hic, c'est que le mot n'apparaît jamais dans le Nouveau Testament ! C'est dommage : on aurait bien voulu...

Il y a par contre un autre terme qui apparaît plusieurs fois dans le Nouveau Testament, et qui est sans doute assez proche quant au sens, c'est le mot zelos, qui a donné le mot zèle en français. Mais ce mot non plus n'est pas toujours perçu positivement. Faire du zèle... c'est en faire trop !

Et c'est le cas aussi dans le Nouveau Testament puisque le mot zelos peut être traduit par zèle, dans un sens plutôt positif, mais aussi par jaloux... et là ça l'est beaucoup moins ! C'est le contexte qui permet de faire la différence. Or, dans le Nouveau Testament, le terme est utilisé plus souvent de façon négative que de façon positive. D'ailleurs le mot a aussi donné "zélote", le nom d'un parti politico-religieux Juif extrémiste au Ier siècle...

Je trouve intéressant de constater que l'enthousiasme et le zèle, que l'on peut légitimement souhaiter pour une Eglise ou pour le croyant, sont des mots qui peuvent avoir à la fois un sens positif et un sens négatif...

Où est donc la frontière ? Quand notre enthousiasme ou notre zèle sont-ils positifs, et quand sont-ils dangereux ? Et comment faire pour entretenir, ou retrouver, notre enthousiasme et notre zèle ?

Pour répondre à ces questions, je vous propose de lire un texte qui, sans utiliser les mots "enthousiasme" et "zèle", aborde bel et bien ce sujet. Il se trouve au début de l'Apocalypse. Parmi les lettres aux 7 Eglises d'Asie Mineure, c'est la dernière, celle qui est adressée à Laodicée.

Vous le verrez, ce texte contient l'une des paroles les plus dures du Nouveau Testament mais aussi l'une des promesses les plus douces de la Bible !

Apocalypse 3.14-20
14 « Écris à l'ange de l'Église qui est à Laodicée : « Voici le message de celui qui est vraiment le Oui de Dieu. Il est le témoin fidèle qui dit la vérité, il est à l'origine de tout ce que Dieu a créé. 15 Je connais tout ce que tu fais : tu n'es ni froid ni brûlant. Si seulement tu pouvais être froid ou brûlant ! 16 Mais comme tu es tiède, ni froid ni brûlant, je vais te vomir de ma bouche. 17 Tu dis : je suis riche, j'ai gagné beaucoup d'argent, je n'ai besoin de rien. Mais en fait, tu es malheureux, tu mérites la pitié, tu es pauvre, aveugle et nu, et tu ne sais même pas cela. 18 C'est pourquoi, voici ce que je te conseille : achète chez moi de l'or que le feu a rendu pur, et tu deviendras riche. Achète des vêtements blancs pour te couvrir, ainsi tu ne seras pas nu et tu n'auras plus honte. Achète un médicament pour le mettre dans tes yeux, et tu verras clair. 19 Tous ceux que j'aime, je les corrige et je les punis. Montre donc plus d'ardeur et change ta vie ! 20 Voilà : je me tiens à la porte et je frappe. Si quelqu'un entend ma voix et ouvre la porte, j'entrerai chez lui, je mangerai avec lui et il mangera avec moi. 21 Moi, je suis vainqueur et je suis allé m'asseoir avec mon Père sur son trône. Alors, les vainqueurs, je les ferai asseoir aussi sur mon trône.

Les versets 15-16 sont terribles : "Je connais tout ce que tu fais : tu n'es ni froid ni brûlant. Si seulement tu pouvais être froid ou brûlant ! Mais comme tu es tiède, ni froid ni brûlant, je vais te vomir de ma bouche."

Pourquoi une parole si terrible à propos des tièdes ? Je ne sais pas ce que vous en pensez mais moi je trouve qu'il n'y a rien de pire qu'un café tiède ou une bière tiède ! Un café doit être chaud, et une bière bien fraîche ! Eh bien, la tiédeur n'est pas souhaitable non plus pour le croyant. Et l'enjeu est bien plus grand que pour un café ou une bière !

On pourrait dire qu'un chrétien tiède est un chrétien imbuvable... parce qu'en plus, en général, il n'a pas conscience qu'il est tiède ! On le voit avec l'Eglise de Laodicée : elle se satisfait de sa tiédeur, elle se croit riche mais, aux yeux du Seigneur, elle est pauvre, aveugle et nue. C'est la raison sans doute de la violence des propos, destinés à faire sortir cette Eglise de sa torpeur, lui ouvrir les yeux. Elle a besoin d'acheter de l'or pur, des vêtements blancs et un collyre pour ses yeux. Et c'est auprès du Seigneur qu'elle les trouvera, pas ailleurs.

Il se passait sans doute des choses dans l'Eglise de Laodicée. Le Seigneur dit bien dans sa lettre qu'il voit ce qu'elle fait, littéralement : "je connais tes oeuvres". Mais le coeur n'y est pas. On pourrait dire qu'il y a un culte, une étude biblique et une réunion de prière, qu'il y a un pasteur, des locaux aux normes et un organigramme des responsables. Mais où est l'enthousiasme et le zèle ?

Le verset 20, par contraste, est une formidable promesse : "Je me tiens à la porte et je frappe. Si quelqu'un entend ma voix et ouvre la porte, j'entrerai chez lui, je mangerai avec lui et il mangera avec moi."

L'image est douce. C'est comme lorsqu'on attend chez soi un ami de longue date qu'on a invité, on se réjouit de le revoir. On frappe à la porte (ou on sonne à l'interphone). Quelle joie : le voilà ! On ouvre la porte, on s'embrasse et on le fait entrer chez nous. On a préparé un bon repas et on passe la soirée avec lui. "j'entrerai chez lui, je mangerai avec lui et il mangera avec moi." Ici, plus question de vomir... mais de manger ensemble, dans la joie.
L'image parle de l'intimité avec Jésus-Christ. Il est l'ami intime qui vient habiter chez nous et dont la présence procure la joie. La source de notre vie spirituelle, là où naît et s'entretien notre enthousiasme, elle est dans l'intimité avec Jésus-Christ. Et cette intimité est prémisse de la gloire, celle qu'il promet de façon extraordinaire à la fin de cette lettre à l'Eglise de Laodicée : être assis, avec lui, sur son trône ! N'y a-t-il pas là de quoi nourrir notre enthousiasme ?


Etre enthousiaste

Revenons donc à nos questions du début. Quand notre enthousiasme ou notre zèle sont-ils positifs, et quand sont-ils dangereux ? Et comment faire pour entretenir, ou retrouver, notre enthousiasme et notre zèle ?

La clé pour répondre à ces questions, nous la tirons de notre texte : c'est l'intimité avec Jésus-Christ.

En effet, l'enthousiasme et le zèle peuvent devenir dangereux quand ils ne s'enracinent pas dans la personne du Christ, quand ils ne se nourrissent pas d'une relation personnelle avec Dieu.

  • Le zèle devient jalousie quand il est motivé par la compétition et la comparaison, avec les autres croyants, avec les autres Eglises, quand on cherche à être meilleurs, plus nombreux, plus spirituels que les autres... 
  • L'enthousiasme devient fanatisme quand il cherche à défendre une doctrine, une religion, une vérité absolue... 


Ce zèle et cet enthousiaste n'ont pas grand chose à voir avec l'intimité avec Jésus-Christ !

Mais si le zèle et l'enthousiasme peuvent devenir dangereux, quand ils sont mal placés, ce n'est pas une raison pour renoncer à toute ferveur. Certes, aujourd'hui, on se méfie des excès, on préfère la modération... surtout en matière religieuse. On préfère que tout reste dans la sphère privée, que ça ne dérange personne ! Que tout, dans le domaine de la foi, reste modéré, au risque d'être insipide, tiède...

Non ! Il est légitime d'être enthousiaste pour Dieu quand on considère son amour et le salut qu'il nous offre ! Il est légitime d'être zélé pour lui, de vivre et d'annoncer cette Bonne Nouvelle pour tous les hommes. Si on évite bien-sûr les pièges du fanatisme et de la jalousie...

Pour renouveler et entretenir cet enthousiasme, la clé est la même : l'intimité avec Jésus-Christ !

Il nous faut cultiver cette intimité. C'est le défi de toute vie chrétienne. Alors veillons à réserver des moments de qualité avec Dieu. C'est un peu comme dans un couple, ou en amitié : on a besoin de prendre du temps ensemble, en tête à tête. C'est différent pour chaque couple ou chaque relation d'amitié. Pour les uns ce sera un week-end à la montagne, pour d'autres une sortie culturelle, ou une ballade en forêt, ou une activité sportive...

Ne nous enfermons pas non plus dans des stéréotypes avec Dieu, comme s'il n'y avait qu'une seule façon valable de cultiver notre intimité avec lui. A vous d'inventer, de trouver le lieu, le moment, la façon, la fréquence... Tenez compte de ce que vous êtes, de ce que vous vivez, de ce qui vous fait vibrer.

Prenez le temps d'y réfléchir : quand avez-vous eu pour la dernière fois la sensation de vivre un temps de qualité avec Dieu ? Demandez-vous alors comment vous pouvez faire en sorte que ça se reproduise... Créez, dans votre vie, les conditions pour vivre des moments de qualité avec Dieu, d'approfondir votre intimité avec lui.


Conclusion

L'intimité avec Jésus-Christ, voilà ce que nous devons sans cesse développer. Et vous verrez, de cette intimité naîtra l'enthousiasme et un zèle renouvelé. Comment pourrait-il en être autrement, quand le Seigneur des seigneurs, le Roi des rois entre chez nous, qu'il mange avec nous, et nous avec lui ?

dimanche 31 mars 2019

Planter des graines et non des arbres

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Est-ce qu'il vous arrive d'avoir un petit coup de mou spirituel ? D'avoir un peu le blues, du découragement, de la fatigue, une perte de motivation... Peut-être parce que les choses n'évoluent pas comme vous l'espériez, ou que votre relation à Dieu manque de profondeur, ou que votre croissance spirituelle est en berne, que vos projets n'aboutissent pas...

Dans ces coups de mou, qu'est-ce qui vous redonne l'espoir ? Et plus globalement, qu'est-ce qui vous pousse à avancer avec Dieu, malgré les épreuves, les difficultés, les peurs et les inquiétudes autour de vous ?

Quant à moi, ça pourrait bien être un petit café en écoutant une cantate de Bach !... Ca me fait un bien fou ! Les deux... même si la cantate de Bach est quand même un peu plus spirituelle que la tasse de café !

Mais si j'ai vraiment besoin d'un coup de fouet spirituel, je me tourne vers les paraboles du Royaume. Elles me boostent, en m'invitant à voir plus grand, à élargir mon horizon. Le Royaume de Dieu est toujours plus grand que ma vie, que mon Eglise et leurs difficultés. Depuis que Jésus est venu sur terre, il l'a annoncé, le Royaume de Dieu s'est approché. Et il ne cesse de grandir. Au cœur de notre foi chrétienne, il y a cette espérance :« Que ton Règne vienne ! »

Et puis, quand on parle du Royaume de Dieu, il ne faut pas oublier qu'on parle aussi de nous. Le Royaume de Dieu, c'est là où Dieu règne. Et cela doit commencer dans notre cœur. Les paraboles du Royaume nous parlent de la façon dont le Seigneur exerce son règne... et nous y sommes, d'une manière ou d'une autre, associés. Nous ne sommes pas appelés à être des spectateurs de ce Royaume mais des acteurs, à agir en tant que citoyens du Royaume, ouvriers avec Dieu dans son projet. Et ça, franchement, ça peut redonner du peps à notre foi !

Ecoutons ce que Jésus en dit dans deux courtes paraboles, ou deux métaphores, que l'on trouve dans l'Evangile selon Luc :

Luc 13.18-21
18 Jésus dit : « À quoi ressemble le Royaume de Dieu ? À quoi est-ce que je vais le comparer ? 19 Il ressemble à ceci : Un homme a pris une graine de moutarde pour la semer dans son jardin. La graine a poussé, elle est devenue un arbre, et les oiseaux ont fait leurs nids dans ses branches. »
20 Jésus dit encore : « À quoi est-ce que je vais comparer le Royaume de Dieu ? 21 Il ressemble à ceci : Une femme prend de la levure et la mélange à 3 séas de farine, et toute la pâte lève ! » 

La perspective sur le Royaume de Dieu que donne ces deux métaphores est grande : c'est le projet de salut de Dieu pour l'humanité ! A la fin le Royaume est comme un grand arbre dans lequel les oiseaux viennent faire leur nid, et c'est toute la pâte qui est levée. Je ne sais pas si vous êtes familiers avec les unités de mesures antiques mais un séa c'est 7-8 litres ! Avec près de 25 litres de farine, on peut faire quand même une belle quantité de pâte !

Voilà qui peut alimenter notre espérance ! L'horizon est vaste, l'arbre est grand, la pâte est abondante... mais tout commence avec une petite graine ou avec un petit peu de levain. La plus grande révolution spirituelle de l'histoire de l'humanité a commencé avec un homme crucifié au milieu de deux brigands. L'Eglise – et on dénombre aujourd'hui plus de 2 milliards de chrétiens - a commencé avec un petit groupe d'hommes et de femmes originaires de Galilée. Quelques graines. Un petit peu de levain.

La leçon que j'aimerais retenir pour nous de ce texte, c'est que nous ne sommes pas appelés à planter des arbres, seulement des graines ! C'est avec le temps, et grâce à l'oeuvre de Dieu, que les graines deviennent des arbres.

Je vous propose de tirer quelques conséquences de cette leçon, quant à notre attitude de coeur tout d'abord, et quant à notre vocation aujourd'hui, ensuite.


Humilité et patience


Parfois nous aimerions planter des arbres adultes ! Nous aimerions voir tout de suite nos projets pour Dieu être à maturité et porter du fruit ! Nous aimerions que la pâte de notre vie soit complètement levée, que nous soyons pleinement transformés, délivrés, restaurés, que nous soyons des chrétiens fermes, solides, qui résistent aux tentations et dont le témoignage porte de nombreux fruits...

Mais tout n'est pas aussi simple que ça ! Travailler pour le Royaume de Dieu demande une attitude de coeur faite d'humilité et de patience.

Il faut l'humilité de reconnaître que tout ce que nous pouvons apporter, ce n'est qu'une petite graine, que nous ne pouvons guère être plus qu'un petit peu de levain. Nous ne maîtrisons pas tout de bout en bout, ni nos projets, ni notre vie. Et sans l'oeuvre de Dieu, nos graines ne deviendront jamais des arbres... Comme l'écrivait l'apôtre Paul aux chrétiens de Corinthe :

"Ce n'est pas celui qui plante qui importe, ni celui qui arrose, mais Dieu, qui fait croître." (1 Corinthiens 3.7)

C'est pourquoi, avec l'humilité, l'autre vertu essentielle est la patience. Il faut laisser le temps à la graine de pousser et à la pâte de lever. L'immédiateté est rare dans le Royaume de Dieu... et ce n'est pas étonnant de la part d'un Dieu qui a pris des siècles pour se révéler, cheminant dans l'histoire des hommes, et qui prend le temps de cheminer avec nous aujourd'hui, par son Esprit qui fait sa demeure en nous pour nous travailler, nous façonner en profondeur.

La vision de la foi est une vision à long terme, qui ne recherche pas les résultats dans l'immédiat et qui prend le temps d'entrer dans les projets de Dieu. L'espérance pour demain se manifeste dans la confiance pour aujourd'hui.


Planter notre graine


Nous ne sommes pas appelés à planter des arbres mais seulement des graines. C'est vrai. Mais si nous ne semons pas de graine, alors il n'y aura pas d'arbre, et si nous ne mettons pas un peu de levain dans la pâte, alors elle ne lèvera jamais ! Cela signifie que notre graine et notre levain comptent ! Chacun de nous peut être une graine que le Seigneur sème pour son Royaume ! Chacun de nous peut faire partie du levain qui fera lever toute la pâte !

Quand nous travaillons pour le Royaume de Dieu, nous n'avons pas tellement à nous préoccuper de l'arbre à venir ou de l'ensemble de la pâte. Ca, c'est l'affaire de Dieu ! Mais il s'agit plutôt de se demander quelle graine nous devons semer aujourd'hui, quel levain mélanger à la pâte.

Quelle est cette graine que Dieu me demande de semer aujourd'hui ? Quel acte poser ? Quel engagement prendre ? Quel choix faire ?

Je ne sais pas ce que cela produira demain, mais je sais que ce que je dirai ou ferai aujourd'hui compte aux yeux de Dieu, et qu'il l'utilisera selon sa volonté. Ne négligeons jamais les petits commencements ! Un acte tout simple, un geste de compassion, un témoignage d'amour, une seule parole appropriée, une prière... tout cela peut être une graine dont on n'imagine pas aujourd'hui quel arbre elle va finalement donner ! On n'imagine pas comment cette petite graine, Dieu peut la faire croître, pour son Royaume...


Conclusion


Entendre parler du Royaume de Dieu, comprendre que nous avons un rôle à y jouer, humble mais réel, est-ce qu'il n'y a pas là de quoi booster notre foi et notre espérance ?

Le découragement dans notre foi peut venir du fait que nous ne voyons pas l'arbre qui abrite les oiseaux du ciel, ni la pâte complètement levée. Mais nous devons nous rappeler que nous ne sommes pas appelés à planter des arbres, seulement des graines. L'arbre, c'est l'oeuvre de Dieu qui l'aura fait croître. Nous ne pouvons fournir qu'une toute petite graine... mais que Dieu peut transformer de manière merveilleuse.

Voilà donc la question que nous devons nous poser aujourd'hui, une question qui, vu ce que nous savons du Royaume de Dieu, peut nous redonner espoir, alimenter notre espérance : quelle est la graine que je suis appelé à semer aujourd'hui ?

dimanche 24 mars 2019

Prier ou agir, faut-il choisir ?

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Nous sommes tous confrontés à des besoins, des attentes autour de nous, et on ne sait pas toujours comment y répondre, ni même si nous devons y répondre... Peut-être qu'alors nous prions pour ces besoins.

Est-ce suffisant ? Ici se pose en fait la question du lien entre nos prières et nos actions. Finalement, en tant que croyant, ne sommes-nous pas convaincus que c'est Dieu qui agit ? La Bible ne dit-elle pas que la prière du juste a une grande efficacité ? Alors pourquoi la prière ne suffirait-elle pas ? Plutôt que de faire des bêtises, ne faudrait-il pas seulement prier et laisser Dieu agir ?

Je vous propose de chercher des éléments de réponse à ces questions dans un extrait du chapitre 15 de l'Evangile selon Jean :

Jean 15.5-10
5 (Jésus dit :) « Je suis la vigne, vous êtes les sarments. Si quelqu'un reste attaché à moi comme je suis attaché à lui, il donne beaucoup de fruit. En effet, sans moi, vous ne pouvez rien faire. 6 Celui qui ne reste pas attaché à moi, on le jette dehors, comme les branches. Alors les branches deviennent sèches, on les ramasse, on les jette dans le feu, et elles brûlent. 7 Si vous restez attachés à moi, et si mes paroles restent en vous, demandez ce que vous voulez, et vous l'aurez. 8 Donnez beaucoup de fruits et soyez ainsi mes disciples, alors vous montrerez la gloire de mon Père. 9 Je vous ai aimés comme le Père m'a aimé. Restez dans mon amour. 10 J'ai obéi aux commandements de mon Père et je reste dans son amour. De la même façon, si vous obéissez à mes commandements, vous resterez dans mon amour.

"Demandez ce que vous voulez, et vous l'aurez !" Au coeur de ce texte, cette affirmation ressemble un peu à un slogan publicitaire..." On pourrait presque ajouter : appelez le 08 777 et dites "Jésus !"


Sauf que ce n'est pas un slogan publicitaire mais une promesse de la Bible. Une promesse que Jésus répète à plusieurs reprises dans les évangiles, pas toujours avec les mêmes mots mais toujours avec la même idée. Demandez et vous recevrez !

On perçoit bien qu'il n'y a pas derrière ces formules l'évocation d'un Dieu qui serait prêt à répondre à tous nos caprices ! La formule n'est ni magique ni automatique : il ne suffit pas de demander et ça arrive !!! Ce n'est pas comme ça que ça fonctionne...

Le sens de la promesse est précisé par les contextes dans lesquels elle apparaît. Selon les cas, Jésus y insiste sur la façon de demander (en son nom), ou sur les bonnes choses qu'on demande (sous-entendu : si on demande de mauvaises choses, Dieu ne va pas forcément nous les donner !).

Dans notre texte (Jean 15), le promesse est bien là, formulée de façon assez absolue : "demandez ce que vous voulez, et vous l'aurez." Mais elle apparaît dans le développement d'une image, celle de la vigne. Jésus est la vigne, nous ne sommes que les sarments, les branches de la vigne. D'où la nécessité de rester attaché à lui. Et cela apparaît comme une condition à la promesse : "Si vous restez attachés à moi, et si mes paroles restent en vous, demandez ce que vous voulez, et vous l'aurez."

Or, rester attaché au Christ, c'est demeurer dans son amour. Et comment demeurer dans son amour ? En obéissant à ses commandement (cf. v.10). Le lien entre la prière et l'action est au coeur de ce texte. Jésus le dit clairement : "sans moi, vous ne pouvez rien faire."

Bref, la promesse toute seule semble absolue : "demandez ce que vous voulez, et vous l'aurez." mais ajoutez les conditions explicites qui lui sont associées : "si vous restez attachés à moi, et si mes paroles restent en vous"  et le contexte de la métaphore qui souligne que sans lui nous ne pouvons rien faire, et on se rend compte qu'on est très loin d'une formule magique !

En fait, si on est vraiment attaché à Jésus-Christ, on ne lui demandera pas n'importe quoi, on sera conduit à lui demander ce qui correspond à sa volonté... et il l'accordera. Et si on est attaché à Jésus-Christ, alors on accomplira sa volonté dans notre vie, on agira en conséquence... et certaines de nos demandes pourraient bien se concrétiser dans notre engagement. C'est aussi à travers nous que le Seigneur les exaucera.


Pour le chrétien, il est aussi problématique de prier sans agir que d'agir sans prier

Prier sans agir, c'est réduire la prière à des paroles en l'air, qui n'engagent pas. Même si elle est bien formulée, pleine de citations bibliques et d'expressions spirituelles, une telle prière n'est guère plus qu'un voeu pieu. Pire, c'est l'occasion de se décharger sur Dieu de notre responsabilité... "Vas-y, Seigneur, agis ! Et moi je m'en lave les mains..."

Alors bien sûr, dans certaines circonstances plutôt extrêmes, la prière sera la seule action que nous pourrons mener. Il peut arriver que nous n'ayons aucune emprise sur les événements, que nous soyons totalement démunis... et là, le seul refuge, la seule action possible, c'est de prier.

Mais parfois, à l'inverse, la réponse à notre prière dépendra entièrement de nous, de notre engagement, de notre décision. Par exemple, on peut parfois demander à Dieu d'appeler ou d'envoyer quelqu'un pour un service... et que la personne qu'il veut envoyer, c'est nous qui sommes en train de prier !

Et puis il y a toutes les nuances possibles entre ces deux extrêmes... On peut par exemple prier pour la guérison de quelqu'un mais être appelé en même temps à visiter le malade pour lequel on prie et cette visite pourrait contribuer à sa guérison. Ou on peut prier pour un projet humanitaire à des milliers de kilomètres de chez nous et en même temps envoyer de l'argent pour le soutenir.

En réalité, un des rôles de la prière sera de discerner quelle part je suis appelé à prendre pour qu'elle soit exaucée ! C'est une question que nous pouvons intégrer dans toute démarche de prière : "quelle part Dieu veut-il que je prenne dans l'exaucement de ma prière ?"

Prier sans agir est problématique. Mais agir sans prier l'est aussi ! Parce que toute action ou toute initiative n'est pas forcément bonne. Parce qu'on peut toujours faire des mauvais choix. Parce que nous sommes appelés à "demeurer en Jésus-Christ" comme le disait notre texte, c'est-à-dire à accomplir sa volonté. Agir sans prier, c'est prendre le risque d'agir par nous-mêmes et pour nous-mêmes, d'accomplir notre volonté plutôt que celle de Dieu, de se réfugier dans l'activisme ou d'aller droit dans le mur.

"Priez sans cesse !" disait l'apôtre Paul aux chrétiens de Thessalonique. On peut entendre cette fameuse parole comme un encouragement à accompagner notre vie, toute notre vie, de la prière. Une invitation à prier avant, pendant et après l'action.

Il nous faut prier avant d'agir pour discerner ce qu'il convient de faire. Ça ne nous garantira pas le succès, nous ferons encore des mauvais choix parfois... mais si nous ne prions pas avant d'agir, nous augmentons considérablement les risques d'erreur ! Car il s'agit toujours de discerner ce que Dieu attend de nous aujourd'hui.

Prier pendant l'action, ce n'est pas forcément s'arrêter à se mettre à genoux. C'est être conscient, au coeur de l'action, d'avoir besoin du soutien et de l'aide de Dieu, et que nos efforts, notre intelligence et notre expérience ne suffisent pas. L'oeuvre bienveillante de Dieu demeure essentielle en toutes circonstances. Prier pendant l'action, c'est aussi être prêt à ajuster nos projets, modifier la trajectoire si les circonstances l'exigent.

Et puis il convient aussi de prier après l'action. Lorsque nous avons fait notre part, continuer de prier c'est confier à Dieu la suite, et accompagner ceux qui ont pris le relais dans l'action, d'une manière ou d'une autre.

On peut dire que l'apôtre Paul était un homme d'action, vu tous ses voyages missionnaires et toutes les Eglises qu'il a fondées. Mais je suis frappé, dans ses lettres, combien la prière occupe une place importante. Voyez toutes les fois où il dit prier constamment pour les Eglises auxquels il écrit. Et voyez combien souvent il demande aux chrétiens de prier pour lui, pour l'exercice de son ministère. Il priait sans cesse. Avant, pendant et après l'action !


Conclusion

Prier ou agir, il ne faut pas choisir ! L'un ne peut pas aller sans l'autre. Pour le chrétien, il est aussi problématique de prier sans agir que d'agir sans prier !

Si nous pouvons être convaincus que c'est Dieu qui agit, nous pouvons être également convaincu qu'il choisit d'agir à travers nous. La prière n'est pas un moyen de nous décharger sur Dieu de notre responsabilité mais une façon de mettre notre vie au diapason de Dieu, d'harmoniser nos actions au projet de Dieu.

Dans notre vie de prière, une question ne doit pas être laissée de côté et je vous la laisse pour conclure : "quelle part Dieu veut-il que je prenne dans l'exaucement de ma prière ?"

dimanche 3 mars 2019

Vivre la fraternité (6) Avec toute la création !

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Dans nos prédications, on vous parle de fraternité depuis plus d'un mois... Et si on a commencé par parler de fraternité entre nous, dans l'Eglise – et ce n'est pas toujours facile!- on s'est permis d'élargir le cercle, d'abord aux autres Eglises, ensuite à l'ensemble de l'humanité. Et vous vous disiez peut-être qu'on ne pouvait pas aller plus loin...

Sauf que les êtres humains ne sont pas les seuls êtres vivants sur cette terre. Peut-on parler de nos frères et soeurs les animaux ? Ou même de nos soeurs les fleurs et nos frères les arbres ? Forcément, si on parle de fraternité créationnelle, elle ne sera pas de même nature que la fraternité humaine. Mais ne peut-on pas affirmer une solidarité fondamentale avec le vivant, sous toutes ses formes ?

En tout cas, la préoccupation écologique est incontournable aujourd'hui. Les enjeux écologiques font partie des débats internationaux majeurs. On parle de transition écologique, d'énergie verte. Le marché du bio est en pleine expansion, on se soucie plus qu'avant de la cause animale, on nous incite à manger moins de viande, le véganisme est à la mode...

Que penser de tout cela d'un point de vue biblique ?

Forcément, pour répondre à ces questions, nous devons nous tourner en priorité vers ce que la Bible dit de la Création. Or, il y a deux récits de la création au début de la Genèse. Les deux affirment globalement la même chose : il y a un Créateur à l'origine de toutes choses et il a placé les êtres humains dans cette création avec un rôle particulier. Mais les deux récits le disent différemment, en mettant l'accent sur des points différents. Chacun des deux récits nous dit quelque chose de spécifique, et complémentaire, quant à la place des êtres humains dans la création.

Il faudrait lire tout le premier chapitre de la Genèse pour admirer la beauté de ce poème, cet hymne magnifique évoquant la Création du ciel et de la terre en six jours, parfaitement équilibrés. Mais centrons-nous sur ce qui est dit de la création des êtres humains, nous sommes au sixième jour :

Genèse 1.24-27
24 Dieu dit : « Que la terre produise toutes sortes d'animaux : animaux domestiques, petites bêtes et animaux sauvages de chaque espèce ! » Et cela arrive. 25 Ainsi, Dieu fait les différentes espèces d'animaux : les animaux sauvages, les animaux domestiques et les petites bêtes. Dieu voit que c'est une bonne chose.
26 Dieu dit : « Faisons les êtres humains à notre image, et qu'ils nous ressemblent vraiment ! Qu'ils commandent aux poissons dans la mer, aux oiseaux dans le ciel, aux animaux domestiques et à toutes les petites bêtes qui se déplacent sur le sol ! »
27 Alors Dieu crée les humains à son image,
et ils sont vraiment à l'image de Dieu.
Il les crée homme et femme.


Un animal comme les autres

Que nous dit ce texte de la place de l'être humain dans la création ? Qu'il est un animal comme les autres ! En effet, il n'y a pas un jour spécifique de création de l'être humain : il est créé le 6e jour, le même jour que tous les animaux terrestres.

Alors vous me direz que quand même, l'être humain a une place particulière parmi les autres créatures. C'est la seule dont on dise qu'elle est faite "à l'image de Dieu" et elle reçoit une mission particulière pour "commander" sur les autres animaux. C'est vrai. Et c'est ce qui fait que l'antispécisme n'est pas biblique... Un antispéciste dira que l'humain ne prime pas sur les autres espèces animales, il prône l'égalité entre toutes les espèces vivantes. Et le spécisme serait une sorte de racisme à l'égard des animaux... La Bible n'est pas antispéciste.

Il n'empêche... on ne peut pas nier que le récit biblique ne réserve pas un jour particulier de création pour l'homme. Les humains ne sont pas créés le 7e jour, comme couronnement de la Création. Ils sont créés le 6e jour, comme tous les autres animaux terrestres. Le même jour que les lions, les vaches et les vers de terre !

Même si on peut lui accorder un statut particulier, l'être humain n'est pas en dehors de la nature, il en fait partie. Il est solidaire de toute la Création qui, toute entière, est appelée à rendre gloire à Dieu ! Dans les Psaumes par exemple, on voit les animaux, les arbres et tous les éléments de la nature louer le Seigneur !


Un jardinier 

Le deuxième récit de la Création nous transporte dans un jardin. La Création de l'homme et de la femme, leur relation à Dieu, sont plus développés que dans l'hymne du premier chapitre. D'une certaine façon, on y voit comment l'être humain agit en image de Dieu. Lisons deux paragraphes qui évoquent le lien des humains avec leur environnement.

Genèse 2.7-9,15-17
7 Le SEIGNEUR Dieu prend de la poussière du sol et il forme un être humain. Puis il souffle dans son nez le souffle de vie, et cet homme devient un être vivant. 8 Ensuite, le SEIGNEUR Dieu plante un jardin dans le pays d'Éden, vers l'est. Là, il met l'homme qu'il a formé. 9 Le SEIGNEUR Dieu fait pousser du sol toutes sortes de beaux arbres, avec des fruits délicieux. Au milieu du jardin, il place l'arbre de vie et l'arbre qui fait connaître ce qui est bien ou mal.
(...)
15 Le SEIGNEUR Dieu prend l'homme et il le place dans le jardin d'Éden pour le cultiver et pour le garder. 16 Le SEIGNEUR Dieu donne cet ordre à l'homme : « Tu peux manger les fruits de tous les arbres du jardin. 17 Mais tu ne dois pas manger les fruits de l'arbre qui fait connaître ce qui est bien ou mal. Oui, le jour où tu en mangeras, tu mourras, c'est sûr. »

L'homme est créé à partir de la poussière du sol. Son nom, Adam, signifie "le terreux", "le glaiseux". Il est indissociablement lié à la terre dont il est tiré. Il fait partie intégrante de la nature créée, il en est solidaire.

Mais il reçoit une mission de la part de Dieu : cultiver et garder le jardin. Il est un jardinier. Les deux verbes utilisés sont complémentaires : vécus dans l'équilibre, nous évitent deux excès. Celui de l'idolâtrie de la nature : on est appelé à la cultiver, on peut agir sur elle, elle n'est pas sacrée ou divine. Mais aussi celui du non-respect de la nature : on est appelé à la garder, la protéger, la respecter.

J'aimerais m'arrêter un peu plus sur le deuxième verbe : garder. Parce qu'on peut se demander contre quel danger le jardin devait être gardé... Il n'y avait pas de danger au temps de Genèse 2 ! Tout était harmonieux et paisible dans le jardin. Pour constater le premier dérèglement de la nature, il faut aller au chapitre 3. L'homme et la femme se sont révolté contre Dieu, ils ont mis en doute la parole du Seigneur et on mangé du fruit interdit. Les malédictions prononcées par Dieu à leur égard expriment alors les conséquences du péché. Et parmi elles nous lisons :

Genèse 3.17-18
À cause de toi je maudis le sol.
Tu devras te fatiguer
tous les jours de ta vie
pour tirer ta nourriture de la terre.
Le sol produira pour toi
des plantes épineuses de toutes sortes. 

C'est avec le péché de l'humanité qu'intervient le dérèglement de la nature. Autrement dit, le plus grand danger pour le jardin, c'était le jardinier ! Lorsqu'il le saccage, le surexploite, le défigure. Et ça n'a pas changé aujourd'hui... N'est-ce pas le péché de l'humanité qui s'exprime aujourd'hui encore dans la surexploitation et la surconsommation des ressources naturelles, dans la recherche du profit immédiat, de la rentabilité maximum, du bien-être égoïste ? Tous des comportements qui finissent par défigurer, détruire, polluer la création de Dieu...


Des chrétiens éco-responsables

Aimer Dieu, c'est aussi aimer sa Création. Soyons donc des chrétiens éco-responsables !

Gardons notre capacité d'émerveillement devant la création, admirons l'oeuvre de Dieu. Et sentons nous concernés quand elle est mise en péril. Ne doit-on pas s'inquiéter de voir la liste des espèces animales en voie de disparition s'allonger à cause de l'activité humaine ? Des chefs d'oeuvre de Dieu disparaissent devant nos yeux ! Et que dire de la forêt amazonienne pillée, de la fonte de la calotte glacière, de la profusion de déchets plastiques dans la Mer Méditérannée...

On parle beaucoup, aujourd'hui, de transition écologique. Et je trouve que cette démarche n'est pas sans résonance avec certaines notions bibliques. Cette idée d'une transformation intérieure, d'un changement de regard, qui se traduit dans le comportement n'est pas sans rappeler les notions de conversion et de sanctification où Dieu nous transforme intérieurement pour nous rendre capable de changer de comportement.

Notre mission prioritaire est, certes, d'annoncer l'Evangile à tout homme et à toute femme. Mais les exhortations du Nouveau Testament à une vie simple et respectueuse, au contentement, peuvent faire de nous des chrétiens éco-responsables, qui refusent la fuite en avant de la consommation à outrance. Nous pouvons intégrer des petits gestes éco-responsables dans notre quotidien. Et les intégrer aussi dans notre vie d'Eglise !

Nous pouvons soutenir ceux qui portent un plaidoyer pour la planète et questionnent nos gouvernants. Prier pour eux, et pour les dirigeants de notre monde, notamment ceux qui préfèrent les impératifs économiques aux impératifs environnementaux.


Conclusion

Sommes-nous donc frères et soeurs des animaux et des arbres ? Peut-être... en tout cas nous sommes interdépendants, et nous sommes appelés à être solidaires de toute la Création. Ne pas se soucier de la nature que Dieu a créée, c'est ne pas respecter le Créateur. Tout simplement.

D'autant que Dieu a un projet pour cette Création qui "souffre les douleurs de l'enfantement" selon les paroles de l'apôtre Paul aux Romains. Elle aussi aura part à la gloire promise aux enfants de Dieu. C'est une raison de plus de respecter et préserver cette terre, destinée elle aussi au salut !

Soyons donc des chrétiens éco-responsables, pour honorer le Créateur et le Sauveur de ce monde !


dimanche 17 février 2019

Vivre la fraternité (4) Vivre l'unité

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Il y a aujourd'hui entre 2 milliards et 2,5 milliards de chrétiens dans le monde. Tous ne sont pas pratiquants mais ça représente quand même environ un tiers de la population mondiale. Plus d'un milliard sont catholiques, 900 millions protestants, et puis il y a les orthodoxes, les orientaux, les anglicans ou d'autres...

En France, il y aurait plus de 40 millions de chrétiens (plus ou moins pratiquants), avec une très forte majorité de catholiques. Les Protestants seraient autour de 2 millions. Et pour combien d'Eglises et d'Unions d'Eglises ? Bien plus de 50 Unions d'Eglises différentes ! Certaines sont membres de la Fédération Protestante de France, d'autres du Conseil National des Evangéliques de France, certaines des deux... et d'autres encore d'aucun des deux !

En janvier, nous sortons de deux semaines de prière pour l'unité des chrétiens. Deux semaines différentes, à une semaine d'écart ! Là encore, certaines Eglises participent aux deux, d'autres à une seule, voire à aucune des deux...

Franchement, est-ce que vous trouvez ça normal ? Tout le monde se dit chrétien, disciple de Jésus-Christ, et chacun marche de son côté... quand on ne se tire pas dans les pattes les uns des autres !

Bien-sûr, vous me direz que c'est compliqué, qu'il y a des histoires différentes, des traditions et des pratiques différentes, des divergences théologiques... Il ne suffit pas de claquer des doigts pour balayer ces difficultés, et dire que finalement on est tous pareils et qu'on devrait tous se retrouver dans une seule Eglise. Ce serait irréaliste, naïf.

Mais peut-on vraiment se satisfaire de cette dispersion ? Peut-on vraiment se contenter de dire que l'unité de l'Eglise est en Jésus-Christ, qu'elle est spirituelle, qu'elle ne dépend pas de nous ? Peut-on parler de fraternité chrétienne en excluant tous ceux qui n'appartiennent pas à notre Eglise ou qui ne partagent pas nos convictions théologiques ?  Ou dire que c'est mon Eglise qui est fidèle, et que l'unité passe par l'intégration à mon Eglise !

Vivre la fraternité, c'était aussi vivre l'unité ! Mais qu'est-ce qu'on entend par là ? Et comment le vivre ? Pour répondre à cette question, je vous propose de lire un extrait de la dernière prière de Jésus pour ses disciples, en Jean 17.

Cette prière clôt les discours d'adieu de Jésus à ses disciples. On y trouve ses dernières instructions : la promesse du Saint-Esprit, l'annonce de son retour, l'avertissement que ça ne sera pas toujours facile pour eux, l'importance de l'amour les uns pour les autres... Dans sa prière, il s'en remet d'abord à son Père : « Maintenant, Père, donne-moi cette gloire que j'avais auprès de toi avant que le monde existe. » (v.5). Ensuite il prie pour ses disciples, pour leur mission dans le monde : « Je ne te demande pas de les retirer du monde mais je te demande de les protéger du Mauvais. » (v.15). Et puis, à la fin, il élargit sa prière, au-delà de ses disciples :

Jean 17.20-23
20 « Je ne prie pas seulement pour mes disciples. Je prie aussi pour ceux qui croiront en moi à cause de leur parole. 21 Que tous soient un ! Père, tu vis en moi et je vis en toi. De la même façon, que tous soient un en nous, ainsi le monde croira que tu m'as envoyé.
22 « Et moi, je leur ai donné la gloire que tu m'as donnée. Alors ils seront un, comme nous sommes un, 23 moi en eux et toi en moi, ainsi ils seront parfaitement un. Alors le monde saura que tu m'as envoyé, et que tu les aimes comme tu m'aimes.

On comprends bien qui est concerné par cette prière : « ceux qui croiront en moi à cause de leur parole. » (v.20) On peut difficilement faire plus large... Il s'agit de tous les croyants, dans toutes les générations, depuis les premiers disciples. Bref, nous sommes concernés !

Or, dans ces quatre versets, l'objet de la prière de Jésus est claire. Il le répète quatre fois : « Que tous soient un ! » (v.21), « Que tous soient un en nous » (v.21), « alors ils seront un » (v.22), « ainsi ils seront parfaitement un » (v.23) !

Si on n'a pas compris, je ne sais pas ce qu'il faut faire... Jésus prie pour l'unité de ses disciples. Et s'il insiste autant, c'est qu'il devait se douter que cette unité n'irait pas de soi. Et il ne la présente pas comme une option facultative mais comme un absolu : « que tous soient un » et l'objectif est d'être « parfaitement un ».

Jésus précise toutefois une condition qui rend possible cette unité. Au verset 21 : « Père, tu vis en moi et je vis en toi. De la même façon, que tous soient un en nous. » De même ensuite, il précise : « ils seront un, comme nous sommes un, moi en eux et toi en moi » (v.22-23).

L'unité est donc en Christ, elle est reçue de Dieu. Les hommes n'ont pas à la construire artificiellement... C'est vrai ! Mais ne peut-on pas dire aussi que ne pas la vivre, c'est refuser ce que Dieu veut donner ?

D'autant que l'enjeu est de taille, souligné deux fois par Jésus. Au verst 21 : « ainsi le monde croira que tu m'as envoyé. » et au verset 23 : « Alors le monde saura que tu m'as envoyé, et que tu les aimes comme tu m'aimes. » L'enjeu, c'est le témoignage, la gloire de Dieu. L'unité de l'Eglise est un témoignage en faveur de l'unique Christ, qui nous unit dans notre diversité. Et la division est donc forcément un contre-témoignage.

Vivre l'unité n'est pas une option facultative pour le chrétien. On ne peut pas être personnellement en communion avec le Christ sans rechercher la communion avec les autres chrétiens, parce qu'eux aussi sont en communion avec le Christ : « ils seront un, comme nous sommes un, moi en eux et toi en moi ».

Bref, ma relation aux autres chrétiens dit quelque chose de ma relation à Dieu !


Ma relation aux autres chrétiens dit quelque chose de ma relation à Dieu

Elargir/approfondir mes relations

Qu'est-ce que la vie chrétienne, sinon le fait d'approfondir sa relation avec Dieu ? Avec toutes les conséquences que ça implique pour ma vie, mon comportement, mes relations, etc... Et justement, il me semble qu'une de ces conséquences devrait être le fait d'élargir et d'approfondir mes relations avec les autres chrétiens, ceux qui appartiennent à d'autres confessions que la mienne et qui sont aussi, à leur façon, dans une relation avec le Christ.

Mais pour cela, deux qualités sont à développer : l'ouverture et la curiosité. L'ouverture pour être capable d'accueillir ce que je ne connais pas encore. Et la curiosité pour aller chercher chez l'autre des richesses nouvelles. L'ouverture et la curiosité permettent la véritable rencontre, en surmontant les a prioris et les peurs.

Il me semble d'ailleurs que l'ouverture et la curiosité sont aussi importantes dans ma relation à Dieu. C'est terrible quand on pense tout comprendre et tout connnaître de Dieu ! En réalité, on est sûr de se tromper, parce que c'est impossible ! Être ouvert à Dieu, c'est le laisser nous surprendre et ne pas l'enfermer dans un système théologique clos. Être curieux de Dieu, c'est le chercher, encore et encore, tout au long de notre vie. Avoir envie de toujours mieux le connaître.

Et si nous avions le même élan dans notre relation aux autres chrétiens ? Car c'est aussi terrible quand on pense tout comprendre et tout connaître des autres ! "Je n'ai pas besoin de les rencontrer, je les connais !"

Un chrétien qui ne cultive pas l'ouverture et la curiosité est un chrétien qui s'enferme, dans sa vision des autres et, pire, dans sa vision de Dieu !

Exercer mon discernement  

Il ne s'agit pas pour autant de gommer toute différence, ni même de nier les divergences qui existent ! Ce n'est pas parce qu'on cherche à élargir ses relations qu'on perd tout esprit critique ! Être ouvert et curieux ne signifie pas être naïf. Au contraire, l'esprit critique est essentiel, dans toute relation authentique... mais pas l'esprit de jugement. Celui qui est animé d'un esprit critique écoute et interroge, il approfondit, il réfléchit, il se positionne. Celui qui est animé d'un esprit de jugement enferme, il critique sans réfléchir, et finalement il n'écoute pas.

Dans le regard que nous portons sur les autres, et en particulier les autres chrétiens, quel esprit nous anime ?

On entend dire parfois : "Si on va à la rencontre des chrétiens d'autres confessions, on risque de perdre notre identité ou de mettre en péril nos convictions !" Au contraire, je crois que le dialogue et la rencontre forgent notre identité et renforcent nos convictions, soit en les enrichissant d'autres traditions, soit en discernant chez l'autres des convictions ou des pratiques que nous ne partageons pas... mais alors on sait pourquoi.

La rencontre nous fait grandir. Elle affine notre discernement, éclairé par le Saint-Esprit. Ce même discernement qui est essentiel dans notre vie chrétienne, pour nos choix de vie, pour nos orientations... et pour notre cheminement avec Dieu.


Conclusion

Finalement, pourquoi est-ce si important de chercher à vivre l'unité ? Parce que cela me donne l'occasion de rencontrer, chez l'autre, le même Christ qui vit en moi. Je ne parle pas ici d'institution et d'Eglises d'un point de vue structurel. Je parle de chrétiens, d'hommes et de femmes, de disciples du Christ. Certes, ils peuvent avoir des traditions, des façons d'exprimer leur foi différents de moi, et qui parfois m'étonnent ou me dérangent... Bien-sûr qu'on n'est parfois en désaccord ! Mais dites-vous bien que pour eux, ma façon de dire et de vivre ma foi peut leur paraître aussi tout à fait étrange !

L'enjeu est dans la rencontre du Christ, chez l'autre. Il s'agit de se rapprocher du Christ pour se rapprocher de nos frères et sœurs... et de se rapprocher de nos frères et soeurs pour se rapprocher du Christ !